Travail, genre et sociétés 2004/2
Travail, genre et sociétés
2004/2 (N° 12)
296 pages
Editeur
I.S.B.N. 2747572102
DOI 10.3917/tgs.012.0127
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Mutations

Vous consultezLe temps partiel en Pologne

Un trompe-l’œil de la segmentation sexuée du marché du travail

AuteurStéphane Portet du même auteur

Stéphane Portet, sociologue, ater à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales Paris/Varsovie, membre de l’Equipe Simone-Sagesse, Université Toulouse le Mirail. Thèmes de recherche : marché du travail polonais, élargissement de l’Europe et rapports sociaux de sexes en Pologne. Principales publications : 2004, " La politique de la " conciliation " entre vie professionnelle et vie familiale en Pologne. Le cas du travail à temps partiel (1970-2003)", Nouvelles Questions Féministes, n˚9, 2004, "Très chère Europe ... les effets sociaux de l’intégration de la Pologne à l’Europe", Contretemps, n˚ 9, 2003, "La flexibilité du travail en Pologne post-socialiste: entre modèle hérité et modèle importé", in Chantal Euzéby (dir.), Mondialisation et régulation sociale - Tome 1, L’Harmattan, Paris, 2002, en collaboration avec Jacqueline Heinen, "Political and Social Citizenship: an Examination of the Case of Poland", in Molyneux M. and Razavhi S. (dir.), Gender, Justice, Development and Right, Oxford University Press, Oxford.
Adresse professionnelle : ccf – Uniwersytet Warszawski, ul Obozna 8, 00332 Warszawa, Pologne.
Adresse e-mail : stephaneportet@hotmail.com

Au sujet du travail à temps partiel en Europe, Margaret Maruani écrivait en 1996 qu’il n’existait "aucune autre forme d’emploi - de chômage - qui ne soit à ce point sexuée" (Maruani 1996). Quelques années plus tard, une telle affirmation reste vraie. Le travail à temps partiel concerne 18 % de la population active, mais surtout 80 % des travailleurs à temps partiel sont des travailleuses[1] [1] Source : Eurostat, 2002, "Labour Focus Survey – Principal...
suite
. Cela se confirme si toutefois l’on s’en tient à l’Europe des Quinze et non à l’Europe qui se construit et s’est élargie à l’Est.

2 Dans les pays d’Europe centrale et orientale (peco), le travail à temps partiel présente une tout autre réalité que celle que nous connaissons dans les pays d’Europe de l’Ouest. Malgré des taux d’activité féminine souvent supérieurs à la moyenne européenne, le travail à temps partiel ne constitue la plupart du temps qu’une forme d’emploi très atypique ne concernant que 9,8 % de la population active des peco et des états baltes[2] [2] En 2001, le pourcentage de la population à temps partiel...
suite
. Par ailleurs, le taux de féminisation de l’emploi à temps partiel (56,9 %) est moins important dans les peco que dans la plupart des pays d’Europe de l’Ouest[3] [3] Si la République Tchèque (76,3 %), la Slovaquie (73,1 %),...
suite
.

3 Dans cet article nous nous pencherons plus précisément sur le cas de la Pologne. Avec 40 millions d’habitants, il s’agit du plus grand des pays ayant rejoint l’Europe au 1er mai 2004. Malgré le ralentissement de croissance accusé au cours des quatre dernières années, elle figure dans le peloton de tête des peco. Le marché du travail y est relativement flexible et la législation du travail particulièrement souple (Riboud et al., 2001 ; Portet, 2003a). Le taux d’activité féminine même s’il a tendance à décliner, y reste très élevé[4] [4] Le taux d’activité des femmes de 15 ans et plus était...
suite
. La Pologne est confrontée à un chômage de masse concernant 20,4 % de la population active en mars 2004[5] [5] En novembre 2003, le taux de chômage était de 19,3 %...
suite
. 85,6 % des chômeurs ne sont pas indemnisés.

4 Les rapports de genre en Pologne, notamment dans leur dimension culturelle et les orientations des politiques sociales, portent la marque d’un fort différentialisme et d’une importante discrimination des femmes (Fuszara, 2002 ; Heinen, Portet, 2002).

5 Enfin, la Pologne a mené dans les années soixante-dix une politique volontariste de développement du travail à temps partiel et, de nos jours encore, le travail à temps partiel est souvent présenté comme un mode d’emploi à développer (Portet, 2004).

6 Contrat de genre très différentialiste, chômage de masse, dérégulation du marché du travail, misère de la politique familiale, tous les paramètres semblent réunis pour avoir un taux de féminisation important du travail à temps partiel. Le temps partiel est certes une forme d’emploi qui dépasse le seuil de la marginalité en concernant 10,8 % de la population active occupée en novembre 2003[6] [6] Conformément aux recommandations d’Eurostat, les statistiques...
suite
. Mais, contre toute attente, les femmes ne représentent que 58,2 % des actifs à temps partiel en 2003[7] [7] Les femmes ...
suite
. Il y a seulement 13,7 % des femmes et 8,7 % des hommes qui travaillent à temps partiel. Il semble donc difficile de voir dans le travail à temps partiel une forme d’emploi spécifiquement féminine, voire une forme de discrimination. Malgré cela, le temps de travail reste un des éléments clés de la discrimination sexuelle sur le marché du travail, non pas en termes de sous-emploi mais en raison de l’exigence d’une très importante disponibilité temporelle de la part des employeurs.

7 Nous proposons ainsi d’éclairer la situation relativement spécifique du travail à temps partiel, mais aussi de montrer comment le temps de travail est un des éléments importants de la politique du genre sur le marché du travail. Nous appuierons notre propos à la fois sur une analyse quantitative et sur des entretiens menés en Pologne auprès de salarié-e-s et employeur-e-s sur le thème du travail à temps partiel et de la flexibilité temporelle[8] [8] Entretiens réalisés auprès d’actifs et d’actives...
suite
. Les résultats statistiques résultent du traitement par l’auteur des données individuelles de l’enquête emploi de novembre 2001[9] [9] L’enquête emploi menée par le GUS (Głowny Urząd Statystyczny...
suite
.

8 La première partie de cet article visera à définir les caractéristiques de la population travaillant à temps partiel en Pologne. Dans la deuxième partie, nous montrerons que le travail à temps partiel, s’il n’est pas un marqueur sexué, est avant tout un moyen de survie face aux carences de l’État-providence. La troisième partie élargira la problématique de la flexibilité temporelle à la question de la disponibilité temporelle, de façon à analyser ses effets sur les inégalités sexuées au sein du marché du travail.

Les caractéristiques du travail à temps partiel en Pologne

9 En Pologne, le travail à temps partiel est avant tout un mode d’emploi typique des phases d’insertion, de retrait ou de maintien dans l’activité professionnelle. Les plus jeunes et les personnes les plus âgées en constituent les groupes principaux. Les moins de 24 ans représentent 19,7 % des travailleurs à temps partiel, les plus de 55 ans, 27,8 %[10] [10] Sauf indication contraire, les différentes données statistiques...
suite
.

10 L’importance des personnes à la retraite parmi les travailleurs à temps partiel est une des données fondamentales de la situation polonaise[11] [11] Cette importance des retraités parmi les travailleurs à...
suite
. 62 % des retraités actifs travaillent à temps partiel (66,1 % des femmes et 59,3 % des hommes)[12] [12] Près de 10 % des retraités maintiennent une activité...
suite
. Les retraités représentent 19,08 % de l’ensemble des travailleurs à temps partiel.

11 Pour comprendre une telle situation, il faut la replacer dans le contexte historique. L’économie socialiste connaissait de fréquentes périodes de pénurie de main-d’œuvre notamment en phase de bouclage du Plan. Les dirigeants d’entreprise, suivant en cela les recommandations officielles notamment dans les années quatre-vingt, ont cherché à adoucir cette contrainte par le maintien en activité des retraités, souvent sur le même poste, mais la plupart du temps à temps partiel (Drobnic, 1997). De nos jours, les pouvoirs publics n’incitent plus au travail des retraités. L’année 2002 a même vu émerger un projet de loi visant à limiter ce phénomène au nom du partage de l’emploi et de la priorité aux jeunes générations. Toutefois, confrontée à une forte opposition de la population et surtout de ce qui constitue une part non négligeable de son électorat, la majorité social-démocrate a préféré abandonner cette idée. Ainsi, comme dans les années quatre-vingt, les retraités continuent de travailler. Ils le font avant tout pour des raisons économiques. Le travail à temps partiel est souvent un moyen de compléter les revenus, notamment du fait de la possibilité de cumuler la retraite avec un éventuel revenu d’activité[13] [13] Les hommes et les femmes ayant dépassé l’âge de la...
suite
.

12 En termes de niveaux de formation, le travail à temps partiel concerne essentiellement les personnes ayant une faible qualification (tableau 1).

Tableau 1 - Pourcentage de la population travaillant à temps partiel, selon le niveau de diplôme et le sexe – novembre 2001

(en%) Ensemble Hommes Femmes Supérieure (Bac +5) 6,7  6 7,5 Post – secondaire 7,5  6,7 7,8 Secondaire Général 12,7  9,9  13,9 Secondaire Professionnel 7,6  5,9  9,5 Professionnel cycle court 9,3  6,9  14,5 Élémentaire 23,7  21,3  26,8 Sans formation 33,3  33,3 63,2 Source : Enquête emploi. Population de base : ensemble de la population active occupée à temps partiel.

13 Le taux important concernant la population de niveau secondaire général (baccalauréat) est à mettre en lien avec la proportion importante d’étudiants dans cette sous-population (47 % des effectifs). Il s’agit ici d’un temps partiel souvent transitionnel, "une situation particulière d’emploi" pour reprendre la terminologie de Danièle Kergoat et Chantal Nicole-Drancourt (1998).

14 Cette répartition des travailleurs à temps partiel en termes de niveau de formation prend un tout autre relief lorsqu’on la met en relation avec la structure de la population par secteur économique (tableau 2).

15 Le temps partiel est avant tout présent dans le secteur primaire où il concerne 23,4 % de la population active. L’agriculture concentre ainsi 43 % des travailleurs à temps partiel pour 19,1 % de la population active en 2001[14] [14] En 2001, le secteur secondaire regroupait 29,3 % de la...
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. Dans l’agriculture, près d’une femme sur trois et près d’un homme sur cinq travaillent à temps partiel (tableau 3).

Tableau 2 - Le marché du travail polonais au deuxième trimestre 2003, par secteurs et statut légal de l’employeur et sexe.

(en %) Femmes Hommes Total Taux d’activité (15 ans et plus) 48,0  61,9 54,7  Taux d’emploi (15 ans et plus) 38,4  50,2  44,1  Emploi dans l’agriculture en % du total des emplois 16,9  19,1  18,1  Emploi dans l’industrie en % du total des emplois 18,5  37,9  28,6  Emploi dans le tertiaire en % du total des emplois 64,6  43,0  53,3  Emploi dans le secteur privé en % du total des emplois 60,7  73,5  67,6 Emploi dans le secteur public en % du total des emplois 39,3  26,5   32,4  Source : GUS, 2003a

Tableau 3 - Pourcentage d’actifs à temps partiel par secteur de l’économie et par sexe – novembre 2001

(en %) Hommes Femmes Ensemble Part des actifs dans le secteur Part du secteur dans le total du temps partiel Part des actifs dans le secteur Part du secteur dans le total du temps partiel Part des actifs dans le secteur Part du secteur dans le total du temps partiel Primaire 19 44  29,9 42,1  24,3 43  Secondaire 4,1  18,3  5,8  7,8  4,5  12,5  Tertiaire 8,1  37,7 10,5  50  9,4  44,5  Source : Enquête emploi. Population de base : ensemble de la population active occupée à temps partiel.

16 Une autre particularité de la situation polonaise est l’importance du travail à temps partiel parmi les entrepreneurs individuels, les artisans et les professions libérales. 13,4 % d’entre eux travaillent à temps partiel contre 7,2 % des salariés. Il faut bien entendu tenir compte du poids important des agriculteurs dans ce secteur, mais même hors agriculture le temps partiel des entrepreneurs, artisans et professions libérales reste supérieur à celui des salariés (8,6 %[15] [15] 12,3 % des femmes et 6,9 % des hommes. ...
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contre 7,2 %).

17 En 2001, 62,5 % des personnes travaillant à leur compte hors agriculture n’embauchaient aucun salarié (89,2 % dans le cas des employeurs travaillant à mi-temps). Nous sommes ici au cœur du capitalisme polonais qui, au côté de grands groupes industriels hérités du passé et de filiales des multinationales, compte plus de deux millions d’entreprises unipersonnelles plus ou moins réelles, plus ou moins actives. Ces entreprises sont souvent des petits commerces, des kiosques au coin des rues, dans les bazars, des ateliers de couture, de réparation, des petites entreprises d’artisans du bâtiment. Ces travailleurs à temps partiel sont souvent des convertis au self-employment, des personnes travaillant de façon intermittente, au gré des contrats de sous-traitance. Le self-employment est un fait majeur du marché du travail polonais[16] [16] En 2001, les travailleurs indépendants représentaient...
suite
, il est souvent présenté comme une alternative au chômage, notamment dans le cas des femmes auxquelles nombre d’associations proposent des formations et de l’aide pour "s’installer à leur compte".

18 Cette myriade de petits entrepreneurs sont souvent de simples intérimaires à leur compte, des abonnés au travail à temps partiel qui, dans ce cas, n’est autre que du sous-emploi. Cette spécificité du marché du travail polonais, mais aussi plus largement de l’ensemble des peco, rend difficile toute comparaison internationale. Derrière le self-employment se cache souvent une relation salariale. L’ampleur de ce phénomène est difficile à estimer. Il y avait en 2002, 885 000 actifs installés à leur compte hors agriculture et n’employant aucun salarié. Cependant, un grand nombre d’entre eux ne travaille pas pour leur compte. Beaucoup sont en fait des travailleurs se rendant tous les matins dans l’entreprise de leur "patron". Mais, à la différence des autres salariés, ils ne sont pas liés par un contrat de travail, mais par un contrat de droit civil, un contrat de service. Les données collectées par l’office central de la statistique polonaise sur les entreprises de moins de neuf salariés nous permettent de donner une certaine idée de l’ampleur du phénomène de la relation d’emploi "déguisée" (gus, 2003b). En 2002, il y avait 478 666 entreprises dont le responsable déclarait n’embaucher personne, considérant lui-même son activité entreprenariale comme étant une activité secondaire et auant une autre activité principale, 551 966 personnes déclarant travailler au sein de ces entreprises. Ce chiffre, le seul qui soit disponible aujourd’hui, permet à notre avis de confirmer l’estimation généralement avancée de 500 000 "self-employed", ce terme étant devenu en polonais la façon officielle de nommer ce procédé qui consiste à entretenir une relation salariale sur la base d’un contrat de droit civil. Il s’agit bien entendu d’une estimation minimale.

19 En ce qui concerne les salariés, on trouve les taux les plus importants de travail à temps partiel dans le secteur privé et le secteur coopératif et associatif (tableau 4).

Tableau 4 - Pourcentage de la population salariée à temps partiel selon le statut juridique de l’employeur et le sexe – novembre 2001

(en %) Hommes Femmes Ensemble % de temps partiel parmi les actifs Part dans le total du temps partiel % de temps partiel parmi les actifs Part dans le total du temps partiel % de temps partiel parmi les actifs Part dans le total du temps partiel Etat 3,4  17,9  5,1  20,5  4,2 19,3 Collectivités territoriales 8,1  9,4  7,4  13,7  7,7  11,9  Privé 6,6  65  11,8  60,2  8,6  62,3  Coopératives, associations 11,9  11,9  9,3  5,6  10,5  6,5  Source : Enquête emploi. Population de base : population active salariée à temps partiel.

20 L’écart entre les hommes et les femmes est surtout important dans le privé. Cependant, du fait de la structure de la population active polonaise, les femmes ne représentent que 55 % (en 2001) des salariés à temps partiel du secteur privé non agricole. Il semble donc fort difficile de trouver un secteur déterminé marqué par une importante et prédominante féminisation du temps partiel, à l’instar du tertiaire en France.

21 Le temps partiel polonais est donc un phénomène diffus concernant certaines populations en particulier (étudiant, retraités, handicapés) mais passant les barrières des secteurs d’activité et surtout ne se structurant pas essentiellement autour des catégories de sexe. Il semble donc difficile de voir dans le travail à temps partiel un marqueur de genre.

Le temps partiel exigence du marché du travail ou fruit des carences de l’état-providence ?

La précarité financière

22 Le travail à temps partiel en Pologne est un mode d’emploi pour plus d’un million de personnes[17] [17] Nous ne tenons compte ici que du temps partiel dans l’emploi...
suite
. L’ancienneté dans l’emploi des salariés à temps partiel est relativement élevée[18] [18] Une telle ancienneté est la somme des années passées...
suite
. L’ancienneté moyenne des salariés à temps partiel dans leur emploi est de 4,86 ans et 50 % d’entre eux travaillent au même endroit depuis plus de deux ans. Toutefois, une telle stabilité cache une réelle précarité en termes de contrat de travail, de revenus et surtout un important sous-emploi.

23 Si 89,6 % des salariés polonais ont un contrat à durée déterminé, seuls 56,7 % des salariés à temps partiel sont dans cette situation. En la matière les hommes connaissent une précarité de l’emploi plus importante que les femmes. 62,8 % des femmes et 49,1 % des hommes à temps partiel bénéficient d’un contrat à durée indéterminée.

24 Les salariés à temps partiel travaillent moins souvent de nuit, le soir et en équipe à horaire flexible (3 x 8) que les salariés à temps complet.

25 La précarité est avant tout financière. Le travail à temps partiel procure des revenus qui ne sont pas fort éloignés des minima sociaux, notamment des allocations chômage (503,20 zł en décembre 2003 soit environ 110 euros).

26 Un salarié à temps plein touche en moyenne un salaire 3,1 fois supérieur aux minima sociaux, mais dans le cas des travailleurs à temps partiel ce ratio n’est que de 1,52 et de 1,28 pour les femmes[19] [19] Calcul effectué sur la base des montants ayant cours en...
suite
. Une femme à temps partiel gagne en moyenne 15 zl par jour, soit moins de 4 euros, seuil considéré par l’oms (Organisation mondiale de la santé) comme seuil d’extrême pauvreté en Pologne. Les salariés à temps plein travaillant en moyenne 41,72 heures et les salariés à temps partiel 23,73 heures[20] [20] Le temps partiel polonais est un temps relativement long,...
suite
, le taux horaire pour les salariés à temps plein est de 6,21 zl contre 5,34 zl pour les salariés à temps partiel, soit un écart de près de 14 %. Mais il semble une nouvelle fois difficile de parler de discrimination sexuelle. Si les femmes à temps plein touchent un salaire en moyenne de 19,6 % inférieur à celui des hommes, dans le cas des temps partiels cet écart se réduit à 8 %.

27 Financièrement, le temps partiel est généralement un mode d’emploi ne permettant pas de subvenir aux besoins les plus élémentaires. Il s’agit de l’argument le plus fréquemment avancé par les salariés, mais aussi les drh et les chômeurs pour expliquer la faible popularité de cette forme d’emploi en Pologne.

28 Au cours des entretiens que nous avons menés, le thème des coûts inhérents à l’activité professionnelle rapporté au salaire s’est imposé comme un leitmotiv de premier plan. Pour les personnes seules, un emploi à temps partiel ne permet pas de couvrir les dépenses de bases et dans le cas des couples, rares sont ceux où un deuxième salaire ne présente pas un caractère d’extrême nécessité. Le temps partiel n’est pas un revenu d’appoint, notion quasiment étrangère à la Pologne, mais plutôt un revenu complémentaire et nécessaire pour des personnes bénéficiant d’autres sources de revenus et notamment de revenus transferts. Ces personnes constituent la part majeure des travailleurs à temps partiel. Nous avons déjà souligné la part importante des retraités dans la population des travailleurs à temps partiel. À celle-ci s’ajoutent les personnes handicapées, les personnes en congé parental[21] [21] Le congé parental est de trois ans en Pologne, faiblement...
suite
, les bénéficiaires d’autres revenus de transferts et les personnes à charge d’autrui. Les retraités, invalides et handicapés représentent 40 % des travailleurs à temps partiel, les chômeurs indemnisés 8,1 %[22] [22] Dans certains cas les chômeurs peuvent cumuler indemnités...
suite
 ; 3,5 % des travailleurs à temps partiel touchent d’autres revenus de transfert ; 4,4 % sont à la charge d’une autre personne.

29 De façon générale, les revenus du travail ne représentent la source principale (mais non exclusive) de revenu que pour 55 % des actifs à temps partiel (45,3 % des hommes et 62 % des femmes). Plus révélateur encore, aucun des membres de notre échantillon d’actifs à temps partiel[23] [23] Au total 3 024 personnes, salariées ou installées à...
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ne vit exclusivement des revenus du travail. Dans une telle situation, tout un chacun peut prendre la mesure des barrières posées au développement du travail à temps partiel. Celui-ci trouve avant tout sa place dans les faiblesses de la politique sociale et des prestations distribuées par l’État-providence.

30 Avant d’être un marqueur sexué, le travail à temps partiel est un marqueur de la dépendance financière, vis-à-vis de l’État, de la famille, des associations caritatives, de la solidarité, mais aussi vis-à-vis de celui ou celle qui de temps en temps offre un peu de travail plus ou moins légal. En effet, si seulement 3 % des actifs à temps partiel disent avoir un emploi supplémentaire, nous sommes tentés au regard des résultats de la recherche de terrain de penser que ce chiffre est loin de traduire la réalité de l’importance de l’économie souterraine dans laquelle les travailleurs à temps partiel semblent des agents plutôt actifs[24] [24] Le volume de l’économie informelle en Pologne est évalué...
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Personne ne veut du temps partiel : ni les salariés…

31 Le temps partiel ne répond ni véritablement à un choix de gestion de la main-d’œuvre, ni à un choix des travailleurs eux-mêmes.

32 38 % des salariés à temps partiel désirent travailler plus (35,9 % des hommes et 39,6 % des femmes)[25] [25] Pour le travail à temps plein les valeurs sont de 19,5 %...
suite
. Le sous-emploi paraît donc comparable à la situation française. Le temps partiel polonais n’est pas un temps partiel "choisi". Il l’est d’autant moins que les revenus sont faibles. 52,3 % des salariés à temps partiel ayant entre 300 et 500 zl (entre 65 et 110 euros) par mois voudraient travailler plus.

33 Même s’il est souvent promu à ce titre, le travail à temps partiel n’est en rien un instrument de "conciliation" travail/famille, ceci malgré la misère du dispositif de prise en charge collective et publique de la petite enfance[26] [26] 32,1 % des enfants de 3-5 ans et 5 % des moins de 3 ans...
suite
. L’analyse de la situation des femmes de 25 à 39 ans, ayant au moins un enfant de moins de 6 ans, permet de mettre en évidence une légère augmentation de la fréquence du temps partiel selon le nombre d’enfants mais celle-ci reste assez limitée[27] [27] Echantillon de 483 individus, dont 269 actives (salariées...
suite
. 10,1 % des femmes actives ayant un enfant travaillent à temps partiel, 12,3 % de celles ayant deux enfants et 16 % de celle ayant au moins trois enfants. C’est avant tout par l’inactivité ou le chômage que les femmes sont amenées à résoudre les problèmes de prise en charge des jeunes enfants (Portet, 2004). Ainsi, alors que plus de 75 % des femmes de 25 à 39 ans sont actives, seules 60,5 % sont actives parmi celles ayant 1 enfant, 47,1 % parmi celles ayant 2 enfants, et 51 % parmi celles ayant au moins trois enfants.

… Ni les employeurs

34 Lors des entretiens avec les drh (directeurs des ressources humaines) et dirigeants d’entreprises de différents secteurs,[28] [28] Dans les secteurs de la grande distribution, de l’informatique,...
suite
nous avons pu prendre la mesure de l’absence du travail à temps partiel dans les stratégies de gestion du personnel. Le travail à temps partiel est presque toujours connoté fort négativement. Il est synonyme de manque d’investissement dans le travail, voire de fainéantise (Portet, 2003b). Le référentiel des DRH est avant tout centré sur l’individu et non sur l’heure de travail. On raisonne par tête et non à l’heure, voire à la minute, comme dans bien des entreprises d’Europe de l’Ouest. Cette référence à l’individu est à mettre en relation avec la faiblesse du coût du travail, mais aussi avec les effets de seuil importants induits par la législation polonaise[29] [29] Dans la législation polonaise il n’est pas fait de différence...
suite
. Ne bénéficiant d’aucun abattement en termes de charges sociales, le travail à temps partiel se présente avant tout négativement du point de vue financier, puisqu’il représente le coût d’un poste de travail supplémentaire. Il n’est appréhendé positivement que dans certains cas particuliers, individuels : celui par exemple d’une femme cadre qui, en congé parental, venait à manquer cruellement à l’entreprise (secteur informatique), ou encore dans le cas de métiers dont l’entreprise n’a besoin que de manière très réduite, les traducteurs ou les comptables par exemple.

35 Les drh préfèrent au temps partiel d’autres modes de gestion de la main-d’œuvre, les heures supplémentaires (souvent non payées de l’aveu même des responsables), les contrats à durée déterminée, la polyvalence et l’externalisation (Portet, 2003a). Le temps partiel ne figure pas au panthéon des modes d’emploi flexible, y compris dans les secteurs où il est dominant en Europe de l’Ouest. Ainsi, 23 % des caissières et caissiers déclarent travailler à temps partiel, mais seuls 10,3 % travaillent moins de 38 heures alors que 26 % travaillent plus de 46 heures par semaine. Seules 3,6 % des infirmières et sages-femmes travaillent à temps partiel.

La doxa du temps partiel

36 Si, dans les faits, les marqueurs sexués du temps partiel sont loin d’être évidents il en va tout autrement dans les discours : "Le temps partiel c’est pour les femmes". Tout le monde semble d’accord sur ce point, les drh, les salariés, les chômeurs, hommes et femmes. Plus que pour les femmes, le temps partiel serait bon pour les mères. Nous disons "serait" pour reprendre les termes maintes fois entendus au cours des entretiens. Le temps partiel y apparaît souvent comme un luxe que l’on ne peut s’offrir, ou que l’on ne peut offrir à sa femme et à ses enfants, faute de revenus suffisants. C’est un luxe qui en cache un autre encore bien plus convoité : le congé parental. Celui-ci fut le passage obligé et revendiqué de 90 % des mères dans les années quatre-vingt. De moins en moins de femmes prennent un congé parental, à cause des faibles prestations qui lui sont afférentes, mais aussi par peur de perdre leur emploi (Balcerzak-Paradowska, 1997). Le congé parental est jugé préférable au temps partiel par la plupart des interviewés. Cela n’empêche pas le temps partiel de se voir parer de bien des atours, notamment au regard du temps plein, que l’on dit souvent "mauvais" pour les enfants.

37 Même si le travail à temps partiel n’est pas une forme d’emploi spécifiquement féminine, le registre de légitimation qui le soutient l’affecte prioritairement aux femmes.

Intensification du temps de travail et segmentation sexuelle du marché du travail

38 Le débat social est loin en Pologne d’être focalisé sur le travail à temps partiel, mais il y a fort à craindre que la montée du chômage apporte une raison d’être à une forme d’emploi qui reste pour le moment relativement absente des préoccupations politiques. Cette raison d’être sera naturellement féminine, le discours s’y prête, la réalité aussi et notamment l’extension et l’éclatement de la norme temporelle de travail.

La fin des petits arrangements entre amis ?

39 En Pologne, comme dans l’ensemble des pays capitalistes développés ou émergents, le travail s’intensifie et les petits arrangements avec le temps de travail –ceux qui permettent souvent de concilier la vie d’une personne avec celle de son entreprise – deviennent de plus en plus rares. Il semble que la grande envergure des petits arrangements avec le temps de travail ait par le passé joué un rôle essentiel dans la faible féminisation du travail à temps partiel en Pologne en fluidifiant le choc des diverses temporalités.

40 Ces temps pour soi, "volés" au temps de travail, sont d’autant plus vitaux que le temps de travail est long. Ils sont plus nécessaires pour les femmes que pour les hommes : pour elles, ils sont à la fois du temps pour soi, mais aussi et surtout pour les autres, temps des enfants, temps des tâches domestiques, temps des grands-parents. Lorsque ces temps se font de plus en plus durs à voler, lorsque l’on ne peut plus aller faire les courses sur son temps de travail, lorsque l’on ne peut pas prendre un jour sans problème pour soigner un enfant malade[30] [30] Le droit du travail polonais prévoit 60 jours d’absence...
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, lorsque l’on ne peut plus boire un café ou un thé, se reposer au travail alors qu’on croule sous les tâches à la maison, "on craque". L’intensification du temps de travail, les horaires délirants, la disponibilité permanente, les heures supplémentaires. Ils et elles disent : "c’est plus dur pour les femmes que pour les hommes" et chacun a sa stratégie pour jouer avec les possibles. Les hommes se surinvestissent, du moins ceux qui ont un emploi et de leur côté de plus en plus de femmes font la grève des ventres[31] [31] Le taux de fécondité est un des plus bas d’Europe avec...
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, les autres cherchent des emplois où les contraintes seraient moins lourdes, même si leur carrière en pâtit, même si les revenus s’en ressentent.

Chercher un refuge…

41 Dans les pays de l’Ouest, l’intensification du travail s’est faite assez lentement, sur une vingtaine d’années, avec quelques coups d’accélérateur comme lors du passage à 35 heures en France. Les comportements ont pu s’adapter, dans la mesure du possible et du "désiré". Les équipements publics ont pris partiellement en compte la nouvelle donne. Peu à peu l’ensemble des temps sociaux a intégré ces nouveaux rythmes. Certains espaces, comme ceux de la sphère domestique, restent marqués d’une grande lenteur dans la mutation, mais de façon générale les temporalités sociales composent, souvent avec friction, avec les nouveaux rythmes du temps de travail. En Pologne, rien de cela. Le changement fut et reste des plus brutal. En 2001, 30,2 % des actifs polonais étaient confrontés à des horaires de travail hebdomadaire supérieurs à 49 heures et 45 % à un horaire hebdomadaire de plus de 45 heures. Parmi les salariés à temps plein, les horaires de plus de 48 heures par semaine concernent 14 % des hommes et 5,4 % des femmes. Le temps de travail des indépendants atteint des sommets avec 55,8 heures par semaine dans le cas des travailleurs indépendants n’employant pas de salariés. À cela s’ajoutent les effets de la pluriactivité. En 2001, 9,1 % des actifs salariés exerçaient une ou plusieurs activités supplémentaires[32] [32] Les chiffres de la pluri-activité obtenus par la Fondation...
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. Le temps de travail total moyen de cette catégorie de la population atteint 49,9 heures par semaine (Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail, 2003). Ceux qui ne peuvent suivre, ceux qui ne veulent suivre ces "nouveaux héros des temps modernes" (Tarkowska, 1996) que sont les pracoholicy, les drogués du travail, sont obligés de se réfugier dans des espaces qui semblent parfois un peu hors du temps, à tous les sens du terme.

42 L’attitude de repli face à l’intensification du travail, certaines femmes en sont les premières adeptes, notamment celles dont les chances de carrière paraissent limitées. Elles se réfugient dans le secteur public, aux horaires plus courts, normés, plus proches des temps scolaires. Ce secteur public qui offre encore la possibilité de s’absenter quelques minutes, parfois de longues minutes, pour aller faire une course.

Legs du passé et tendances récentes

43 Ces arrangements avec le temps de travail ne sont possibles que dans certains lieux et sûrement pas dans les entreprises privées. Cela explique peut-être pourquoi 58,3 % des hommes travaillent dans le privé, alors que seules 44,1 % des femmes sont dans cette situation. Cela explique peut-être aussi la très forte concentration des femmes en termes professionnels. On retrouve les femmes avant tout dans des professions à horaire faible et surtout dans des professions où il est rarement fait appel aux heures supplémentaires. Les hommes se concentrent dans des professions dont les horaires hebdomadaires dépassent allégrement les 48 heures (chauffeurs, dirigeants et gérants d’entreprise). Et lorsqu’ils exercent la même profession, par exemple vendeur et vendeuse, ils ne le font pas de la même façon. Le temps de travail moyen d’un vendeur est de 46,33 heures hebdomadaires, celui d’une vendeuse 42, 41 heures.

44 Ce processus de segmentation horizontale et verticale du marché du travail puise ses racines dans cette soudaine extension/intensification du temps de travail. C’est une mutation brutale d’une des sphères des temporalités sociales. Si brutale que les autres temporalités n’ont pu suivre, s’adapter, se recomposer, si profonde que de nouveaux arrangements n’ont pu émerger. La période socialiste a légué en Pologne contemporaine une forte ségrégation sexuée du marché du travail (Heinen, 1989). À la fin des années quatre-vingt, le temps des femmes tractoristes et des femmes maçonnes était depuis longtemps révolu. Il existait même deux marchés du travail presque distincts matérialisés par la présentation des emplois dans les bureaux du travail sur deux listes différentes, une pour les hommes, l’autre pour les femmes. Près d’une centaine de professions étaient interdites aux femmes pour des raisons officielles de protection de leur santé. Il s’agissait bien souvent des professions les mieux rémunérées. C’est donc à la lumière de cette réalité qu’il faut appréhender la ségrégation actuelle. Mais le passé ne saurait tout expliquer.

45 En matière d’analyse de la stratification sexuée du marché du travail, les analyses de long terme sont relativement délicates compte tenu de l’évolution de la structure même de la population active (Blackburn, Jarman, 1997). Nous nous en tiendrons donc à la période la plus récente. Depuis 1997, la ségrégation horizontale de l’emploi à tendance à s’accentuer. Cette année-là l’indice de dissimilitude (indice D de Duncan) était de 45 %, en 2001 il était de 50 %[33] [33] L’indice de dissimilitude mesure le pourcentage d’emplois...
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. Sur la base des recherches de terrain que nous avons menées nous avons la conviction que le temps de travail est un des facteurs explicatifs de cette nouvelle dynamique.

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48 L’entrée dans l’Europe de dix nouveaux pays va modifier le paysage global du marché du travail européen. Ces pays ont souvent des structures du marché du travail reposant de façon plus importante sur le secteur agricole ; la part des actifs travaillant à leur compte y est beaucoup plus élevée que dans l’Europe des 15 et le taux de chômage y est presque le double. Ce sont autant de nouveaux défis que doit prendre en compte la stratégie européenne pour l’emploi. Celle-ci prévoit un certain nombre d’objectifs visant à harmoniser la situation du marché du travail au niveau européen. Pour 2005, le taux d’emploi global à atteindre est de 67 % et pour 2010 de 70 %. Cette hausse des taux d’emploi passe bien évidemment par une mobilisation accrue de la main-d’œuvre féminine dont les taux d’emploi doivent atteindre 57 % en 2005 et 60 % en 2010 (Conseil Européen, 2003). Compte tenu du fort taux de chômage, la Pologne est bien loin de remplir de tels objectifs. Ainsi, le développement du travail à temps partiel apparaît, pour les différents gouvernements, comme une des pistes à envisager pour augmenter le niveau d’emploi féminin. Il ne s’agit pas ici de répondre à une quelconque demande, comme en témoigne le fait que seulement 3 % des chômeurs cherchent un travail à temps partiel, mais tout simplement d’un partage de l’emploi dont les femmes risquent de payer le prix fort. En effet, dans le cadre de la prise en compte des objectifs de la stratégie européenne de l’emploi, la Pologne, prévoit de promouvoir les formes d’emploi à temps partiel "pour les personnes ayant la charge d’enfants en bas âge", cette mesure s’insérant dans le chapitre "égalité des sexes", il est aisé de comprendre quelles sont les personnes visées en priorité (Joint assesment paper, 2002). Dans le même temps, certaines des lignes directrices de la stratégie européenne de l’emploi semblent avoir beaucoup moins d’écho, notamment celle prévoyant que les États membres devront mettre en place des structures d’accueil pour au moins 90 % des enfants de plus de trois ans et au moins 33 % des enfants âgés de moins de trois ans.

49 Comme nous avons cherché à le montrer dans cet article, le travail à temps partiel n’est pas, en Pologne, une forme d’emploi spécifiquement féminine, il serait plutôt "la" forme d’emploi des retraités et des personnes cherchant à compléter des revenus de transferts ou les revenus d’une autre activité. Le travail à temps partiel, n’est pas non plus une forme d’emploi particulièrement flexibilisée si ce n’est en terme de contrat de travail. Or, il y a fort à craindre, qu’au nom de la hausse des taux d’activité et au nom de la conciliation des rôles entre le travail et la famille, le travail à temps partiel trouve de nouveaux partisans, notamment au sein des décideurs politiques.

50 Il s’agirait alors d’une des contradictions de la construction européenne qui, tout en mettant en avant l’égalité des sexes face au travail, serait la voie par laquelle les femmes polonaises seraient soumises à une forme d’emploi dont l’histoire de ce pays les a pour le moment relativement épargné. Cette seule situation permet de souligner le paradoxe des politiques européennes qui, depuis le 1er mai 2004, ont force de loi dans 25 pays, alors que seulement 15 d’entre eux ont participé à leur élaboration concrète. La prise en compte des spécificités des marchés du travail des nouveaux membres suppose que soient ouverts de nouveaux champs d’intervention et notamment celui du temps de travail dont nous avons voulu montrer qu’au-delà de la question du travail à temps partiel il était aussi à l’Est un des éléments clés de la discrimination des femmes sur le marché du travail.

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Notes

[ 1] Source : Eurostat, 2002, "Labour Focus Survey – Principal Results 2001, Candidates Countries", Statistics in Focus, n° 20.Retour

[ 2] En 2001, le pourcentage de la population à temps partiel au sein de la population employée varie de 16,8 % en Roumanie à 2,4 % en Slovaquie (3,5 % en Bulgarie et en Hongrie, 5,0 % en République Tchèque, 6,1 % en Slovénie, 10 % en Lettonie et 10,2 % en Pologne ). Source : Ibid.Retour

[ 3] Si la République Tchèque (76,3 %), la Slovaquie (73,1 %), la Hongrie (65,4 %), la Lettonie (60,1) présentent des taux de féminisation du travail à temps partiel relativement importants il en va tout autrement pour la Bulgarie (53,4 %), la Roumanie (53,6 %), la Slovénie (53,3 %), et la Pologne (56 %). Source : Ibid.Retour

[ 4] Le taux d’activité des femmes de 15 ans et plus était de 51,1 % en 1995 et de 48 % en février 2003. (Source : GUS 1999, GUS 2003a).Retour

[ 5] En novembre 2003, le taux de chômage était de 19,3 % soit 18,4 % pour les hommes et 18,4 % pour les femmes.Retour

[ 6] Conformément aux recommandations d’Eurostat, les statistiques polonaises font apparaître le nombre de travailleur à temps partiel sur la base d’une auto-définition quelque soit le temps de travail effectif des personnes interrogées.Retour

[ 7] Les femmesRetour

[ 8] Entretiens réalisés auprès d’actifs et d’actives à temps plein et temps partiel, ainsi qu’auprès de dirigeants d’entreprises ou de DRH. Au moment de la rédaction de cet article nous disposions de 46 entretiens.Retour

[ 9] L’enquête emploi menée par le GUS (Głowny Urząd Statystyczny – Bureau Central de la Statistique) répond aux critères des enquêtes emplois normées dans le cadre d’Eurostat. Les données exploitées par l’auteur portent pour 2001 sur un échantillon de 47 094 personnes en âge de travailler dont 20 564 avaient une activité professionnelle. Les résultats présentés sont basés sur des calculs réalisés à partir des réponses apportées aux questionnaires par les 47 094 enquêté(e)s et sont pondérés sur la base de 48 critères socio-démographiques, de façon à constituer un échantillon représentatif de l’ensemble de la population active polonaise.Retour

[ 10] Sauf indication contraire, les différentes données statistiques qui seront présentées dans la suite de l’article seront basées sur le traitement des données brutes de l’enquête emploi de Novembre 2001.Retour

[ 11] Cette importance des retraités parmi les travailleurs à temps partiel est une des caractéristiques de la plupart des PECO.Retour

[ 12] Près de 10 % des retraités maintiennent une activité professionnelle (11,8 % des hommes et 7,4 % des femmes).Retour

[ 13] Les hommes et les femmes ayant dépassé l’âge de la retraite (respectivement 65 et 60 ans) peuvent cumuler leur allocation avec d’autres revenus sans aucune limitation. Les personnes en pré-retraite et les bénéficiaires de rente d’invalidité peuvent conserver l’intégralité de la pension (rente) dans le cas où les revenus totaux n’excèdent pas 70 % du revenu minimum et 75 % de la retraite (rente) dans le cas où les revenus totaux représentent entre 70 et 130 % du revenu minimum.Retour

[ 14] En 2001, le secteur secondaire regroupait 29,3 % de la population active et le secteur tertiaire 52 %.Retour

[ 15] 12,3 % des femmes et 6,9 % des hommes.Retour

[ 16] En 2001, les travailleurs indépendants représentaient 22,5 % de la population active en Pologne contre seulement 14,8 % dans l’Europe des 15. Source : Commission Européenne, 2002. Pour plus d’informations sur le self-employement en Pologne voir Stéphane Portet (2003a).Retour

[ 17] Nous ne tenons compte ici que du temps partiel dans l’emploi principal, sans prendre en compte la situation dans l’emploi supplémentaire. 7,7 % des actifs polonais (9,2 % des hommes et 5,9 % des femmes) ont une activité supplémentaire, dans 90 % des cas à temps partiel et pour 70 % de moins de 20 heures.Retour

[ 18] Une telle ancienneté est la somme des années passées en occupant le même emploi, que ce soit à plein temps où à temps partiel. L’ancienneté moyenne pour les retraités est de 25 ans, ce qui témoigne du maintien du lien salarial avec l’entreprise d’origine au-delà du départ en retraite.Retour

[ 19] Calcul effectué sur la base des montants ayant cours en 2001, soit 360 zł pour l’allocation chômage.Retour

[ 20] Le temps partiel polonais est un temps relativement long, plus de 30 % des salariés à temps partiel travaillent plus de 30 heures/semaine, 50 % plus de 20 heures et seuls 10 % travaillent moins de douze heures semaine.Retour

[ 21] Le congé parental est de trois ans en Pologne, faiblement rémunéré sous condition de ressources du ménage et accessible aux hommes comme aux femmes. Il prévoit par ailleurs la possibilité d’une activité professionnelle à mi-temps ou à domicile.Retour

[ 22] Dans certains cas les chômeurs peuvent cumuler indemnités et activité professionnelle limitée.Retour

[ 23] Au total 3 024 personnes, salariées ou installées à leur compte.Retour

[ 24] Le volume de l’économie informelle en Pologne est évalué entre 15 % et 30 % du PIB. Dans une enquête menée auprès de 1 181 entreprises employant plus de deux salariés, les dirigeants d’entreprise avouent eux-mêmes embaucher 18,56 % de la main-d’œuvre clandestinement (Olszewski, 2003).Retour

[ 25] Pour le travail à temps plein les valeurs sont de 19,5 % pour l’ensemble, 19,7 % pour les hommes et 19,3 % pour les femmes.Retour

[ 26] 32,1 % des enfants de 3-5 ans et 5 % des moins de 3 ans bénéficient des moyens de gardes collectives (GUS 2002, MONEE 2002).Retour

[ 27] Echantillon de 483 individus, dont 269 actives (salariées ou installées à leur compte).Retour

[ 28] Dans les secteurs de la grande distribution, de l’informatique, du bâtiment, du service aux entreprises et du secteur associatif. Toutes ces entreprises sont dirigées par des Polonais à l’exception d’une entreprise de l’informatique, filiale d’un grand groupe mondial.Retour

[ 29] Dans la législation polonaise il n’est pas fait de différence entre les salariés à plein temps et les salariés à temps partiel pour définir le nombre d’employés d’une entreprise. Or, au-delà d’un certain seuil (5 salariés, 20 salariés), l’entreprise doit souscrire à des dépenses supplémentaires en termes d’infrastructure et de politique sociale, mais aussi à des exigences plus strictes en matière de régulation légale de la relation de travail.Retour

[ 30] Le droit du travail polonais prévoit 60 jours d’absence pour les mères et les pères pour garde d’enfant malade avec maintien de 80 % du salaire. Ce droit est de moins en moins utilisé par peur du licenciement.Retour

[ 31] Le taux de fécondité est un des plus bas d’Europe avec 1,30 enfants par femme en 2000 (Source : MONEE 2002 Database).Retour

[ 32] Les chiffres de la pluri-activité obtenus par la Fondation pour l’amélioration des conditions de vie et de travail sont un peu plus élevés que ceux donnés par l’enquête emploi.Retour

[ 33] L’indice de dissimilitude mesure le pourcentage d’emplois qu’il faudrait interchanger entre les hommes et les femmes pour obtenir une totale égalité (Duncan et Duncan 1955).Retour

Résumé

L’article s’ouvre sur le constat de la relativement faible féminisation du travail à temps partiel en Pologne. Sur la base du traitement des données brutes de l’enquête emploi polonaise mais aussi d’une recherche de terrain ayant duré trois ans, nous nous proposons de montrer ce qui se cache derrière cette réalité à la fois du point de vue des caractéristiques du travail à temps partiel en Pologne mais aussi plus largement du rôle du temps de travail dans la segmentation sexuée des professions. Le temps partiel polonais n’est pas un marqueur de genre, il est avant tout un palliatif aux carences de l’État providence qui force souvent les bénéficiaires de revenus de transferts à maintenir une activité professionnelle. Cependant, le temps de travail, est un des éléments clés pour comprendre la reconstruction de nouvelles inégalités de genre sur le marché du travail. Face à l’intensification et à l’allongement du temps de travail, les stratégies des hommes et des femmes se distinguent, un des effets directs de cette dynamique est l’accroissement de la segmentation sexuée des professions et du chômage.



The article starts by stating the relatively low feminization rate of part time work in Poland. On the basis of the computing of basic data of the Polish employment survey, but also of a field study that lasted three years, the hidden facts behind this reality are considered from the angle of the characteristics of part-time work in Poland, but also of the role played by working hours in the gendered segmentation of professions. Polish part time employment is not merely a gendered scorer: it is first of all a palliative to the shortcomings of the Welfare State. It forces the beneficiaries of transfer incomes to maintain a professional activity. However, working hours are a key to the understanding of the reconstruction of new gender inequalities on the workplace. Confronted with intensification and extension of working hours, men and women adopt different strategies. One of the most direct effects of this evolution is the increase of the gendered segmentation of professions and of unemployment.


Unsere Untersuchung geht von der relativ schwachen Feminisierung von Teilzeitarbeit in Polen aus. Sowohl anhand unserer Auswertung der Daten der polnischen Arbeitsmarktstudie, als auch der Ergebnisse einer dreijährigen Feldforschung, behandelt der Text die verdeckten Seiten dieser Realität in Hinblick auf die spezifischen Eigenschaften von Teilzeitarbeit in Polen und deren Rolle in Bezug auf die sexuelle Arbeitsteilung im Allgemeinen. Die Rolle von Teilzeitarbeit in Polen entspricht weniger einer Geschlechtertrennung, als es sich um eine Notlösung für Sozialhilfeempfänger handelt, die dazu gezwungen sind weiterhin einer Erwerbstätigkeit nachzugehen um ihre unzureichenden Mittel aufzubessern. Nichtsdestotrotz stellt die Teilzeitarbeit jedoch ein Schlüsselelement zum Verständnis von neuen geschlechtlichen Ungleichheiten auf dem Arbeitsmarkt des zeitgenössischen Tanzes analisiert. Frauen und Männer entwickeln unterschiedliche Strategien in Reaktion auf die Intensivierung und Verlängerung der Arbeitszeit. Diese Dynamik hat einen Anstieg der sexuellen Segregation der Berufe und der Arbeitslosigkeit zur direkten Folge.


El artículo se abre con la constatación de la feminización relativamente poco notable del trabajo a tiempo parcial en Polonia. Basándonos en el tratamiento de los datos brutos de la encuesta polaca sobre el empleo y también en investigaciones de terreno llevadas durante tres años, pretendemos demostrar lo que se oculta detrás de esta realidad, tanto desde el enfoque de las características del trabajo a tiempo parcial en Polonia, como, más ampliamente, del papel que desempeña el tiempo parcial en la segmentación sexuada de las profesiones. El tiempo parcial polaco no es un marcador de género, ante todo es un paliativo frente a las carencias del estado de bienestar, que a menudo obliga a los beneficiarios de subsidios sociales a mantener una actividad laboral. Sin embargo, la duración de la jornada laboral es uno de los elementos clave para comprender la reconstrucción de nuevas desigualdades de género en el mercado laboral. Frente a la intensificación y al alargamiento del tiempo de trabajo, las estrategias de los hombres y de las mujeres difieren, y uno de los efectos directos de esta dinámica es el incremento de la segmentación sexuada de las profesiones y del desempleo.

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Stéphane Portet « Le temps partiel en Pologne », Travail, genre et sociétés 2/2004 (N° 12), p. 127-144.
URL :
www.cairn.info/revue-travail-genre-et-societes-2004-2-page-127.htm.
DOI : 10.3917/tgs.012.0127.