Travailler
Martin Média

I.S.B.N.sans
230 pages

p. 73 à 97
doi: en cours

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Dossier : Les émotions dans le travail

n° 9 2003/1

2003 Travailler Dossier : Les émotions dans le travail

Sur la ligne de feu : transformation du travail relationnel dans un centre commercial et une banque en Norvège  [1]

Ulla Forseth Sintef Gestion industrielleN-7465 Trondheim, Norvège Carla Dahl-Jørgensen
Dans cet article, nous nous pencherons sur la question de savoir comment les changements dans le monde du travail ont influencé la nature du travail relationnel des employés dans le secteur des services. Nous allons explorer, selon une perspective de genre, de quelle façon les employés de deux secteurs, la vente au détail et les services bancaires, vivent leur journée de travail. Notre intérêt se concentre principalement sur les femmes qui accomplissent un travail émotionnel et sur les aspects reliés au travail sans cadre défini et sur l’ambivalence. In this paper we will address the question of how changes in the world of work have influenced the nature of work for employees in relational service work. We will explore such aspects from a gender perspective. This will be done by addressing how employees in two sectors retail and banking, experience their workday. Our focus is primarily directed towards the women performing emotional labour and aspects related to boundless work and ambivalence.Keywords : sociology of emotions, management of emotions, gender, banking services. En este articulo vamos a tratar sobre cómo los cambios en el mundo del trabajo han influenciado la naturaleza del trabajo interactivo de los empleados en el sector de los servicios. Vamos a explorar, según una perspectiva de género, de qué manera los empleados de dos sectores distintos, la venta al detal y los servicios bancarios, viven su jornada de trabajo. Nuestro interés se concentra, principalmente, en las mujeres que llevan a cabo un trabajo emotivo y para los aspectos ligados al trabajo que no poseen un marco definido y a la ambivalencia.Palabras claves : sociología de las emociones, manejo de las emociones, género, servicios bancarios.
En dépit des controverses et des mythes concernant la nature et l’ampleur des transformations en cours dans le monde du travail (Bradley et al., 2000), certains faits font consensus et l’on s’accorde en général pour reconnaître la croissance de l’industrie des services et l’importance particulière accordée aux formes de production symboliques, et ce, même dans d’autres secteurs que les services. Ainsi, un grand nombre de travailleurs des pays industrialisés accomplissent un travail relationnel dans les services, aussi connu sous le nom de « travail émotionnel » (Hochschild, 1983). Il s’agit d’un travail intangible, produit et consommé simultanément, et dont le consommateur lui-même est un important coproducteur (Normann, 1984). De plus, les émotions sont importantes en tant qu’outils de travail et il existe souvent des directives émanant de l’administration, explicites ou implicites, concernant le comportement et l’apparence à adopter. Ainsi, les caractéristiques personnelles des travailleurs du secteur tertiaire deviennent partie intégrante de la prestation de service et une importante partie de leur travail consiste à produire des relations sociales. Plus encore, le travail relationnel dans les services est stratifié par les caractéristiques des travailleurs comme le genre, la classe et l’origine ethnique. Cela détermine non seulement quels sont les individus que l’on considérera comme appropriés pour occuper certains emplois, mais aussi quels seront ceux qui voudront occuper certains postes ainsi que la façon dont le travail sera accompli (Macdonald et Sirianni, 1996). En effet, même lorsque femmes et hommes occupent les mêmes postes, il se peut qu’ils aient à combler des attentes très différentes qui influencent à leur tour leurs conditions de travail (Pierce, 1995).
Jusqu’ici, les premiers écrits à propos du travail émotionnel ont mis l’accent sur les exigences « invisibles » des tâches émotionnelles, les aspects reliés au genre et les « coûts humains » tels que l’aliénation, l’inauthenticité, l’épuisement émotionnel et l’épuisement professionnel (burn-out) (Hochschild, 1983 ; Van-Maanen et Kunda, 1989). Ce biais négatif a été contesté dernièrement, car il constitue une entrave à la compréhension du plaisir que peuvent procurer ces activités (Fineman 1993, Leidner 1993, Wharton, 1993). Dans cet article, nous allons explorer ces aspects selon une perspective de genre. Nous le ferons en examinant de quelle façon les employés de deux secteurs dont les emplois sont principalement occupés par des femmes, la vente au détail et les services bancaires, vivent leur travail au quotidien. Ainsi, notre intérêt se concentre principalement sur :
  1. les femmes qui accomplissent un travail émotionnel ;
  2. les aspects reliés au travail sans cadre défini ;
  3. l’ambivalence.
De cette façon, nous aimerions donner la parole aux femmes qui se trouvent au bas de la hiérarchie afin de contrebalancer ce que certains considèrent comme une tendance à canaliser toute l’énergie autour des plus influents et des mieux nantis, et une graduelle mise en silence des groupes jouissant de moins de pouvoir (Bradley et al., 2000).
 
Cadre théorique
 
 
Il existe actuellement, parmi les sociologues, un désaccord considérable en ce qui concerne la nature et l’ampleur des changements qui surviennent actuellement dans le travail aussi bien qu’en ce qui concerne les conséquences de ces changements. Selon la piste proposée par Bradley (1999) et Lyon (1988), les débats sociologiques actuels autour du travail peuvent être groupés en trois grandes catégories.
1) Les visions postmoderniste et postindustrielle, indépendamment de leurs différences, apportent des changements fondamentaux et révolutionnaires sur le plan des relations et des pratiques de travail qui se traduisent par des conditions de travail améliorées. Bell (1976) a été abondamment cité en raison de sa vision du postindustrialisme comme une société de loisirs où les emplois s’améliorent au fur et à mesure que le travail manuel devient de moins en moins nécessaire. Giddens (Giddens, 1994 : p. 179) reprend l’idée que les nouvelles formes de production pourraient permettre une plus grande autonomie et une meilleure estime de soi à l’intérieur du travail. La flexibilité, à cet égard, est perçue de façon positive. Les organisations et emplois postmodernes sont décrits comme étant « grandement dédifférenciés, délimités et multiqualifiés » (Clegg, 1990 : p. 181). Lash et Urry (Lash et Urry, 1994 : p. 7) ont mis en évidence de quelle façon un changement économique peut contribuer à libérer les individus de la rigidité du procès de travail fordiste. Cela se traduit, pour les travailleurs, par une visibilité, de meilleures qualifications et un gain de pouvoir. Il y aurait là un espoir de démocratisation du travail.
2) La position marxiste, souvent associée à la perspective du procès de travail découlant des travaux de Harry Braverman (1974), brosse un tableau opposé. Selon cette perspective, les continuités des organisations capitalistes sont aussi caractéristiques que les changements, et les changements, effectués petit à petit, sont « évolutionnaires » plutôt que révolutionnaires. Au lieu de l’augmentation des qualifications et du gain du pouvoir, le développement capitaliste amène une polarisation des compétences, une dégradation des tâches et une intensification. La poursuite des profits a entraîné un besoin de flexibilité, considérée comme un équivalent de l’intensification. Les travailleurs salariés souffrent encore plus du manque de pouvoir et de la détérioration des conditions de travail. On attribue cet état de choses en partie à la globalisation, aux nouvelles technologies et aux restructurations, à la baisse d’influence des syndicats. Plus encore, de nouvelles techniques de gestion offrent des possibilités de surveillance accrue de chacun des travailleurs.
3) La troisième position est intermédiaire, et elle est appuyée par un grand nombre de recherches empiriques (Bradley, 1996 ; 1999). Cette partie de la littérature met l’accent sur la continuité et le changement dans un micro et un macrocontexte, mais suggère que le changement s’opère progressivement et de façon constante, plutôt que par bouleversements spectaculaires comme on le laisse entendre dans le scénario postmoderne. Néanmoins, la vision bravermanienne du contrôle accru et de la déqualification est également rejetée comme étant trop négative. Selon cette piste, ce dont nous avons besoin est une approche contextuelle des transformations du travail et de leurs conséquences actuelles.
Notre point de départ est une perspective de genre ayant comme point focal les émotions en tant qu’« outils de travail ». Dans les services, le travail émotionnel signifie que l’on doit utiliser les émotions pour conserver une expression du corps ou du visage perceptible ou créer une expérience ou une réponse émotionnelle chez les consommateurs (Hochschild, 1983). Ce type de travail peut prendre plusieurs formes, en passant par la « personnalisation d’une relation impersonnelle », l’absence de réaction face aux comportements abusifs des clients ou encore le maintien d’un sourire sincère à tout prix (Hochschild, 1983 : 109). Le travail émotionnel n’est pas un nouveau type de travail. Toutefois, la compétition et la croissance accrues dans le secteur des services ont forcé les organisations à se focaliser davantage sur la nature et la qualité du service qui est fourni. Ainsi, les émotions sont devenues commerciales et institutionnelles, et de plus en plus exposées au contrôle de la part de l’administration, afin de conserver une avance sur la concurrence. En effet, on demande de plus en plus aux salariés de la base, dans le secteur des services, de s’investir dans leur travail de la façon qui était naguère associée aux professionnels hautement qualifiés et aux directeurs (Macdonald et Sirianni, 1996). Il est possible que cela rende l’emploi plus intéressant et stimulant. En même temps, les restructurations et les licenciements ont contribué à l’intensification et à l’insécurité au travail. Cette double nature des transformations pourrait être nodale dans les expériences de travail et expliquer les réponses ambivalentes des salariés.
Le travail relationnel dans le secteur des services implique que les employés se présentent, et eux-mêmes, et leurs émotions, aux consommateurs ou aux clients. Les premiers écrits sur le travail émotionnel ont mis en évidence le fait que celui-ci est sexué (Hochschild, 1983). En général, le travail émotionnel a été perçu comme plus présent chez les femmes que chez les hommes, en raison de la subordination historique de la femme dans la société. Plus encore, les femmes et les hommes ont tendance à effectuer des types différents de travail émotionnel. On attribue souvent aux femmes la tâche d’être gentille et de maîtriser la colère et les agressions (Hochschild, 1983 : 163). On les préfère aux hommes dans des postes où elles peuvent rehausser le statut des autres en étant jolies, souriantes, et respectueuses et polies. On demande souvent aux hommes d’être « plus désagréables qu’à l’habitude » envers ceux qui enfreignent les règles de toutes sortes, ou d’être calmes, impassibles ou sévères. Troisièmement, les femmes ont en général un bouclier statutaire moins solide en raison de leur subordination historique dans la société. Lorsque les femmes et les hommes réalisent un travail émotionnel, on attend souvent de la femme qu’elle Å“uvre telle une mère bienveillante alors que l’on n’espère pas des hommes qu’ils soient aussi attentionnés et prévenants (Pierce, 1995). Il ne s’agit pas ici de laisser entendre que les travailleurs se fondent passivement dans les règles de sentiments et Pierce a découvert que les femmes qui occupaient un poste d’assistante juridique pouvaient répondre à ces exigences de trois façons différentes. Certaines avaient adopté le rôle stéréotypé que l’on attendait d’elles, d’autres l’avaient rejeté et un troisième groupe avait adopté une attitude plus distanciée, notamment en tournant en dérision le fait qu’elles agissaient en tant que gardienne d’enfant pour les avocats. Se comportant de façon particulièrement hétérosexuelle, les hommes assistants juridiques avaient tendance à re-formuler la nature de l’activité, afin de mettre en valeur des qualités traditionnellement masculines, ou marquaient la distance en offrant un service machinal, appris par cÅ“ur.
Les premiers écrits à propos du travail émotionnel ont également mis en lumière les coûts humains reliés à ce genre de travail, particulièrement lorsqu’il existe une dissonance entre les émotions ressenties et celles qui « devraient » être éprouvées (Hochschild, 1983). Parmi les effets nuisibles, on retrouve l’aliénation, le manque d’authenticité, la surcharge de travail, la fatigue extrême et l’épuisement professionnel. Cette représentation négative du travail émotionnel a été critiquée dans des comptes rendus récents pour être un préjugé qui négligerait le rôle du plaisir dans ce genre de travail. Se retrouver sous les feux de la rampe dans une cabine d’avion, une salle de restaurant, les rayons d’une boutique ou le bureau d’un client, peut être un jeu-performance dont tous ressortent gagnants, auquel cas cela peut être agréable d’y jouer (Wouters, 1989). Le plaisir est de réussir une bonne performance et Fineman (1993) a mis en évidence l’existence de « masques émotionnels » entre le fournisseur de services et le client. Aucune des deux parties ne croit à l’« authenticité » des sentiments dépeints, mais chacun a besoin que l’autre remplisse sa partie. Les difficultés surviennent lorsque le comportement de travail et le moi fusionnent, et que les feux de la rampe ne s’éteignent jamais. Il est également possible que ce genre de travail puisse être à la fois épuisant et source de beaucoup de plaisir, ce pourquoi l’ambivalence peut être un concept utile (Forseth, 2001).
Dans cet article, nous essaierons de situer les changements dans leur contexte micro et macro afin de mieux comprendre comment ils ont influencé la nature du travail relationnel des employés dans le secteur des services. Quels liens existe-t-il entre ces changements et le genre, et comment sont-ils vécus individuellement ? Jusqu’à quel point peut-on considérer que ces changements sont positifs (au sens où ils sont considérés comme stimulants par les employés et représentent une actualisation de leurs compétences) ? Ou jusqu’à quel point sont-ils considérés comme contraignants et sans limites ?
 
Données et méthode
 
 
Les données proviennent d’un programme d’intervention établi à l’échelle nationale, « La Santé dans le Monde du Travail », qui s’est déroulé entre 1995 et 1999, et qui a été financé par le Conseil norvégien de la Recherche. Le projet comprenait une grande variété de méthodes allant du sondage aux entretiens, observations, discussions de groupe et travail à partir de souvenirs d’incidents déterminants. Dans cet article, nous nous attarderons sur les questions à développement libre du sondage, les entretiens, les discussions de groupe et de l’observation.
Bien que le nombre d’études concernant le travail émotionnel ait connu une progression, des études supplémentaires ont été exigées, particulièrement dans les secteurs de la vente au détail, des soins de santé, des services d’affaires et du travail de bureau (Bernhardt, 1998). Nous voulions des cas où le contexte et la nature des relations avec le consommateur soient différents. L’échantillonnage était constitué d’une banque, d’un centre commercial et d’une agence municipale de santé et de soins, soit un total de 953 personnes. Dans cet article, nous nous penchons sur les cas du secteur privé, car ils représentent le travail émotionnel en tant que moyen pour dégager un profit, en opposition au travail émotionnel en tant que moyen pour produire le bien-être dans le secteur des soins publics. L’échantillon de la banque dénombrait 149 employés provenant du siège et de 12 succursales offrant des services bancaires aux particuliers. D’autres succursales situées dans des régions encore plus éloignées n’ont pas été englobées dans cette étude. Les employés étaient principalement des conseillers à la clientèle (anciennement nommés caissiers et « consultants ») et 20 directeurs. L’échantillon du centre commercial était formé d’employés provenant de 33 unités différentes de dimensions variables, pour la plupart des boutiques de vêtements à la mode, quelques cafétérias et un salon de coiffure. Un total de 180 personnes ont pris part à l’étude, essentiellement des vendeuses et 27 directeurs.
La majorité des employés étaient des femmes, 87 % au centre commercial et 66 % à la banque. Le travail à temps complet était répandu à la banque alors que le travail à temps partiel était chose commune au centre commercial : le pourcentage moyen des postes à temps complet à la banque atteignait 93 % et 75 % pour le centre commercial. Les employés de banque détenaient la plus longue période, en termes d’années d’expérience (20 ans), et les commis de boutique la plus courte (9 ans). Le nombre d’années d’existence des organisations s’étalait respectivement de 10 et 6 ans. La moyenne d’âge se situait à 34 ans pour le centre commercial et à 43 ans pour la banque.
Dans les deux cas, on attend des employés qu’ils valorisent le statut du client en utilisant des émotions positives. Toutefois, pour eux, le travail bancaire a été plus prometteur en termes d’élévation de statut que ne l’a été la vente au détail. De plus, les employés de la banque possédaient de nombreuses années d’expérience et de service à des postes à temps complet. En revanche, le centre commercial affichait un taux de roulement plus élevé et des emplois à temps partiel occupés par des étudiants et des femmes. Dans les deux cas, il y a eu restructuration à l’aube de la globalisation, de la déréglementation et de la compétition accrue. De plus, la banque avait traversé une période de bouleversements importants, causés par les interventions de l’État, les réductions d’effectifs et les licenciements.
 
Le centre commercial. Hier et aujourd’hui : changements du micro et du macrocontexte dans le secteur du commerce au détail
 
 
En Norvège, depuis les dernières décennies, le secteur de la vente au détail a été le théâtre de changements importants, mais de nature différente de ceux du secteur bancaire. Dans le commerce au détail, les changements ont été essentiellement reliés aux développements technologiques et au contexte dans lequel le shopping prend place. Des études récentes ont démontré, par exemple, que le shopping se déplaçait vers des « intérieurs contrôlés » (Falk et Campbell, 1997), comme c’est le cas avec l’expansion des centres commerciaux. De plus, le secteur a été profondément réorganisé du fait de l’implantation de nouveaux appareils technologiques conçus pour améliorer la productivité et réduire les coûts de la main-d’Å“uvre. Ces changements sont sans aucun doute la conséquence de la communication électronique instantanée. Les très gros détaillants peuvent, par exemple, traiter directement avec les fabricants sans recourir aux services des grossistes. Les détaillants peuvent utiliser les données recueillies par les scanneurs situés aux points de vente et les transmettre directement aux fabricants par échange de données informatisé (edi), et commander les articles nécessaires dans les quantités voulues. De plus, l’utilisation du code universel des produits (cup) aide les détaillants à savoir exactement quels sont les articles qui sont vendus et en quelle quantité. De la même manière, les données recueillies au point de vente participent à éliminer le temps jadis nécessaire à l’étiquetage et du même coup réduisent le nombre d’erreurs commises. Ces changements ont supprimé « […] les bons de commandes, les notes de chargement, la nécessité de conserver sous la main des inventaires élevés et ils ont réduit les coûts du travail de bureau en éliminant la main-d’Å“uvre nécessaire à chaque étape du procédé traditionnel de traitement des commandes, d’expédition et de mise en entrepôt » (Rifkin, 1995 : 104). Ainsi, la nature du travail dans le secteur de la vente au détail a été transformée, et (comme c’est sensiblement le cas dans le secteur bancaire) cela ouvre la voie à une plus forte concurrence, à de nouveaux services, et également à plus de flexibilité mais aussi à davantage de compétences requises chez les employés.
Un autre des changements majeurs survenus, depuis les années 1980, est l’émergence de la rationalisation. Aux États-Unis, le taux de croissance de l’emploi dans ce secteur atteignait, en moyenne, près de 3 % entre 1967 et 1989, contre 1,5 %, voire moins, dans les années 1990. Par exemple, Sears, le géant américain des chaînes de grands magasins, a supprimé 50 000 postes en 1993, réduisant ses effectifs de 14 %. Pourtant, durant la même année, les revenus des ventes augmentaient de plus de 10 %. Cette rationalisation a particulièrement touché les caissiers, des femmes en majorité, qui représentent l’un des groupes les plus nombreux dans le secteur des services.
Une compétition accrue, une efficacité redoublée et des évolutions dans les habitudes d’achat des consommateurs postmodernes ont entraîné la création des centres commerciaux. Ces consommateurs postmodernes cherchent désormais à concentrer leurs achats dans un même espace qui puisse également les divertir (Falk et Campbell, 1997). Les centres commerciaux sont vécus comme un phénomène nouveau en Norvège. Les petits magasins indépendants se sont raréfiés au profit des gros centres commerciaux, lesquels rassemblent de nombreux magasins et d’autres services dans un lieu public unique. Comme le démontrent d’autres études, les centres commerciaux sont devenus des lieux publics influents où se forment et se construisent des identités sociales (ibid. : 1997). En tant que lieux de travail, les centres commerciaux ont modifié les conditions de travail des salariés. La prolongation des heures d’ouverture représente un changement majeur. Ainsi, pour être plus longtemps accessibles au public, les centres commerciaux ont imposé à leur personnel des horaires par roulement et, subséquemment, une flexibilité des heures de travail. Selon un de nos informateurs, autrefois, la plupart des employés étaient des ménagères qui considéraient leur travail comme un moyen de gagner de l’« argent de poche ». La prolongation des heures de travail s’est donc traduite, pour de nombreuses mères de famille, par des difficultés à concilier vie professionnelle avec vie familiale. Il en résulte qu’un grand nombre d’employés se compte dorénavant parmi les jeunes femmes, avec une sur-représentation d’étudiantes. En d’autres mots, un profil précis d’employées, prêtes à travailler à heures flexibles et ne désirant pas y mener carrière. Cela explique le taux de renouvellement de personnel plus élevé que celui constaté dans le secteur bancaire.
Une autre adaptation s’effectue dans le type, et de travailleur recherché, et des qualifications demandées. Auparavant, les desiderata en termes de qualifications n’étaient pas aussi élevés. Toutefois, cette tendance se modifie en raison de la concurrence et parce que les consommateurs sont plus avertis. Aujourd’hui, les salariés sont tenus d’assimiler de meilleures connaissances concernant les produits vendus. Cet état de fait ne se manifeste pas encore aussi fortement que dans le secteur bancaire, mais les informateurs nous ont révélé que les requêtes des employeurs pour des qualifications plus formelles sont particulièrement significatives dans les magasins qui font partie de chaînes, qu’elles soient nationales ou internationales.
Conséquence d’une concurrence soutenue, ce secteur a été le témoin d’une standardisation résultant non seulement des changements technologiques, mais aussi des fusions. Chaque centre commercial présente quasiment la même liste de magasins. Mais, en parallèle, chaque centre doit développer sa propre image, ce qui entraîne a contrario un processus de diversification. Le centre commercial qui nous intéresse « vend » sa situation géographique proprement dite, mais colle son « image » au type de clientèle auquel il cherche à s’identifier. Ici, la jeune génération. Ce centre est situé dans la vieille ville, au centre, à la place du vieux marché où, jadis, les fermiers venaient vendre leurs produits. Cette foire est maintenant un événement qui n’a lieu que l’été et qui n’investit plus qu’une petite surface. La place du marché a ainsi été muée en ce qui, finalement, en est la forme contemporaine : un centre commercial pour consommateurs modernes. En raison de sa situation centrale et de sa proximité avec deux écoles secondaires, le centre commercial est devenu un endroit très prisé par les jeunes. S’y déroulent des défilés de mode et des événements sociaux qui leur sont destinés. Cependant, sa situation centrale attire aussi les gens qui ont des problèmes sociaux, alcooliques ou toxicomanes, lesquels ont tendance à y voir un endroit où se réfugier. Ce centre commercial se démarque des autres centres installés dans plusieurs petites villes en Norvège, ces dernières années, et situés pour la plupart en banlieue. Un jour, le directeur général a défini le caractère unique de son établissement par cette remarque : « Chez nous, vous n’aurez pas l’occasion de voir une mère avec son enfant dans un chariot rempli de couches et de papier hygiénique ».
 
Du travail de la vente à la mise en scène et l’affichage des émotions
 
 
Les changements survenus dans ce secteur et la primauté accordée à la vente et au profit ont eu des conséquences sur le vécu des vendeurs et sur leurs conditions de travail. Des plaintes se sont fait entendre alors que nous examinions l’environnement et l’organisation pratique du travail de nos informateurs. Comme nous avons pu le constater, la plupart des boutiques étaient de surface modeste et les locaux ne laissaient que peu de place au retrait par rapport à la clientèle. N’ayant que quelques collègues sur place au même moment, les employés ont exprimé le sentiment d’être constamment « sur scène », s’exécutant aussi bien pour les clients que pour les directeurs. Cette information nous a ouvert les yeux sur la centralisation des émotions et de l’affichage émotionnel dans les situations de ligne de feu. Les employés du centre n’effectuaient pas leur travail de façon irréfléchie ou insouciante, mais ils se géraient eux-mêmes, comme s’ils étaient un réservoir d’émotions dans lequel ils pouvaient puiser afin de jouer le rôle pour lequel ils étaient rétribués. Loin d’être du travail non qualifié, plusieurs qualifications étaient nécessaires afin de fournir un service de grande qualité (pour une discussion plus approfondie, voir Soares, 1998). « Lorsque des nouveaux clients entrent, j’essaie rapidement de savoir quel genre de personnes ils sont, affirme un vendeur. Est-ce qu’ils veulent qu’on les aide ou préfèrent-ils qu’on les laisse seuls ? Au bout de quelques secondes, je sais comment jouer mes cartes. » D’autres vendeurs ont expliqué avec soin comment la psychologie s’inscrit dans leur travail ; de quelle façon la persuasion active, des commentaires à propos de l’apparence d’une personne, le fait de porter une veste pour paraître plus sérieux ou une petite touche de flirt peuvent s’avérer utiles en certaines occasions, alors qu’une attitude plus réservée peut être préférable en d’autres cas. On nous a également relaté le cas de « clients » réguliers qui entraient « en passant », non pour acheter quelque chose, mais plutôt pour tuer leur temps et trouver quelqu’un à qui parler. Certains affirmaient presque incarner le rôle de « travailleurs sociaux » pour ces clients.
Dans certains magasins, ces inquiétudes avaient été élaborées en stratégies formelles. Une vendeuse se rappelait comment son patron lui avait conseillé au début de « se tenir plus près » et de « bouger avec assurance ». Ce même propriétaire était reconnu pour donner aux nouveaux employés des directives sur la façon d’agir au travail : Ils devaient toujours être bien vêtus et alors qu’un peu de parfum léger et de rouge était une très bonne idée, le chewing-gum était proscrit en toutes circonstances. Lorsque le directeur était présent, les « ressources corporelles » du personnel étaient gérées consciemment : Une fille d’allure fraîche et candide se retrouvait responsable des articles de moindre importance près de l’entrée, tandis qu’une beauté orientale était normalement responsable des vêtements pour jeunes hommes. Une jeune fille pas-tout-à-fait-aussi-jolie, mais très élégante et volubile, s’occupait du département des jeunes filles, alors qu’une femme de vingt-huit ans, à l’apparence plus classique, s’occupait des clients d’âge mûr. Les vendeuses recevaient comme instructions de ne jamais paraître agitées et on leur interdisait explicitement d’avoir l’air inoccupé, même lorsqu’il n’y avait pas de clients et que le nettoyage habituel était fait, il leur fallait toujours avoir l’air affairé afin de « donner une bonne impression ». Dans le même magasin, des caméras de surveillance reliées au bureau du directeur étaient placées à des endroits stratégiques. Bien que le but avoué soit de prévenir le vol et que jamais personne ne se soit opposé à leur utilisation, le personnel a signalé que les caméras les gênaient et les mettaient mal à l’aise, car il était difficile d’« agir naturellement », sachant que le patron les regardait.
Sans aller aussi loin, d’autres magasins poursuivaient également des politiques franches dans lesquelles le langage émotionnel était concerné : regarder chacun des clients bien en face et dans les yeux. Être souriantes, les saluer personnellement et offrir un bref contact « peau à peau » au moment où l’argent changeait de main. Ces actions étaient supposées communiquer le concept amical et « personnel » pour lequel la chaîne avait opté. Dans plusieurs autres magasins, les employés devaient arborer les vêtements de leur chaîne respective et devaient changer de tenue chaque jour afin de rendre les produits visibles et attirants.
À une époque où l’on réalise de plus en plus que les émotions sont des constructions culturelles, plusieurs magasins vendaient autant d’images et d’émotions qu’ils vendaient d’articles singuliers tels du maquillage, des vêtements ou des bijoux. Les vendeuses devaient se transformer en mannequins d’exposition pour les tendances mode du moment. Certaines boutiques offraient tout ce dont une personne avait besoin pour se parer d’un look nouveau et sportif, tandis que d’autres valorisaient un style plutôt « rebelle » et d’autres encore séduisaient ceux qui désiraient présenter une allure classique ou formelle d’eux-mêmes. Mais dans tous les cas, les vendeuses devaient se montrer dignes des idéaux féminins actuels de jeunesse, de force et d’androgynie. Le travail émotionnel est devenu un « projet » de plus en plus relié au travail qui lui sert également de voie de communication. Dans un grand nombre de magasins que nous avons étudiés, on attendait des vendeuses et des vendeurs qu’ils expriment leurs émotions en tant que représentations de tout ce qu’un client pourrait désirer ou vouloir être. Bien qu’un rôle de ce genre soit plaisant de temps à autre, plusieurs personnes nous ont indiqué qu’il leur arrivait parfois aussi de le vivre comme un fardeau. Une femme de trente ans, travaillant dans une boutique typique pour jeunes filles, a expliqué pourquoi elle commençait à se sentir déphasée par rapport au concept de la chaîne pour laquelle elle travaille ; « Je commence à être un peu fatiguée. C’est comme… J’aime encore le style de vêtements que nous vendons – ça n’aurait pas fonctionné autrement, mais il vient un temps où il faut aller de l’avant. Jusqu’à un certain point, on doit s’identifier au groupe auquel on s’adresse. Je ne vendrai certainement plus ces vêtements, disons, dans dix ans d’ici ! » Dans un magasin pour jeunes filles, on fait appel à un type différent de travail émotionnel que celui utilisé dans une boutique destinée à la génération suivante. Un certain nombre de nos informatrices les plus jeunes avaient la même attitude, précisant qu’elles aimaient le travail au centre commercial, mais seulement pour un certain temps, jusqu’à ce qu’une possibilité d’emploi plus intéressant se présente. Mais de l’autre côté, parmi les employés plus âgés possédant une plus grande expérience, plusieurs personnes avaient la sensation d’être « piégées » : Elles ont exprimé un ardent désir de changement pour un type d’emploi totalement différent, mais en étant persuadées de ne pas y parvenir.
 
La banque. Hier et aujourd’hui : changements du micro et du macrocontexte dans le secteur des services bancaires
 
 
L’industrie bancaire a connu des changements fondamentaux durant ces dernières décennies. Dès les années 1970, l’informatisation, le développement des distributeurs automatiques, le dépôt direct des salaires et le système virement bancaire pour le paiement des factures ont commencé à transformer la nature du travail bancaire (Acker, 1994b). La déréglementation subséquente de cette industrie a aboli les contrôles qui, jusqu’alors, limitaient les transactions à l’étranger, la quantité des prêts et réglementaient les taux d’intérêts. Cette déréglementation a ouvert la porte à une compétition plus rude, à de nouveaux services et à une demande accrue pour ce qui est de la flexibilité et des compétences (O’Reilly, 1992). L’expansion du début des années 1980 a été suivie, dans les années 1990, par une période de régression qui a atteint son paroxysme avec la crise bancaire pour laquelle le gouvernement a dû intervenir afin d’éviter fermetures et liquidation, et ensuite par une nouvelle ère de fusions, de compétition féroce, d’automatisation, de restructuration et de rationalisation. Les banques ont traversé des périodes turbulentes durant la dernière décennie (Crompton, 1989 ; Crompton et Birkelund, 2000). Une des questions cruciales a été la réduction des effectifs simultanément à la modernisation et la restructuration du travail sur la ligne de feu, et l’incitation à de nouveaux types de qualifications et qualités personnelles (pour une analyse plus approfondie du contexte britannique, voir Halford et Savage, 1995). Au même moment, la relation face à face entre le fournisseur de services et le client a été remplacée par une transaction de service avec une machine. Pour les banques, les distributeurs automatiques ainsi que les services bancaires par téléphone et par Internet sont des exemples de cette nouvelle standardisation globale. Pour ce qui est du nombre d’employés, les banques deviennent le domaine réservé aux femmes dans plusieurs pays occidentaux, mais, en termes de pouvoir et de contrôle, les hommes dominent (Acker, 1994b ; McDowell, 1997). Toutefois, de plus en plus de femmes accèdent à des postes de direction à des niveaux de direction intermédiaire, particulièrement aux échelons les plus bas (Savage, 1992).
En raison de ces divers changements, cette banque a connu de grands bouleversements, tout comme d’autres banques norvégiennes, incluant une intervention de l’État sur le capital, la rationalisation, les restructurations et les licenciements à la fin des années 1980 et au début des années 1990. Ces bouleversements ont eu des répercussions sur des aspects structurels et culturels de l’organisation aussi bien que sur la nature et le contenu des services offerts. Dans cette nouvelle ère, la banque poursuit une double stratégie basée sur les nouvelles technologies, l’automatisation et le positionnement dans le voisinage, l’amélioration des compétences et les gains de pouvoir. Le nombre d’employés a été réduit de façon drastique ces dernières années et la banque a contracté de nouvelles alliances stratégiques à travers les fusions et la collaboration avec d’autres banques à l’échelle nationale et internationale. À la suite de ces développements, de nouveaux produits de service, comme l’assurance et les fonds d’actions, ont été proposés. De plus, l’apparition des nouvelles technologies a changé à la fois la façon d’accomplir le travail et celui qui l’exécute. Un des informateurs de cette étude a utilisé les termes « autrefois » et « maintenant » pour exprimer la transformation survenue dans le secteur financier. Autrefois, les banques avaient l’habitude d’être des institutions « repliées sur elles-mêmes » et l’intérêt pour la clientèle était faible. Les banques avaient attiré nombre d’employés « en quête de sécurité » pour citer les propos d’un des informateurs. La fiabilité et la méticulosité étaient primées chez les employés de banque qui travaillaient selon des instructions détaillées. Les banques étaient des institutions traditionnelles, bureaucratiques et hiérarchiques et leurs employés étaient des « administrateurs » financiers, fiables et stables. La majorité des employés avaient peu de qualifications formelles et ils pouvaient compter sur le fait d’avoir un emploi à la banque pour le reste de leur vie. Comme le scandait le slogan, aucune carrière n’était plus « sûre qu’à la banque », mais la situation a évolué de façon dramatique.
Il y a eu des changements considérables dans la répartition des emplois, selon le genre, de cette banque au cours des dernières décennies. Au temps ancien, les postes d’agent de guichet (alors) au statut élevé étaient occupés par des hommes vénérables. De nos jours et dans cette banque, la majorité des travailleurs sur la ligne de feu sont des femmes et le statut a été dévalué. La plupart de leurs collègues masculins se sont éloignés de la ligne de feu pour travailler, dans les bureaux, en tant que consultants en chef ou directeurs de niveau intermédiaire. Les femmes ont également migré de plus en plus vers des postes de direction intermédiaire et quelques-unes se sont jointes à la haute direction. Dans notre échantillon, 22 % des femmes contre 35 % des hommes étaient responsables de supervision ou de direction du département marché-privé de la banque. Il y avait peu de femmes directrices de banque au sommet, deux sur dix, un nombre qui n’excède pas la position de « rôle purement symbolique » de Kanter (1977 : 207). Dans toutes situations où la proportion significative de gens est biaisée, la minorité apparaît plus visible. Il est possible que les femmes qui se retrouvent en petit nombre parmi leurs pairs masculins deviennent des symboles et des remplaçantes pour toutes les femmes. Ou bien, elles tirent avantage à être « différentes » et par le fait même très visibles. Une étude britannique menée sur les banques relate qu’une femme directrice avait délibérément choisi de porter un costume rouge lors d’un dîner afin d’accentuer cette « différence » corporelle avec un effet positif et de se démarquer des hommes dans leur complet « gris et noir » (Witz, Halford et Savage, 1996).
En résumé, cette banque a suivi un processus de « modernisation » afin de relever les défis de la nouvelle ère. Les restes de la « vieille banque » ont dû être fusionnés à la « nouvelle banque » en un seul élément, bien que les deux parties soient fondées sur des stratégies et des valeurs différentes, sur des structures et des cultures différentes. Alors que l’ancienne culture s’articulait autour des exigences et des marges d’intérêts [2], les ventes et l’approche client sont les éléments clés de la nouvelle culture. Les informateurs ont décrit le secteur financier et leur lieu de travail comme un site de fluctuations et de changements. Pourtant, les institutions financières ne se sont pas réformées « du jour au lendemain » et il existe des continuités avec le passé. Par exemple, l’organigramme est le reflet d’une organisation hiérarchique et traditionnelle où les rôles sont compartimentés selon le genre. Nous allons maintenant examiner de plus près le rôle féminisé et transformé de l’agent de guichet.
 
De l’encaissement à la recherche de plus-value
 
 
Au cours des dix dernières années, le nombre des transactions a augmenté continuellement, alors que le nombre d’employés n’a cessé de diminuer. La nature des transactions a toutefois changé. Les transactions électroniques (par téléphone et par Internet) ont crû au détriment des transactions « traditionnelles » au comptoir, en direct avec un caissier. On s’attend à ce que cette tendance se poursuive. Un des informateurs nous a décrit comment la banque procédait, ces dernières années, pour que décrûssent les contacts au comptoir. Elle incitait à utiliser les distributeurs automatiques, le service de virement bancaire ou les services par téléphone ou par Internet. Afin d’éviter de n’être plus qu’une banque virtuelle, une plus grande attention est portée aux services bancaires personnels : comment entrer en contact (pas nécessairement en face à face) avec les 80 % de clients qui ne se rendent jamais à la banque. La stratégie est de conserver un réseau de succursales locales et de bâtir une relation individuelle avec chacun des clients. Cela demande des employés compétents qui réussissent à interpeller les clients et à créer une « plus-value ». Par le passé, les agents de guichet étaient responsables principalement du travail de caissier et ils pouvaient se décharger sur les gens des bureaux d’une grande partie de la « paperasse » concernant chaque client. De nos jours, le travail des agents de guichet pèse beaucoup plus que le travail routinier des caissiers et peut comprendre les tâches suivantes : établir le solde de caisse ; commander de l’argent et des devises étrangères ; s’occuper des virements bancaires et des factures, des comptes et des transferts, des cartes bancaires et des cartes de crédit, du virement bancaire par téléphone, du service de chèques postaux, des prélèvements bancaires, des services bancaires par Internet, des simples prêts, de certaines assurances et fonds d’actions. Afin de pouvoir accomplir ces tâches, l’agent de guichet doit posséder une connaissance détaillée des différents produits et il doit maîtriser plusieurs systèmes de technologie de l’information. Avec plusieurs systèmes d’information en ligne, ils sont devenus responsables d’un plus grand nombre d’enregistrements routiniers de données, ce que l’on appelait « paperasse », « autrefois ». De plus, il y a eu une augmentation des nouveaux produits et les employés se sont retrouvés devant des objectifs de vente. Chaque employé devait, chaque mois, vendre un minimum de 40 produits de nouveaux services (service de virement par téléphone et services bancaires par Internet, etc.). Depuis ce temps, les objectifs ont grimpé à 120 et l’on pense qu’ils augmenteront encore. Les conseillers à la clientèle avaient aussi des objectifs à réaliser en ce qui concerne les appels aux clients, leur nombre de visites, et les offres d’assurances. L’inscription des objectifs de vente est une incitation à changer les comportements au comptoir pour se diriger vers une vente active. Ces indications étaient utilisées à des fins de compétition interne entre les employés, les succursales et les départements.
Dans la mesure où il est possible d’obtenir ces services bancaires à la succursale voisine, la relation entre le client et le fournisseur de services ou sa succursale et le fait de pourvoir « ce petit extra » ont leur importance. Ainsi, il ne suffit plus de fournir les services essentiels, mais les employés sont engagés, de plusieurs façons, à s’investir eux-mêmes, corps et âme. On mentionne que, dans la nouvelle économie, les banques devront être de plus en plus attractives pour prospérer (Pine et Gilmore, 1999 ; Wolf, 1999). Dans le cadre de cette stratégie, les émotions exprimées par les employés peuvent devenir une partie déterminante de l’avantage d’une banque sur la concurrence. Selon un document interne, il est requis des agents de guichet de banque qu’ils « maîtrisent les nouvelles technologies, conservent les lieux propres, soient à jour au sujet des nouveaux produits financiers, soient gentils, souriants, de bonne humeur, aient toujours le service en tête, soient conciliants, positifs, fournissent “ce petit extra”, soient crédibles, indépendants, efficaces, fassent preuve d’empathie, prennent des initiatives, résolvent les problèmes, supportent le stress et qu’ils soient axés sur le marché, soient flexibles, capables de s’adapter volontairement, aient le désir de s’améliorer et soient axés sur les objectifs et les résultats ». Les exigences du travail de l’administrateur de produits financiers sont passablement différentes de celles du vendeur compétitif. Les nouvelles instances sous-entendent des niveaux de compétences plus élevés, des tâches plus complexes, des exigences émotionnelles variées, du travail de vente, un rythme de travail accru, un type de personnalité capable de s’adapter et qui possède un haut niveau de tolérance pour les nouveaux défis, le changement et l’insécurité. En résumé, on demande aux travailleurs de s’investir dans leur emploi et d’« offrir quelque chose d’eux-mêmes » dans cette recherche de la plus-value. Il est également intéressant de remarquer qu’avec l’accroissement du nombre de femmes sur la ligne de feu il semble qu’une plus grande importance soit accordée aux caractéristiques féminines stéréotypées, comme le sourire, la gentillesse, la conciliation, l’empathie et ainsi de suite. De cette façon, ce type de travail peut très facilement susciter une connotation féminine et être perçu comme particulièrement souhaitable pour les femmes. Pour les hommes qui réalisent ce type de travail, cela peut sous-entendre une perte de statut ou une féminisation.
Selon les règles de sentiments à la banque, les clients devaient être traités d’une manière polie et avec respect, peu importe qui ils sont ou ce qu’ils disent. Des interactions négatives avec les clients étaient des exceptions à la règle, mais avaient des répercussions disproportionnées étant donné que les travailleurs les emmenaient avec eux à leur domicile, comme partie intégrante d’eux-mêmes et qu’elles pouvaient être ressenties dans le corps pendant très longtemps. Il est ressorti de discussions avec les employés que les clients étaient enclins à être plus grossiers et désagréables envers les commis féminins ou les jeunes commis. Certains clients utilisent le comptoir comme un mur des lamentations pour proférer des jurons, les insultes et les menaces personnelles étant un type de harcèlement auquel les travailleurs émotionnels sont confrontés. Certaines femmes ont été traitées de « vieille folle », « foutue merde », « garce » et « idiote ». D’autres jeunes filles se faisaient appeler « ma chérie » et « ma petite fille ». Cela démontre que les femmes agent de banque « produisent » le genre en même temps que les émotions au travail. Il est intéressant, par ailleurs, de noter que les hommes, contrairement à leurs collègues femmes, ont rarement fait mention de comportements impolis ou de harcèlement de la part des clients. Une des interprétations possibles est que les travailleurs masculins n’admettraient pas ces comportements. Mais il est probable également que les femmes sur la ligne de feu constituent des cibles plus faciles pour la colère et la provocation de la part des clients. Il a été aussi signalé que les quelques hommes qui se retrouvaient au comptoir étaient particulièrement appréciés et aimés par les clients.
Le nouveau rôle commercial des agents de banque, en tant que vendeurs compétitifs, axés sur le client et offrant une gamme de produits financiers, convoque différentes compétences et des qualifications plus formelles. Dans un avenir proche, le travail de conseiller à la clientèle à des postes sur la ligne de feu nécessitera 20 unités de qualifications formelles (ce qui équivaut à un diplôme de niveau ii à l’université). Comme symbole du changement entre le travail routinier et le travail plus qualifié, les agents de guichet ont reçu une nouvelle appellation : conseiller à la clientèle, ce qui comble le vide qui existe entre le travail au comptoir et le travail consultatif. À la succursale que j’ai visitée, cette distinction n’avait pas encore tout à fait disparu, mais les conseillers « devaient aller au comptoir tour à tour ». Les opinions des employés divergeaient quant au poste qui causait le plus de stress et de tensions. Chacun semblait croire que les « autres » étaient dans une position plus favorable. Les fonctions de conseiller plus prestigieuses et d’un meilleur statut que celles de caissier reflétaient les échelons à gravir pour faire carrière dans cette institution. Les employés de banque ont expliqué qu’ils détestent le terme « caissier » en raison des connotations de statut peu élevé et de travail routinier qu’il implique. Il s’agissait aussi de savoir comment emplir le vide entre les femmes d’âge moyen et plus expérimentées et les jeunes « petits malins » axés sur les ventes et que la technologie n’effraie pas.
Aujourd’hui, la plupart des caissiers qui travaillent dans cette banque ont de l’expérience et ils sont en fonction dans ce type d’emploi et dans cette organisation depuis longtemps. Les qualifications formelles du personnel sur la ligne de feu ont augmenté au fur et à mesure que l’on a encouragé les employés à acquérir une meilleure formation scolaire afin d’être en mesure d’affronter les défis à venir. En plus de leur travail régulier, environ 10 % des caissiers de cette banque ont suivi des cours à l’École nationale d’administration de Norvège afin d’obtenir des certifications. La banque finançait les livres, les frais d’inscription et les séminaires. Des enquêtes internes régulières ont révélé que les femmes d’âge moyen qui suivaient des cours avaient considérablement augmenté leur satisfaction vis-à-vis du travail. Certaines ont souligné le fait qu’il s’agissait d’une façon d’affronter les nouvelles exigences au travail. D’autres ont exprimé clairement que les transformations du travail et les demandes de nouvelles qualifications les mettaient en situation d’insécurité. Une vendeuse, âgée de cinquante ans, a écrit qu’elle se sentait « obligée » par la direction d’obtenir plus de formation formelle. Avec un emploi à temps plein et d’autres responsabilités à l’extérieur, elle estimait que c’était « plutôt difficile, si on tient compte de mon âge ». Plusieurs femmes ont exprimé un mécanisme d’adaptation « sans frontières définies » – elles « grinçaient des dents », « restaient immobiles », « n’écoutaient pas les symptômes physiques » et « avaient toujours, sous la main, des comprimés pour les maux de tête/migraines ». L’une d’elles affirmait être devenue une « marionnette qui hochait la tête » afin de conserver son emploi. Ce sont là des exemples de la façon dont les corps pris individuellement deviennent porteurs des nouvelles exigences du travail.
Considérées dans leur ensemble, ces exigences professionnelles peuvent représenter un défi intéressant, mais elles peuvent aussi créer une pression transversale, de l’ambivalence, du stress et des tensions. Bien qu’il soit reconnu que les agents aient à assumer de nouvelles exigences professionnelles et qu’ils aient signalé une surcharge de travail et un manque de temps, la direction les a néanmoins informés des prévisions visant la réduction du nombre d’employés. C’est un des exemples de ce qu’un grand nombre d’employés ont décrit comme un paradoxe. De plus, même si de nombreux employés ont signalé une surcharge de travail et un manque de temps, la moyenne hebdomadaire des heures supplémentaires enregistrées est seulement de trois heures. Une explication possible semble être que ce type de travail supplémentaire est un « travail invisible ». Il n’est pas consigné formellement, mais il peut se composer de différents arrangements comme celui de sauter le déjeuner, arriver tôt et partir tard, emporter des documents ou d’autres types de « travail intellectuel » à la maison. Il est apparu clairement que les symptômes de la surcharge de travail se manifestaient dans le corps des individus sous la forme d’un épuisement émotionnel : les agents avaient le sentiment d’être poussés au-delà de leurs limites et d’être complètement lessivés par leur travail, cela associé à des douleurs physiques (Forseth, 2001).
Cette même banque avait la réputation de s’occuper de ses employés à travers des programmes d’éducation continue, de l’entraînement sur place, des mesures de sécurité du revenu, des événements sociaux et autres activités. De nos jours, les employés sont récompensés (verres de cristal ornés du logo de la compagnie) s’ils utilisent un journal de bord et accumulent suffisamment de points en se soumettant à l’activité physique (une demi-heure d’efforts au minimum) ou en participant à des événements culturels. Les employés reçoivent également des cadeaux pour Noël et en d’autres occasions spéciales : primes, pull-overs, blousons et tenues de sport ornées du sigle de la compagnie. D’une certaine manière, il s’agit de consolider la culture d’entreprise de façon positive et d’économiser de l’argent pour les employés. Toutefois, cela illustre également la démarcation indistincte entre le temps au travail et hors du travail, lorsque le corps des employés devient un « panneau » d’affichage vivant. Ces exemples montrent bien comment le genre, l’âge, l’apparence et le corps deviennent partie intégrante du produit de service.
 
Quelques remarques en conclusion
 
 
Dans cet article, nous nous sommes concentrés sur les femmes qui travaillent en qualité de vendeuse ou d’employée de banque et qui assument un travail émotionnel dans un rôle de travailleur en pleine mutation. Nous avons fourni une interprétation de la façon dont leur nouveau rôle en tant que « super vendeuse » et commerciale est influencé par le macro et le microcontexte comme les changements politiques, économiques, technologiques, organisationnels et culturels. Ces changements ont eu pour résultats d’offrir des emplois complexes à définir, mais qui peuvent être porteurs d’occasions et, pourtant, être contraignants et sous contrôle pour les acteurs concernés. Bien que des similarités soient communes aux deux cas, les discriminations cruciales se rapportent aux types de travailleurs concernés, à la nature du travail émotionnel et aux mécanismes de production de genre, et au degré de rationalisation. Ainsi, nos analyses montrent, à la fois, comment les changements actuels dans le monde du travail sont vécus « à l’avant-plan » et comment les aspects locaux et contextuels interagissent avec les tendances mondiales.
Nous avons expliqué que les deux lieux de travail se sont féminisés d’un point de vue mathématique. On disait que la vente au détail était un secteur où la majorité des employés étaient des femmes au foyer qui travaillaient à temps partiel pour avoir de l’argent de poche. La prolongation des heures d’ouverture des centres commerciaux a ouvert la voie aux jeunes femmes avec une sur-représentation d’étudiantes. Le taux de roulement des employés est relativement élevé étant donné qu’elles recherchent un emploi et non pas une carrière. Cela correspond également au concept du centre commercial qui se veut « jeune et à la page ». À la banque, les femmes sont aussi sur-représentées dans les postes sur la ligne de feu, mais ces employées étaient généralement plus âgées, présentant de nombreuses années d’expériences et occupant des postes à temps complet. Plus encore, les services bancaires ont été traditionnellement porteurs d’un statut plus élevé que celui de la vente au détail. Ainsi, nous remarquons d’importantes distinctions pour ce qui est du type de travailleurs qui effectuent du travail émotionnel.
Tous ces employés ont eu à composer à la fois avec les « étrangers » dans les rencontres de service et avec les « réguliers » dans des relations à long terme (Gutek, 1995a ; Gutek, 1995b). Chaque client est différent et chaque fournisseur de services doit se fier à une connaissance et une intuition tacites afin de produire une « interaction de grande qualité ». Le fournisseur de services se retrouve souvent devant une pression transversale : Servir ou vendre ? Pour les employés de la banque, une des inquiétudes majeures était de satisfaire la file d’attente le plus rapidement possible. De nos jours, on leur demande aussi de fournir des services sur mesure et de vendre autant de produits que possible. S’ils s’attardent trop à un aspect, l’autre en souffrira. Cette situation amène chacun des employés à se demander : Est-ce que j’en ai assez fait ? Cela démontre bien comment chacun des employés devient responsable et doit trouver un moyen de résoudre ce genre de dilemme. Une des préoccupations importantes, aussi bien pour les individus que pour les organisations, est de savoir où placer les limites pour que le travailleur ne soit pas envahi par les nouvelles exigences du travail.
Sur les deux lieux de notre étude se vérifiaient des exigences accrues pour que les travailleurs ajoutent une plus-value au simple service en fournissant ce petit extra et en offrant quelque chose d’eux-mêmes. Les deux types d’employés, à la vente au détail et à la banque, ont été transformés en vendeurs compétitifs, avec des exigences intensifiées sur le plan du travail émotionnel. Sous différentes formes, les employés étaient sollicités à « s’investir dans leur emploi » en fournissant une certaine dose d’identité et d’expression personnelle (Macdonald et Sirianni, 1996). Les deux groupes effectuaient un type de travail émotionnel pour lequel il est primordial d’utiliser des sentiments positifs afin de valoriser le statut du client. Fait intéressant, on insistait sur l’importance des qualités féminines stéréotypées associées à l’empathie, la politesse, l’attention et l’entregent. Il y avait, toutefois, différentes lignes directrices ou règles de sentiments dans les deux types de travail relationnel dans les services. En tant que miroir pour les désirs et les besoins des différents groupes de clients, on attendait des vendeuses du centre commercial qu’elles soient séduisantes, et qu’elles transmettent en même temps des valeurs d’autonomie, de compétitivité et de contrôle, ce qui semble représenter un cas extrême d’ouverture féminine (Adkins, 1995 ; Solheim, 1998). Nous pouvons considérer nos observations en fonction de la signification de plus en plus importante qui a été attribuée au moi individuel au cours des dernières décennies. Alors qu’une valeur symbolique est associée à tout, en passant par les vêtements, l’obésité et même la couleur des cheveux, l’affichage des émotions à la banque et au centre commercial est, plus largement, le « miroir » de la société. Reflétant tout ce qui est disponible à la consommation, les vendeuses sont vues, traitées et, de bien des façons, évaluées en fonction de leur apparence et de leur « affichage émotionnel ». Bien que cela puisse être excitant pour celles qui se hissent au point culminant des idéaux dominants, cela peut également être une source de tensions pour les employés qui, pour une raison ou une autre, n’arrivent pas à afficher les émotions nécessaires pour une interaction donnée.
On attendait des employés de la banque qu’ils soient professionnels, compétents, compétitifs et qu’ils traitent les clients avec respect, tout en souriant. Les femmes sur la ligne de feu, en particulier, nous ont raconté des épisodes de harcèlement de la part des clients. Cela ne signifie pas pour autant que les quelques hommes qui travaillent au comptoir en soient épargnés. Cependant, il se peut qu’ils soient moins exposés en raison de leur « bouclier statutaire » plus fort (Hochschild, 1983) ou bien qu’ils vivent ce genre « d’invasion » autrement et qu’ils réinterprètent la situation (Leidner, 1991 ; Pierce, 1995). Établir des limites et répondre de la même manière peut sembler plus acceptable de la part d’un homme que d’une femme dans un de ces postes sur la ligne de feu. Il est également très probable que des différences s’instaurent dans l’établissement des limites entre femmes et ces deux aspects devraient faire l’objet de recherches plus poussées.
En ce qui concerne notre matériel, nous résumerons comme suit :
Pris entre les exigences des clients à l’interne et celles des dirigeants à l’externe ; avec le sentiment d’être « en spectacle » sans possibilité de se retirer ; avec des attentes selon lesquelles ils devraient être à la hauteur de concepts que d’autres ont construits pour eux ; avec un rôle qui somme de « sourire » et de « paraître jeune et jolie » même si tu te sens vieille et fatiguée ; avec peu de moyens formels pour acheminer les plaintes et des dirigeants qui sanctionnent avec une grande autorité – que peuvent faire les vendeuses ?
L’ambivalence semble être le concept qui sera utile pour tenter de comprendre ces paradoxes. Certains travailleurs ont exprimé qu’ils croyaient prendre part à un développement passionnant, alors que d’autres croyaient être des « pions » dans un processus qu’ils ne contrôlaient pas. Les « processus de modernisation » dans l’industrie des services bancaires et de la vente au détail visaient à transformer les vendeuses et les agents de caisse en super vendeurs compétitifs. Les emplois ont offert aux travailleurs de nouvelles possibilités de s’investir en tant que personne. Ces emplois sont également plus exigeants, provoquent des sentiments d’insécurité, et apportent une plus grande dose de stress et de tensions, ce qui favorise une « personne qui sait s’adapter » à la recherche de nouveaux défis plutôt qu’une « personne disciplinée », comme c’était le cas anciennement (Martin, 1999 : p. 5). Cependant, les exigences vis-à-vis de la personne qui sait s’adapter ne sont pas les mêmes dans les deux environnements. Cela suffit pour que la nature des changements dans le monde du travail et leurs effets soient mis en contexte. Cela représente un défi pour nous chercheurs, autant sur le plan théorique que sur le plan empirique.
 
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NOTES
 
[1]Cette recherche a bénéficié de subventions de la part du Conseil de la Recherche de Norvège (subvention n° 109175/330) et de la Fondation norvégienne pour la Santé et la Réadaptation.
[2]La différence entre les taux créditeurs et débiteurs.
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