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Martin Média

I.S.B.N.sans
226 pages

p. 71 à 130
doi: en cours

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Dossier : Alain Wisner, une démarche, une référence

n° 15 2006/1

« Les femmes aussi ont un cerveau ! » Le travail des femmes en ergonomie : réflexions sur quelques paradoxes

Catherine Teiger
Le travail des femmes a joué un rôle important dans l’orientation initiale d’Alain Wisner vers la conception de dispositifs de travail « adaptés » aux travailleurs et dans l’élaboration de l’arsenal conceptuel et méthodologique qu’il a construit. Mais ce rôle est resté pour une bonne part « invisible », car non-problématisé. Après avoir rappelé l’influence assumée de l’œuvre de deux femmes, Simone Weil et Suzanne Pacaud, sur la démarche de Wisner, l’auteure montre que la sortie du laboratoire, la découverte du travail « réel » et de l’intelligence des travailleurs eurent lieu grâce à l’incompréhension du travail des femmes par des hommes (syndicalistes et chercheurs). Plus largement, l’ergonomie du « laboratoire Wisner » s’est développée grâce à l’analyse du travail féminin : dans l’industrie électronique, d’abord, puis dans la confection, la métallurgie, les Tabacs et Allumettes, le matériel de précision, peu à peu dans les services, remettant en question les stéréotypes scientifiques et sociaux sur « les femmes ». À quel homme le travail doit-il être adapté ? De fait, cet « homme » est souvent une femme : en dépit d’exception notable, en particulier au Québec, dans beaucoup d’ouvrages et traités d’ergonomie la plupart des exemples illustratifs de situations de travail concernent des travaux effectués par des femmes ; mais le texte de fond est au masculin, sans que jamais soit discuté comment s’est effectuée cette généralisation. L’auteure analyse les motifs de cet effacement en mettant l’accent sur la tension entre généralisation et variabilité, tant sur le plan épistémologique que sur le plan de l’action syndicale.Mots-clés : ergonomie, travail des femmes, généralisation scientifique, action syndicale. The work of women has played an important role in the initial orientation of Alain Wisner towards the conception of work conditions that are adapted to workers as well as in the elaboration of the conceptual and methodological arsenal that he built. Yet, this role has remained for a good part « invisible » as the problem was not raised as such at that time, which is probably « normal » as regards women, in any case in the sixties. After reminding us of the assumed influence of the work of two women, Simone Weil and Suzanne Pacaud, on Wisner’s approach, the author shows that the going out of the laboratory as well as the discovery of « real » work and of the intelligence of workers took place thanks to the lack of understanding of women’s work by men (trade unionists as well as researchers). More broadly, French-language ergonomics has developed thanks to the analysis of women’s work : first in the electronic industry, then in the clothing industry, the metal industry, the tobacco industry, the high-tech industry and progressively, in services, calling into question the scientific and social stereotypes on « women ». « To which type of man should work be adapted ? » Though this « man » is often a woman, we acknowledge that, despite noteworthy exceptions, in particular in Quebec, in many books and treaties of ergonomics, most of the examples of work situations that illustrate the words of the authors concern work executed by women. Yet the background of the text is male without ever discussing how this generalization was made. The author analyses the motives of this occultation by focusing on the tension between generalization and variability, as much at the epistemological level as at the level of trade union action.Keywords : ergonomics, women’s work, trade union action, scientific generalization. El trabajo femenino tuvo un papel importante en la orientación inicial de Alain Wisner en la busca de la concepción de los dispositivos de trabajo « adaptados » a los trabajadores y en la elaboración del arsenal conceptual y metodológico que él construyera. Pero este papel en buena parte fue « invisible » ya que no fue problematizado en si mismo, lo cual es, probablemente, « normal » tratándose de mujeres, por lo menos en el contexto de los años sesenta. Después de recordar y traer a cuento la influencia proveniente de la obra de dos mujeres sobre la gestión de Wisner – Simone Weil y Suzanne Pacaud – la autora muestra que al salir del laboratorio, el descubrimiento del trabajo « real » y de la inteligencia de los trabajadores, tuvo lugar gracias a la incomprensión del trabajo femenino por parte de los hombres (sindicalistas e investigadores). De una manera más extensa, la ergonomía en lengua francesa se desarrolló gracias al análisis del trabajo realizado por las mujeres : inicialmente en la industria electrónica, después en la confección, la metalurgia, la industria tabacalera y fosforera, en el campo de los materiales de precisión y posteriormente y de modo progresivo en los servicios, todo ello poniendo en entredicho los estereotipos científicos y sociales sobre « las mujeres ». ¿ Para qué « hombre » debe ser adaptado el trabajo ? Aun si este « hombre » es a menudo una mujer, se comprueba, en desmedro de notables excepciones y particularmente en Québec, que en muchas obras y tratados de ergonomía la mayor parte de los ejemplos de situaciones de trabajo que ilustran el tema de manera destacada, resulta evidente que los autores se ocupan de trabajos efectuados por mujeres. Pero el texto fundamental está escrito en masculino, sin que nunca se discuta como se llevó a cabo esta generalización. La autora analiza los motivos de esta desaparición de lo femenino, acentuando la tensión entre generalización y variabilidad, tanto en el plano epistemológico como en el plano de la acción sindical.Palabras claves : ergonomía, trabajo femenino, generalización científica, acción sindical.
• « L’intelligence des travailleurs » : les hommes sont des femmes comme les autres !
• Aux origines d’une posture scientifique et politique innovante
• « Les femmes aussi ont un cerveau ! »… et elles s’en servent
— Le contexte de l’ergonomie au Cnam dans les années soixante
— Le moment charnière : « L’irruption » de la demande des syndicalistes
— La sortie du laboratoire grâce à l’incompréhension du travail des femmes par des hommes : le travail des femmes ouvrières os de l’électronique
• Une enquête extensive en dehors des entreprises auprès d’ouvrières os dans la branche électronique
— Un compromis méthodologique imposé par le contexte
— Des résultats inattendus et paradoxaux
• La première recherche intensive sur le terrain : l’entrée dans l’entreprise grâce à la « combativité exceptionnelle » des ouvrières
— Les retombées de la première enquête : une demande de recherche obtenue « à l’arraché » par les femmes et les hommes
— Un « bricolage méthodologique » et une coopération constante avec les acteurs du terrain
— D’autres résultats inattendus et paradoxaux : un « travail réel » qui n’est pas ce qu’on croit
— Les effets de la recherche dans l’entreprise et au-delà : les connaissances, un outil pour l’action
• Du « cerveau » des femmes à « l’intelligence des travailleurs du monde »
— La mise à mal de quelques stéréotypes sur les femmes et le travail
• Les femmes et « la désaffection à l’égard de l’emploi industriel »
• Pour l’ergonomie, des acquis, des limites et la suite des recherches
— La « charnière » de Cardiff (1972) : « une crise épistémologique »
— La suite des recherches : en majorité, encore le travail des femmes
— Les limites des acquis : les vrais remèdes sont hors d’atteinte de l’ergonomie
• Les pièges de la généralisation : la dissolution du cerveau des femmes dans l’intelligence des travailleurs du monde
— Quelques chiffres pour sourire… de nous !
• « À quel homme le travail doit-il être adapté ? »… mais les femmes ne sont pas des hommes comme les autres !
— Une « bonne » question heuristique
• Contre l’homme moyen, mais quel « homme » l’ergonomie donne-t-elle à voir ou conce-voir ? Les femmes ne sont pas des hommes comme les autres !
— Alain Wisner contre « l’homme moyen »
— « L’influence du sexe »
• Pourquoi on ne parle pas plus ou pas autrement des femmes en ergonomie ? Les obstacles épistémologiques et sociaux. Les perspectives
— Généralisation : le passage au masculin ou à l’universel ?
— Modélisation : Invariants/variabilité
• Le risque de la discrimination dans l’emploi
• La non-reconnaissance de l’intelligence des « dominés »
• L’émergence « discrète mais efficace » de « la division sexuelle du travail » en ergonomie
• Bibliographie


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