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Travail et rapport sociaux de sexe. Rencontres autour de Danièle KergoatCoordonné par Xavier Dunezat, Jacqueline Heinen, Helena Hirata et Roland Pfefferkorn Paris L’Harmattan, Logiques sociales, 2010
Cet ouvrage qui présente l’ensemble de l’œuvre sociologique de Danièle Kergoat sur la division sexuelle du travail et les rapports sociaux de sexe n’est pas un ouvrage théorique ou épistémologique, ni une synthèse des travaux, encore moins une hagiographie. Certes, il est bien question de la trajectoire d’une sociologue du travail, initiatrice dès les années 1970 d’un questionnement sur la division du travail, entre femmes et hommes, dans la classe ouvrière. L’objectif de ce livre est ainsi de diffuser les connaissances sur la division du travail et les rapports sociaux de sexe construites et apportées par Danièle Kergoat à travers son parcours de chercheuse, qui a enquêté, élaboré et fait travailler des concepts clés. Mais l’ambition des auteur-es est aussi de restituer les conditions dans lesquelles les recherches se sont menées, car, dans le parcours de Danièle Kergoat, les auteur-es qui ont coordonné cet ouvrage le soulignent d’emblée, les travaux et apports de la sociologue sont indissociables des rencontres, des relations sociales construites de manière imbriquée. C’est donc une « aventure collective » qui est restituée ici. Le parti pris de l’ouvrage est de rendre compte de toutes les dimensions de cette trajectoire et des connaissances déterminantes apportées par Danièle Kergoat. Car son travail décisif de conceptualisation est consubstantiellement mêlé à son engagement social et humain.
2 L’ouvrage se présente en sept parties rassemblant les contributions d’une trentaine de chercheur-e-s de générations différentes ayant côtoyé et accompagné Danièle Kergoat tout au long de son itinéraire de recherche. Les deux premières parties sont logiquement consacrées à la théorisation de la sexuation du travail, objet majeur dans ses travaux. C’est d’abord l’émergence et la mise en place du concept très heuristique de rapports sociaux de sexe qui sont présentées ainsi que celui de « consubstantialité » des rapports sociaux (entrecroisement de trois rapports sociaux : de sexe, de classe, de « race »). Rapports qui, pour l’auteure, mettent la contradiction et l’antagonisme entre groupes sociaux au centre de l’analyse, pensée en terme de dynamique. La seconde partie concerne la théorisation de la division sexuelle du travail ; elle s’ancre dans les enquêtes initiales effectuées par Danièle Kergoat dès la fin des années 1970 sur l’hétérogénéité du travail ouvrier et en particulier sa dimension sexuée. Son ouvrage Les Ouvrières (1982) fait date ici, à la fois dans le champ de la sociologie du travail, mais aussi comme référence dans la culture et les itinéraires d’autres chercheurs rencontrant cette analyse. Articulant dans sa théorisation le travail dans les sphères productive et reproductive, Danièle Kergoat montre que la division du travail est l’enjeu des rapports sociaux de sexe. Plusieurs auteur-es le soulignent, ces propositions, théoriques et méthodologiques, produisent une véritable rupture en sociologie du travail où l’on n’avait tout simplement pas pensé que le travail, sous toutes ses formes, temps et lieux, implique les deux sexes. La troisième partie de l’ouvrage porte sur une autre originalité des recherches de Danièle Kergoat, l’analyse de l’objet travail et genre par la subjectivité. Ainsi que le note Helena Hirata, « c’est dans le cadre des rapports sociaux de sexe, toujours situés dans le temps et l’espace, que s’exerce toute volonté » (i-e les questions du « choix », « libre » ou non, des femmes, par exemple du travail à temps partiel, questions qui se posent aussi concernant la prostitution, le port du voile…) ; « et on ne peut pas l’évacuer […] il y a des ressorts psycho-affectifs de la domination ». Il faut donc, souligne Danièle Kergoat, « prendre en compte la subjectivité pour penser le travail, y compris sociologiquement ». Cette question se pose évidemment au chercheur… qui est femme ou homme, tout autant inscrit dans les rapports sociaux. Ce n’est pas anecdotique ni affaire « personnelle ». Pascale Molinier démonte et démontre en effet la difficulté et la nécessité de se penser comme femme « au sens social du terme » comme y invite Danièle Kergoat, dans toutes les situations de travail, intellectuelles y compris ; le « moins » renvoyé aux femmes implicitement (y compris dans des situations d’apparence égalitaires) est « donné non à penser mais à éprouver à travers des signaux corporels ». Comprendre la proposition de la sociologue quand elle élucide : « ce qui nous arrive nous arrive en tant que femme » n’amène sûrement pas à une posture de victime, au contraire : c’est une prise de conscience majeure « qui augmente le pouvoir d’agir ».
3 La quatrième partie, « Croiser les disciplines », rend compte des échanges que Danièle Kergoat a développés avec d’autres disciplines prenant le travail comme objet, telle la sociolinguistique, la psychodynamique du travail, l’ergonomie. Ce sont de véritables dialogues que rapportent les contributions, toujours inscrits au sein de pratiques empiriques. Échanges qui ont souvent permis l’émergence de nouveaux thèmes de recherche ainsi qu’en témoigne Christophe Dejours. La cinquième partie, « Par delà les frontières », montre comment les problématiques de la division sexuelle du travail ont pris une dimension internationale. Il ne s’agit pas seulement de l’influence des productions écrites de Danièle Kergoat, mais encore de ses enseignements (au sens double du terme) sur place : les auteurs montrent ici comment ses apports ont rendu fécondes des recherches telles, par exemple, celles engagées sur les femmes dans le travail agricole au Mexique, en Amérique latine, sur le personnel de salle dans les hôpitaux au Québec ou sur d’autres problématiques au Brésil, en Bulgarie… La sixième partie, « Mouvements sociaux et résistances », expose une autre face du travail de la chercheuse : engagée dans le militantisme, la sociologue a ici encore introduit des questions sociologiques majeures en s’interrogeant sur les actions possibles des femmes (en milieu ouvrier en particulier) dans ces milieux militants masculins que sont on est d’abord au tournant des années 1970 les partis et les syndicats. Plus tard, analysant la mobilisation de la « coordination des infirmières » à la fin des années 1980, Danièle Kergoat forge le concept de « mouvement social sexué ». C’est très logiquement que la dernière partie de l’ouvrage s’intitule « Transmettre ». Préoccupation forte et inlassable de la sociologue que d’effectuer ce « passage de témoin », pour reprendre l’intitulé de la contribution de Jacqueline Heinen. Ce qui a été donné, et reçu, ce qui a marqué, voire bouleversé, des travaux et des trajectoires, de jeunes doctorants comme de collègues et donc plusieurs générations, tous les auteur-es du livre le mentionnent avec les mêmes mots, « dette » et « reconnaissance ».
4 On aura compris que les apports de Danièle Kergoat ont produit des ruptures essentielles : c’est très tôt, dans l’histoire de la sociologie du travail, qu’elle a engagé des travaux fondamentaux pour penser les individus dans le travail, individus qui sont des femmes et des hommes. Les connaissances théoriques qu’elle a construites sont toujours connectées avec les pratiques et les revendications du monde du travail, ouvrier en particulier.
5 C’est dès les années 1970 qu’elle pose la question des ouvrières. Montrer que « la classe ouvrière a deux sexes » est une rupture épistémologique conséquente et pas seulement pour penser le travail. C’est dès les années 1970 aussi que Danièle Kergoat met en évidence la « consubstantialité » entre sexe et classe sociale, bien avant que l’« intersectionnalité » émerge comme concept et méthode d’analyse des pratiques sociales. Ce sont toutes les pratiques et activités sociales qui peuvent dorénavant être pensées comme sexuées, avec ce que cela implique dans les rapports sociaux. En tant que chercheure travaillant sur des pratiques corporelles et le monde sportif, nous voulons dire ici notre propre dette.
6 Le projet de Danièle Kergoat est nécessaire et très actuel. Car ses travaux sont ancrés dans la question des changements qui peuvent advenir : la perspective de la déconstruction des rapports sociaux de sexe et des formes de la domination par l’analyse vise leur disparition. Travailler sur ce qui produit les rapports de pouvoir, c’est travailler sur les conditions de l’émancipation ; plusieurs auteurs de l’ouvrage le soulignent. C’est donc bien plus que les connaissances théoriques et empiriques décisives apportées par Danièle Kergoat au champ de la sociologie du travail que livre cet ouvrage et qui en fait son originalité. Au-delà des concepts et théories forgés, c’est la manière et les conditions dans lesquelles toutes ces connaissances se sont construites qui sont présentées : toujours en dialogue avec d’autres… dialogue épistémologique, au sens de la réflexion critique, du travail de déconstruction/ ré-élaboration, propre au sociologue, et dialogue au sens d’un travail très collectif, interdisciplinaire et encore au sens d’une attention à la transmission. Le sous-titre « Rencontres autour » ainsi que le grand nombre et la diversité des auteur-es attestent de ce que Danièle Kergoat a su transmettre, rassembler, initier, animer avec des collègues comme avec de jeunes chercheurs.
7 Cet ouvrage était indispensable. Il devrait prendre place parmi les ouvrages nécessaires à tous les chercheurs, expérimentés et débutants. Car s’il est un hommage de celles et ceux qui l’ont rencontrée au sens fort du terme et qui en ont été questionnés, enrichis, le livre permet de saisir comment Danièle Kergoat a initié, développé, diffusé des problématiques et des connaissances de première importance pour penser le monde du travail, composé de femmes et d’hommes, évidence durablement occultée. Tous les auteurs de l’ouvrage mentionnent les apports décisifs de la conceptualisation des rapports sociaux de sexe. La théorie garde de nos jours tout son pouvoir pour rendre compte du réel. Le travail éditorial effectué par la sociologue s’ajoutant à ses propres publications (une contribution en fait état et de même que figure en fin d’ouvrage un ensemble de 22 pages rassemblant toutes les références bibliographiques de son œuvre) achève d’attester de l’influence majeure des travaux de Danièle Kergoat, pour le champ de la sociologie du travail et celui des problématiques de genre, tant au plan international que national.
8 Il y a (que le sociologue le veuille ou non) une portée sociale des travaux sociologiques. Ceux de Danièle Kergoat, explicitement militante, permettent de penser/analyser la complexité des rapports sociaux de sexe, et encore les formes de la domination et des résistances qui s’y opposent. C’est, ce faisant, être mieux armé pour s’en émanciper. Ce livre a une portée générale sur le travail du chercheur ; il montre que la recherche en sociologie ne se peut qu’inscrite dans des relations avec d’autres, elle ne saurait être un travail isolé détaché du monde analysé, encore moins en surplomb. Tout chercheur de ce champ y trouvera véritablement des outils au sens fort du terme, des « armes » pour analyser la persistante sexuation du monde du travail, les rapports de pouvoir, le réel mais encore les conditions de changements. Chacun-e pourra aussi se représenter ce que peut être pratiquement le travail du sociologue, chercheur et enseignant, qui certes produit et rend intelligible le monde social, mais qui ne le conçoit pas sans partager, questionner et dialoguer, transmettre.
9 Catherine Louveau
Albert Ogien et Sandra Laugier Pourquoi désobéir en démocratie ? Paris, Édition La Découverte, 2010
10 Pour introduire ce livre et en situer le contexte, le lecteur se trouve confronté à de petits instantanés sur la France des années 2000 : des agents de l’Anpe qui refusent de dénoncer des travailleurs étrangers ; des directeurs d’école qui refusent de ficher des enfants dans la « Base élèves » ; des citoyens qui protègent des enfants et des adolescents menacés d’expulsion au moment des vacances ou encore la journée nationale de désobéissance dans l’Éducation nationale.
11 Les auteurs, Albert Ogien, sociologue et Sandra Laugier, philosophe, se proposent de comprendre ces actes et considèrent que ceux-ci posent question : « Qu’est-ce qui conduit un individu à encourir les rigueurs de la répression […] afin de défendre ce qu’il ressent comme une atteinte grave à la liberté, à la démocratie, à la justice ou à l’égalité ? Et pourquoi choisit-il de commettre une infraction pour obtenir un résultat le retrait d’une prescription légale dont il sait qu’il existe des moyens moins aventureux et plus institutionnalisés de l’atteindre ? » Pour contribuer à expliquer ces actes et à répondre à cette question, les auteurs proposent de faire référence à la thèse avancée par H. D. Thoreau à la fin du xixe siècle : la désobéissance civile est inhérente à la démocratie. La désobéissance prônée par Thoreau et celle qui se développe ces derniers temps en France s’inscrivent dans un même horizon : le projet d’une démocratie radicale. La désobéissance civile regroupe ces actes au moyen desquels un individu manifeste, en son nom propre, sa détermination à obtenir ou défendre un droit qui devrait normalement échoir aux membres d’une collectivité, mais que les instances politiques établies (syndicats ou partis) ont cessé de trouver opportun de revendiquer. Cette forme d’action échappe, par construction, au jeu de la compétition pour la détention d’un pouvoir. Elle se distingue aussi d’autres formes d’action politique qui s’affranchissent des règles de la démocratie et en appellent à l’illégalité et-ou à la violence pour en finir avec la démocratie. Ce livre adopte le parti pris de considérer la désobéissance civile comme symptôme de l’état dans lequel se trouvent les pratiques de la démocratie dans la France contemporaine. Et pour essayer de donner une signification à ce symptôme, quatre questions guident l’analyse des auteurs : « Le refus délibéré de respecter une loi ou un texte règlementaire est-il justifiable en démocratie ? En quoi la désobéissance civile est-elle une forme d’action politique ? Cette forme d’action se réduit-elle à l’expression tout individuelle d’une personne dont le sentiment démocratique est froissé ? Pour quelles raisons concrètes et dans quelles circonstances en vient-on, de nos jours, à désobéir ? »
12 Dans un premier temps, les auteurs vont chercher à éclairer les actes de désobéissance civile observés actuellement en France par les thèses des philosophes américains Thoreau et Emerson. Ainsi seront-ils amenés à considérer la désobéissance civile comme une résistance au conformisme. En effet, chacun doit avoir une voix dans son histoire et se reconnaître dans ce qui est dit ou montré dans sa société afin d’accepter qu’elle parle en son nom. Dans ce cadre, la désobéissance est la solution qui s’impose lorsqu’il y a dissonance, « je ne m’entends plus dans un discours qui sonne faux ». Pour Thoreau et Emerson, on a non seulement le droit mais le devoir de résister, et donc de désobéir, lorsque le gouvernement agit contre ses propres principes. Ils prennent ainsi à la lettre la déclaration d’indépendance de leur pays : « Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu’une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer et de l’abolir, et d’établir un nouveau gouvernement.» La désobéissance devient alors un rappel de la première revendication du peuple américain, et devient indispensable lorsque sont mises en cause la liberté, l’égalité ou la « recherche du bonheur ». C’est dans ce cadre que Thoreau et Emerson ont appelé en leur temps à la désobéissance contre les lois régissant l’esclavage par exemple. Partant de ce principe, « c’est ici et maintenant, chaque jour, que se règle mon consentement à ma société ; je ne l’ai pas donné, en quelque sorte, une fois pour toutes. Non que mon consentement soit mesuré ou conditionnel : mais il est, constamment, en discussion, ou en conversation. C’est cela qui définit la possibilité du dissentiment. Si l’on ne peut changer le gouvernement, on peut au moins refuser, suspendre son consentement ». Cette notion de conversation revêt une importance toute particulière pour les auteurs, elle signifie que la participation de chacun à la démocratie est constamment en question en conversation dans son rapport à la collectivité. Au travers de la voix qui se fait entendre, c’est la subjectivité même de l’expression qui en fait la crédibilité, la légitimité et la portée universelle. En ce sens, ce ne sont pas seulement les esclaves ou les Indiens qui sont exclus de la discussion originelle, du temps de Thoreau et Emerson, mais aussi la masse du « people » (des gens) qui ne s’expriment pas. Dans un deuxième temps, les auteurs vont chercher à mieux définir ce qu’ils entendent par désobéissance civile parmi tous les types d’activisme résistant. Pour ce faire, ils s’appuient sur la définition proposée par Hugue Bedeau au début des années 1960 : « Un individu commet un acte de désobéissance civile si et seulement si il agit de façon illégale, publique, non violente et délibérée dans l’intention de s’opposer à une des lois, politiques ou décisions de son gouvernement.[1][1] H. A. Bedeau. 1961, « On Civil Disobedience », Journal...
suite » Les auteurs pour conclure cette première réflexion de nature philosophique observent « les revendications de ceux qui se mettent délibérément en infraction avec une loi, un décret ou un texte règlementaire afin de manifester leur refus de remplir une obligation qu’ils trouvent inacceptable, [qui] reflètent et expriment une conception des droits et des libertés qu’une démocratie doit garantir ».
13 À partir de l’analyse détaillée de plusieurs institutions publiques : l’hôpital, l’école et l’université. A. Ogien et S. Laugier vont tenter d’expliquer les raisons qui poussent les individus à désobéir actuellement en France. Pour ces trois institutions, ils montrent qu’un mouvement commun est à l’œuvre : la quantification de l’action publique. Les actes de désobéissance civile sont dirigés contre les effets de ce phénomène de quantification. Les auteurs se proposent de décrire la nature de ces effets. Quantifier l’action publique vise à « gouverner au résultat ». Il s’agit de mesurer la performance de l’action de l’État selon le degré de réalisation des objectifs chiffrés qui sont fixés aux politiques publiques. L’introduction de la notion de résultat dans le langage politique moderne a donné lieu à trois usages : chercher à regagner la confiance de citoyens en prouvant que l’on tient ses promesses ; exiger des résultats des services que l’on dirige et les mesurer pour vaincre les résistances au changement ; insuffler un peu d’esprit d’entreprise, de rentabilité et de compétition dans la bureaucratie de l’État. À la notion de résultat vient s’ajouter dans le langage du management public celui d’efficacité. Les auteurs soulignent que le jugement d’efficacité dépend directement du choix des critères à l’aide desquels il sera formulé et déplorent que, dans le contexte actuel des institutions publiques analysées, ce soient les critères de quantification qui occupent une place dominante. Le jugement d’efficacité des politiques publiques est ainsi subordonné à la mesure du degré de réalisation d’un objectif préalablement chiffré. Les théories du management public prescrivent d’utiliser ces critères de quantification pour une évaluation du travail d’une institution d’État. La psychodynamique du travail a montré les limites de toute tentative d’évaluation du travail[2][2] Dejours, C. , 2003, « L’évaluation du travail à l’épreuve...
suite, nous savons notamment que le travail est invisible, puisqu’il consiste à faire face à l’inattendu de la réalité, cette difficulté à évaluer le travail étant amplifiée dans le cadre d’un travail dit « social ». Par ailleurs, il a aussi été montré que les résultats n’ont aucune commune mesure avec les efforts consentis pour les obtenir. Nous ne pouvons donc que nous inquiéter d’un tel constat et partager le point de vue des auteurs : « […] soumettre l’État à un jugement d’efficacité est une démarche contestable, surtout lorsque ce jugement se confond avec une évaluation de la manière dont il parvient à rendre la moindre dépense qu’il engage exactement ajustée au résultat qu’elle produit. »
14 D’autant plus qu’une fois que l’efficacité d’une activité est définie par une série d’objectifs quantifiés, le souci de savoir à quoi les résultats atteints renvoient semble s’évanouir, tout comme s’estompe l’idée de porter une appréciation morale sur le sens de l’action engagée ou sur celui des objectifs poursuivis. Dans cette stratégie, A. Ogien et S. Laugier précisent que l’utilisation des chiffres à des fins d’évaluation de la performance des politiques publiques supplante en importance l’analyse des faits mis en évidence par les études descriptives et compréhensives de la statistique publique. Sans utiliser les chiffres, on ne peut ni fixer des objectifs, ni définir des indicateurs de performance, ni contrôler la productivité, ni annoncer des résultats, ni évaluer le degré de réussite, d’une disposition de politique publique. Autrement dit, sans chiffres, il n’est possible ni de justifier ni de concrétiser l’idée que l’action publique peut être soumise au principe d’efficacité au moyen de la mesure de la performance. Toutefois, les auteurs soulignent que, si l’usage gestionnaire du chiffre est devenu dominant, cette domination n’est pas complète. Sa propagation provoque des contestations et des conflits et, parfois, de la désobéissance. Cette opposition ne se réduit donc pas simplement à la traditionnelle résistance au changement de personnes dont la rationalisation saccage les habitudes. Elle exprime également un rejet du régime de performance auquel leur domaine d’activité est soumis, qui se traduit par le refus d’appliquer les critères d’évaluation qui leur sont imposés pour rendre compte de la manière dont ils accomplissent leur travail. Ce refus peut être motivé par la défense de principes qui caractérisent les régimes démocratiques modernes comme les libertés individuelles, les droits sociaux, l’égalité des chances, le paritarisme, le pluralisme, etc. Mais l’utilisation qui est faite des chiffres ainsi produits par les agents de la fonction publique peut être considérée comme suspecte, irritante, indigne, et c’est aussi pour s’opposer à ces usages que certains agents se résolvent à désobéir en refusant l’application de la tarification à l’activité à l’hôpital, en refusant de faire passer des évaluations en cm1 et cm2 à l’école primaire, en exerçant une rétention administrative des résultats des délibérations ou de notes d’examens par les universitaires, etc.
15 Dans la dernière partie de cet ouvrage, les auteurs reviennent à une analyse en surplomb de ces actes de désobéissance. Ils s’inspirent pour cela des travaux de J. Rawls (Théorie de la justice, Le Seuil, Paris, 1987) qui considère que « ce qui fonde le lien social et permet la coopération n’est pas un système d’obligations extérieur et contraignant émanant d’une société et pénétrant les consciences individuelles à leur insu, mais, tout au contraire, la connaissance ordinaire des manières de faire et de penser correctes et tenues pour partagées ». Pour cette raison, selon Rawls, le propre d’un système politique dont les institutions de base sont justes est d’aménager les irréductibles oppositions entre membres d’une société de façon telle qu’ils puissent parvenir à des « désaccords raisonnables », pour autant et aussi longtemps qu’ils entendent partager une même communauté d’appartenance. De même, la psychodynamique du travail considère, pour les milieux de travail, que l’existence d’espaces publics de délibération au sein desquels la parole doit être authentique et l’écoute risquée est indispensable à la coconstruction de règles de travail. Ces règles sont essentielles à la coopération. Cette conception du collectif admet comme nécessaire la confrontation des points de vue de chacun de ses membres.
16 Ce qui nous amène à penser que l’existence ou non de ces espaces de délibération dans les organisations de travail est déterminante pour la société. Selon la conception de la démocratie qu’adopte J. Rawls, le pouvoir dont jouissent les dirigeants n’est jamais absolu : l’activité de gouvernement se réalise toujours sous le regard des citoyens, ce qui contraint ceux qui l’accomplissent à tenir compte, de façon plus ou moins résolue, de ce qu’ils disent au sujet de la manière dont l’administration des affaires publiques devrait être conduite. Autrement dit, il faut admettre que le poids de la critique des citoyens se fasse constamment sentir, même si chacune de ses formes d’expression ne contraint pas les gouvernants avec une force identique : élection, opposition partisane, revendication syndicale, contestation violente, incivisme, débat public, sondages d’opinion, calomnies et rumeurs, sarcasme, ironie ou indifférence. Et, bien sûr, désobéissance civile. Mais les auteurs mettent l’accent sur la dimension radicalement individualiste de ces mouvements de désobéissance civile, leur enracinement dans une prise de position, une expression singulière, une opposition au conformisme. Ils insistent sur le fait que l’individualisme peut également être conçu dans une perspective progressiste. Il ne s’agit donc pas de définir l’individu contre la société ou la règle sociale, mais de construire la démocratie même sur l’assentiment que le citoyen donne, ou non, à la société et sa capacité individuelle d’exprimer la société et de se sentir exprimé par elle. Dans la conception politique de Thoreau et Emerson, la voix est indissolublement personnelle et collective, et plus elle exprime le singulier, plus elle est propre à représenter le collectif. Ils citent ainsi Emerson :
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18 Ici on pourrait considérer « notre conviction latente » comme notre subjectivité, qui recouvre à la fois ce que nous avons de plus singulier et, en même temps, ce qui nous relie aux autres humains du fait qu’elle est présente chez chacun d’entre nous. Pour Emerson, toute incapacité de prendre la parole, d’être sujet de sa parole, est conformiste. On retrouve l’idée d’autonomie morale subjective développée par la psychodynamique du travail. En effet, cette autonomie consiste à ne pas se trahir soi-même, quitte à renoncer à être conforme à ce que les autres pensent. Mais ici, ce qui est intéressant, c’est que les auteurs rattachent la subjectivité au politique en édictant comme principe démocratique le fait de laisser libre cours à la capacité politique et expressive de chacun. La démocratie doit garantir le droit pour chacun de savoir et d’exprimer ce qui lui convient, et à chaque fois de manière singulière. C’est ce droit qui permet l’instauration de la conversation démocratique. Comme la psychodynamique du travail, qui se refuse à toute démarche d’expertise, les auteurs s’inscrivent en faux contre ce qu’ils qualifient d’obsession de l’expertise qui dissimule une perte de confiance en soi et favorise le conformisme dont l’expert est le plus souvent l’expression. La méthode de la psychodynamique du travail, qui privilégie la parole des salariés sur leur réalité de travail et sur les aménagements de l’organisation du travail à envisager, irait ainsi dans le sens du maintien et-ou du développement de la démocratie. Pour les auteurs, il ne s’agit pas d’opposer individualisme et solidarité. Sous ses dehors individualistes, la désobéissance se présente plutôt comme une expression authentique qui manifeste l’attention aux autres, la défense de la solidarité et le respect des principes démocratiques.
19 Au bout du compte, la désobéissance civile apparaît ici comme une forme d’action politique constitutive de la démocratie. « Récupérer sa voix et la faire entendre en se résolvant à désobéir est, en ce sens, une démarche qui repose sur une idée exigeante du politique, qui prend au sérieux la définition radicale qui donne la démocratie pour un gouvernement du peuple par le peuple. » Ces actes de désobéissance civile sont une marque tangible de l’affrontement entre deux camps :
- D’un côté, les dirigeants qui cherchent à moderniser la société, c’est-à-dire actuellement : à limiter les droits sociaux et politiques des ressortissants d’un État et les missions qu’ils avaient pris l’habitude de lui voir remplir.
- D e l’autre, des citoyens qui se sentent concernés par l’organisation de la vie collective et qui défendent une démocratie qui permet de promouvoir : l’égalité, l’autonomie, la pluralité des conceptions du bien, l’inaliénabilité du droit à la critique, le respect des opinions et des émotions des individus…
Les actes de désobéissance visent enfin à mettre à jour la dimension de la domination qui prend la forme de la dépossession de soi. Les auteurs ont cherché à montrer que celle-ci n’est pas un sentiment vécu par des personnes vulnérables, mais un effet de la réforme gestionnaire et du changement de modèle d’exercice du pouvoir qu’elle impose. Les réformes actuelles cherchent à défaire le lien entre l’État et la société et redéfinissent la nature de ce que les citoyens doivent désormais attendre de leur gouvernement. Pour attirer l’attention sur la violence de ce projet, certains pensent qu’il est juste de désobéir en démocratie.
20 En février 2011, j’avais assisté à une conférence de Sandra Laugier à l’Ehess au cours de laquelle elle présentait ce livre. Elle avait débuté en nous faisant écouter divers témoignages d’agents d’Edf du mouvement « Robin des bois » qui rétablissent le courant aux usagers qui ont été « coupés » pour défaut de paiement et d’enseignants qui avaient refusé de réaliser les évaluations en cm1/cm2. Je me souviens en particulier de l’un de ces derniers qui déclarait qu’en France le taux de suicide était très important chez les enseignants et que désobéir lui avait permis de relever la tête, d’être tourné vers l’avenir. Ces situations pourraient être comparées aux résultats de recherches que j’ai menées en Guadeloupe et qui m’ont amenée à mettre en évidence chez les travailleurs salariés de cette île une stratégie de défense qui passe par la désobéissance et la résistance au travail. Celle-ci permettait aux salariés guadeloupéens qui l’adoptaient de se défendre contre leur souffrance d’avoir à subir la domination. En se défendant ainsi contre leur souffrance, ils préservaient leur santé. On peut donc défendre l’idée que la pratique de la désobéissance civile permet non seulement d’espérer infléchir les politiques du gouvernement ou des grandes entreprises de service public, comme Edf, mais qu’elle permet aussi aux travailleurs, qui font l’expérience de la dépossession de soi, qui ne trouvent plus de sens à leur travail, de se défendre contre la souffrance vécue et donc de préserver leur santé.
21 D’ailleurs dans ce livre, les auteurs déclarent que la désobéissance civile relèverait d’un régime démocratique qui s’appuie sur une conception de la « liberté comme non-domination[3][3] Pettit P. , 2010, Républicanisme, Michalon. ...
suite » proposée par P. Pettit. Pour ce dernier, « la liberté se confond avec le fait de pouvoir regarder autrui les yeux dans les yeux sans crainte ou déférence, de pouvoir marcher la tête haute, sachant n’être à la merci de personne.[4][4] Ibid. , p. 305. ...
suite » Cette conception de la liberté me paraît très proche de celle des travailleurs guadeloupéens et il m’avait semblé, à l’époque, que celle-ci était le résultat de l’héritage de l’esclavage, mais peut-être n’est-ce en fait qu’une conception de la liberté exigeante par r apport aux principes de base d’un régime démocratique.
22 Valérie Ganem
À propos de Émile Durkheim : Hobbes à l’agrégation. Un cours d’Emile Durkheim suivi par Marcel Mauss Éditions de l’EHess. Sur une idée de P. Artières et J.-F. Bert. Préface de J.-F. Bert. Paris, 2011
23 Les éditions de l’Ehess ont lancé par deux opus une nouvelle collection intitulée « Audiographie » en 2011. Le premier est consacré à un texte inédit de M. Foucault, le second à un cours d’E. Durkheim portant sur la philosophie morale et politique de T. Hobbes[5][5] Philosophe anglais du xviie siècle. Auteur notamment du...
suite, suivi par son neveu, M. Mauss. Il s’agit donc de la publication d’archives retranscrites, ici les notes de cours du jeune Mauss, préparant l’agrégation à Bordeaux. Bien sûr, le côté inédit des textes rend la collection intéressante, mais cela ne se limite pas à cet aspect.
24 Je pourrais en relever au moins deux concernant l’opus consacré à Durkheim et dont il sera ici question :
- S’agissant de la retranscription d’un cours, cette nouvelle collection « Audiographie » donne à ceux qui s’intéressent au métier d’enseignantchercheur un matériel clinique nouveau. Que sont les archives audio ou les notes de cours si ce n’est du matériel clinique sur le travail de l’enseignant-chercheur dont le métier consiste certes à écrire et chercher, mais aussi à parler ? Qu’est-ce qu’enseigner ? Qu’est-ce que donner un cours ? Qu’est-ce que parler ? Qu’est-ce que ce type de matériel apporte à l’histoire des disciplines et à la transmission des savoirs ?
Dans le même temps, il laisse voir celui qui lui est associé, le travail d’étudiant (c’est quoi prendre des notes ? il ne s’agit pas seulement d’écrire, mais aussi de penser ce que l’on entend et analyser ce qui est donné à entendre). Dans ce cours, on entrevoit le travail du jeune Mauss tout comme on voit le travail de la pensée d’E. Durkheim. J.-F. Bert qui préface l’ouvrage et qui a fait la retranscription n’a pas complété ce qui était illisible, ce qui montre toute la difficulté de l’activité de prise de notes (écrire, écouter, penser, faire des liens, analyser et tout cela de manière quasi simultanée !) et la subjectivité à l’œuvre dans ce travail. - Ce cours est éminemment intéressant du point de vue de l’histoire des idées, des disciplines et de la « vie sociale des concepts » (J.-L. Fabiani). D’une part, il indique à ceux qui s’intéressent à l’œuvre d’E. Durkheim des perspectives nouvelles pour comprendre et analyser l’œuvre, la démarche du créateur de la sociologie. D’autre part, il incite ceux qui s’intéressent aux sciences sociales à relire la philosophie politique et morale anglaise du xviie siècle.
Resterait à poursuivre par une perspective tout aussi passionnante : l’influence de T. Hobbes sur M. Mauss, le père fondateur de l’anthropologie française.
25 Il s’agit ici de voir en quoi T. Hobbes est bon à penser… Accusé d’un conservatisme excessif, notamment par A. Arendt ou M. Foucault, le philosophe reprenant et rendant célèbre la sentence de Plaute « l’homme est un loup pour l’homme » n’en est pas moins à l’origine de la pensée libérale du xxe siècle, elle-même d’influence majeure sur notre société actuelle. Alors que la question de la résistance prend une place centrale aujourd’hui dans les sciences humaines, convoquer T. Hobbes, penseur du conflit comme fondateur du contrat social, paraît fort à propos !
26 Ce cours est donné de 1894 à 1895 et, si on en croit le Bulletin officiel du ministère de l’Instruction publique, le De Cive est mis au programme de l’agrégation pour la première fois cette année-là. E. Durkheim, penseur de la société en transition en est à une étape de son œuvre frontière, elle aussi entre la philosophie politique et la sociologie qu’il crée. Pour fonder la sociologie, il va chercher du côté de la philosophie politique une certaine légitimité : sans doute sous-estime-t-on sa bonne connaissance de la philosophie anglo-saxonne, car la lecture qu’E. Durkheim propose ici est non seulement d’une grande rigueur, mais aussi d’une grande profondeur. Particulièrement dans la discussion que l’on entend entre les deux hommes sur les questions de la morale, de l’autorité, du consentement aux lois (de quelle nature sont-elles ?) et du vivre-ensemble (l’État joue-t-il un rôle actif dans la solidarité et l’autorité ?). On l’entend interroger l’œuvre de T. Hobbes concernant le repli dans le privé ou bien encore le délitement du lien social. Après la Division du travail social (1893), E. Durkheim s’interroge toujours sur les fractures du tissu social et sur la notion de contrat social (reposant sur la « libre-volonté » selon lui). Il convoque pour cela T. Hobbes, penseur de la guerre civile et du conflit (la construction de la société par la peur n’étant que l’étape ultime de son argumentation). En effet, « quel autre philosophe mieux que T. Hobbes, qui a été frappé par la guerre civile de son propre pays, peut donner à penser et à analyser les crises qui accentuent le délitement des formes traditionnelles du lien social, qui se manifeste pour E. Durkheim par l’apparition, entre autres, du repli identitaire, du refuge dans le privé ou encore de l’exclusion ? Il faut d’ailleurs considérer cet enseignement comme une étape importante pour E. Durkheim dans l’élaboration et la fixation de la problématique de la cohésion sociale. Ce cours fait partie de ces moments de tâtonnement propres à tout processus de constitution disciplinaire, où se fixent une problématique, une méthode et un objet » (p. 13-14).
27 Comment E. Durkheim et T. Hobbes situent-ils la notion de conflit dans la genèse du lien social ? Comment entendre les liens entre Nature, Raison et organisation sociale chez les deux penseurs ? Pour autant, Hobbes peut-il être considéré comme un précurseur de la sociologie ? Peut-on dire qu’il y ait une théorie sociale chez Hobbes ?
28 Un petit ouvrage qui ouvre de bien importantes et de bien grandes questions, qui invite ceux qui s’intéressent à la question du conflit et du vivre-ensemble à reprendre la lecture de Hobbes, comme le fit Durkheim à l’époque.
29 Frédérique Debout
Notes
[1] H. A. Bedeau. 1961, « On Civil Disobedience », Journal of Philosophy, n° 58 : 661. 
[2] Dejours, C., 2003, « L’évaluation du travail à l’épreuve du réel », Inra Éditions. 
[3] Pettit P., 2010, Républicanisme, Michalon. 
[4] Ibid., p. 305. 
[5] Philosophe anglais du xviie siècle. Auteur notamment du De Cive et du Leviathan.
TITRES RECENSÉS
- Travail et rapport sociaux de sexe. Rencontres autour de Danièle KergoatCoordonné par Xavier Dunezat, Jacqueline Heinen, Helena Hirata et Roland Pfefferkorn Paris L’Harmattan, Logiques sociales, 2010
- Albert Ogien et Sandra Laugier Pourquoi désobéir en démocratie ? Paris, Édition La Découverte, 2010
- À propos de Émile Durkheim : Hobbes à l’agrégation. Un cours d’Emile Durkheim suivi par Marcel Mauss Éditions de l’EHess. Sur une idée de P. Artières et J.-F. Bert. Préface de J.-F. Bert. Paris, 2011
POUR CITER CET ARTICLE
« Notes de lecture », Travailler 1/2012 (n° 27), p. 167-180.
URL : www.cairn.info/revue-travailler-2012-1-page-167.htm.
DOI : 10.3917/trav.027.0167.




