A. Syntaxe du groupe prépositionnel
Préposition à éclipses
Claire Blanche-Benveniste
Les prépositions dites « faibles », à, de, en, ne peuvent pas se trouver devant QUE
en français (il en va de même en anglais). Il importe peu que le QUE en
question soit analysé comme une conjonction ou comme un pronom relatif. Deux
solutions sont possibles en français : une solution « pauvre » qui consiste à
supprimer la préposition, comme dans J’ai besoin
qu’il vienne, où l’on devrait avoir une préposition DE, comme dans
J’ai besoin de cela, et qu’on
analysera donc avec un DE sous-jacent, J’ai
besoin Ø qu’il vienne. Une solution « riche » qui consiste à ajouter
un CE servant d’appui, Je m’attends à ce qu’il
vienne. Dans les tournures clivées, la suite préposition + QUE n’est
pas davantage possible *c’est à sa mère à QUE je
pense. La solution « pauvre » consiste à enlever la préposition,
c’est à sa mère Ø que je pense. La
solution « riche » consiste à choisir, lorsque c’est possible, un pronom
relatif QUI ou LEQUEL, plus solide que QUE, c’est
à sa mère à qui je pense, c’est à sa mère à laquelle je
pense.
Dans les deux cas, la répartition entre les deux solutions ne
semble pas prévisible par des règles strictes. Cette répartition varie selon
les usages et il ne semble pas qu’on puisse voir une évolution diachronique de
l’une à l’autre des deux solutions.
In French as in English, « weak prepositions »
à, de, en, cannot precede a QUE,
whether it be a conjunction or a relative pronoun. When a verbal predicate
requires a prepositional phrase for its complement, and the complement comes
under a QUE + sentence form, DE + QUE would be ungrammatical, *J’ai
besoin de qu’il vienne, *je m’attends
à qu’il vienne. Two grammatical solutions can be used, a « poor one
», zeroing the preposition, J’ai besoin Ø qu’il
vienne, je m’attends Ø qu’il vienne, and a « rich one », adding a
demonstrative CE between the preposition and QUE, Je m’attends à ce qu’il vienne. For cleft
sentences, where the same ungrammaticality could occur, *c’est à sa mère à que je pense, the « poor
solution » consists in zeroing the preposition, *c’est à sa mère Ø que je pense, or in using a
strong relative pronoun, QUI or LEQUEL, c’est à
sa mère à qui je pense, c’est à sa mère à laquelle je
pense.
Both solutions, in both cases, cannot be predicted by regular
rules. The choice depends on variable usages and no diachronic ordering can be
stated.
• La répartition entre prépositions,
pronoms et conjonctions dans les clivées et les restrictives
• Les que-phrases incompatibles avec une
préposition
• Rencontre entre deux prépositions
appartenant à deux valences verbales distinctes
• Conclusion
• Références