Travaux de linguistique 2001/1-2
Travaux de linguistique
2001/1-2 (no42-43)
278 pages
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I.S.B.N. 2-8011-3685-9
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A. Syntaxe du groupe prépositionnel

Vous consultezUne analyse des constructions transitives indirectes en français

AuteurAndré Dugas[*] [*] 10855, av. de Bois-de-Boulogne — Montréal — H3M 2X2,...
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du même auteur

Université Paris 13 et UQAM

Présentation


Le statut du verbe détermine la nature des phrases du français[1] [1] Pour ce travail de recherche et pour ma participation au...
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. Ainsi, les verbes se distinguent selon qu’ils s’emploient de façon transitive ou de façon intransitive. La première classe se subdivise encore selon le type de transitivité. Il y a les verbes dont le complément d’objet est direct (c.o.d.) et d’autres dont le complément d’objet se fait d’une façon indirecte (c.o.i.), c’est-à-dire par l’intermédiaire d’une préposition[2] [2] La précision qu’apportent suite. Les prépositions les plus fréquemment imposées par le verbe sont à et de. Un certain nombre de verbes régissent à la fois un complément d’objet direct et un complément d’objet indirect, commedonner quelque chose (c.o.d.) à quelqu’un (c.o.i.)ourecevoir quelque chose (c.o.d.) de quelqu’un (c.o.i.)Certains verbes commandent deux compléments indirects, l’un avec la préposition à, l’autre avec de. Ce sont des verbes comme parler, se confesser[3] [3] Ces verbes font partie d’une liste restreinte, le plus...
suite
. Des grammairiens, entre autres Gobbe et Tordoir[4] [4] Cf. Gobbe...
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, soutiennent qu’il s’agit là d’un cas particulier d’une réduction obligatoire, où le marqueur de jonction et a été effacé :Pierre parle à Paul
Pierre parle de Jacques
*Pierre parle à Paul et de Jacques
Pierre parle à Paul de Jacques

2 Le complément indirect est introduit par d’autres prépositions comme chez, pour ou des prépositions composées comme à propos de[5] [5] Cf. Dugas...
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. Le nombre de ces prépositions varie d’un grammairien à un autre. Par exemple, les auteurs [Martinet et alii (1979] [Martinet et alii (1979] [TXTNOTESrb22]
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en énumèrent une trentaine : à, après, avant, avec, chez, comme, contre, dans, de, depuis, derrière, dès, devant, en, en faveur de, entre, envers, malgré, outre, par, parmi, pendant, pour, sauf, sous, sur, vers. Dans mon relevé, les prépositions à propos de, à travers, au-dessus de, au-devant de, auprès de, au sujet de, autour de, d’avec, en travers de, selon, s’ajoutent mais les suivantes, depuis, dès, envers, malgré, outre, pendant, sauf ne sont pas retenues ; elles ne sont pas attestées non plus dans le Grand Dictionnaire Encyclopédique Larousse[6] [6] Des compléments d’objet indirect sont camouflés. Voyons...
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.

La valse hésitation dans l’identification du complément d’objet indirect et du complément circonstanciel

3 Tous les auteurs ont souligné la difficulté, dans la tradition grammaticale française, de distinguer entre complément d’objet indirect et complément circonstanciel. Voyons brièvement quelques témoignages. Grevisse et Goosse font remarquer que « Le procédé que l’on donne traditionnellement pour reconnaître l’objet indirect est peu pertinent. Il consiste à poser après le verbe l’une des questions : … à qui ? … à quoi ? … de qui ? … de quoi ? etc. On ne fait ainsi que reprendre la préposition qui est déjà présente dans la phrase et remplacer le nom par un pronom interrogatif. Des compléments que la tradition rangeait parmi les compléments circonstanciels (et que nous appelons compléments adverbiaux) acceptent la même substitution : Il travaille pour ses enfants. Il travaille pour qui ? — Carreler avec de la brique. Carreler avec quoi ? Etc. » ([Grevisse-Goosse 1986 : 416] [Grevisse-Goosse 1986 : 416] [TXTNOTESrb10]
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). De son côté, Le Goffic écrit que « Le problème des limites entre les compléments indirects essentiels et les compléments indirects accessoires (circonstanciels) se pose très vite » ([Le Goffic, 1993 : 290] [Le Goffic, 1993 : 290] [TXTNOTESrb21]
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). Plus loin, ce même auteur ajoute que « la frontière avec les compléments accessoires (circonstanciels) est incertaine » ([Le Goffic 1993 : 305] [Le Goffic 1993 : 305] [TXTNOTESrb21]
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). Riegel et ses co-auteurs font également écho à cette faiblesse dans la description grammaticale et soulignent que « L’identification du complément d’objet indirect est d’autant plus délicate que la plupart des compléments circonstanciels sont aussi introduits par une préposition » ([Riegel et alii 1994 : 223] [Riegel et alii 1994 : 223] [TXTNOTESrb25]
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). Wilmet fait également part de ses incertitudes dans ce qui suit : « Le c.o.i. ‘complément d’objet indirect’ n’a jamais bénéficié — et pour cause — de la même attention que le c.o.d. […] Où passe exactement la frontière des compléments d’objet second et des compléments de circonstance ? […] les doutes s’amplifient au fur et à mesure que les circonstanciels offrent leur vaste échantillonnage de temps, de lieu, d’accompagnement, de destination … » ([Wilmet 1997 : 483-484] [Wilmet 1997 : 483-484] [TXTNOTESrb28]
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).

4 Des analyses témoignent de ces hésitations qui vont jusqu’à la contradiction entre les positions prises. Pour [Riegel et alii (1994 : 219] [Riegel et alii (1994 : 219] [TXTNOTESrb25]
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, la phrase Traduisez-moi ce texte en latin s’analyse avec un complément d’objet indirect, en latin, qui s’interprète autrement, comme un complément circonstanciel pour les auteurs de la Grammaire Larousse du français contemporain ([Chevalier et alii 1964 : 186] [Chevalier et alii 1964 : 186] [TXTNOTESrb2]
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)[7] [7] Ce rapprochement est fait dans suite C’est Wilmet cette fois qui signale que « Le Petit Robert impute p.ex. dépendre de, dériver de aux verbes transitifs indirects mais procéder de, provenir de aux intransitifs et aux circonstanciels » ([Wilmet 1997 : 484] [Wilmet 1997 : 484] [TXTNOTESrb28]
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). De la même manière, ce que rapporte encore [Wilmet (1997 : 485-486] [Wilmet (1997 : 485-486] [TXTNOTESrb28]
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, Tesnière analyse comme des circonstanciels les compléments de changer de (veste + chaussures), dépendre de quelqu’un, se souvenir de quelque chose, se tromper de porte. Il ne serait pas difficile de débusquer d’autres exemples d’analyses surprenantes ou contradictoires, mais nous allons maintenant examiner les tests qui permettent supposément de distinguer les types de compléments du verbe.

Les tests

5 Différents tests ont été proposés pour ce faire. Si leur approche se veut originale, grammairiens traditionnels, structuralistes ou générativistes ont tous traité à peu près de la même manière et avec les mêmes critères les problèmes d’identification des compléments transitifs ou intransitifs, les compléments circonstanciels ou les compléments essentiels. La révision de quelques positions qui est maintenant proposée, de façon succincte, va davantage insister sur le caractère faillible ou ambigu des tests, quelle que soit l’approche ou la théorie linguistique.

6 On devrait pouvoir distinguer globalement les deux types de complément en appliquant des mesures qui conviennent à l’un parce qu’il fait partie du prédicat, le complément d’objet indirect étant un complément du verbe, à l’autre, le complément circonstanciel, en tant que constituant périphérique de la phrase. C’est ce qui fait conclure à [Riegel et alii (1994 : 223] [Riegel et alii (1994 : 223] [TXTNOTESrb25]
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que c’est un rapport de double dépendance qui caractérise les c.o.i. : il est d’abord sémantique puisque le complément d’objet indirect est un véritable actant qui, « complémentaire de celui du sujet, est appelé par le sens du verbe », cette analyse étant inappropriée pour le complément circonstanciel. Il est aussi syntaxique puisque le verbe introduisant des compléments d’objet indirect détermine dans la plupart des cas le choix de la préposition : les prépositions à s’imposent pour le verbe obéir et de pour profiter. Dans le cas des compléments circonstanciels, les prépositions associées à un verbe locatif, par exemple, peuvent varier : aller (à + dans + vers + sous + sur +derrière, etc.).

7 Puisque le complément circonstanciel est périphérique de la phrase, il n’est donc pas étonnant que les mêmes grammairiens fassent de la propriété de la mobilité de ce complément dans la phrase celle qui le caractérise vraiment, mieux que son caractère facultatif ou sa possibilité de se démultiplier. ([Riegel et al. 1994 : 140] [Riegel et al. 1994 : 140] [TXTNOTESrb25]
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). Ils font du détachement en tête de phrase une presque exception des compléments d’objet indirect :Paris (c.o.i.), Jean y va souvent.

8 La phrase suivante est aussi valable :À Paris (c.o.i.), Jean y va souvent.
À Paris (circonstanciel), le prix des appartements (y + 0) est plus cher que partout ailleurs.

9 La dislocation est pourtant facile dans certains contextes de compléments du verbe, par exemple :Aux derniers concurrents, on a dû remettre des dossards sans numéro.
Aux familles des victimes, le gouvernement russe n’a pas adressé de messages de sympathie.

10 Ce test n’est quand même pas inutile, à preuve ces exemples de l’impossibilité d’une dislocation entre le sujet et le verbe :*Pierre à Paris va souvent. (c.o.i.)
*Pierre, à Paris, y va souvent. (c.o.i.)
Pierre, à Paris, connaît beaucoup de monde. (circonstanciel)

11 La démarche de Riegel et alii, comme d’autres linguistes grammairiens d’ailleurs, marque la distance par rapport à celle des grammaires traditionnelles dans lesquelles la confusion dans l’analyse du complément circonstanciel et du complément d’objet indirect est inévitable. Les questions qui ? pour les êtres animés, quoi ? pour les non animés sont courantes pour distinguer les compléments directs. L’analyse est la même pour les compléments indirects, en positionnant d’abord la préposition. Cette façon de faire prédisposait à la généralisation pour toutes les autres prépositions :Louise s’adonne à la peinture.
Louise s’adonne à quoi ? …
Chantal travaille pour de l’argent.
Chantal travaille pour quoi ? …
Ruth verse le lait dans la terrine.
Ruth verse le lait dans quoi ? …

12 Dans le cas d’un complément de lieu (circonstanciel), la question , pour désigner exclusivement un complément circonstanciel, rivalise avec la question à quoi ? pour trouver le complément d’objet indirect.Mathieu va au stade. (c.o.i.)
Mathieu va où ? au stade
Mathieu s’entraîne au stade. (circonstanciel)
Mathieu s’entraîne où ? au stade

13 Ce test, toujours présent dans l’analyse grammaticale traditionnelle et toujours utilisé en première approximation par tous, est donc inefficace pour distinguer ces deux types de compléments, l’objet indirect et le circonstanciel.

14 Pour délimiter les compléments d’objet indirect et les circonstanciels, on dira que l’un des tests probants est l’impossibilité de faire commuter le circonstanciel avec un pronom personnel clitique. À propos de la pronominalisation des compléments d’objet indirect, [Riegel et alii (1994 : 223-225] [Riegel et alii (1994 : 223-225] [TXTNOTESrb25]
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font jouer une série de paramètres de variation selon que le complément est animé ou non. En bref, les compléments en à se pronominalisent par les formes conjointes lui ou y ou les formes disjointes précédées de la préposition, selon la nature du verbe.[8] [8] La pronominalisation oblige à reconnaître des classes...
suite
Par exemple,Jean succède à Ruth.
Jean lui succède
*Jean succède à elle.
Jean pense à Ruth.
*Jean lui pense
Jean pense à elle.

15 Les noms désignant des êtres non animés seront uniformément représentés par le pronom y.Jean consent à cette transaction.
Jean y consent.

16 La pronominalisation en y est également courante pour les circonstanciels. Témoin l’exemple déjà cité ci-dessus :À Paris, le prix des appartements y est plus cher que partout ailleurs.

17 Le cas de la pronominalisation des compléments en de est moins problématique : les compléments non animés se pronominalisent de façon régulière par en :Paul se souvient de ses 20 ans.
Paul s’en souvient.

18 Dans le cas des noms animés, la stratégie des pronoms disjoints n’est pas exclusive :Léa abuse de ses vieux.
Léa abuse d’eux.
Léa en abuse.

19 La pronominalisation par en couvre tous les compléments d’objet indirect de lieu, par exemple,Pierre vient de Montréal.
Pierre en vient.

20 ce qui peut ajouter la confusion avec des compléments de phrase de ce type sans même que la pronominalisation puisse se produire pour les circonstanciels.
Il est cependant un cas particulier de la pronominalisation par en. Voyons ce qui suit. Les prépositions à et de introduisent également des phrases avec les suites à ce que P ou de ce que P, où ces suites ne sont pas toujours substituables à que, comme dans*Paul voit qu’elle vienne.
Paul voit à ce qu’elle vienne.
*Le malentendu provient que vous analysez cette phrase différemment.
Le malentendu provient de ce que vous analysez cette phrase différemment.

21 La pronominalisation se passe normalement pour la construction en à ce que par y :Paul y voit.

22 La pronominalisation par en (et non le) pour de ce que se fait aussi normalement pour le verbe rêver :Marc rêve (de ce) que sa fille épouse un homme riche.
Marc en rêve.

23 mais elle est impossible pour Le malentendu en provient.

La faiblesse des tests

24 Comme nous venons de le voir, la pronominalisation des compléments d’objet indirect suit des méandres pour le moins tortueux qui ne mènent pas toujours au résultat souhaité. Les techniques de la transformation à l’interrogative avec qui, pour les animés, quoi, pour les non-animés, ne prouvent rien. Il existe encore d’autres tests comme la non-commutation ou le non-remplacement de la préposition, la dislocation, sujets que nous avons effleurés, le non-dédoublement avec et cela, l’extraction avec c’est … qui, c’est … que — que nous n’avons pas vu — mais tous sont plus ou moins probants. Il est un test déjà éprouvé qui semble fournir de meilleurs résultats tout en demeurant simple d’application, c’est l’effacement ; s’il s’agit bien d’un complément d’objet indirect et non d’un complément circonstanciel, son effacement entraîne l’agrammaticalité de la phrase.

Les compléments essentiels

25 En théorie grammaticale, il s’agit là de l’un des tests les plus pertinents dans la mesure où il permet de distinguer ce qui est grammatical de ce qui ne l’est pas. La notion de complément essentiel[9] [9] La notion même de « complément essentiel » n’est...
suite
s’applique justement pour distinguer la fonction des compléments du verbe — essentiels — et celle des compléments de la phrase — non-essentiels. Le rapport de double dépendance, sémantique et syntaxique, se ramène à une procédure d’analyse binaire ; à chaque effacement, il suffit de vérifier le résultat : la phrase est grammaticale ou elle ne l’est pas. La fonction du complément se déduit d’elle-même. C’est en appliquant strictement ce test de l’effacement que je viens de terminer une analyse de quelque douze mille verbes. Ces travaux ont commencé à Montréal pour se poursuivre au Laboratoire de linguistique informatique de l’Université Paris 13.

26 Le complément du verbe tout à la fois objet direct non-animé se trouve dans 7031 emplois ; l’objet direct animé humain n’est représenté que 3180 fois. La propriété intransitive s’applique à 2699 emplois de verbes et les emplois pronominaux représentent 2451 emplois. Comme on pouvait s’y attendre, les compléments essentiels introduits par les prépositions à ou de sont plus fréquents que pour les autres prépositions, mais il n’y en a que 357 de la préposition à suivie d’un objet suivi à son tour, ou non, d’un autre objet (par exemple, à objet (de V infinitif + que V. indicatif + que V subjonctif), autrement dit un complément d’objet indirect introduit par la préposition à. Dans les mêmes conditions, il n’y a que 303 emplois pour des objets indirects introduits par la préposition de.

27 Enfin, examinons une dernière donnée. Il y a 366 structures différentes décrivant ces milliers de verbes, comme intransitifs, transitifs directs ou indirects, pronominaux intransitifs ou avec objet direct ou indirect, structures attestées par une seule ou plusieurs propriétés combinées.

Bibliographie

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Notes

Notes

[ 1] Pour ce travail de recherche et pour ma participation au colloque qui a donné lieu à ces Actes, j’ai reçu de l’aide du directeur du Laboratoire de linguistique informatique, le Professeur Gaston Gross. Je désire ici le remercier et lui témoigner ma reconnaissance. Je remercie également Michel Mathieu-Colas pour l’aide précieuse et indispensable qu’il m’a apportée dans le traitement de mes données.Retour

[ 2] La précision qu’apportent Grevisse et Goosse (1986 : 414, rem. 1) en rapport avec ces notions est étrange : « Les verbes qui demandent un complément d’objet direct sont appelés transitifs; sinon, ils sont intransitifs. On appelle parfois transitifs indirects les verbes construits avec un objet indirect. Nous n’utilisons pas cette désignation ». Nous, si.Retour

[ 3] Ces verbes font partie d’une liste restreinte, le plus souvent des verbes de communication ; ils ont la particularité d’accepter une grande variation de la préposition à et parfois de la préposition de: arguer de qqch à/avec/devant qqn ; bavarder de qqch à/avec qqn ; bavasser de qqch à/avec/sur qqn ; cancaner de/sur qqch à/devant qqn ; caqueter de qqch à/avec/devant qqn ; causer de qqch à/avec qqn ; commérer de/sur qqch avec/devant qqn ; conférer de/sur qqch à/avec qqn ; converser de qqch à/avec qqn ; débattre de qqch avec qqn ; deviser de qqch avec qqn ; dialoguer de qqch avec qqn ; discourir de/sur qqch avec qqn ; discuter de qqch avec qqn ; faire part de qqch à qqn ; jacasser de qqch à/avec qqn ; jaser de qqch à/avec qqn ; placoter de qqch à/avec qqn ; protester de qqch auprès de qqn ; témoigner de qqch devant qqn ; s’accuser de qqch à qqn ; s’entretenir de/sur qqch avec qqn ; s’exprimer sur qqch avec/auprès de qqn ; se plaindre de qqch à/auprès de qqn ; se vanter de qqch à/auprès de qqn. La préposition de est souvent omise avec les verbes synonymes de parler ou causer (Grevisse et Goosse 1986 : 460).Retour

[ 4] Cf.Gobbe et Tordoir (1986 : 126).Retour

[ 5] Cf.Dugas (2000 : 186).Retour

[ 6] Des compléments d’objet indirect sont camouflés. Voyons la structure de compléments de verbes comme avertir, convaincre, informer, persuaderPaul avertit Ruth d’un danger imminent.
*Paul avertit Ruth de qu’il y a un danger imminent.
Paul avertit Ruth qu’il y a un danger imminent.
Elle est une preuve de l’effacement obligatoire de la préposition quand l’objet indirect est une phrase. Les grammaires scolaires ne font pas de cas de cette analyse où il est facile de faire l’erreur de prendre cette phrase complément sans préposition pour un deuxième objet direct. L’effacement de la préposition à semble ne se produire que dans le cas de locutions verbales comme faire attention, prendre garde :Paul fait attention au bon déroulement de l’opération.
*Paul fait attention à que l’opération se déroule bien.
Paul fait attention que l’opération se déroule bien.
L’effacement d’autres prépositions est peu fréquent, comme dansRuth prie Éric (pour) qu’il soit prudent.Retour

[ 7] Ce rapprochement est fait dans Wilmet (1997 : 518).Retour

[ 8] La pronominalisation oblige à reconnaître des classes de verbes nettement distinctes, le pronom étant antéposé ou maintenu dans la position du nom. La typologie établie au Laboratoire d’Automatique Documentaire et Linguistique rend compte d’une façon fine de classes de verbes définies de la sorte sur la base de critères classificatoires d’ordre syntaxique et sémantique. Les classes établies l’ont toujours été à partir de l’étude d’emploi des verbes.Retour

[ 9] La notion même de « complément essentiel » n’est pas figée : « On trouve également l’appellation « complément obligatoire », par exemple dans Wilmet (1997 : 314, rem. 3). Mais obligatoire est à essentiel ce que fin, intention, mobile, motif (des termes littéraires) sont à but (un terme grammatical) ; il en va de même pour non obligatoire, facultatif, accessoire — tous ces termes se trouvent dans les grammaires — par rapport à non essentiel (Dugas 2000 : 183, rem. 2)Retour

[ *] 10855, av. de Bois-de-Boulogne — Montréal — H3M 2X2, QUÉBEC, CANADA Tél. : (514) 332 0469 / (33) 1 42 08 59 26 — courriels : d dugas1@libertysurf.fr/ dugas.andre@uqam.caRetour

Résumé

En français, les constructions transitives indirectes présentent des difficultés d’analyse dont font mention les descriptions linguistiques actuelles aussi bien que les grammaires traditionnelles. Dans un premier temps, nous proposons un résumé des difficultés que soulèvent les analyses traditionnelles. Le principal obstacle dans la distinction entre le complément d’objet indirect et le complément circonstanciel réside dans la nature des tests d’analyse qui ne se distinguent guère à ce niveau. Des phrases comme Mathieu va au stade (=un complément d’objet indirect) et Mathieu s’entraîne au stade (=un complément circonstanciel) ne peuvent se différencier de la manière traditionnelle. C’est ainsi que, dans un second temps, nous aboutissons, par l’examen de l’application de tests comme la pronominalisation et l’effacement, à l’évaluation de la pertinence de la notion de complément essentiel pour obtenir des analyses probantes.
Des statistiques complètent cet article sur des emplois de plus de dix mille verbes et des principales prépositions introduisant un complément d’objet indirect.



In French, difficulties arise when analysing sentences with an indirect object or a circumstantial object, as shown in traditional grammars as well as in modern linguistic analyses. In the first step, we provide a short survey of the traditional analyses and their difficulties. One of the main problems of traditional grammars in making the distinction between sentences with an indirect object and those with a circumstantial object lies with the nature of the tests used in these grammars. The application of these tests does not allow any distinction between sentences like Mathieu va au stade (=an indirect object complement) and Mathieu s’entraîne au stade (=a circumstantial complement). What follows, in a second step, is the evaluation of tests like pronominalization and deleting, which leads to the notion of essential complement and more reliable analyses.
To conclude, some statistics are displayed concerning more than ten thousand verbs and the main prepositions introducing the indirect object.

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

André Dugas « Une analyse des constructions transitives indirectes en français », Travaux de linguistique 1/2001 (no42-43), p. 111-120.
URL :
www.cairn.info/revue-travaux-de-linguistique-2001-1-page-111.htm.
DOI : 10.3917/tl.042.111.