Travaux de linguistique
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8011-3685-9
278 pages

p. 157 à 170
doi: en cours

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II. Travaux

no42-43 2001/1-2

2001 Travaux de linguistique II. Travaux
B>. Formes et sens des prépositions

Les locutions prépositives : questions de méthodologie et de définition

Silvia Adler  [*] Université de Tel Aviv
Les locutions prépositives sont généralement définies de façon contrastée à partir des prépositions simples d'une part, et des syntagmes prépositionnels de l'autre. Cependant, en consultant les grammaires et les dictionnaires de linguistique, on a souvent l'impression que les définitions de « locution » qui y sont proposées conviendraient plutôt à la notion de « mot composé », ce qui soulève immédiatement la question de la pertinence de la notion de locution. Cet article s'attèle donc, dans un premier temps, à la justification de la catégorie des locutions prépositives. Il sera montré ensuite que la deuxième préposition de la locution, la préposition de figurant dans à propos de, par exemple, ne fait pas partie intégrante du reste des composants de la locution. Finalement, on s'engagera dans une discussion sur l'utilité des tests dont on se sert normalement afin de révéler le degré de figement à l'intérieur de cette classe. Les conclusions qui en seront tirées éclaireront d'une lumière nouvelle l'ensemble des locutions prépositives. The complex prepositions (locutions prépositives) are usually defined as opposed to simple prepositions on the one hand, and to prepositional phrases on the other. However, while consulting grammars and linguistic dictionaries, one gets the impression that the suggested definitions of locution correspond rather to the notion of « complex word ». This fact immediately raises the question of the relevance of the notion of locution. The purpose of this article is, first of all, to justify the category of complex prepositions. Secondly, it will be shown that the second preposition in the complex preposition (for instance, the preposition de in à propos de), is not an integral part of the rest of the complex preposition. Finally, I will discuss the usefulness of the tests that are usually applied in order to reveal the cohesion degree within this class. The conclusions of this discussion will throw a new light on the category of complex prepositions.
 
1. Introduction
 
 
Il s'agira de traiter de trois questions générales reliées entre elles : on tentera d'abord de justifier la nécessité de poser, dans la grammaire du français, la catégorie de locution prépositive (désormais en abrégé : LP), en comparant la catégorie de la locution à la catégorie de la préposition simple, d'une part, et au syntagme prépositionnel, d'autre part. On examinera ensuite le statut de la deuxième préposition de la LP (la préposition de figurant dans à la place de ou au sujet de par exemple), pour déterminer si celle-ci fait proprement partie de la locution ou si elle doit être considérée comme un élément distinct. On discutera enfin de la pertinence des tests proposés dans la littérature pour révéler le degré de figement à l'intérieur de la classe des LP.
Peut-être la relation entre ces problématiques ne semble-t-elle pas très claire au premier abord. Aussi exposera-t-on liminairement la motivation de cet article : le statut de ce qui peut s'appeler provisoirement LP, telles que à côté de, au lieu de, en dépit de, sous la dépendance de, au sujet de, etc., est loin d'être précis. Gaston Gross (1996 : 70) avance à juste titre que la notion de locution est trop vague et qu'« elle permet des descriptions très hétérogènes si elle n'est pas définie avec précision ». Il ajoute que la plupart des polémiques à ce sujet sont en fait des « querelles terminologiques, conséquence d'analyses superficielles ». Le caractère fuyant de la notion de locution a été noté par maints linguistes, dont Gaatone (1976), Danlos (1981), Gunnarson (1986), Borillo (1992), et même Ruwet (1969), qui caractérisait l'ensemble des LP de classe « fourre-tout ».
En général, on s'accorde à assigner le statut de LP à des séquences telles que au lieu de, au-dessus de, en dépit de etc., mais il en est tout autrement lorsqu'il s'agit de déterminer le statut de suites comme au sujet de ou à l'égal de, traitées comme locutions par certains, mais comme syntagmes libres par d'autres. Cette incohérence résulte, en gros, comme on le verra par la suite, du fait que ces séquences sont sujettes à toutes sortes d'opérations syntaxiques qui leur donnent l'allure de combinaisons libres. Cependant, en creusant la question et, en partie grâce à la détermination du statut de la deuxième préposition de la locution, il s'avèrera que les éléments catégorisés généralement comme LP correspondent en fait à des prépositions simples, tandis que ceux qui sont souvent considérés comme des combinaisons libres d'items, autrement dit comme syntagmes, méritent d'être classés comme LP.
 
2. Justification de la notion de LP
 
 
La tradition linguistique définit la LP de façon contrastée, explicitement ou non, à partir des prépositions simples d'une part, et des syntagmes prépositionnels de l'autre. Pour Gaatone (1981 : 49), le terme de locution désigne tout « groupe de deux mots ou plus, ressenti intuitivement comme équivalant à un mot unique ». Dans un article précédent, Gaatone (1976 : 19) expliquait en quoi consiste cette intuition : dans le cas des LP, cette intuition provient de « l'équivalence (au moins approximative) sur le plan sémantique avec une préposition simple, l'existence d'une relation entre les termes reliés par le groupe en question (nécessité absolue d'une complémentation de ce groupe) » et « le caractère syntaxiquement figé de l'ensemble ».
Marouzeau (1969 : 139) y voit une « union de plusieurs mots constituant une sorte d'unité lexicologique », et d'après Sechehaye (1950 : 96), la locution est un ensemble synthétique. Jespersen (1924 : 24) contraste la notion de « free expressions » avec celle de « formulas » : « a formula… must always be something which to the actual speech-instinct is a unit which cannot be further analyzed or decomposed in a way a free combination can. The type or pattern according to which a formula has been constructed, may be either an extinct one or a living one ; but the type or pattern according to which a free expression is framed must as a matter of course be a living one ; hence formulas may be regular or irregular, but free expressions always show a regular formation ». En effet, s'il est si difficile de déterminer ce qu'est une LP, c'est que celle-ci peut être régulière du point de vue de sa formation (rappelons le schéma productif des LP : à + article défini + nom + de, que l'on trouve, entre autres, dans les séquences à l'abri de, au bord de et à l'attention de) ou de son comportement (à savoir le fait que certaines locutions admettent la possessivation ou le démonstratif en cas de reprise anaphorique, à l'égal de groupes libres : à l'égard de - à son égard, à cet égard).
Cependant, on a très souvent l'impression, devant les grammaires et les dictionnaires, que la définition de « locution figée » conviendrait plutôt à la notion de « mot composé ». Dans le Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage de Dubois (1994 : 202), la notion de « figement » est définie comme « le processus par lequel un groupe de mots dont les éléments sont libres devient une expression dont les éléments sont indissociables », c'est donc un processus de lexicalisation dont la caractéristique essentielle est « la perte du sens propre des éléments constituant le groupe de mots, qui apparaît alors comme une nouvelle unité lexicale, autonome et à sens complet, indépendant de ses composantes ». Dans le domaine des locutions on constate en effet un figement, mais ce que Dubois décrit est plutôt une soudure : « indissociable » caractériserait bien au niveau syntaxique la notion de mot, mais pas celle de locution.
Précisons : la LP au sujet de a par exemple un sens compositionnel et est soumise, de plus, à toutes sortes de transformations en cas d'anaphorisation : à son sujet, à ce sujet, à quel sujet. Qui plus est, si le sens de la locution est opaque, non compositionnel, cela ne témoigne pas nécessairement d'une inanalysabilité syntaxique. Le noyau des locutions à l'insu de et à l'instar de n'existe pas par exemple en dehors de sa locution, ce qui veut dire que le sens de ces suites n'est pas transparent. Mais l'opacité sémantique ne se répercute pas pour autant sur les possibilités transformationnelles de ces locutions, qui admettent, voire exigent la possessivation de leurs régimes animés : à son insu, à son instar.
Il est vrai que ces locutions équivalent du point de vue fonctionnel d'une part à des prépositions simples, et qu'elles se distinguent d'autre part des syntagmes prépositionnels par leur caractère figé. Mais ce parallélisme fonctionnel avec la catégorie des prépositions simples n'implique pas qu'on ait affaire à des unités lexicologiques de nature synthétique.
En outre, tant dans le domaine des mots composés que dans celui des locutions, le sens peut être compositionnel, comme en témoignent entre autres le mot tout de suite, la locution verbale avoir faim et la LP aux environs de, ce qui va à l'encontre d'une partie considérable des définitions de la notion de locution ou de mot composé, qui voient dans l'irrégularité sémantique un critère opératoire [1].
Si le mot composé est défini traditionnellement comme ayant une charge sémantique différente de celle obtenue de la somme de ses composantes, et s'il remplit par ailleurs le même rôle que la catégorie simple correspondante, quelle différence y a-t-il entre les mots (composés) et les locutions dont le sens est opaque ? Comme on vient de le montrer, on ne peut pas dire non plus que les mots composés ont toujours un sens opaque, qui ne correspondrait pas à l'addition des sens individuels des composantes. En tout cas, notre désarroi s'accroît en consultant Sechehaye (1950 : 96), pour qui « la plupart de nos ‘composés’ français ne sont que des locutions substantives… ».
Quelle est donc la ligne de partage entre mot et locution ? Et même plus : la notion de locution prépositive est-elle toujours pertinente ?
Si nous devions justifier la notion de locution dans une langue comme le français, nous dirions d'abord que les locutions sont un état intermédiaire entre le mot et le syntagme libre. La différence entre mot et locution est essentiellement d'ordre syntaxique. Alors que pour les prépositions on parle d'un seul mot syntaxique, les LP, constructions figées, sont des groupes de deux mots syntaxiques ou plus, fonctionnant en bloc similairement à une préposition simple et unique [2].
Par ailleurs, les locutions s'écartent des syntagmes, se situant à l'autre pôle, par leur syntaxe déviante, comme le signalent entre autres Gross (1996) et Gaatone (1981). Gross (1996 : 78) explique que les locutions « ne sont pas toutes figées au même degré, de sorte qu'il y a un continuum » entre les groupes libres et les locutions entièrement figées. L'indication du degré de figement, ajoute-t-il, « se reflète dans les possibilités transformationnelles ». En d'autres termes, une construction est d'autant plus figée qu'elle a moins de propriétés transformationnelles. Gaatone (1981 : 56) précise que sur le plan syntaxique, un certain nombre de règles applicables aux locutions font explicitement référence, dans leur formulation, aux composants de la locution. Ceci signifie que le noyau de la LP, le nom, pour énumérer un de ses composants, doit être catégorisé indépendamment comme nom dans la syntaxe puisque la règle de possessivation, par exemple, fait explicitement référence à la notion de nom. Autrement dit, comme la plupart des locutions sont analysables de façon évidente, chacun des composants de la locution a son rôle propre. Pourtant, si la notion de locution n'est pas totalement abandonnée, c'est que le comportement syntaxique de celle-ci apparaît comme clairement « déviant » (Gaatone, 1981 : 56) par rapport à celui des syntagmes prépositionnels (syntagmes libres introduits par une préposition) pris comme norme. Ainsi au sujet de a-t-il un sens compositionnel et est-il soumis, de plus, à des transformations en cas d'anaphorisation : à son sujet, à ce sujet, à quel sujet. En revanche, son comportement syntaxique n'est pas superposable à celui des syntagmes prépositionnels, en ce sens que le noyau de la locution n'est pas pluralisable et que les modifications n'y sont pas admises : *au sujet intéressant de, *au seul sujet de. Donc, même s'il faut reconnaître l'individualité des composantes de la locution, nous ne pouvons pas nier leur remarquable solidarité ou intimité. Pour cette raison on ne peut pas se passer de la catégorie des locutions, et cela, à l'encontre de la thèse de Le Querler (1994 : 31) qui opte d'un élan trop audacieux pour son abolition : « quand plusieurs mots sont associés pour former un ensemble difficilement divisible, on parle souvent… de ‘locution’… Certaines de ces ‘locutions’, qu'elles soient prépositives, conjonctives ou adverbiales, sont des syntagmes nominaux prépositionnels : sans crainte, sur le champ, en haut de, dans le but que … On peut donc faire l'économie du terme ‘locution’, qui, lorsqu'on l'emploie, devient souvent une classe fourre-tout» [3].
Pour clore cette section, à la question de savoir quelle importance il y a si telles expressions sont des LP ou non, et si ce ne serait après tout qu'une simple « querelle terminologique » (cf. Gross 1996 : 70), on pourrait répondre que la question est en fait de savoir à quel niveau de la grammaire elles sont générées : à celui du lexique, où elles seraient répertoriées comme entrées, ou à celui de la syntaxe, où elles seraient régies par des règles générales. Les LP, à l'encontre des syntagmes, appartiennent de toute évidence au lexique : elles doivent être mémorisées comme telles par les locuteurs, du simple fait qu'elles ne se laissent pas systématiser.
 
3. Le statut de la deuxième préposition de la LP
 
 
Une des propriétés discriminantes des LP est leur figement à des degrés divers. Un autre trait caractéristique de l'ensemble des locutions est leur comportement imprédictible du point de vue des règles. Ces deux propriétés singulières ressortent des tests syntaxiques ou morphologiques auxquels les locutions ont été souvent soumises. Au niveau de la détermination, ces tests vérifient le remplacement de l'article défini par un possessif, par un adjectif démonstratif (ce), ou par un adjectif interrogatif (quel). Au niveau du noyau, ces tests vérifient la possibilité de modification adjectivale, la reprise du nom par celui ou sa pluralisation.
En dehors de ces tests, on en trouve d'autres qui examinent la possibilité pour la deuxième préposition (de) d'être éloignée du reste des composants de la locution. Citons, entre autres, le test de l'un…l'autre proposé par Gunnarson (1986), permettant l'intercalation de la préposition de à l'intérieur de ce groupe et, par conséquent, sa séparation du reste de la locution (ils sont en face l'un de l'autre) ; celui de l'insertion adverbiale proposé par Gross (1981) (en dépit, d'ailleurs, de X/ elle le déteste à cause, dit-il, de ses mauvaises habitudes) ; celui de la coordination, qui permet de ne reprendre que la deuxième préposition (nous sommes passés à côté d'une école et d'une très jolie statue) ; celui de l'effacement de la deuxième préposition à la suite d'une substitution par ellipse du régime de la locution, test qui a été proposé entre autres par Borillo (1992) (il y a un hôtel en face de la gare ; un autre à proximité).
Comme il a déjà été indiqué, ces tests visent tous à faire ressortir le caractère analysable des LP, objectif légitime bien sûr. Néanmoins, si, pour notre part, nous ne voulons plus tenir compte de cette seconde série de tests, c'est qu'ils se sont avérés être non-opératoires : les tests qui portent sur la séparabilité de la préposition régissante du reste des composants ne témoignent pas du degré d'analysabilité à l'intérieur de la locution. Ils prouvent au contraire que la préposition régissante, la deuxième préposition (de), a un statut autonome et même plus, n'est pas une partie intégrante de la locution. Expliquons cette observation à priori surprenante : on a constaté que la deuxième préposition peut toujours être reprise séparément en contexte de coordination, et qu'elle peut toujours être détachée du reste de la locution à la suite d'insertions adverbiales (adverbes et propositions incises). Ces données s'appliquent en fait à toutes les LP, quel que soit leur degré d'analysabilité, et ne nous apprennent donc rien à propos des propriétés idiosyncrasiques de chaque locution. En revanche, la possessivation trouvée dans à son égard, le démonstratif (à cet égard), la modification adjectivale et les autres opérations qui portent directement sur le noyau de la locution ne sont pas toujours autorisées. Par conséquent, quand on parle de degré de figement et d'analysabilité, il faut examiner tous les éléments de la LP, à l'exception de (ou jusqu'à) la préposition de.
Illustrons cela par des exemples : à cause de ne tolère pas de modifications. Pourtant, on peut très bien admettre : tout cela est arrivé à cause de sa bêtise et de son irresponsabilité et à cause même/ simplement/ dit-il de X. Mais la modification adjectivale qui porte directement sur le noyau sera exclue : *à cause évidente de. Il en va de même pour au lieu de, qui est une suite inanalysable, mais qui admet je préfère rester chez moi au lieu d'aller voir un film ou d'acheter quelque chose. Considérons aussi le cas de en dépit de, dont la soudure, sémantique et syntaxique, est incontestable : cette expression sémantiquement opaque rejette toute modification adjectivale ou relative. Pourtant, cette séquence tolère sans problème aucun la reprise de sa préposition de dans il a réussi en dépit de sa maladie et de son état moral, et la séparation de cette préposition du reste des composants suite à une insertion adverbiale dans en dépit, dit-il, de sa maladie/ en dépit, d'ailleurs, de sa maladie.
Ceci nous permet donc de conclure dans un premier temps que la deuxième préposition ne fait pas partie intégrante de la séquence : elle est conditionnée par celle-ci, de même que les verbes transitifs indirects ou les adjectifs dits « transitifs » (apte à, capable de) sélectionnent leur préposition, et à travers elle, régissent un complément. La seconde préposition des locutions, qui se limite dans la grande majorité des cas à de, est également comparable à la préposition de des verbes transitifs directs en cas de nominalisation, domaine étudié par Kupferman (1996 : 107) : construire un bâtiment - la construction d'un bâtiment [4]. De, autrement dit, est la préposition des LP par défaut : elle ne forme pas une unité compacte avec les autres membres de la locution.
Cadiot (1997 : 23-24) mentionne la « possibilité fréquemment attestée (surtout à l'oral) d'élider les prépositions incolores, phénomène qui met en valeur un certain vide sémantique de ces prépositions », et il l'illustre, entre autres, par en face le pont / vis-à-vis la maison. Au-delà du contenu anémique, cette suppression pourrait renforcer l'autonomie syntaxique de la deuxième préposition de la locution : c'est elle qui disparaît, et non ce qui précède.
Un autre argument en faveur de cette analyse compositionnelle de la suite locution + de est le fait que cette préposition est susceptible de disparaître, en cas de substitution par zéro, ou de céder sa place à que, lorsque la complémentation est de nature propositionnelle (au lieu de/ au lieu que).
Mais l'analyse de de comme catégorie fonctionnelle autonome entraîne des répercussions sur la description des éléments qui le précèdent.
Il découle en réalité de ces observations que dans le cas du type à cause (de), en dépit (de), au lieu (de), considérés en général comme LP, il n'y a plus de justification à maintenir la catégorie de locution. Si une des propriétés discriminantes des LP est leur figement à des degrés divers, ceci implique forcément qu'on ne peut plus continuer à appeler « locution » une séquence qui est allergique à toute transformation. A cause, au lieu et en dépit sont donc des prépositions simples, des mots syntaxiquement soudés, pétrifiés, qui gouvernent un complément par l'intermédiaire d'une autre préposition, laquelle est normalement de. Cette préposition est entraînée par la nécessité de complémentation de ces séquences [5]- [6].
Précisons que si on voulait continuer, malgré tout, à parler de locution dans le cas de à cause de, en dépit de ou au lieu de, il faudrait insister sur la différence radicale de la situation de en dépit de avec celle de au sujet de par exemple : ce qui formerait la locution, dans le cas du premier, ce ne serait pas la combinaison entre en + dépit, car entre ces constituants il y a soudure, mais plutôt la combinaison entre en dépit, (premier mot syntaxique) d'une part, et de (deuxième mot syntaxique), d'autre part. Une locution est justement l'union d'au moins deux mots syntaxiques qui fonctionnent ensemble, à la manière d'un mot unique. Mais cette manière de voir les choses ne va pas sans poser de problèmes, surtout si l'on se rapporte à d'autres domaines de la grammaire : ainsi, dans le cas des quantifieurs, la combinaison de l'expression de quantité et de (beaucoup de, trop de, etc.) n'amène pas à parler de « locution déterminative » (mais on parle vaguement d'« expressions de quantité ») : la préposition de est considérée ici comme un mot syntaxique à part entière. Dans le cas des verbes transitifs indirects, le verbe reste verbe et on n'a pas non plus recours à la notion de locution verbale : chaque élément, verbe et préposition conditionnée, garde un statut indépendant et autonome. Si la préposition ne forme pas une seule unité avec le verbe, pourquoi amalgamer la deuxième préposition à la LP, ou à ce que nous appelons à présent « préposition simple » ?
 
4. De la pertinence des tests auxquels sont soumises ces expressions en vue de vérifier leur degré de figement
 
 
Pour accéder à une étude approfondie de cette question, et pour pouvoir arriver à délimiter la classe trop fluide des LP, il ne suffit pas de sélectionner des tests qui rendraient compte du caractère analysable ou non de la totalité de la classe des locutions : il faudrait encore examiner de près pourquoi telle locution refuse tel test particulier ; il se peut fort bien que ce test s'avère inadéquat, non pertinent, pour une certaine architecture configurationnelle.
Précisons : l'incompatibilité de à cause de ou de en dépit de avec le possessif ne doit pas être étonnante ; cette opération étant liée à la présence d'un déterminant. Ce test n'est donc pas pertinent dans ces cas. Mais comment présenter les choses ? Faut-il énoncer que l'atomisme, c'est-à-dire la soudure, résulte ici de l'absence d'article ou plutôt de la réaction négative aux tests ? En tout cas, la pratique courante qui consiste à considérer ces tableaux avec leurs propriétés binaires représentées par les signes (+) ou (-) et indiquant que l'expression réagit positivement ou négativement à tel test syntaxique ou morphologique, et à arriver ensuite à l'inévitable conclusion que la classe en question se caractérise par sa nature imprédictible et hétéroclite, n'est pas très féconde. Expliquons-nous : le nom cause, existant avec le même sens en syntaxe libre, aurait refusé le possessif en dehors de la locution : la cause de son départ - *le départ, sa cause. Par contre, toujours en dehors de la locution, cause aurait admis le démonstratif et l'interrogatif (cette cause/ quelle cause ?), à l'encontre de ce qui se passe dans la suite dépourvue d'article à cause de. Ici aussi, la réaction négative aux tests sera une conséquence logique et naturelle de cette composition ou de ce figement arbitraire. Ce qu'il y a d'arbitraire est très souvent le figement même, la manière dont les éléments se sont soudés.
D'autre part, à propos de, dont le schéma est équivalent à celui de à cause de, admet le possessif (à son propos), le démonstratif (à ce propos) et l'interrogatif (à quel propos ?), malgré l'absence d'article et malgré le fait qu'un doublet avec article n'existe pas (*au propos de) [7]. Dans le cas de à propos de, l'acceptabilité de ces transformations est inattendue, et le statut de locution lui sera donc conféré sans hésitation. Le statut de locution est d'autant plus justifié que cette séquence appelle parallèlement au possessif le pronom personnel disjoint en cas de substitution d'un régime animé (à son propos/ à propos de lui), ce qui dévoile nettement le caractère plus ou moins figé de l'ensemble (cf. à son sujet/ *au sujet de lui).
Quoi qu'il en soit, les réactions de ces séquences aux tests syntaxiques ou morphologiques amènent à conclure que le comportement des LP est beaucoup plus motivé qu'on ne le présente d'habitude. En fait, il est possible d'augmenter considérablement le pourcentage de matière motivée ou de régularité syntaxique au détriment de l'arbitraire. Peut-être le fait d'avoir pris comme postulat le caractère imprédictible des LP, signalé par tous ceux qui étudient ce domaine, nous a-t-il tout simplement induit en erreur.
L'exemple suivant pourra illustrer ces affirmations : Lorsque Alexandre avait exposé sa thèse, il a fourni, à l'appui/ *à son appui, des arguments irréfutables. Partir du refus du possessif pour arriver à la nature imprédictible de la combinaison à l'appui de ne mène nulle part. Une étude plus approfondie se doit de rechercher la raison de ce refus : si à l'appui de bloque la possessivation dans cet exemple, c'est qu'en syntaxe libre, le possessif correspond seulement à une notion subjective et non objective : le complément adnominal dans le GN l'appui de Marie est seulement subjectif ; il en va de même pour son appui vous est accordé : c'est un génitif subjectif, c'est Marie qui accorde l'appui en question. Pour exprimer une situation objective dans laquelle Marie reçoit un appui, on dira : l'appui à Marie. En dehors de la locution, le risque d'ambiguïté n'existe donc pas : le possessif sera seulement subjectif, et la préposition de se rapporte seulement au sujet sémantique. En dehors de la locution, un GN tel que *l'appui de cette thèse sera impossible. On acceptera seulement l'appui à cette thèse : la thèse, régime inanimé, ne peut pas assumer le rôle subjectif de fournisseur d'appui. On voit donc que dans le GN, de et à orientent sur deux rôles thématiques différents. Dans la locution, par contre, on revient à la préposition par défaut de, qui ne sera qu'objective.
Ajoutons une autre donnée importante : le GN l'appui (de Paul) à Marie forme un paradigme avec l'aide (de Paul) à Marie/ le soutien de (Paul) à Marie où la préposition à est motivée sémantiquement. Elle est liée au bénéficiaire. Dans l'aide/ l'appui/ le soutien de Marie, le complément adnominal sera par contre de nature subjective. Mais cette régularité, ou ce paradigme sémantique, s'évapore aussitôt qu'on passe au domaine des locutions : à l'aide de cette thèse, je pourrai… ne commute pas avec *au soutien de cette thèse, je pourrai… On ne peut pas former sur le même modèle de à l'aide de la locution *au soutien de. Par ailleurs, à l'aide de et à l'appui de n'ont plus un comportement analogique : à l'aide de cette thèse exprime le moyen et l'interprétation est subjective. C'est la thèse qui va permettre de faire quelque chose, à la différence de à l'appui de cette thèse, qui a une interprétation objective. C'est donc une preuve de plus que le schéma à + le + N + de n'est pas prédictible mais arbitraire. A l'appui de finira par être catégorisé LP mais, comme on a tenté de le montrer, ce n'est pas parce que cette suite réagit négativement aux différents tests, ces refus étant en fait motivés. C'est plutôt parce que la locution renverse la valeur de de : de génitif subjectif (en syntaxe libre le GN l'appui de X est subjectif) on arrive à un rôle thématique objectif.
Continuons : le fait qu'il y ait un article défini derrière en est une situation atypique dans la syntaxe française. Pourtant, la présence de cet article dans la LP en l'absence de entraîne la possibilité du possessif (en son absence) en cas de reprise anaphorique. Devrait-on conclure alors que en l'absence de est une locution par sa syntaxe aberrante, ou plutôt que sa nature de locution provient de sa réaction positive à certains tests ? Dans le cas présent, il est évident que l'acceptabilité des tests résulte de sa syntaxe particulière. Cette conclusion est renforcée par le fait que l'expression antonyme existe avec et sans article (en présence de, en la présence de), à l'encontre de en l'absence de, qui ne connaît que la construction avec article. Quoi qu'il en soit, il y a des cas où il est plus difficile de signaler avec netteté la cause et la conséquence.
Mais nous citons cet exemple pour montrer que malgré la présence de l'article, cette locution n'admet pas la modification (*en la regrettable absence de). Dans ce cas, les grammaires se hâteront d'imputer cette impossibilité au comportement imprédictible des locutions. Une fois de plus, on pourrait s'arrêter là et se contenter d'affirmer que cette réaction négative témoigne réellement d'un comportement imprédictible. On pourrait tout autant se demander si cette réaction est en fait attendue. Il ne faut pas aller très loin pour découvrir que si la modification adjectivale est bloquée, là où syntaxiquement (schéma de locution comprenant l'article défini) et sémantiquement (compatibilité sémantique entre nom et adjectif) elle devrait être possible, cela ne témoigne pas nécessairement du caractère inanalysable de l'expression : le blocage de la modification peut se produire également en syntaxe libre. Ainsi, *?à la résidence admirable de Paul, syntagme prépositionnel libre, est moins naturel que à la résidence secondaire/principale de Paul. Ceci est imputable à la nature non restrictive du premier adjectif qui est, en quelque sorte, moins compatible avec la préposition locative à (dans ne présente pas cette restriction).
Pour ce qui est du test de la pluralisation du noyau de la locution, là aussi, il faut remettre en cause sa pertinence : à la disposition de admet le possessif (à sa disposition) et la modification (à votre entière disposition) ; la pluralisation du noyau est, par contre, exclue (*aux dispositions de). Mais cette réaction négative est tout à fait motivée : d'abord, il s'agit d'une nominalisation (abstraite), qui par nature conduit à des difficultés pour la pluralisation. Deuxièmement, dispositions au pluriel a un autre sens (« préparations », « arrangements »). Si nous considérons cette suite comme LP, c'est parce que (la) disposition (de X) n'indique pas le même concept que (à la) disposition (de X), même si le noyau nominal conserve son sémantisme. C'est encore parce qu'à l'exception de entière, qui ressemble plutôt à une modification « adverbiale » (à votre entière disposition peut se paraphraser par « entièrement à votre disposition »), d'autres modifications semblent moins acceptées : ?à votre disposition exclusive, ?à votre seule disposition. Il est fort possible que entière soit en cours de lexicalisation dans cette expression. Il reste que les réactions négatives aux tests de pluralisation, du démonstratif ou de l'interrogatif ne peuvent rien nous apprendre sur l'état de figement de cette expression : ces réactions sont indépendamment motivées.
 
5. Conclusion
 
 
On doit comprendre qu'une LP contient du figé et du non figé. Mais il faut déterminer avec précision ce qui l'est et ce qui ne l'est pas, et calculer la proportion du non figé relativement à la matière figée. En étudiant la pertinence des tests, morphologiques ou syntaxiques, nous pouvons minimiser la part du figé dans cette composition appelée LP, et augmenter la part de régularité syntaxique, ce qui s'expliquerait par des principes généraux et indépendants. Ces applications nous permettent de conclure également que le figement ne découle pas toujours de réactions négatives ou positives aux tests, mais de la constitution interne de la locution. C'est le figement même qui mérite d'être étiqueté « arbitraire », plutôt que la réaction aux tests.
Nous croyons avoir posé un petit échantillon des questions suscitées par l'étude du domaine des LP. D'autres n'ont pas été traitées dans la présente contribution, comme par exemple celle de la primauté de certains tests en présence de cas indécis, ou celle de la détermination systématique duquel de ces tests l'emporte sur l'autre. Il faut donc éviter des conclusions circonstancielles et hâtives qui mèneraient à la formation d'un bric-à-brac, et qui se dissoudraient une fois toutes les données prises en compte.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
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·  Cadiot P., 1997, Les prépositions abstraites en français, Paris, Armand Colin.
·  Danlos L., 1981, « La morphosyntaxe des expressions figées », Langages, 63, p. 53-74.
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·  Sechehaye A., 1950, Essai sur la structure logique de la phrase, Paris, Champion.
·  Thun H., 1975, « Quelques relations systématiques entre groupements de mots figés », Cahiers de lexicologie, 27/2, p. 52-71.
 
NOTES
 
[1]Voici un échantillon desdites définitions : Danlos (1981: 54) cite Rey et Chantreau : « un lexique ne se définit pas seulement par des mots simples et complexes, mais aussi par des suites de mots convenues, fixées, dont le sens n'est guère prévisible (…). Ces séquences, on les appelle en général des locutions ou des expressions ». Gaston Gross (1981 : 29-30) cite, lui, Brunot (1949 : 138) et Marouzeau (1961 : 54) qui perçoivent le « mot composé » comme une unité sémantique essentiellement. Brunot suggère que « le mot composé représente…, au point de vue psychologique, un concept nouveau, sans aucun rapport avec le sens primitif de ses composants », alors que pour Marouzeau « le véritable composé se reconnaît à ce qu'il se constitue au prix d'une modification (de sens, de forme, de construction, d'accentuation), de l'un ou l'autre des éléments composants ». Rohrer (1967 : 357) observe, lui aussi, que les locutions sont définies sur la base de leur « intimité sémantique » et cite Brunot (1936: 221), pour qui « c'est le caractère interne de la locution qui importe, non sa forme. Il faut que les idées exprimées par les mots qui les constituent soient devenues inséparables et forment un tout unique… ». Gaston Gross (1981 : 29-30) signale que Grevisse (1969 : 95) parle de substantifs et d'adjectifs composés» mais qu'il change de terminologie pour les autres catégories: il parle alors de locution. On a ainsi des locutions adverbiales, des locutions prépositives, etc.
[2]Le parallélisme fonctionnel avec la catégorie des prépositions simples n'implique pas qu'on ait affaire à des unités lexicologiques de nature synthétique. Autrement dit, « figé » ne veut pas dire « soudé » ou « atomique » : à l'égard de est ressenti comme un groupe figé car le noyau de cette locution, égard, ne conserve pas le même sens en syntaxe libre, il ne peut pas être pluralisé ni modifié : *aux égards de, *à l'égard exclusif de, *au seul égard de. Ceci dit, cette séquence admet le possessif ou le démonstratif en cas d'anaphorisation: à leur égard, à cet égard. Dans le cas de à la place de, l'article peut varier avec le possessif anaphorique et donner à sa place. On voit donc que la locution est une combinaison d'au moins deux mots syntaxiques, et cela à l'encontre du mot composé, unité insécable, non séparable, syntaxiquement pétrifiée.
[3]Résumons: Gaatone (1981 : 55) et Thun (1975 : 54) signalent, et pour cause, que le critère de la soudure syntaxique, qui va souvent de pair avec la soudure sémantique, ne résiste pas à l'analyse dans le cas des LP. Gaatone (1976 : 19-20) souligne que ce qui importe, c'est de savoir quelles sont les propriétés syntaxiques de ces suites et si ces propriétés les apparentent à des mots simples de la même catégorie. En d'autres termes, dit toujours Gaatone, il faut se demander « si ces séquences se comportent comme des entités non analysables en leurs éléments constitutifs » (c'est-à-dire comme un tout non-découpable, une seule unité sur le plan syntaxique) « quand bien même ces éléments existeraient aussi en dehors d'elles ». Cela ne signifie pas nécessairement que les locutions n'ont pas de propriétés syntaxiques particulières en tant que telles. Mais l'affirmation de l'équivalence d'une locution avec un mot unique ne doit pas être interprétée comme impliquant une impossibilité d'analyser cette locution en ses constituants. Si ces locutions figées refusent un bon nombre de transformations morphologiques (la pluralisation du noyau) ou syntaxiques (possessivation, pronom démonstratif, modification adjectivale) que l'on essaie de leur faire subir, cela n'implique pas une allergie totale et générale à toute transformation. Anscombre (1982 : 35, note 1) résume cette idée en disant qu'« on ne peut pas définir les locutions (…) figées comme étant celles qui sont réfractaires à toute transformation syntaxique ». Ce faisant, on reviendrait, d'une part, à la notion de mot composé et, d'autre part, comme le signale encore Anscombre (1982 : 35, note 1), « on s'interdirait toute possibilité de gradation dans le figement ». Par ailleurs, une optique assignant une autonomie parfaite ou un statut indépendant à chaque composant de la locution pourrait être, elle aussi, problématique parce que cela pourrait amener à une seconde confusion, cette fois entre locution et syntagme libre.
[4]Kupferman (1996: 107) développe également l'idée que de est aussi la préposition des nominaux iconiques: un portrait/ une photo/ un bilan/ une version de GN et des noms en général, où de représente une cheville syntaxique. Ainsi, le train de Paris a-t-il deux interprétations où de peut apparaître avec sa valeur sémantique (« qui vient de Paris ») ou non (« qui va à Paris »).
[5]Remarquons en passant que la séparation de la deuxième préposition de la locution pourrait résoudre la question du statut imprécis des séquences adverbe en -ment + préposition (à/ de) tels que indépendamment de, relativement à, etc. Si la préposition reçoit une catégorisation autonome, on ne peut plus parler de locution pour ces séquences. Évidemment, on fait face alors à un autre type de problème: comment classer ces adverbes ? Si on disait que ces adverbes sont transitifs, ne serait-ce pas en contradiction avec la définition de l'adverbe ? Quelle serait alors la différence entre préposition et adverbe ? Nous ne résoudrons pas ces problématiques dans la présente contribution, mais signalons tout de même un fait important: antérieurement à/ relativement à/ indépendamment de correspondent aux adjectifs antérieur à, relatif à et indépendant de respectivement. Autrement dit, ces adverbes sont associés à des adjectifs transitifs régissant la même préposition, ce qui veut dire que l'adverbe est un dérivé morphologique de l'adjectif transitif, et la préposition régie par l'adverbe n'est pas arbitraire, mais motivée. C'est l'adjectif de base qui sélectionne la préposition figurant dans la séquence adverbe en -ment + préposition. La seule raison de continuer à parler de LP à propos de ces adverbes serait d'ordre fonctionnel : l'adverbe en -ment et la préposition fonctionnent ensemble à la manière d'une préposition.
[6]On pourrait citer, en rapport avec les LP, la classe des locutions conjonctives : notons encore que parmi les locutions conjonctives, il y a celles qui sont soudées à tel point qu'il faudrait y voir un seul mot syntaxique: dans le cas de avant que, il y a séparabilité (avant, me semble-t-il, que…). C'est une composition faite d'une préposition, portant la charge sémantique, et de la conjonction que, un simple nominalisateur ou, en d'autres termes, un instrument fonctionnel ; mais il en va tout autrement de bien que, écrit en deux mots graphiques, mais qui doit être considéré comme un seul mot syntaxique, vu la non-séparabilité de ses éléments constitutifs (*bien, me semble-t-il, que). Cette catégorie mérite donc d'être remise en cause.
[7]Nous ajoutons cette réserve parce que toute locution est susceptible d'admettre ces transformations du seul fait de l'existence d'un doublet avec article : ainsi l'anaphorisation à sa gauche, correspondant à à gauche de, s'explique-t-elle par l'existence de à la gauche de.
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