Travaux de linguistique
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8011-3685-9
278 pages

p. 171 à 181
doi: en cours

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II. Travaux

no42-43 2001/1-2

2001 Travaux de linguistique II. Travaux
B. Formes et sens des prépositions

Au sujet de et à propos de – une analyse lexicographique, discursive et linguistique  [1]

Sylvie Porhiel  [*] LaTTICe
Cet article étudie deux prépositions composées : au sujet de et à propos de. Nous analyserons tout d'abord ces prépositions d'un point de vue lexicographique. Bien que synonymes, au sujet de et à propos de ne bénéficient pas d'un traitement lexicographique identique et leur statut, en tant qu'unités lexicales ‘autonomes’ est peu clair. L'analyse des articles de dictionnaire montre que ces prépositions peuvent avoir plusieurs lectures. La deuxième partie étudie au sujet de et à propos de d'un point de vue discursif et linguistique. Elle introduit une distinction par rapport à l'analyse des articles de dictionnaire : la place de la préposition dans la phrase. Selon qu'elle est détachée ou ‘accrochée’, elle n'a pas la même fonction : dans le premier cas elle introduit une thématique et il faut alors s'affranchir du cadre syntaxique de la phrase, dans le deuxième cas elle focalise. This paper analyses two complex prepositions : au sujet de et à propos de. The first part deals with these prepositions from a lexicographical point of view : although they are synonyms, au sujet de and à propos de are not treated the same way in dictionaries and their status as autonomous lexical units is not clear. Analysis of the dictionary entries shows that these prepositions can be interpreted in different ways. The second part considers au sujet de and à propos de from a discourse and linguistic point of view : the analysis differs from the lexicological analysis in that it considers the place of the preposition in the sentence. When the preposition is detached, it introduces a theme and it is then necessary to cross the syntactic boundary of the sentence ; when it is dependent on another constituent, it serves to focalise.
Cet article étudie les prépositions composées dans les dictionnaires et plus particulièrement au sujet de et à propos de, deux prépositions composées considérées comme synonymes et qui sont d'un emploi stable par rapport à d'autres prépositions comme au/du point de vue de, dans le cadre de, etc. Cette analyse montrera que l'emploi des prépositions composées est plus complexe que ce que peut en révéler la consultation des articles de dictionnaire. En fait, pour décrire à propos de et de au sujet de, il faut démultiplier les valeurs généralement proposées et prendre en compte leur position dans la phrase ainsi que leur fonction dans le discours.
Nous nous intéresserons tout d'abord à la façon dont les dictionnaires repèrent et traitent au sujet de et à propos de ; nous listerons aussi les valeurs (Pinchon, 1966) ou lectures (Cadiot, 1991) que l'on peut dégager après l'analyse d'articles de dictionnaires. Nous mettrons ensuite en évidence les propriétés discursives et linguistiques relatives à chacune de ces valeurs.
 
1. À propos de et au sujet de dans les articles de dictionnaires
 
 
À la lecture des articles lexicographiques des dictionnaires unilingues utilisés - le Nouveau Petit Robert, NPR ; le Lexis, LEX  ; le Petit Larousse 1988, PL ; le Grand Robert 1987, GR ; le Grand Larousse en 7 volumes 1986, GL ; et le Trésor de la Langue Française 1971, TLF, on remarque que les dictionnaires soulignent le statut particulier de au sujet de et de à propos de sans toutefois traiter ces deux prépositions synonymes de la même façon, s'agissant de leur caractère autonome ou de la division à laquelle elles appartiennent. Tout concourt à souligner le statut particulier de ces prépositions bien qu'il faille se livrer à la ‘chasse aux prépositions composées’ [2]. Les dictionnaires signalent, au moyen de procédés typographiques, de symboles, voire de la mention loc. prép. (LEX, TLF), leur singularité. Toutefois, si les prépositions composées méritent qu'on attire l'attention sur elles, leur statut lexicographique ne fait pas l'objet d'un consensus. Ainsi, l'‘autonomie’ de ces deux unités lexicales varie au sein d'un même ouvrage ou d'un ouvrage à l'autre (NPR, GL, GR, TLF), (Gaatone, 1976). Dans le NPR, au sujet de, en italique et précédé d'un tiret cadratin, est une expression ; à propos de, en petites capitales, est un « véritable mot », lexicalisé et autonome. Dans le GL, la catégorie grammaticale à laquelle appartient au sujet de est « source de différenciation lexicale » ; c'est un terme autonome qui apparaît en sous-entrée à la fin de l'article sujet ; en revanche, ce dictionnaire n'accorde pas de traitement particulier à à propos de, noté en italique. Aucun critère ne justifie que au sujet de et à propos de n'aient pas le même statut dans un même dictionnaire ou soient explicitement notés autonomes dans un dictionnaire et ne le soient pas dans l'autre. Ce flou lexicographique n'est pas sans rappeler les problèmes définitoires auxquels se heurtent les linguistes pour définir ces groupes de mots généralement appelés locutions.
Dans l'organisation de l'article lui-même, ces prépositions composées sont répertoriées sous une division sémantique ou sous ce que nous appellerons une division d'expressions. Dans le premier cas, la préposition composée est localisée dans une des divisions de sens proposées pour le mot vedette. Dans le second cas, la préposition composée apparaît dans une division propre ou dans une division avec d'autres expressions ; quand une préposition composée apparaît dans une sous-entrée, nous considérons qu'il s'agit d'un cas particulier de division d'expressions. Dans 4 des 6 dictionnaires consultés, au sujet de apparaît sous une des divisions sémantiques. Le LEX le répertorie sous une division d'expressions et le GL le note dans une sous-entrée. La préposition à propos de, en revanche, est consignée sous une division d'expressions, sauf dans le TLF. Pour justifier une telle répartition, le critère de l'autonomie de l'unité lexicale ne nous paraît pas assez robuste. L'une des expressions serait-elle plus abstraite que l'autre et donc moins compositionnelle ? Pourtant, elles expriment toutes deux des rapports abstraits (Jaeggi, 1956).
Pour ce qui est des valeurs proposées dans les articles de dictionnaire, à propos de et au sujet de sont uniquement décrits en termes de sémantique lexicale, au moyen de synonymes définitionnels (voire de renvois analogiques dont il est difficile de les distinguer) que l'on retrouve d'un dictionnaire à l'autre : à cause de (LEX), à propos de (NPR, PL, GL, GR TLF), en ce qui concerne (TLF), relativement à (LEX, PL), pour au sujet de et à l'occasion de (GL, GR), au sujet de (NPR, LEX, PL, GL, GR, TLF), en ce qui concerne (TLF) pour à propos de. Dans cette liste de prépositions, deux synonymes définitionnels à cause de pour au sujet de et à l'occasion de pour à propos de surprennent et suggèrent que ces deux prépositions ont deux lectures. En fonction du repérage adopté dans le dictionnaire consulté, on établit ou non un lien logique entre la définition et les expressions que cette division contient. Considérons tout d'abord à cause de. La consultation de l'indication sémantique relative au mot vedette sous laquelle est répertoriée la préposition au sujet de permet de dégager deux sens ‘ce qui est évoqué dans un contexte écrit ou oral’ (NPR, GR) et ‘cause d'une action’ (PL) qui confirment les deux ‘lectures’ proposées par les synonymes définitionnels. Toutefois, on ne parvient à cette conclusion qu'après avoir consulté plusieurs dictionnaires. Le LEX, qui regroupe toutes les expressions et locutions à la fin de ses articles et qui est le seul dictionnaire à introduire, pour au sujet de, le synonyme à cause de, ne propose aucune définition ; ceci est d'ailleurs congruent avec la politique de repérage du dictionnaire qui répertorie la préposition sous une division d'expressions [3]. Seule la définition du PL ‘cause, motif d'une action, d'un sentiment’ (ex. Quel est le sujet de votre dispute ?) indique une possible lecture causale et les synonymes définitionnels proposés pour au sujet de, simplement séparés par une virgule, sont à propos de et relativement à. Il y a là un écart entre l'indication sémantique et les synonymes définitionnels proposés pour au sujet de : à propos de, pas plus que relativement à, ne sont définis par une autre préposition exprimant un « rapport causal ». La préposition à propos de, quant à elle, n'apparaît pas dans une division sémantique si ce n'est dans le TLF ; il n'existe donc pas de relation entre l'indication sémantique et le synonyme à l'occasion de. On trouve des exemples de cette acception dans les dictionnaires, mais sous le substantif occasion. Les informations données pour à l'occasion de ainsi que les exemples qui illustrent la lecture ‘à propos de’ indiquent que, si à propos de est synonyme de à l'occasion de [4], il faut introduire la notion d'événement, donc une lecture temporelle [5].
Les exemples, qui illustrent au sujet de et à propos de en contexte, permettent de vérifier si les synonymes définitionnels et les prépositions composées sont substituables. En ce qui concerne au sujet de, le LEX, qui propose à cause de, ne donne aucun exemple. Le seul exemple qui établisse un lien de causalité est donné par le NPR : il a reçu des reproches au sujet de sa conduite où la cause des reproches est bien due à la conduite de il. Cette lecture peut aussi s'appliquer à à propos de dans l'exemple En 1901, il m'était arrivé, à propos de Jaurès, de me battre à l'épée avec Gérault-Richard (TLF) où la cause de la bataille est Jaurès. Ce rapport entre le propos et la cause, noté par F. Brunot (1936), par A. Jaeggi (1956) et par P. Péroz (à paraître), demanderait à être explicitement indiqué dans les dictionnaires pour la préposition à propos de. Concernant à propos de, seul l'exemple Le programme ébauché il y a deux ans, à propos de la guerre balkanique (GR) permet de commuter à propos de avec à l'occasion de.
Bien que synonymes, au sujet de et à propos de ne bénéficient pas d'un traitement lexicographique identique et leur statut, en tant qu'‘unités lexicales autonomes’ est peu clair. Dans l'organisation ordonnée d'un article, le repérage des unités lexicales a son importance et les indications sémantiques (au moins pour au sujet de) aident à comprendre le choix des synonymes définitionnels. L'analyse des articles de dictionnaire a mis en évidence que ces prépositions peuvent avoir plusieurs lectures. Toutefois, l'information relative aux lectures n'est pas explicite. Si nous avons pu vérifier ces valeurs, ce n'est qu'en consultant plusieurs dictionnaires et qu'en jouant avec les exemples pour montrer que les prépositions commutent. Ce sont d'ailleurs ces manipulations qui ont souligné que au sujet de a deux valeurs et à propos de trois.
 
2. Propriétés discursives, syntaxiques, lexicales
 
 
Rares sont les dictionnaires qui fournissent des informations fonctionnelles, syntaxiques, sémantiques ou lexicales dans leur description des prépositions composées. L'analyse de au sujet de et de à propos de en contexte permet de trouver des caractéristiques propres à chaque valeur. Par ailleurs, ces prépositions composées établissent des relations dans le discours et les résultats des travaux à orientation pragmatique, discursive et énonciative, tels ceux de A. Jaeggi (1956), M.-Cl. Berthoud (1996), P. Cadiot (1991), M. Charolles (1997) et K. Lambrecht (1994), apportent un éclairage qui permet de mieux aborder la description des prépositions et les travaux lexicographiques pourraient s'en inspirer. En effet, pour donner une description plus complète des prépositions, il faut considérer leurs propriétés, à défaut de parler de leur(s) sens, dans le discours. Pour rendre compte des valeurs de à propos de et de au sujet de, nous considérons deux cas : la préposition ne dépend pas d'un autre constituant, il s'agira d'une lecture thématique ; la préposition dépend d'un autre constituant ; il s'agira d'une lecture focalisatrice.
2.1. La préposition ne dépend pas d'un autre constituant
Quand au sujet de et à propos de introduisent des thématiques, elles relient ce que l'on va dire à ce qui a déjà été dit ou à ce que quelqu'un a dit. L'élément régi par la préposition est alors un topique [6] dans le sens où le référent est connu des interlocuteurs parce qu'il est présent, implicitement ou explicitement, dans l'interdiscours [1] :

[1]

(On vient de parler de l'Italie). À propos de l'Italie, j'en reviens.

[2]

*(On vient de parler de l'Italie). À propos du Portugal, j'en reviens.

En utilisant des prépositions composées comme au sujet de et à propos de, le locuteur présume que le référent est actif et accessible (Prince, 1981). Il ne peut d'ailleurs pas en être autrement, sinon l'énoncé serait pragmatiquement incorrect [2]. En ce sens, au sujet de et à propos de constituent des structures présuppositionnelles (Lambrecht, 1994) et des instructions de lecture au moyen desquelles le locuteur fait un choix dans les référents disponibles du contexte précédent. Comme un élément du contexte précédent est (ré-)introduit dans le discours en cours, au sujet de et à propos de ont la particularité de se trouver syntaxiquement placés à l'initiale d'une phrase, d'une proposition, détachés de la proposition par une pause intonative généralement marquée à l'écrit par une virgule. Ce placement correspond à un fort principe cognitif : quand le sujet parlant organise l'information il va du plus connu au moins connu voire à l'inconnu (Birner, 1994 ; Lambrecht, 1994). Le groupe formé par la préposition et l'élément régi bouleverse l'ordre canonique SVC (sujet-verbe-complément) de la syntaxe française et est clairement extérieur à la relation sujet-prédicat. En fait, il institue un cadre interprétatif qui vaut pour le reste de la proposition, voire de plusieurs propositions, du fait de son pouvoir intégratif. Dans [3], à propos de fait le lien entre l'énoncé précédent où plusieurs référents sont disponibles :

[3]

Ma tante m'a offert ce briquet. Elle possède pas mal d'argent, mais je ne suis pas le favori dans la course à l'héritage.

– À propos de coursei, cellei des Holdsworth n'est pas gagnée.

Cette préposition réintroduit le référent dont il va être question dans la proposition, référent généralement repris sous une forme pronominale dans la proposition où il occupe un rôle argumental, ici de sujet, comme le montrent les lettres en indice (Charolles, 1997). Quand les prépositions à propos de et au sujet de introduisent strictement une thématique, elles participent à la stratégie discursive et à l'organisation d'un discours. Les dictionnaires ne proposent des exemples de ce type que pour la préposition à propos de : à propos de notre dossier (TLF). Le rôle organisationnel, d'enchaînement discursif et de partitionnement de l'information, n'apparaît cependant pas clairement car les énoncés ne sont pas complets et se limitent à une seule phrase, hors contexte.
2.2. La préposition dépend d'un autre constituant
Quand à propos de et au sujet de se trouvent dans le schéma syntaxique ‘X prep. Y’, les prépositions (prep.) sont en dépendance par rapport à un autre élément morphosyntaxique : dire des horreurs à propos de quelqu'un (GR). Le syntagme introduit par la préposition n'est plus détaché mais ‘accroché’ [7] et la relation a lieu canoniquement dans le même segment de discours. Ce placement syntaxique correspond à un choix énonciatif de la part du locuteur qui ne cherche pas à introduire un cadre interprétatif portant sur le reste de la proposition mais à limiter le sens des mots; il y a en quelque sorte ‘focalisation’. Notons qu'ici le complément introduit par la préposition n'est pas repris par un pronom et n'a pas été évoqué précédemment dans le discours explicitement ou implicitement. Il n'y a pas non plus de pause intonative après le complément introduit par à propos de ou au sujet de. Quand les prépositions dépendent d'un autre constituant elles introduisent un focus, c'est-à-dire un élément que l'on ne peut pas prévoir au moment de l'énonciation.
Par rapport à la lecture thématique, on notera trois particularités. Tout d'abord, au sujet de et à propos de sont fortement liées à un constituant : il est difficile de déplacer au sujet de / à propos de Y en tête d'énoncé [4], [5] :

[4]

Elle s'est informée (à propos+au sujet) de votre situation financière.

[5]

*(À propos+au sujet) de votre situation financière elle s'est informée.

La seconde propriété concerne la reprise pronominale par lequel/laquelle, qui n'est possible que lorsque à propos de / au sujet de dépendent d'un autre constituant.

[6]

La même constatation s'impose pour les pays au sujet desquels on dispose d'études sérieuses (LMD).

Elle est contrainte morphologiquement (genre et nombre de l'antécédent) ainsi que syntaxiquement (les constituants doivent pouvoir se construire avec à propos de et au sujet de). Dans [3], en revanche, on ne peut avoir laquelle après à propos de parce que le référent n'a pas été (ré-)introduit et qu'on ne peut donc pas le pronominaliser. Pour finir, nous considérons la combinaison d'adverbes paradigmatisants (Nølke, 1983) (notamment, particulièrement, en particulier, etc.) avec à propos de / au sujet de. Quand ces prépositions sont ‘accrochées’, les adverbes se trouvent soit avant la préposition [7] soit entre le nom base et la préposition qui introduit le complément [8]. Quand, détachées, elles introduisent une thématique, les adverbes se trouvent généralement entre le nom base et la préposition de : À propos notamment de X [8].

[7]

Il s'agit de conférences, notamment à propos de l'aide alimentaire.

[8]

Il s'agit de conférences à propos notamment de l'aide alimentaire.

Dans la configuration syntaxique ‘X à propos/au sujet de Y’, trois cas sont à considérer :
  • La lecture ‘sur’. À propos de et au sujet de dépendent d'un N, d'un V ou d'un Adj. Au plan lexical, les N peuvent se répartir dans des classes sémantiques comme ‘discours/paroles’ (conversation, hypothèse, etc.), ‘textes’ (document, lettre, etc.), ‘accords’ (accord, etc.) ; les verbes sont des verbes du ‘dire’ (affirmer, ajouter, expliquer etc.) ; et les adjectifs demandent à être sémantiquement saturés (être optimiste, être prudent, etc.).
  • La lecture circonstancielle causale médiatisée :

[9]

Il a reçu des reproches (au sujet de+à propos de) sa conduite.

[10]

Je vous ai convoqué (au sujet de+à propos de) votre fille.

[11]

Il est passé (au sujet de+à propos de) la fuite d'eau [9].

[12]

Ils se sont presque battus (au sujet de+à propos de) de cette fille.

Dans [9]-[12], à propos de et au sujet de n'induisent pas intrinsèquement une relation (un rapport) causale étant donné que X n'est pas directement mis en relation avec Y (Péroz, à paraître), ce qui se note dans l'impossibilité de commuter ces prépositions composées avec sur. Toutefois, à partir de [9]-[12] on peut inférer que la raison/la cause de X = Y : la raison de ses reproches = sa conduite ; la raison de la convocation = sa fille ; la raison de son passage = la fuite d'eau et alors substituer à cause de à au sujet de et à propos de. Toutefois, comme X et Y ne sont pas en relation directe mais médiatisée, la relation d'inférence n'est pas complète [10]. Pour expliquer de tels énoncés que nous dirons en relation causale médiatisée [11], P. Péroz propose d'associer à la préposition composée à propos de soit la glose ‘pour parler de’, soit ce qu'il appelle un moyen terme [16] :

[13]

Il a reçu des reproches (au sujet de+ à propos de+*pour parler de) sa conduite.

[14]

Je vous ai convoqué (au sujet de+à propos de+pour parler de) votre fille.

[15]

Il est passé (au sujet de+ à propos du+ (?) pour parler de+pour réparer) la fuite d'eau.

[16]

Ils se sont presque battus (au sujet de+à propos de+*pour parler de) cette fille.

La glose ‘pour parler de’ fonctionne si plusieurs contraintes sont respectées : a) le sujet du verbe possède les qualités d'un énonciateur ; b) on a des verbes comme passer, venir [15] au moyen desquels l'énonciateur sollicite une rencontre ou des verbes comme convoquer [14]. La glose ‘pour parler de’ ne fonctionne pas toujours [16]. Elle est acceptable même si on tend à préférer un moyen terme, pour réparer, pour signaler. Mais pour pouvoir porter un jugement d'acceptabilité, il faut savoir à quoi le pronom il réfère : le plombier, le voisin, un ami… qui passe pour discuter ou qui est venu réparer la fuite. Dans [13] et [16] enfin, la glose ne fonctionne pas et il est impossible d'utiliser un moyen terme. L'impossibilité de la glose souligne l'absence d'échange verbal et s'il existe [13] l'un des protagonistes est hiérarchiquement supérieur à l'autre. Dans [16], le ‘verbe de conflit’ inhibe la glose : tout conflit a une origine, une ‘cause’ même si entre Y (fille) et X (se battre) mis en relation par à propos de/au sujet de, il n'y a pas de relation normale de cause.
  • La lecture circonstancielle temporelle uniquement pour à propos de :

[17]

Il a annoncé ça à propos de l'inauguration du collège.

(Péroz)

[18]

Il a introduit cette notion à propos de recherches arithmétiques.

[19]

Nous nous sommes rencontrés à propos de ce colloque à Nancy.

En remplaçant à propos de par le synonyme définitionnel des dictionnaires à l'occasion de et par la glose ‘quand on a parlé de’ proposée par P. Péroz, on obtient :

[20]

Il a annoncé ça (à l'occasion de+quand on a parlé de) l'inauguration du collège.

[21]

Il a introduit cette notion (à l'occasion de+*quand on a parlé de) recherches arithmétiques.

[22]

Nous nous sommes rencontrés (à l'occasion de+*quand on a parlé de) ce colloque à Nancy.

La commutation avec à l'occasion de est acceptable dans les trois exemples. Cette lecture temporelle est favorisée par un événement que l'on peut situer à un moment t. On peut, comme le propose P. Péroz, faire les remarques suivantes pour [20] : l'inauguration du collège « fait l'objet d'un discours » ; « c'est au cœur même du discours que l'annonce a lieu. (…) X (…) est localisé (…) par le moment même de la mise en relation Y/classe de p. ». Ces remarques s'appliquent aussi à [21] et [22] qui, cependant, n'admettent pas la glose ‘quand on a parlé de’ même si à propos de met en relation un verbe et un événement. Ces exemples ont pourtant une interprétation temporelle ; celle-ci semble induite par les contraintes sémantico-lexicales du verbe annoncer [20]. La glose est sans doute alors trop restreinte et on pourrait proposer pour [21] ‘quand il a fait état / a rendu compte de’ et pour [22] ‘quand a eu lieu’. L'exemple [22] autorise la lecture temporelle, ce qui implique que le colloque se soit déroulé à Nancy. Toutefois, on peut aussi l'interpréter au moyen de la glose ‘pour parler de’ auquel cas le colloque ne s'est pas obligatoirement tenu à Nancy, seulement la réunion, et à propos de tendrait vers une lecture causale. À la lumière de ce dernier exemple, il semble que à propos de et au sujet de présentent une indétermination inhérente au plan sémantique et lexical ; les remplacer par d'autres prépositions composées, en l'occurrence à l'occasion de ou à cause de, bloquent toute marge d'interprétation. L'exemple [23] :

[23]

Il a éclaté en sanglots à propos de la vente de la maison.

(Péroz)

peut recevoir une interprétation temporelle (quand on a parlé+à l'occasion de la vente de la maison) mais aussi une interprétation causale médiatisée, les sanglots ayant pour cause la vente de la maison. Cette ambiguïté, dans le sens d'une pluralité d'interprétations, était déjà présente lorsque nous avons parlé de la lecture causale. Dans [16], par exemple, au sujet de cette fille, peut renvoyer à une fille particulière, cause de la bagarre, ou à ce que l'on peut dire de cette fille. Il est donc difficile, voire impossible, de savoir quelle interprétation privilégier. Toutefois, certaines combinaisons lexicales et sémantico-lexicales favorisent les interprétations circonstancielles.
L'analyse discursive et linguistique introduit une distinction importante par rapport à l'analyse lexicographique : la place de la préposition dans la phrase. Selon qu'elle est détachée ou ‘accrochée’, elle n'a pas la même fonction : dans le premier cas elle introduit une thématique et il faut alors s'affranchir du cadre syntaxique de la phrase, dans le deuxième elle focalise.
Dans cet exposé, une analyse des articles de dictionnaire a permis de dégager deux valeurs pour au sujet de et trois pour à propos de. Nous avons complété cette analyse par une étude linguistique qui a corroboré la pertinence des valeurs relevées et mis en évidence leurs caractéristiques linguistiques et discursives. À l'issue de cette analyse, nous remarquons que les emplois de ces deux prépositions composées sont bien plus complexes que ne le laissaient suggérer les dictionnaires. Les propriétés de au sujet de et de à propos de ne sont clairement identifiées qu'en discours et leur placement syntaxique est fonctionnellement important.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Berthoud A.-C., 1996, Paroles à propos - Approche énonciative et interactive du topic, Paris, Ophrys.
·  Birner B., 1994, « Information status and English inversion », Language, 70, p. 233-259.
·  Brunot F., 1936, La pensée et la langue, 3e édition revue, Paris, Masson.
·  Cadiot P., 1991, De la grammaire à la cognition - La préposition pour, Paris, Éditions du CNRS.
·  Charolles M., 1997, « L'encadrement du discours - Univers, champs, domaines et espaces », Cahiers de recherche linguistique, 6.
·  Gaatone D., 1976, « Locutions prépositives et groupes prépositionnels - Observations sur la syntaxe de certains groupes prépositionnels », Linguistics, 17, p. 15-34.
·  Jaeggi A., 1956, Le rôle de la préposition et de la locution prépositive dans les rapports abstraits en français moderne.
·  Lambrecht K., 1994, Information Structure and Sentence Form - Topic, focus, and the mental representations of discourse referents, Cambridge, Cambridge University Press.
·  Nølke H., 1983, Les adverbes paradigmatisants : Fonction et analyse, Revue Romane, 23. [numéro spécial]
·  Péroz P., (à paraître), « Sur à propos de et la valeur d'à propos de sur  ».
·  Pinchon J., 1966, « Prépositions et locutions prépositives », Le Français dans le Monde, 44, p. 51-52.
·  Prince E., 1981, « Toward a taxonomy of given/new information. Radical pragmatics », in P. Cole éd., Radical pragmatics, New York, Academy Press, p. 223-255.
 
NOTES
 
[1] Dans cet article, nous ne considérons pas le cas particulier des titres. Cette recherche a été effectuée lors d'un stage postdoctoral dans le cadre du projet ‘Lexicographie comparative du français et de l'anglais au Canada’ dirigé par R. Roberts à l'Université d'Ottawa. Nous remercions J. Bossé-Andrieux pour ses remarques.
[2] En tant qu'unités complexes, on sait qu'elles ne font pas partie de la macrostructure des dictionnaires et qu'elles sont indexées sous le premier mot plein, ici en l'occurrence propos et sujet.
[3] Dans le LEX à cause de est séparé de relativement à par un point-virgule, ce qui laisse entendre que la préposition a deux valeurs. Ce dictionnaire signale qu'autrefois sujet signifiait ‘cause, occasion, raison’. Il y a sans doute là un lien entre cet ancien sens et le synonyme définitionnel à cause de.
[4] Gaatone (1976 : 18) mentionne que à l'occasion de est souvent donné comme synonyme de au sujet de et à propos de.
[5] Une recherche dans la version électronique du NPR a permis de trouver un exemple dans lequel à propos de a une lecture temporelle : « il y eut, à propos de je ne sais plus quelle solennité officielle, des fêtes dans Paris (…) » (Hugo).
[6] Nous reprenons ici les définitions proposées par K. Lambrecht pour lequel le topique et le focus sont des relations pragmatiques : « the pragmatic relation between a topic and a proposition is assumed to be predictable or recoverable, the relation between the focus element and the proposition is assumed to be unpredictable or non-recoverable for the addressee at the time of the utterance » (Lambrecht, 1994 : 217).
[7] On pourrait alors parler d'‘accrochage’ pour faire pendant à ‘détachement’.
[8] D'autres prépositions, qui introduisent aussi des thématiques, se construisent plus facilement que au sujet de et à propos de avec des adverbes paradigmatisants : Notamment en matière de libertés publiques, les progrès sont rapides ; Particulièrement pour ce qui concerne la perte de nos amis, il nous demeure toujours un remède (…) (Damourette et Pichon, 1968 :§ 280, t. 2). Cette caractéristique est sans doute à considérer en termes de fréquence et nous paraît peu probable avec à propos de et au sujet de.
[9] Exemple de P. Péroz (à paraître) avec à propos de.
[10] Avec une phrase comme : Il est venu à propos de la fuite d'eau de la salle de bains, on ne peut avoir la relation inverse : *La salle de bains a été inondée à propos de la fuite d'eau.
[11] S'il y a à chaque fois indication d'une cause, à cause de et au sujet de/à propos de ne le font pas sur le même plan.
[*] LaTTICe - Helsingborggade 3, 1 T.V. - 2100 COPENHAGEN (Denmark) - Tél. +45 39 20 61 63 / Portable +33 06 63 00 94 94 - sylvieporhiel@ hotmail. com
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Avec une phrase comme : Il est venu à propos de la fuit...
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