Travaux de linguistique
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8011-3685-9
278 pages

p. 33 à 41
doi: en cours

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II. Travaux

no42-43 2001/1-2

2001 Travaux de linguistique II. Travaux
A. Syntaxe du groupe prépositionnel

Les déplacements des syntagmes en de : un regard du troisième type

Lucien Kupferman  [*] Université de Tel-Aviv
Deux regards ont été jetés sur les mouvements des génitifs. La généralisation de Cinque a voulu embrasser la possessivation, la cliticisation par en, la relativisation, le clivage dans un seul principe qui disait que les différentes positions d’arrivée étaient reliées entre elles sous forme de chaîne, et qui dépendait plus particulièrement d’une position-clé, celle du Déterminant. Cette présentation repose, en même temps qu’elle la motive, sur une conception unitaire du gouvernement (des traces par leurs antécédents). Kupferman (1996) a voulu montrer que cette description était descriptivement inadéquate en raison de différences importantes dans la faculté de représentation des génitifs par en et son, et proposait de scinder la relation de gouvernement en deux types distincts. Le troisième regard qui sera présenté ici repose sur le modèle de la Morphologie Autonome, et, se prononçant pour la séparation des opérations syntaxiques et morphologiques, il rend compte des différences observées entre la possessivation et les autres prises de position des génitifs. Par ailleurs, la conception unitaire du gouvernement est ainsi préservée. The genitive movements have received two different descriptions. The first one, known as Cinque’s generalization, embraces in one sole principle binding genitives by a possessive DËš, an en-clitic, dont relative pronoun, and cleft position. This assessment implies a unitarian conception of government. Kupferman (1996) pointed to some flaws in this analysis, which doesn’t account for important discrepancies between the Cl and the DËš positions in some cardinal uses of genitives. A splitting analysis was proposed for government. A third analysis is put forward here, relying on the Autonomous Morphology hypothesis which strictly separates morphological operations from syntactic ones. If so, then the generation of inflected possessive D’s is an operation radically different from that taking place in other positions which bind genitive traces.
 
0. Introduction
 
 
0.1 Cette étude propose une solution à la situation contradictoire qui oppose deux séries de propriétés de l’extraction des génitifs. Par syntagme génitif on entendra tout syntagme nominal déterminé (= DP) argument direct d’un Nom-tête. Un génitif est typiquement introduit par un élément de ; cet élément est ainsi nécessairement non sémantisé. De façon caractéristique encore, les génitifs sont en principe susceptibles d’accéder à la position de déterminant-tête du DP (ou position D°)  :

[1]
  1. le sac de Marie (génitif possessif) / son sac
  2. le bilan de la semaine (génitif objectif) / son bilan
  3. le bilan de la semaine de mon journal (génitif subjectif) / son bilan de la semaine
On admettra que les deux exemples de [1] présentent respectivement les configurations suivantes (selon l’hypothèse DP) :

[2]
  1. [DP[ le ][NP [ sac ] [PP[ de ] [DP Marie ]]]]]
  2. [DP[ son ][NP[ sac ]]]
Une vulgate pédagogique note que les génitifs sont susceptibles d’être représentés, non seulement par son, mais aussi par le clitique en et le complémenteur dont.

[3]
  1. on a établi le bilan de la semaine dernière génitif post-nominal
  2. on a établi soni bilan ti position liéé par D° (son)
  3. on eni a établi le bilan ti position liéé par Cl (en)
  4. une semaine donti on a établi le bilan ti position liéé par C° (dont)
Cinque (1979) a raffiné cette vulgate pédagogique, et l’a formalisée. Sa généralisation sera notre regard du premier type que nous rappellerons rapidement dans une première partie.
0.2 Kupferman (1996) a élevé un certain nombre d’objections à la généralisation de Cinque qui s’avère incapable d’expliquer un ensemble de données, et a proposé un modèle descriptif plus élaboré. Ce sera un regard du deuxième type, qui sera rappelé rapidement. Rapidement, car ce deuxième regard s’avèrera lui aussi déficient, et ce sera un regard du troisième type que nous braquerons sur la question des déplacements des génitifs.
Donc passons rapidement à nos regards du premier et deuxième types.
 
1. Un regard du premier type : la généralisation de Cinque
 
 
En plus des régularités distributionnelles de [1] et de [3] qui apparient le déterminant possessif et le clitique en (il faut ajouter les pronoms relatifs/interrogatifs et les positions clivées), rappelons l’existence souvent notée de deux réactifs négatifs qui confirment la mise en correspondance de ces éléments. Ils montrent que tout complément adnominal en de qui ne pourrait pas se présenter sous une livrée possessive ne pourrait pas non plus figurer dans les trois autres distributions.
1. Premier réactif : les adverbiaux spatiaux et temporels  :
[temporel] [spatial]

[4]
  1. la neige de la semaine dernière / de notre entrée est déjà fondue
  2. *la semaine dernière / notre entrée, sa neige est déjà fondue
  3. *la semaine dernière / notre entrée, la neige en est déjà fondue
  4. *la semaine dernière / notre entrée dont la neige est déjà fondue
2. Deuxième réactif : les génitifs des noms iconiques suivent une hiérarchie bien connue dans leur accession à D° selon la formule  :

[5]

génitif possesseur > génitif objectif > génitif subjectif.

[gén. obj.] [gén. subj.]

[6]
  1. le bilan de la semaine politique de ce journal est très pessimiste
  2. [gén. subj.] [gén. obj.]
  3. ce journal, son bilan de la semaine politique est très pessimiste
  4. [gén. obj.] [gén. subj.]
  5. *la semaine politique, son bilan de ce journal est très pessimiste
  6. [gén. obj/subj.]
  7. la semaine politique / ce journal, son bilan devrait être plus pondéré
Voilà des faits bien connus. Or on observe les mêmes restrictions sur en :

[7]
  1. ce journal, le bilan de la semaine politique en est très pessimiste
  2. * la semaine politique, le bilan de ce journal en est très pessimiste
  3. la semaine politique / ce journal, le bilan devrait en être plus pondéré
La comparaison des exemples correspondants de [6] et [7] est probante : là où pour des raisons structurales la montée du génitif en D° est refusée, elle l’est également pour la montée en Cl.
Ainsi, quatre positions sont dérivées de celle du génitif post-nominal :

[8]
  • la possessivation.
  1. la tache de la chemise de Max est plutôt fâcheuse
  2. *la chemise de Max, sa tache est plutôt fâcheuse
  3. le col de cette chemise est bleu
  4. cette chemise, son col est bleu
[9]
  • la cliticisation.
  1. *la chemise de Max, la tache en est plutôt fâcheuse
  2. cette chemise, le col en est bleu
[10]
  • le questionnement / la relativisation.
  1. *de quelle chemise la tache est-elle plutôt fâcheuse  ?
  2. de quelle chemise le col est-il bleu  ?
[11]
  • le clivage.
  1. *c’est de la chemise de Max que la tache est plutôt fâcheuse
  2. c’est de cette chemise que le col est bleu
La relation entre les dénotations des DP la tache et la chemise de Max est de type spatial (la tache est sur la chemise), tandis que celles de le col et cette chemise est génitive (ici, relation partonomique) (??le col est sur/dans la chemise).
Une seconde vulgate, qui se greffe sur la vulgate didactique qui a été rappelée, et de nature théorique celle-là, veut rendre compte de façon principielle de la première vulgate: Cl et C° des exemples (b-d) de (3) et (4) sont dérivés à partir de D° son par des opérations de déplacement. C’est ce qui expliquerait leur profonde parenté à tous trois. Cette vulgate est dite « généralisation de Cinque », cf. aussi Giorgi et Longobardi (1991) et Kupferman (1991, 1996). Elle sera notre regard du premier type.
Cinque (1980) résume ainsi les régularités de [2] :
Généralisation de Cinque (formulation modifiée)

[12]

Parmi les syntagmes appartenant au cadre de sous-catégorisation de D-tête, seul celui qui instancie l’argument représentable par un possessif peut être extrait de Dmax (où Dmax = la projection maximale, syntagmatique, de D°, à savoir un DP [=syntagme nominal déterminé]).

[12] signifie que les principes du Liage imposent au D° avec possessif de servir de sas de sortie obligé pour les génitifs voulant s’échapper du syntagme nominal complexe.
 
2. Un second regard
 
 
Kupferman (1996) avait dressé une liste de séries de données qui témoignaient de carences importantes dans la généralisation de Cinque, et qui revenaient au même constat : il n’est pas vrai que tout constituant adnominal en de cliticisable par en puisse se réaliser sous forme de possessif. Dit autrement, certains compléments adnominaux en de ne passent pas par le sas de sortie de son pour arriver dans la position Clitique. Voici trois types des données citées :

[13]
  1. en cliticise les arguments internes indirects des nominaux, contrairement à son.
  2. abuser de : la cigarette, l’abus en / *son abus est nocif
  3. charger de : ce travail, on lui en donnera la charge /* donnera sa charge
  4. se désister de : la course, les désistements en/*ses désistements sont nombreux
  5. dispenser de : ce cours, la dispense en/* sa dispense était exclue
  6. priver de : les droits civiques, la privation en /*leur privation est illégitime
  7. de même pour les compléments propositionnels (= CP).
  8. revoir sa terre, il en a formulé la demande/ *a formulé sa demande
  9. qu’il ne reviendrait plus, Eva en avait la preuve/ *avait sa preuve
  10. ne rien dire, Sam en avait la permission/ la manie / le devoir / le toupet / *avait sa permission/ sa manie / son devoir / son toupet
  11. de même encore pour les DP apposés.
  12. le bruit de sa démission a couru hier (sa démission n’est qu’un bruit)
  13. l’exemple de ce cas est malheureux (ce cas est un exemple)
  14. elle nous fait l’honneur de son hospitalité (son hospitalité est un honneur)
  15. l’idée de ce travail le dégoûte (ce travail est une idée)
  16. le spectacle de sa chute a été merveilleux (sa chute a été un spectacle)
  17. sa démission, *son bruit /  !!le bruit en a couru hier
  18. ce cas, *son exemple / !! l’exemple en est malheureux
  19. son hospitalité, elle nous *a fait son honneur / en a fait l’honneur
  20. ce travail, *son idée / !! l’idée l’en dégoûte
  21. sa chute, *son spectacle /  !! le spectacle en a été merveilleux
Kupferman (1996) concluait à partir de sept différences de distribution, dont sont extraits [13a]-[13c], que la représentation (ou Liage) des génitifs par la position D° (à savoir la formation de son) et leur liage par Cl(itique) (à savoir la formation de en) étaient indépendantes l’une de l’autre et répondaient à des types de gouvernement différents : le gouvernement des génitifs (c.-à-d. de la trace qu’ils laissent en se déplaçant) par la position D° est du type, prévu par la théorie, de « gouvernement par antécédence » – la position d’arrivée à gauche, ici D°, doit lier, c.-à-d. avoir dans sa portée structurale et à droite, la position source (=la trace) du génitif. Par contre, le gouvernement de la trace des génitifs par Cl est du type « gouvernement thématique » – le DP complexe et ses constituants internes, dont les génitifs, doivent se trouver dans le domaine de la rection du verbe. Le verbe auquel s’est incorporé précisément le clitique.
 
3. Un regard du troisième type
 
 
Pourtant, ce regard du deuxième type renvoie à une mauvaise solution. Il peut expliquer les propriétés [13a]-[13c] devant lesquelles achoppait le premier regard, mais, en décomposant les relations de Liage en deux procédures distinctes, il échoue devant les généralisations unificatrices qui faisaient la force du regard du premier type : à savoir les correspondances positives et négatives entre les positions : a. DP génitif, b. D° son, c. Cl en, c. C° dont, d. Top, observées dans [5]-[11]. Bref, chacun des deux regards s’attache à décrire un certain nombre de faits, mais en même temps il exclut le second et les données importantes dont celui-ci rend compte. La force de l’un fait nécessairement la faiblesse de l’autre. Ces regards témoignent d’un strabisme divergent. Comment surmonter ce défaut de parallélisme de la vision ?
Ensuite, on manque une autre généralisation importante : le regard du premier type rend compte en fait du déplacement des génitifs vers D°, et de là vers les positions supérieures – Cl, C°, TOP. Le regard du deuxième type concerne quant à lui les PP en de qui sont à la fois non adverbiaux et non génitifs, qui n’ont pas accès à la position D°. Il faudrait savoir : pourquoi présentent-ils cette particularité remarquable ?
Enfin, les deux analyses présentent une carence du point de vue de l’état actuel de la théorie : D° était analysé auparavant comme un spécifieur (Spec) du syntagme nominal (NP), et avec une grande cohérence les génitifs passaient par cette station pour sortir du NP, puisque les Spec de tout bord sont analysés comme des sas de sortie. Ceci est désormais impossible avec le modèle DP des syntagmes nominaux : D° se définit ici comme une tête et non un Spec.
On fera donc fond sur deux axes :
  1. L’opposition sur laquelle s’est fondé le deuxième regard entre, d’une part les données empiriques présentées par les arguments non génitifs de nominaux – parce qu’ils sont indirects, apposés, ou propositionnels, et d’autre part celles présentées par les arguments directs des nominaux. Les génitifs ont ainsi une nature profondément hybride : ils présentent une face DP héritée de leur structure argumentale et une face PP en de nécessitée par leur position syntaxique adnominale.
  2. Le modèle théorique de la Morphologie Distribuée (ou Autonome), cf. Halle et Marantz (1993), Harris (1997), Zribi-Hertz (1998). On montrera, en le particularisant, que ce modèle s’applique sur un mode contrastif à son et à en : son, à la différence de en, est un item fléchi, dont la formation à partir des traits flexionnels relève de la morphologie et non de la syntaxe.
En bref, pour reprendre les exposés de Harris (1997) et de Zribi-Hertz (1998), cette conception énonce que les items fléchis, dans notre cas son, ne sont pas insérés tout fléchis dans les configurations syntaxiques, mais résultent d’opérations morphologiques qui s’appliquent au produit des opérations syntaxiques. Le composant Morphologie de la grammaire est ainsi conçu comme autonome et postérieur au composant Syntaxe. Il ne modifie pas les traits de flexion générés par la syntaxe dans les configurations, mais agit seulement sur les marques morphologiques correspondant à ces traits. La Morphologie est donc conçue comme un composant riche : a. de règles contextuelles qui préparent à l’épel phonologique les suites terminales, avec les traits de flexion, générées par la syntaxe et b. de règles d’épel qui associent un contenu phonologique aux produits des opérations morphologiques en question.
On avancera alors les hypothèses descriptives suivantes, qui sont somme toute raisonnables :
  1. 1ère hypothèse. Au niveau de la configuration syntaxique : le spécifieur du DP est la position d’ accueil des syntagmes en de non adjoints (= non adverbiaux), soit la forme générale [18] :
[18]

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  • En français, le DP génitif ne peut figurer dans [Spec, DP] que sous forme réduite, pronominale, et non lexicale. La Fusion des traits donnant naissance à son reproduit l’ordre de la séquence syntaxique : on y retrouve d’abord les traits morphologiques de l’élément pronominal réfugié dans Spec puis ceux du déterminant; cf. ci-dessous [20].
  1. 2ème hypothèse. La position de spécifieur de DP sert éventuellement au syntagme génitif de sas de sortie vers les positions de clitique (en), de dont (et les relatifs-interrogatifs en général), et de Top(ique) (pour le clivage).
  2. 3ème hypothèse. Son résulte d’une Fusion des marques associées aux traits morphologiques:

[19]
  1. attribué à D° (réalisation en article ) : /df/ = défini
  2. distribués dans tout le DP
  3. α. affecté d’abord à N° : /mf/ = genre masculin ou féminin
  4. β. Nombre sous DP : /sp/ = singulier ou pluriel
  5. distribués dans le [Spec, DP] représentant le syntagme génitif :
  6. /123/ = personne, /sp/ = nombre singulier ou pluriel.
Comme le rappelle Zribi-Hertz, à qui la description présente est loin d’être fidèle, la partie D° des possessifs réunit pour les genre et nombre des épels similaires à ceux des D° articles : la d’un côté, de l’autre ma, ta, sa ; les d’un côté, de l’autre mes, tes, ses. Cette identité figure dans (20) dans la seconde colonne de traits des possessifs.

[20]

Syntaxe : Spec D°

Morphologie : /1p/s/ ^ /f/s/ (cf. mon/mes et la)

Epel : m ^ a = ma

[20a] représente ainsi la partie pertinente pour la possessivation de [21a], et [21b] le fragment pertinent pour la cliticisation  :
[21]
a.

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b.

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Dans [21a], le D° interne fusionne les traits /df/=défini, /m/=masculin, /s/=singulier. L’épel morphologique de cette fusion produirait le mot le, n’étaient les traits /3/s/ du Specifieur qui précède. /3/s/ fusionne les traits nominaux /3e personne/ et /singulier/. L’épel morphologique de la fusion des cinq traits impliqués dans Spec et le D° supérieur produit le mot son.
Voici terminée une rapide description de la formation de son (c’est-à-dire des possessifs).
À partir de là, il faut répondre à deux questions essentielles étroitement reliées entre elles :
  1. Comment rendre compte de la complicité jalouse des déterminants avec les génitifs?
  2. Comment répondre aux objections qui ont justifié le regard du deuxième type?
  1. Pour la première question. On rappelle que la préposition de des génitifs est une préposition faible dont l’occurrence est dépendante des contextes (ce que la littérature a voulu souligner par la notion de génitif et de marque casuelle; cf. aussi Kayne et Zribi-Hertz qui analysent le de du génitif comme un Complémenteur de proposition.
  2. Dans l’étape du Spec du DP, un génitif fait face à deux possibilités :
  3. S’il figure sous forme de DP, dépourvu de la préposition faible de (qui n’est pas exigée par l’environnement), il se présente alors sous ses traits de flexion nominale, qui fusionnent et s’épellent son.
  4. Si toujours dans l’étape du Spec de DP, le génitif ne se dévêt pas de la préposition faible, s’il figure donc sous la forme du constituant de DP, le PP ainsi formé est incapable de décharger des traits de flexion, qui sont par nature nominaux, et non pas prépositionnels. Le PP lui-même dans la position de Specifieur de DP ne considérera cette position que comme une étape transitoire.
  5. Ainsi s’expliquent les données qui ont motivé le regard du deuxième type. Les arguments non génitifs de nominaux en de répondent donc : oui pour en, non pour son!
  6. Concernant la deuxième question, à savoir comment affronter le regard du deuxième type. Si les génitifs arrivés à l’étape du clitique figuraient sous la forme non prépositionnelle de DP, ils représenteraient un argument direct de verbe à la manière de la série des clitiques le, la, les, or cette position argumentale est tenue par l’objet direct du verbe dont le génitif s’est extrait. Le clitique où apparaît le génitif ne peut donc être que de forme indirecte, prépositionnelle : la position de en hérite du PP en de qui a transité par [Spec, DP].
  7. Dit autrement, la fusion de traits morphologiques qui s’épelle son ne contient que des traits nominaux, et exclut donc le trait catégoriel [+P°] (préposition), contrairement, par exemple, à en ou dont, comme en témoignent la forme intrinsèquement non fléchie de ces mots. Pour cette raison même son refuse d’accueillir tout argument indirect.
[22]
[schématise les représentations du premier exemple de [13] :

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Les formes analytiques figurant avec le complémenteur: duquel, etc., et les constituants focalisés des clivages transitent également par le Spec du DP. L’analyse qui a été présentée leur permet cette opération sans qu’il y ait nécessairement réalisation sous forme de son.
Ainsi le regard du troisième type fondé sur une distinction stricte entre opérations et configurations syntaxiques d’une part, et opérations morphologiques d’autre part, permet de surmonter le strabisme qui a opposé les regards du premier et du deuxième types.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Cinque G., 1980, « On Extraction from NP », Journal of Italian Linguistics, 5, p. 47-99.
·  Giorgi A, et G. Longobardi, 1991, The syntax of Noun Phrases. Configurations, parameters and empty categories, Cambridge, Mass., CUF.
·  Halle M., Marantz A., 1994, « Some Keys Features of Distributed Morphology » in A. Carney et Harley H. (eds), MIT Working Papers in Linguistics, 21, p. 275-288.
·  Harris J., 1997, « Morphologie autonome et pronoms clitiques en catalan et en espagnol » in A. Zribi-Hertz (éd.), Les pronoms. Morphologie, syntaxe et typologie, PUV, p. 35-56.
·  Kupferman L., 1996, « Les génitifs : gouvernement d’antécédent et gouvernement thématique », Langages, 109, p. 104-125.
·  Zribi-Hertz A., 2000, « Le système des possessifs en français moderne », Langue française, 112, p. 7-29.
 
NOTES
 
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