2001
Travaux de linguistique
II. Travaux
A. Syntaxe du groupe prépositionnel
Les déplacements des syntagmes en de : un regard du troisième type
Lucien Kupferman
[*]
Université de Tel-Aviv
Deux regards ont été jetés sur les mouvements des génitifs. La
généralisation de Cinque a voulu embrasser la possessivation, la cliticisation
par en, la relativisation, le clivage
dans un seul principe qui disait que les différentes positions d’arrivée
étaient reliées entre elles sous forme de chaîne, et qui dépendait plus
particulièrement d’une position-clé, celle du Déterminant. Cette présentation
repose, en même temps qu’elle la motive, sur une conception unitaire du
gouvernement (des traces par leurs antécédents).
Kupferman (1996) a
voulu montrer que cette description était descriptivement inadéquate en raison
de différences importantes dans la faculté de représentation des génitifs par
en et son, et proposait de scinder la relation de
gouvernement en deux types distincts. Le troisième regard qui sera présenté ici
repose sur le modèle de la Morphologie Autonome, et, se prononçant pour la
séparation des opérations syntaxiques et morphologiques, il rend compte des
différences observées entre la possessivation et les autres prises de position
des génitifs. Par ailleurs, la conception unitaire du gouvernement est ainsi
préservée.
The genitive movements have received two different descriptions.
The first one, known as Cinque’s generalization, embraces in one sole principle
binding genitives by a possessive DËš, an en-clitic, dont relative pronoun, and cleft position. This
assessment implies a unitarian conception of government.
Kupferman (1996)
pointed to some flaws in this analysis, which doesn’t account for important
discrepancies between the Cl and the DËš positions in some cardinal uses of
genitives. A splitting analysis was proposed for government. A third analysis
is put forward here, relying on the Autonomous Morphology hypothesis which
strictly separates morphological operations from syntactic ones. If so, then
the generation of inflected possessive D’s is an operation radically different
from that taking place in other positions which bind genitive traces.
0.1 Cette étude propose
une solution à la situation contradictoire qui oppose deux séries de propriétés
de l’extraction des génitifs. Par syntagme génitif on entendra tout syntagme
nominal déterminé (= DP) argument direct d’un Nom-tête. Un génitif est
typiquement introduit par un élément de ; cet élément est ainsi nécessairement non
sémantisé. De façon caractéristique encore, les génitifs sont en principe
susceptibles d’accéder à la position de déterminant-tête du DP (ou position D°)
:
| [1] |
-
le sac
de Marie (génitif possessif) /
son sac
-
le bilan
de la semaine (génitif objectif) /
son bilan
-
le bilan de la semaine
de mon journal (génitif subjectif) /
son bilan de la
semaine
|
On admettra que les deux exemples de [1] présentent respectivement les configurations suivantes (selon l’hypothèse DP) :
| [2] |
- [DP[D°
le ][NP
[N° sac ]
[PP[P° de ] [DP
Marie ]]]]]
- [DP[D°
son
][NP[N° sac ]]]
|
Une vulgate pédagogique note que les génitifs sont susceptibles d’être représentés, non seulement par son, mais aussi par le clitique
en et le complémenteur
dont.
| [3] |
-
on a établi le bilan
de la semaine dernière génitif
post-nominal
-
on a établi
soni bilan
ti position liéé par D°
(son)
-
on
eni a établi le
bilan ti
position liéé par Cl (en)
-
une semaine
donti on a établi le
bilan ti
position liéé par C° (dont)
|
Cinque (1979) a raffiné cette vulgate pédagogique, et l’a
formalisée. Sa généralisation sera notre regard
du premier type que nous rappellerons rapidement dans une première
partie.
0.2
Kupferman (1996) a
élevé un certain nombre d’objections à la généralisation de Cinque qui s’avère
incapable d’expliquer un ensemble de données, et a proposé un modèle descriptif
plus élaboré. Ce sera un regard du deuxième
type, qui sera rappelé rapidement. Rapidement, car ce deuxième
regard s’avèrera lui aussi déficient, et ce sera un regard du troisième type que nous braquerons
sur la question des déplacements des génitifs.
Donc passons rapidement à nos regards du premier et deuxième
types.
1. Un regard du premier type : la
généralisation de Cinque
En plus des régularités distributionnelles de [1] et de [3] qui
apparient le déterminant possessif et le clitique en (il faut ajouter les pronoms
relatifs/interrogatifs et les positions clivées), rappelons l’existence souvent
notée de deux réactifs négatifs qui
confirment la mise en correspondance de ces éléments. Ils montrent que tout
complément adnominal en de qui ne
pourrait pas se présenter sous une livrée possessive ne pourrait pas non plus
figurer dans les trois autres distributions.
1. Premier réactif : les adverbiaux spatiaux et temporels
:
[temporel] [spatial]
| [4] |
-
la neige
de la semaine dernière /
de notre entrée est déjà
fondue
-
*la semaine dernière /
notre entrée, sa neige est déjà
fondue
-
*la semaine dernière /
notre entrée, la neige en est déjà
fondue
-
*la semaine dernière /
notre entrée dont la neige est déjà
fondue
|
2. Deuxième réactif : les génitifs des noms iconiques suivent
une hiérarchie bien connue dans leur accession à D° selon la formule
:
| [5] |
génitif possesseur > génitif objectif > génitif
subjectif.
[gén. obj.] [gén. subj.]
|
| [6] |
-
le bilan
de la semaine politique de ce journal est
très pessimiste
- [gén. subj.] [gén. obj.]
-
ce journal,
son bilan de la
semaine politique est très pessimiste
- [gén. obj.] [gén. subj.]
-
*la semaine politique,
son bilan de ce
journal est très pessimiste
- [gén. obj/subj.]
-
la semaine politique / ce
journal, son bilan devrait être plus
pondéré
|
Voilà des faits bien connus. Or on observe les mêmes
restrictions sur en :
| [7] |
-
ce journal, le bilan de la
semaine politique en est très pessimiste
-
* la semaine politique, le
bilan de ce journal en est très
pessimiste
-
la semaine politique / ce
journal, le bilan devrait en être plus
pondéré
|
La comparaison des exemples correspondants de [6] et [7] est
probante : là où pour des raisons structurales la montée du génitif en D° est
refusée, elle l’est également pour la montée en Cl.
Ainsi, quatre positions sont dérivées de celle du génitif
post-nominal :
| [8] |
-
la tache
de la chemise de Max est plutôt
fâcheuse
-
*la chemise de Max,
sa tache est plutôt
fâcheuse
-
le col
de cette chemise est
bleu
-
cette chemise,
son col est bleu
|
| [9] |
-
*la chemise de Max, la
tache en est plutôt fâcheuse
-
cette chemise, le col en
est bleu
|
| [10] |
- le questionnement / la
relativisation.
-
*de quelle chemise la tache est-elle plutôt fâcheuse
?
-
de quelle chemise le col est-il bleu
?
|
| [11] |
-
*c’est
de la chemise de Max que la tache est
plutôt fâcheuse
-
c’est
de cette chemise que le col est
bleu
|
La relation entre les dénotations des DP
la tache et
la chemise de Max est de type spatial
(la tache est sur la chemise), tandis
que celles de le col et
cette chemise est génitive (ici,
relation partonomique) (??le col est sur/dans la
chemise).
Une seconde vulgate, qui se greffe sur la vulgate didactique
qui a été rappelée, et de nature théorique celle-là, veut rendre compte de
façon principielle de la première vulgate: Cl et C° des exemples (b-d) de (3)
et (4) sont dérivés à partir de D° son
par des opérations de déplacement. C’est ce qui expliquerait leur profonde
parenté à tous trois. Cette vulgate est dite « généralisation de Cinque »,
cf. aussi
Giorgi et Longobardi
(1991) et Kupferman (1991,
1996). Elle sera
notre regard du premier type.
Cinque
(1980) résume ainsi les régularités de [2] :
Généralisation de Cinque
(formulation modifiée)
| [12] |
Parmi les syntagmes appartenant au cadre de
sous-catégorisation de D-tête, seul celui qui instancie l’argument
représentable par un possessif peut être extrait de Dmax
(où Dmax = la projection
maximale, syntagmatique, de D°, à savoir un DP [=syntagme nominal
déterminé]).
|
[12] signifie que les principes du Liage imposent au D° avec
possessif de servir de sas de sortie obligé pour les génitifs voulant
s’échapper du syntagme nominal complexe.
Kupferman
(1996) avait dressé une liste de séries de données qui témoignaient de
carences importantes dans la généralisation de Cinque, et qui revenaient au
même constat : il n’est pas vrai que tout constituant adnominal en
de cliticisable par
en puisse se réaliser sous forme de
possessif. Dit autrement, certains compléments adnominaux en
de ne
passent pas par le sas de sortie de son pour arriver dans la position
Clitique. Voici trois types des données citées :
| [13] |
-
en cliticise les arguments internes
indirects des nominaux, contrairement
à son.
- abuser de : la cigarette, l’abus
en / *son abus est nocif
-
charger de :
ce travail, on lui en donnera la charge /* donnera
sa charge
-
se désister de : la course,
les désistements en/*ses désistements sont nombreux
-
dispenser de : ce cours, la
dispense en/* sa dispense était exclue
-
priver de : les droits
civiques, la privation en /*leur privation est illégitime
-
de même pour les compléments
propositionnels (= CP).
-
revoir sa terre, il en a
formulé la demande/ *a formulé sa demande
-
qu’il ne reviendrait plus,
Eva en avait la preuve/ *avait sa preuve
-
ne rien dire, Sam en avait
la permission/ la manie / le devoir / le toupet / *avait sa permission/ sa
manie / son devoir / son toupet
-
de même encore pour les DP
apposés.
-
le bruit de sa démission a
couru hier (sa démission n’est qu’un bruit)
-
l’exemple de ce cas est
malheureux (ce cas est un
exemple)
-
elle nous fait l’honneur de
son hospitalité (son hospitalité est
un honneur)
-
l’idée de ce travail le
dégoûte (ce travail est une
idée)
-
le spectacle de sa chute a
été merveilleux (sa chute a été un
spectacle)
-
sa démission, *son bruit /
!!le bruit en a couru hier
-
ce cas, *son exemple / !!
l’exemple en est malheureux
-
son hospitalité, elle nous
*a fait son honneur / en a fait l’honneur
-
ce travail, *son idée / !!
l’idée l’en dégoûte
-
sa chute, *son spectacle /
!! le spectacle en a été merveilleux
|
Kupferman
(1996) concluait à partir de sept différences de distribution, dont
sont extraits [13a]-[13c], que la représentation (ou Liage) des génitifs par la
position D° (à savoir la formation de son) et leur liage par Cl(itique) (à savoir la
formation de en) étaient indépendantes
l’une de l’autre et répondaient à des types de gouvernement différents : le
gouvernement des génitifs (c.-à-d. de la trace qu’ils laissent en se déplaçant)
par la position D° est du type, prévu par la théorie, de « gouvernement par
antécédence » – la position d’arrivée à gauche, ici D°, doit lier, c.-à-d.
avoir dans sa portée structurale et à droite, la position source (=la trace) du
génitif. Par contre, le gouvernement de la trace des génitifs par Cl est du
type « gouvernement thématique » – le DP complexe et ses constituants internes,
dont les génitifs, doivent se trouver dans le domaine de la rection du verbe.
Le verbe auquel s’est incorporé précisément le clitique.
3. Un regard du troisième type
Pourtant, ce regard du deuxième type renvoie à une mauvaise
solution. Il peut expliquer les propriétés [13a]-[13c] devant lesquelles
achoppait le premier regard, mais, en décomposant les relations de Liage en
deux procédures distinctes, il échoue devant les généralisations unificatrices
qui faisaient la force du regard du premier type : à savoir les correspondances
positives et négatives entre les positions : a. DP génitif, b. D°
son, c. Cl
en, c. C°
dont, d. Top, observées dans [5]-[11].
Bref, chacun des deux regards s’attache à décrire un certain nombre de faits,
mais en même temps il exclut le second et les données importantes dont celui-ci
rend compte. La force de l’un fait nécessairement la faiblesse de l’autre. Ces
regards témoignent d’un strabisme divergent. Comment surmonter ce défaut de
parallélisme de la vision ?
Ensuite, on manque une autre généralisation importante : le
regard du premier type rend compte en fait du déplacement des génitifs vers D°,
et de là vers les positions supérieures – Cl, C°, TOP. Le regard du deuxième
type concerne quant à lui les PP en de
qui sont à la fois non adverbiaux et non génitifs, qui n’ont pas accès à la
position D°. Il faudrait savoir : pourquoi présentent-ils cette particularité
remarquable ?
Enfin, les deux analyses présentent une carence du point de vue
de l’état actuel de la théorie : D° était analysé auparavant comme un
spécifieur (Spec) du syntagme nominal (NP), et avec une grande cohérence les
génitifs passaient par cette station pour sortir du NP, puisque les Spec de
tout bord sont analysés comme des sas de sortie. Ceci est désormais impossible
avec le modèle DP des syntagmes nominaux : D° se définit ici comme une tête et
non un Spec.
On fera donc fond sur deux axes :
- L’opposition sur laquelle s’est fondé le deuxième regard
entre, d’une part les données empiriques présentées par les arguments non
génitifs de nominaux – parce qu’ils sont indirects, apposés, ou
propositionnels, et d’autre part celles présentées par les arguments directs
des nominaux. Les génitifs ont ainsi une nature profondément hybride : ils
présentent une face DP héritée de leur structure argumentale et une face PP en
de nécessitée par leur position
syntaxique adnominale.
- Le modèle théorique de la Morphologie Distribuée (ou
Autonome), cf.
Halle et Marantz
(1993), Harris
(1997), Zribi-Hertz (1998). On montrera, en le particularisant, que ce
modèle s’applique sur un mode contrastif à son et à en : son, à la différence de
en, est un item fléchi, dont la
formation à partir des traits flexionnels relève de la morphologie et non de la
syntaxe.
En bref, pour reprendre les exposés de
Harris (1997) et
de Zribi-Hertz (1998), cette conception énonce que les items fléchis, dans
notre cas son, ne sont pas insérés
tout fléchis dans les configurations syntaxiques, mais résultent d’opérations
morphologiques qui s’appliquent au produit des opérations syntaxiques. Le
composant Morphologie de la grammaire est ainsi conçu comme autonome et
postérieur au composant Syntaxe. Il ne modifie pas les traits de flexion
générés par la syntaxe dans les configurations, mais agit seulement sur les
marques morphologiques correspondant à
ces traits. La Morphologie est donc conçue comme un composant riche : a. de
règles contextuelles qui préparent à l’épel phonologique les suites terminales,
avec les traits de flexion, générées par la syntaxe et b. de règles d’épel qui
associent un contenu phonologique aux produits des opérations morphologiques en
question.
On avancera alors les hypothèses descriptives suivantes, qui
sont somme toute raisonnables :
- 1ère
hypothèse. Au niveau de la configuration syntaxique : le spécifieur du DP est
la position d’ accueil des syntagmes en de non adjoints (= non adverbiaux), soit la
forme générale [18] :
[18]
- En français, le DP génitif ne peut figurer dans [Spec, DP]
que sous forme réduite, pronominale, et non lexicale. La Fusion des traits
donnant naissance à son reproduit
l’ordre de la séquence syntaxique : on y retrouve d’abord les traits
morphologiques de l’élément pronominal réfugié dans Spec puis ceux du
déterminant; cf. ci-dessous
[20].
- 2ème
hypothèse. La position de spécifieur de DP sert éventuellement au syntagme
génitif de sas de sortie vers les positions de clitique (en), de dont (et les relatifs-interrogatifs en général),
et de Top(ique) (pour le clivage).
- 3ème
hypothèse. Son résulte d’une Fusion
des marques associées aux traits morphologiques:
| [19] |
- attribué à D° (réalisation en article ) : /df/ =
défini
- distribués dans tout le DP
- α. affecté d’abord à N° : /mf/ = genre masculin
ou féminin
- β. Nombre sous DP : /sp/ = singulier ou
pluriel
- distribués dans le [Spec, DP] représentant le syntagme
génitif :
- /123/ = personne, /sp/ = nombre singulier ou
pluriel.
|
Comme le rappelle Zribi-Hertz, à qui la description présente
est loin d’être fidèle, la partie D° des possessifs réunit pour les genre et
nombre des épels similaires à ceux des D° articles :
la d’un côté, de l’autre
ma, ta, sa ; les d’un côté, de l’autre
mes, tes, ses. Cette identité figure
dans (20) dans la seconde colonne de traits des possessifs.
| [20] |
Syntaxe : Spec
D°
Morphologie :
/1p/s/ ^ /f/s/ (cf.
mon/mes et
la)
Epel :
m ^ a = ma
|
[20a] représente ainsi la partie pertinente pour la
possessivation de [21a], et [21b] le fragment pertinent pour la cliticisation
:
[21]
a.
b.
Dans [21a], le D° interne fusionne les traits /df/=défini,
/m/=masculin, /s/=singulier. L’épel morphologique de cette fusion produirait le
mot le, n’étaient les traits /3/s/ du
Specifieur qui précède. /3/s/ fusionne les traits nominaux /3e personne/ et /singulier/. L’épel
morphologique de la fusion des cinq traits impliqués dans Spec et le D°
supérieur produit le mot son.
Voici terminée une rapide description de la formation de
son (c’est-à-dire des
possessifs).
À partir de là, il faut répondre à deux questions essentielles
étroitement reliées entre elles :
- Comment rendre compte de la complicité jalouse des
déterminants avec les génitifs?
- Comment répondre aux objections qui ont justifié le regard
du deuxième type?
- Pour la première question. On rappelle que la préposition
de des génitifs est une préposition
faible dont l’occurrence est dépendante des contextes (ce que la littérature a
voulu souligner par la notion de génitif et de marque casuelle;
cf. aussi Kayne et Zribi-Hertz qui
analysent le de du génitif comme un
Complémenteur de proposition.
- Dans l’étape du Spec du DP, un génitif fait face à deux
possibilités :
- S’il figure sous forme de DP, dépourvu de la
préposition faible de (qui n’est pas
exigée par l’environnement), il se présente alors sous ses traits de flexion
nominale, qui fusionnent et s’épellent son.
- Si toujours dans l’étape du Spec de DP, le génitif ne
se dévêt pas de la préposition faible, s’il figure donc sous la forme du
constituant de DP, le PP ainsi formé
est incapable de décharger des traits de flexion, qui sont par nature nominaux,
et non pas prépositionnels. Le PP lui-même dans la position de Specifieur de DP
ne considérera cette position que comme une étape transitoire.
- Ainsi s’expliquent les données qui ont motivé le regard
du deuxième type. Les arguments non génitifs de nominaux en
de répondent donc : oui pour
en, non pour
son!
- Concernant la deuxième question, à savoir comment affronter
le regard du deuxième type. Si les génitifs arrivés à l’étape du clitique
figuraient sous la forme non prépositionnelle de DP, ils représenteraient un
argument direct de verbe à la manière de la série des clitiques
le, la, les, or cette position
argumentale est tenue par l’objet direct du verbe dont le génitif s’est
extrait. Le clitique où apparaît le génitif ne peut donc être que de forme
indirecte, prépositionnelle : la position de en hérite du PP en de qui a transité par [Spec, DP].
- Dit autrement, la fusion de traits morphologiques qui
s’épelle son ne contient que des
traits nominaux, et exclut donc le trait catégoriel [+P°] (préposition),
contrairement, par exemple, à en ou
dont, comme en témoignent la forme
intrinsèquement non fléchie de ces mots. Pour cette raison même
son refuse d’accueillir tout argument
indirect.
[22]
[schématise les représentations du premier exemple de [13]
:
Les formes analytiques figurant avec le complémenteur:
duquel, etc., et les constituants
focalisés des clivages transitent également par le Spec du DP. L’analyse qui a
été présentée leur permet cette opération sans qu’il y ait nécessairement
réalisation sous forme de son.
Ainsi le regard du troisième type fondé sur une distinction
stricte entre opérations et configurations syntaxiques d’une part, et
opérations morphologiques d’autre part, permet de surmonter le strabisme qui a
opposé les regards du premier et du deuxième types.
·
Cinque G., 1980, « On
Extraction from NP », Journal of Italian
Linguistics, 5, p. 47-99.
·
Giorgi A, et G.
Longobardi, 1991,
The syntax of Noun Phrases. Configurations,
parameters and empty categories, Cambridge, Mass.,
CUF.
·
Halle M.,
Marantz A., 1994, « Some Keys
Features of Distributed Morphology » in A. Carney et Harley H. (eds), MIT Working Papers in Linguistics, 21, p.
275-288.
·
Harris J., 1997, «
Morphologie autonome et pronoms clitiques en catalan et en espagnol » in A.
Zribi-Hertz (éd.),
Les pronoms. Morphologie, syntaxe et
typologie, PUV, p. 35-56.
·
Kupferman L., 1996, «
Les génitifs : gouvernement d’antécédent et gouvernement thématique »,
Langages, 109, p.
104-125.
·
Zribi-Hertz A., 2000,
« Le système des possessifs en français moderne »,
Langue française, 112, p.
7-29.
[*]
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