2001
Travaux de linguistique
I. Présentation
La préposition française dans tous ses
états
Lucien Kupferman
Ce double recueil a son origine dans les présentations et les
débats qui ont réuni du 3 au 9 septembre 2000 à l’Université de Tel-Aviv
(Israël) cinquante-cinq spécialistes de linguistique française venus de sept
pays différents. Quarante-deux contributions balaient ici les divers aspects de
la préposition, cette particule mystérieuse comme l’a rappelé devant le
colloque le Doyen de la Faculté des Lettres de Tel-Aviv en citant
Leibniz.
Parce que, instruments par excellence de la concaténation en
phrases des morceaux d’énoncés, les prépositions feraient, selon certains, «
partie de ces mots qui résistent le plus à l’analyse sémantique ». Elles
seraient aussi des « mots grammaticaux » dont l’exsangue substance notionnelle
pourrait n’être isolée qu’avec les plus grandes difficultés. Eléments par
essence accessoires, ou encore ravalés au rang de mots-outils, déplorablement
incolores, strumentales au bas mot, de toutes simples marques de la
transitivité indirecte des prédicats, dont « le sens propre se rapproche de
zéro », elles seraient même pour d’autres réduites à l’état de marques
casuelles portées par des séquences nominales qui ne seraient plus leur régime.
La recherche récente en sémantique a très fortement mis en cause ces jugements
beaucoup trop péremptoires.
Des descriptions minutieuses veulent débusquer ici leur(s)
sens, et repérer leur(s) « signifié(s) de puissance ». Il s’agit dans ces pages
de faire le point sur ces analyses et d’accompagner ces items avec vigilance :
Ah ! ne va-t-on pas « paires dans le champ de la préposition »
?
Sur le versant syntaxique, les questions se multiplient,
auxquelles on a voulu répondre. Pour ne signaler, pêle-mêle, que celles-ci :
dans quelles conditions la transitivité indirecte se détache-t-elle de la
circonstance ? Ces deux situations recouvrent-elles exactement celles des
compléments essentiels et accessoires ? Ou peut-être ces deux couples ne
sont-ils pas appariés, mais entretiennent un jeu subtil de chassé-croisé à
quatre ? Dans le domaine nominal, la notion de génitif, demande-t-on, a-t-elle
la valeur opératoire qu’on lui a prêtée, est-elle porteuse d’une compréhension
significative ? Et la discussion menée il y a trente ans sur la nature
catégorielle de la préposition à régime elliptique : est-elle toujours
préposition ou bien s’est-elle transmutée en adverbe ? N’a-t-elle pas contribué
à obscurcir les véritables enjeux, ceux des conditions précises de l’ellipse,
de la nature du constituant elliptique et des réseaux dans lesquels s’inscrit
ce dernier ?
Le regard sur l’évolution historique des systèmes
prépositionnels a permis de désenchevêtrer certaines pistes, de mettre en place
des distinctions nécessaires, d’établir des rapprochements indispensables, de
mettre le doigt sur les modes de constitution des micro-systèmes
actuels.
Le moment était venu de s’arrêter afin de présenter un état
actuel des réponses proposées par les auteurs de ces recueils, aussi partielles
soient-elles encore, de confronter leurs résultats, de dessiner pour les
recherches de tous les perspectives qui semblent désormais les plus
prometteuses. Pour le plus grand plaisir, espérons-nous, des spécialistes et
des amateurs de la linguistique française.