Travaux de linguistique
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8011-1308-5
174 pages

p. 25 à 34
doi: en cours

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I. TRAVAUX - C. Sémantique et pragmatique de la préposition

no44 2002/1

2002 TRAVAUX DE LINGUISTIQUE C. sémantique et pragmatique de la préposition

Le rapport entre selon et suivant

Suzanne Feigenbaum  [*] Université de Haïfa
La préposition selon joue un rôle dans l’énonciation, marquant la polyphonie et le point de vue. En dehors de l’énonciation, elle indique la conformité et l’alternance. Le rapport entre les deux groupes est dégagé à l’aide du concept de la dépendance. D’une part, on a la dépendance logique, exprimant une nécessité gouvernée par une loi. D’autre part, on est confronté à la dépendance existentielle, motivée par un modèle autoritaire ou généralisé. Suivant le cas, la dépendance est plus ou moins forte. Nous basant sur un corpus de textes, nous traiterons des usages diversifiés de selon et de ses synonymes. Il s’avère que suivant et selon forment un espace sémantique similaire. The preposition selon plays a role in discourse, expressing the different voices of enunciation and the points of view. Outside the domain of discourse, selon indicates conformity and alternation. The relation between the two groups can be established with the help of the notion of dependence. On the one hand, dependence can be logical being a necessity governed by a law. On the other hand, dependence can be existential : as such, it may be stronger or weaker, according to the degrees of authority that motivate it. This article deals with the various uses of selon and its synonyms based on a text corpus. It appears that selon and suivant belong to a similar semantic space.
 
Introduction
 
 
La préposition selon exprime la conformité, l’alternance, la proportion, le point de vue et, en plus, elle « sert à introduire un discours de même qu’une opinion à propos d’un discours tenu » (cf. Le Robert, 1993.) La première partie de ces sèmes concerne le domaine de la logique assertive tandis que l’autre porte sur l’énonciation. Les deux classes sont représentées ci-dessous :

[1]

Il le fit exactement selon les intentions du ministre.

[2]

Chaque liqueur correspondait, selon lui, comme goût, au son d’un instrument.

Quant à la littérature linguistique sur selon, elle traite surtout de la seconde catégorie. On s’intéresse à la parole et à la polyphonie. Charolles (1987 : 244 montre que le locuteur prend en charge le discours de l’énonciateur, c’est-à-dire « la police » dans [3] :

[3]

Selon la police la manifestation a ressemblé 3000 personnes.

Dans d’autres cas, la prise en charge est partielle. Dans la phrase suivante, le locuteur prend en charge tout sauf les parenthèses :
[4]

Selon ce responsable, qui préfère garder l’anonymat et celui de sa secrétaire (il veut conserver sa « perle ») rien ne vaut le dialogue pour motiver les employés.

(Adam, 1990 : 61)

Nous retenons encore de ces travaux que sur le plan syntaxique, selon énonciatif se caractérise par sa position de complément de phrase et que sur le plan sémantique, le mot est en rapport direct avec un énonciateur (Charolles, ibid.). Pour cette raison, selon est normalement suivi d’un /NP + humain/. Dans d’autres cas, il s’agira d’un NP générique indiquant une « source » discursive :

[5]

Selon les statistiques nationales et internationales, la France est le premier pays récepteur du tourisme.

(Marque-Pucheu, 1999 : 113)

Or, une des voies entreprises par Charolles (ibid. : 255) afin de déterminer la sémantique de selon discursif est le contraste avec ses synonymes, en l’occurrence suivant, d’après et pour. Cet exposé suivra une démarche similaire, sans pour autant se limiter au contexte énonciatif. Travaillant dans une optique sémiotique (Peirce 1965, 1966) et dynamique (Cadiot 1997), je tâcherai d’établir l’espace sémantique de selon et de suivant. Le procédé sera inductif et s’occupera de tous les emplois de ces prépositions sans exclure ses compléments non humains. On traitera également des SP prédicatifs du type [1] ou [6a], de même que des /P’/ représentés par [6b] :

[6a]

L’œil de chat d’un gris verdâtre, strié de veines concentriques qui paraissent remuer, se déplacer à tout moment, selon les dispositions de la lumière.

(ABU)

[6b]

Il grossit selon qu’il grandit. Il sera payé selon qu’il travaillera.

La question se pose si une telle approche globale est justifiée. Effectivement, vu ces deux emplois aussi différents, on comprend ceux qui se tiennent à l’un des deux domaines, surtout que l’énonciation présente une base historique solide dès le douzième siècle, avec des expressions comme « selon la parole de Dieu » ou « selon la promesse de Dieu » dans l’Ancien Testament (Trénel, 1904). Or, l’aspect énonciatif n’est pas le seul figurant dans la Bible: Trénel (ibid.) cite en plus l’emploi prédicatif « rendre à chacun selon ses œuvres ». En plus, l’histoire du mot, qui passe de sulune/selonc ‘le long de’ à secundum ‘en conformité’ (Bloch et Wartburg, 1968) fait croire à une parenté sémantique. Puisque le mot a toujours servi aux deux types de langage, nous nous voyons confirmée dans notre intention de leur attribuer un statut égal. L’argument que j’avancerai en faveur de l’approche polysémique est le fait que selon possède le synonyme suivant dont l’espace sémantique est organisé de manière analogue. Il existe un facteur (ou point d’attraction) qui permettra de passer du type prédicatif au type énonciatif et de voir le rapport entre les deux emplois. C’est le concept de la dépendance. Plus précisément, je distinguerai entre la dépendance logique DL et la dépendance existentielle DE.
 
Les relations de dépendance
 
 
Je commence par quelques remarques d’ordre général à propos de la notion de dépendance. Rappelons qu’un étymon de selon est secundum, ‘en deuxième’. Prenons un prédicat comme « faire un film selon le livre », qui pour Weinreich (1990 : 404 est synonyme de « faire un film d’après le livre ». Le fait de pouvoir remplacer selon par d’après indique pour Weinreich une relation temporelle de postériorité, parce que la base logique « le film » prend existence plus tard que le complément « le livre » [1]. En plus, la base ne suit son complément pas seulement dans le temps, mais aussi sur « au moins l’un des traits lexicaux ». De notre part, nous traduirons la postériorité temporelle en dépendance (DEP.). Nous suivrons de près le sémioticien Peirce (1965, 3.422, qui voit tout d’abord dans la dépendance une « relation dyadique essentielle ».
Concernant d’après, ajoutons que cette locution prépositionnelle est susceptible de remplacer selon dans beaucoup de cas, comme le fait suivant. Néanmoins, il existe des conditions où elle semble moins adéquate, par exemple quand selon désigne ce que Wagner et Pinchon (1991 : 636 appellent l’hypothèse alternante. Ainsi, dans la phrase suivante il semble inapproprié de mettre d’après à la place de selon. En revanche, suivant n’est pas barré :

[7a]

Selon /d’après leur position sociale différente, ils avaient des habits, des redingotes, des vestes.

(ABU)

[7b]

Selon /suivant leur position sociale différente, ils avaient des habits, des redingotes, des vestes.

Il existe une deuxième possibilité de substitution qui confirme que selon représente la DEP: c’est son emploi absolu. Grevisse (1993 : 1484, qui interprète l’emploi absolu comme « selon les circonstances », donne les exemples suivants :

[8a]

Elle tomberait soit au milieu des groupes, soit chez Agathe seule et agirait selon.

[8b]

Le visage selon sévère ou enjoué, sévère avec les méchants, enjoué avec les gens de son espèce.

Dans d’autres cas, la paraphrase de selon absolu sera cela dépend ou peut-être (Le Robert, ibid.).

[9]

METTERNICH Mais ce retour, c’est Votre Altesse qui l’empêche ! LE DUC Certes, au lieu des fourgons vous m’offrez la calèche ! L’EMPEREUR Non ! nous n’offrons plus rien. LE DUC, – les bras croisés – La cage ? L’EMPEREUR C’est selon.

(ABU)

Le fait que la locution C’est selon ait comme synonyme Cela dépend confirme la DEP comme sème stabilisant. Quel que soit le cas, retenons que dans [8] et [9], l’emploi absolu de selon implique une alternance et que celle-ci n’admet pas d’après [cf. 7a.]
Une incompatibilité analogue se vérifie quand selon indique la corrélation, la proportion, la conformité, l’enchaînement ou l’interdépendance. Là où d’après est admis, c’est selon est exclu :

[10a]

Il convint avec eux aussi du sens de certaines sonneries, détermina la signification des coups de timbre, selon/d’après leur nombre, leur brièveté, leur longueur.

(ABU)

[10b]

Comment déterminez-vous la signification des coups de timbre ?

≠C’est selon / ≠Cela dépend.

[11a]

Tous deux se trouvaient alors devant une troisième porte, sans serrure apparente, qui s’ouvrit sur une simple poussée, opérée, bien entendu, selon/d’après des règles déterminées.

(ABU)

[11b]

La porte s’ouvre-t-elle toujours sur une simple poussée ?

≠C’est selon./ ≠Cela dépend.

En résumé, ce court test de substitution annonce deux domaines sémantiques incompatibles, celui de l’alternance et celui de la conformité.
Je voudrais à ce point ouvrir une parenthèse et avancer que l’emploi absolu donne de bonnes indications concernant les points d’attraction qui constituent l’espace sémantique d’une préposition. On sait par exemple que les prépositions locales « sur » et « dans » sont limitées à l’emploi absolu local, tandis que le temporel en est exclu (Berthonneau, 1992 et 1999 ; Wilmet, 1998 : 432) [2]. Ces faits confirment le postulat de Miller & Johnson-Laird (Cooper, 1999 : 108) que le trait “ lieu ” est le point d’attraction favori pour ces prépositions. Quant à l’emploi absolu de selon, nous en avons observé une restriction similaire avec l’hypothèse alternante. Celle-ci se qualifie donc comme point d’attraction. S’agit-il d’un sens favori ? Cette courte étude ne répondra pas à la question. Toutefois, nous constatons que l’espace de selon est rempli aussi bien par la logique de l’assertion que par celle du discours.
 
La dépendance et le discours
 
 
Les exemples que nous venons de décrire appartiennent à la DL, c’est-à-dire à une DEP que Peirce (1966 : 6.87 appelle « une nécessite gouvernée par une loi ». Parmi les diverses définitions correspondant à la DL, nous avons d’une part repéré le champ de l’alternance [8, 9] et d’autre part la conformité [1], la corrélation [6], l’interdépendance [7] ou l’enchaînement [10, 11]. D’autres usages conviennent également à ce dernier groupe, par exemple le rapport de mesure :

[12]

Le total de l’or employé à l’œuvre pour tous les travaux du sanctuaire, or qui fut le produit des offrandes, montait à vingt-neuf talents et sept cent trente sicles, selon/d’après le sicle du sanctuaire.

(ABU)

Passons à la DE. C’est une idée que nous empruntons de nouveau à Peirce (1966, 8.139. La DE est motivée par un modèle existentiel éthique et se caractérise par des degrés d’autorité, par exemple :
  1. l’obéissance explicite
  2. l’obéissance généralisée
  3. la conformité avec des exemples externes
  4. le balancement d’une considération contre l’autre
On obtient ainsi des degrés de DEP dont l’élément autoritaire affaiblit de a) à d). Cet échelonnement ressort également de la définition du terme dépendance dans Le Robert (1993 : « assujettissement, esclavage, obédience, obéissance, servitude, soumission ». Sans doute, l’élément autoritaire est-il plus fort dans « esclavage » que dans « servitude ». Voici quelques illustrations de ce classement :

[13a]

= Obéissance explicite : Moïse tailla deux tables de pierre comme les premières ; il se leva de bon matin, et monta sur la montagne de Sinaï, selon l’ordre que l’Éternel lui avait donné, et il prit dans sa main les deux tables de pierre.

(ABU)

[13b]

= Obéissance généralisée : Tu feras avec cela un parfum composé selon l’art du parfumeur.

[13c]

= Conformité avec des exemples externes : On juge la valeur d’une œuvre selon le nombre des éditions et le bénéfice de la vente.

(ABU)

[13d]

= Opposition partielle avec ce qui est présent : Selon le témoin, la voiture roulait à gauche, mais c’est faux.

(Marque-Pucheu, ibid. : 117)

[13e]

= Balancement d’une considération contre l’autre :

« Qu’il est difficile de proposer une chose au jugement d’un autre sans corrompre son jugement par la manière de la lui proposer ! Si on dit : je le trouve beau, je le trouve obscur, on entraîne l’imagination à ce jugement, ou l’on l’irrite au contraire. Il vaut mieux ne rien dire ; car alors il juge selon ce qu’il est, c’est à dire selon ce qu’il est alors, et selon que les autres circonstances, dont on n’est pas auteur l’auront disposé ; si ce n’est que ce silence ne fasse aussi son effet selon le tour et l’interprétation qu’il sera en humeur d’y donner, ou selon qu’il conjecturera de l’air du visage et du ton de la voix : tant il est aisé de démontrer un jugement de son assiette naturelle, ou plutôt tant il y a peu de ferme et de stable. »
Pensées (édition 1671, orthographe moderne) (ABU)
Le modèle de la DE n’est pas en opposition dichotomique avec la DL. [13a, b, c] correspondent à la conformité et [13e] à l’alternance. Mais en plus, [13d] concerne le discours. En fait, selon discursif conviendrait à tous les degrés d’autorité. D’abord, parce que parmi les marqueurs de la citation étudiés par Mainguenau (1991 : 136-138) selon établit une distance faible entre le locuteur et l’énonciateur. Ensuite parce que la citation elle-même souscrit au modèle de Peirce. Rappelons à ce sujet les citations d’autorité dont parle Maingueneau, comme
  • la citation-relique empruntée à l’Antiquité
  • la citation-culture attribuée à des hommes célèbres, que nous illustrerons dans le même ordre:

[14a]

Octavien, pâle, glacé d’horreur, voulut parler ; mais sa voix resta attachée à son gosier, selon l’expression virgilienne.

(ABU)

[14b]

Lorsque enfin Mr. Sharp crut que le moment psychologique, selon l’expression célèbre, était arrivé…

(ABU)

Dans cette diversité, il y a encore la citation littérale dans la narration. Selon discursif y apparaît avec son sens premier, qui est l’introduction de l’espace énonciatif (cf. Cadiot, 1991 : 219) :

[15a]

Il n’effrayait, selon Bouvard, que les pauvres cervelles.

(ABU)

[15b]

Langlois était d’avis de faire un remblai le long des Mortins, en cas d’inondation — mieux valait, selon Beljambe, défricher les bruyères. Impossible de rien conclure ! —

(ABU)

Cette utilisation prend la forme d’incise et se distingue ainsi formellement du complément de phrase en position initiale dans les énoncés polyphoniques. Vu que l’introduction du locuteur ne marque point la polyphonie, elle est neutre concernant le facteur d’autorité [3]. Par sa neutralité, nous la plaçons en dernier lieu dans le modèle de la DE. Bref, la DEP permet de stabiliser des champs sémantiques incompatibles, ainsi que nous le présentons dans le schéma suivant (fig. 1) :
FIG 1
L’espace de selon
IMGIMGL’espace de selonIMGIMF
 
Les synonymes
 
 
La confrontation d’un mot avec ses synonymes donne des résultats divers. D’une part, elle sert à déterminer son sens distinctif et d’autre part, elle trace les interprétations qu’on lui donne. En passant en revue les synonymes indiqués par les dictionnaires et grammaires, ils touchent dans une certaine mesure au champ sémantique de selon mais en plus, ils possèdent leur propre signification. Dans le domaine prédicatif, nous avons évoqué d’après. Il y a également le cas de conformément, qui se comporte comme d’après dans les circonstances subséquentes. Conformément est bon pour
  • l’obéissance explicite (conformément à/ selon l’ordre que l’éternel lui avait donné),
  • l’obéissance généralisée (un parfum composé conformément à /selon l’art du parfumeur) et
  • la conformité avec des exemples externes (on agit conformément à /selon le programme.)
En revanche, le mot est bloqué avec
  • l’hypothèse alternante (les boules sont rouges, jaunes ou noires, suivant la nature du bois / ≠conformément à la nature du bois.)
Il en est de même de dans et sur, dont l’extension est limitée :

agir dans / selon les règles, juger les gens sur / selon la mine.)

(cf. Le Robert, ibid. ; ou le Dictionnaire des synonymes)

Dans le discours, nous avons mentionné l’analyse des synonymes par Charolles dans le cas de suivant, d’après et pour. Il y a également celle de Cadiot (1991 : 219 qui compare selon et pour. Tous sont d’accord que ces synonymes sont sémantiquement plus chargés que selon. La vérification se fera à l’aide des exemples ci-dessous :

[16a]

Selon/ suivant/ d’après/pour R. Barre, la cohabitation est un échec.

[16b]

Selon/ suivant/ d’après/ la théorie de Russell, les noms propres sont des descriptions définies déguisées. – *– pour la théorie de Russell…

[16c]

*Selon/d’après/suivant un chat, toutes les souris ne se ressemblent pas.

[16d]

Pour un chat, toutes les souris ne se ressemblent pas.

(Charolles, ibid. : 254-255)

Charolles explique que seuls selon et suivant indiquent que le texte cité est énoncé par le locuteur. Ils indiquent donc explicitement la source d’une proposition tenue et situent le discours dans l’espace énonciatif. Pour, en revanche, ne gère pas le discours, il donne uniquement le point de vue du locuteur. Dans [16a], pour n’implique pas nécessairement que Barre ait dit quelque chose. Pour la même raison, pour est exclu où le point de vue est incohérent [16b], tandis que les deux autres sont impossibles quand le discours est absent [16c, d].
Il ressort de ces discussions ainsi que de notre corpus, que grosso modo suivant est l’unique synonyme qui puisse être inséré partout là où selon figure. En voici la vérification.
 
SUIVANT comme synonyme de SELON
 
 
La signification relevée pour suivant par les grammaires et les dictionnaires correspond aux trois domaines sémantiques de selon, voire la conformité, l’alternance et le discours. L’étymologie du mot est similaire à selon: il est documenté dès l’an 1459 avec le sens de « le long de » et comme dérivation de ‘suivre’. On retrouve ainsi les deux types de langage et de DEP. Les illustrations seront données ci-dessous :

[17a]

DL (conformité (proportion)) Je le récompenserai suivant qu’il m’aura servi.

(Grevisse, ibid. : 1085c)

[17b]

DL (alternance) Suivant que j’y voyais des compassions ou des malices, cette idée m’exaspérait de colère ou me faisait fondre en larmes.

(ABU)

[18a]

DE (discours (obéissance explicite)) Suivant l’ordre donné par l’éternel… ; suivant l’incontestable autorité de ce maître…

(ABU)

[18b]

DE (discours (obéissance généralisée)) : Suivant tel auteur…, suivant l’expression de Glatigny ; suivant l’opinion commune… ; suivant un vieux mot…

(ABU)

[18c]

DE (conformité (conformité avec des exemples externes)) C’était suivant l’usage normand, un long mât garni de traverses.

(ABU)

[18d]

DE (alternance)) J’étais maîtresse d’en arrêter ou demander l’exécution, suivant que je jugerais du mérite de la conduite future de cette fille.

On pourra ajouter à cette liste l’utilisation de selon de même que de suivant dans le cas de la DE (discours (balancement d’une source contre l’autre)) :

[19a]

La manifestation rassemblait dix mille personnes selon les calculs des syndicats. Deux mille selon ceux de la Préfecture de police.

(Marque-Pucheu, ibid. : 116)

[19b]

Mon ami Achmet a vingt ans, suivant le compte de son vieux père Ibrahim, vingt-deux ans, suivant le compte de sa vieille mère Fatma.

Ensuite, suivant est le seul parmi les synonymes à figurer en structure absolue, bien que c’est suivant soit « plus rare et plutôt populaire » comme dit Grevisse (ibid. : 992.)
En plus, on retrouve suivant, introducteur de la citation littérale :

[21]

Question grave, suivant Pécuchet, car la chevelure donne le tempérament, le tempérament l’individu.

Finalement, suivant figure même là où Charolles (ibid. : 255) le met en doute pour des raisons polyphoniques, c’est-à-dire devant un complément à la première personne :

[20]

Seraient-ils maîtres d’un pays qu’ils ne pourront jamais occuper ? Non certes, et suivant moi, s’ils étaient jamais victorieux, ils seraient fort embarrassés de leur victoire.

(ABU)

En résumé, cette comparaison entre suivant et selon est limitée aux points élémentaires. Nous devrions par exemple parler du fait que dans la citation d’autorité suivie d’un nom propre, le texte journalistique n’utilise pas suivant mais selon [4]. En outre, les deux prépositions pourraient être soumises à une analyse historique ou quantitative. Ces questions seront reprises dans une autre contribution.
 
En guise de conclusion
 
 
La mise en relation par le locuteur d’un corrélat avec sa base comporte plusieurs aspects. Cette relation dyadique est traduite de manière linéaire, comme postériorité ou comme dépendance. La tâche des prépositions selon et suivant n’est pas de refléter les aspects mais d’annoncer simplement la dépendance. L’aspect est relevé d’une part par le complément assigné par la préposition et d’autre part par le contexte. Vu les divers aspects, ces prépositions figurent dans des positions syntaxiques bien distinguées et elles fonctionnent dans des domaines linguistiques apparemment incompatibles. L’oscillation entre le texte et le contexte à l’aide du concept de la dépendance a permis d’établir l’espace sémantique des deux prépositions, qui englobe la conformité, l’alternance et la polyphonie.
 
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NOTES
 
[1]Dans ce contexte, l’allemand admet uniquement nach ‘après’.
[2]Je l’ai rencontré dans la semaine. *Je l’ai rencontré dedans (Berthonneau, 1992 : 84).
[3]Avec ces exemples, selon sépare le discours du récit. Il s’agit d’un rôle formel, dans le sens de Petitjean, cité par Maingueneau (ibid. : 211).
[4]Je me base sur un corpus limité du Monde, 1994, que je dois au LADL, Paris.
[*]Département de Français, Université de Haïfa, Mount Carmel, 31905 Haïfa (Israël) Privé : Rue Rachel 5, 34401 Haïfa (Israël) – Tél. domaine : 972 4 8343264 – e-mail : ssuzanf@ research. haifa. ac. il.
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Dans ce contexte, l’allemand admet uniquement nach ‘après’. Suite de la note...
[2]
Je l’ai rencontré dans la semaine. *Je l’ai rencontré dedan...
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[3]
Avec ces exemples, selon sépare le discours du récit. Il s’...
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[4]
Je me base sur un corpus limité du Monde, 1994, que je dois...
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L’espace de selon