2002
TRAVAUX DE LINGUISTIQUE
C. sémantique et pragmatique de la préposition
comme préposition ? observations sur le statut catégoriel des prépositions et des conjunctions
Michel Pierrard
[*]
Vrije Universiteit Brussel
Comme est généralement répertorié en tant qu’adverbe, pronom ou conjonction. Certains linguistes ont même distingué une « valeur prépositionnelle » mais celle-ci n’est pas officiellement avalisée par les grammaires et les dictionnaires de référence. La présente étude examine les propriétés des cinq emplois suivants prétendument prépositionnels de comme :
[1] Marie aime Paul comme un frère.
[2] Paul a considéré ta réponse comme une insulte.
[3] Il a engagé Paul comme caissier dans son magasin.
[4] Tu prendras quoi/ du chocolat comme dessert ?
[5] On entendait comme un grondement lointain.
Nous comparerons d’abord le fonctionnement de comme dans ces emplois au rôle que joue la préposition dans la constitution du syntagme prépositionnel. Ensuite, nous évaluerons leurs rôles respectifs en tant que ligateur dans la complémentation verbale.
Comme is commonly classified as an adverb, a pronoun or a conjunction. Some linguists have even noticed a « prepositional value » but it has never been officially endorsed by reference grammars and dictionaries. This paper discusses the characteristics of the following five allegedly prepositional uses of comme :
[1] Marie aime Paul comme un frère.
[2] Paul a considéré ta réponse comme une insulte.
[3] Il a engagé Paul comme caissier dans son magasin.
[4] Tu prendras quoi/ du chocolat comme dessert ?
[5] On entendait comme un grondement lointain.
First, we will make a comparison between the function of comme in those uses and the role played by the preposition in the structure of the prepositional phrase. Secondly, we will evaluate their respective tasks as connectors in verb complementation.
Dans les grammaires, comme est souvent répertorié en tant qu’adverbe, pronom ou conjonction. Mais “des zones de flou” subsistent qui amènent certains à distinguer une “valeur prépositionnelle”, même si celle-ci n’est pas officiellement avalisée par les grammaires et les dictionnaires de référence (cf. Halmoy, 1998: 227) :
- Riegel (1974: 237) considère déjà que comme introduisant un « attribut du c.o.d. » se présente sous la forme d’un syntagme prépositionnel. De même, Moignet (1975: 268) estime que ce mot y remplit « un fonctionnement de préposition » :
| [1] |
Je considère (prends) cette réponse comme un refus.
|
- La Grammaire critique du français relève pour sa part parmi les exemples de prédications secondes « à lien prépositionnel » (Wilmet, 19982, § 640: 527) un énoncé avec comme :
| [2] |
Marie aime Pierre comme un frère.
|
- Melis (2000: 357-358) fait encore référence à un autre emploi prépositionnel de comme :
| [3] |
C’était comme un voile qui m’empêchait de voir clair.
|
Une série d’observations corroborent le rapprochement de certains emplois de comme avec la préposition :
1. Comme fonctionne en parallèle avec des prépositions après certains verbes (pour, de, en) et dans certains types de constructions (attribut de l’objet) et peut dans certains cas être paraphrasé par une préposition (une locution prépositive) (cf. Halmoy, 1998: 227) :
| [4] |
- Marie traite Jean comme un nigaud/ de nigaud/ en frère.
- Marie a pris comme/ pour époux un homme plus âgé.
|
| [5] |
Comme (en (sa) qualité de, en tant que) directeur, Jean est efficace.
|
2. Des doutes ont déjà été émis sur le caractère de subordonnant conjonctionnel de comme dans les comparatives (cf. Arrivé et alii, 1986: 113). Ainsi, dans cet emploi, comme ne peut pas être repris par que :
| [6] |
- *j’ai réagi comme tu l’as fait et que d’autres l’auraient fait aussi.
- Comme il se fait tard et que nous avons encore une longue étape à parcourir, nous allons nous remettre en route. (Hanse, 1991 : 245)
|
Alors, « Comme : adverbe, conjonction… et préposition ? » (Halmoy, 1998). Ces emplois posent la question de la catégorisation du marqueur comme et celle de la définition de la catégorie de la préposition. La présente étude sera basée sur l’examen des propriétés des cinq emplois suivants de syntagmes introduits par comme (COMME-X) :
| [7] |
a. Marie aime Paul comme un frère.
|
| [8] |
a. Paul a considéré ta réponse comme une insulte.
|
| [9] |
a. Il a engagé Paul comme caissier dans son magasin.
|
| [10] |
a. Tu prendras quoi/ du chocolat comme dessert ?
|
| [11] |
a. On entendait comme un grondement lointain.
|
Nous évaluerons en quelle mesure ces propriétés peuvent être rapprochées des traits saillants de la préposition (cf. Cadiot, 1997; Melis, 2000) en les confrontant d’abord à la fonction de cette dernière dans la constitution du syntagme prépositionnel (Sprép), pour comparer ensuite leur rôle respectif de ligateur dans la complémentation.
1. Comme et les propriétés internes du Sprép.
1.1. Propriétés générales
Le Sprép se caractérise par les propriétés prototypiques suivantes (Cadiot, 1997 ; Riegel et alii, 1998 ; Melis, 2000, ce dernier démontrant par ailleurs qu’elles peuvent faire défaut) : il forme une entité syntaxique, un constituant à forte cohésion (i) fondée sur l’ordre préposition – syntagme nominal (ii) où le syntagme est structuré de manière hiérarchique : la préposition est la tête et le SN est le complément (iii). En conséquence, il est admis que « l’association préposition + régime est fortement soudée » (Cadiot, 1997 : 23). Qu’en est-il de COMME-X ?
1.1.1 Le test du clivage [7b-10b] souligne que COMME-X occupe une position syntaxique dans la phrase, que le segment constitue bien un constituant fonctionnel :
| [7] |
b. C’est comme un frère que Marie aime Paul.
|
| [8] |
b. C’est comme une insulte que Paul a considéré ta réponse.
|
| [9] |
b. C’est comme caissier qu’il a engagé Paul dans son magasin.
|
| [10] |
b. C’est comme dessert que tu prendras du chocolat ?
|
1.1.2 La commutation possible avec un Sprép ou adverbial prototypique [7c-10c] autorise l’hypothèse que comme est bien ici, ainsi que la préposition, la tête du syntagme qui le catégorise et en contraint de façon décisive l’interprétation (cf. Cadiot, 1997 : 25) :
| [7] |
c. C’est comment/ ainsi que Marie aime Paul.
|
| [8] |
c. C’est comment/ ainsi que Paul a considéré ta réponse.
|
| [9] |
c. C’est en tant que quoi qu’il a engagé Paul (dans son magasin) ?
|
| [10] |
c. C’est en guise de quoi que tu prendras du chocolat ?
|
1.1.3 En outre, la cohésion du Sprép est soulignée par la possibilité de modifier l’ensemble COMME-X :
| [7] |
d. Marie aime Paul uniquement/ précisément comme un frère.
|
| [8] |
d. Paul a considéré ta réponse uniquement comme une insulte.
|
| [9] |
d. Il a engagé Paul juste/ seulement comme caissier.
|
| [10] |
d. Tu prendras du chocolat juste comme dessert ?
|
1.1.4 Enfin, l’impossibilité d’inverser ou de séparer les constituants du syntagme (pour le moins sans modification profonde du sens) confirme leur adjacence ou connexité :
| [9] |
e. *C’est comme qu’il a engagé Paul caissier / *c’est caissier qu’il a engagé Jean comme dans son magasin.
e’.*Il a engagé Paul comme généralement caissier.
|
1.1.5 Cependant, le test de délimitation d’un domaine (antéposition d’un complément déterminatif, interne au Sprép, et reprise par en, permettant de mettre en évidence un « phénomène d’île ») donne un résultat plus hétérogène :
| [12] |
- *L’université, Paul en est intelligent comme un professeur / *L’université, Paul en parle comme un professeur.
- Notre entreprise, on l’en considère comme le fondateur / Un crime, on l’en considère comme capable.
- *Le supermarché, il en a engagé Paul comme caissier / *L’entreprise, il en est efficace comme directeur.
- *Notre entreprise, tu en choisiras quoi comme symbole ?
- Ces vedettes, elles en étaient comme folles / Le volcan, on en entendait comme le grondement lointain.
|
1.1.5 Globalement, COMME-X joue effectivement le rôle de constituant avec la tête comme qui en définit de façon décisive l’interprétation. Quant aux cas qui ne manifestent pas le phénomène d’île [12b et e] et expriment donc une cohésion moindre, ils présentent encore d’autres particularités qui seront relevées ci-dessous.
1.2. Caractéristiques spécifiques
Les syntagmes COMME-X révèlent d’autre part une série de caractéristiques qui pourraient constituer des objections à l’assimilation de ces segments à des Sprép.
1.2.1 Dans COMME-X, le deuxième élément n’est pas toujours un SN mais peut aussi être un adjectif. Mais [13b] souligne que cela peut aussi être le cas de la préposition. La propriété ne permet donc pas de les opposer :
| [13] |
- Il le considère comme intelligent.
- Il le traite d’idiot/ Il tient cela pour vrai.
|
1.2.2 L’impossibilité de gouverner un élément de la même catégorie. Or, comme, dans [14a-c], est combinable avec une (autre) préposition :
| [14] |
- Il est enthousiaste comme dans son enfance.
- Marie parle à Paul comme à un étranger.
- Ils le considèrent comme hors de danger.
- C’est pour dans neuf mois/ Il sort de chez un ami.
|
1.2.2 En faisant abstraction des prépositions complexes, on trouve la même possibilité avec certaines prépositions [14d]. En outre, les prépositions en [14a-c] restent sous la catégorisation de comme.
1.2.3 Le caractère facultatif de comme. Dans les énoncés du type [8], comme est en effet parfois effaçable :
| [15] |
- Il le considère (comme) très intelligent.
- Les journalistes ont désigné José Bové (comme) « homme de l’année 2000 ».
|
1.2.3 Une fois encore, ce phénomène d’élision se retrouve aussi avec des prépositions (à, de, …) dans la complémentation verbale et à l’oral. Pour Cadiot (1997 : 23), ce phénomène mettrait en valeur la soudure du Sprép :
| [16] |
- Cette lettre atteste sa bonne foi/ Les ruines attestent de la violence de l’incendie.
- Nous sommes fin novembre/ vis-à-vis la maison. (Cadiot, 1997 : 24)
|
1.2.3 Si les objections précédentes n’ont pas remis en cause le rapprochement suggéré entre comme et la préposition, les objections suivantes paraissent plus fondamentales.
1.2.4 Comme dans [7] peut introduire une proposition à verbe fléchi :
| [7] |
a’. Marie aime Pierre comme une sœur aime son frère.
|
1.2.4 Il paraît difficile dans ce tour spécifique de maintenir l’interprétation prépositionnelle et une explication par l’ellipse s’imposera donc plutôt pour ces tours (cf. Muller, 1996 : 120-121 ; Pierrard, 1999 : 136).
1.2.5 Le tour [11] pose des difficultés plus fondamentales qui poussent à mettre en doute son fonctionnement en tant que Sprép : d’une part, il répond comme les autres tours aux tests mettant en évidence que COMME-X est un constituant à forte cohésion :
| [11] |
- On entendait comme un grondement lointain.
- C’est comme un grondement lointain qu’on entendait.
- On entendait précisément comme un grondement lointain.
Le test de la question [11d] révèle l’appartenance du constituant au paradigme nominal et annonce une complémentation verbale directe (mais pourtant : il promet quoi ? – DE terminer son travail). De même, le caractère syntaxiquement non obligatoire de comme [11g] ne plaide pas non plus en faveur d’une saisie en tant que préposition. En outre, diverses paraphrases de type adverbial s’imposent [11h] :
- On entendait quoi ? - Comme un grondement lointain.
- On entendait (comme) un grondement lointain.
- On entendait en quelque sorte/ pour ainsi dire un grondement lointain.
|
1.2.5 Le tour [11] devrait alors être considéré comme un glissement vers un emploi adverbial des emplois prépositionnels considérés de comme. Cet emploi adverbial peut d’ailleurs être rapproché d’adverbes tels presque et quasiment. En outre, le glissement de prépositions vers des emplois adverbiaux n’est pas rare :
| [17] |
- Jusqu’au prêtre s’y trouvait (= même le prêtre)
- Elle doit avoir dans les vingt ans.
|
1.3. Rapport argumental au sein du syntagme
Si les tests syntaxiques amènent à séparer les tours [7a] et [11a] des autres, on retrouve toutefois pour l’ensemble des emplois considérés une relation de type prédicat - argument interne qui se superpose à la structure COMME-X et qui est fort similaire à la relation préposition tête/ GN complément. Vu que comme marque la conformité (cf. Pierrard, 1999: 135), le rapport prédicatif interne au syntagme COMME-X sera paraphrasé par la formule /être en conformité avec X/. Ce rapport est effectivement décelable dans les divers tours concernés :
| [7] |
- Marie aime Paul comme un frère.
- [conformité posée avec un étalon]
|
| [8] |
- Paul a considéré ta réponse comme une insulte.
|
| [11] |
- Elles étaient comme folles.
- [conformité posée avec une attribution]
|
| [9] |
- Il a engagé Paul comme caissier dans un magasin.
|
| [10] |
- Qu’est-ce que tu prendras comme dessert ?
- [conformité posée avec une qualification]
|
2. COMME-X et le rapport du Sprép avec le reste de la phrase
2.1. La dépendance d’une tête
« La préposition est traditionnellement présentée comme un terme subordonnant qui instaure une relation de dépendance entre le terme qu’elle introduit et le terme qui la précède » (Riegel et alii, 1998: 370). Le syntagme prépositionnel fonctionne dès lors par le biais de la préposition comme un complément dépendant d’une tête externe : (X(Prép(SN))). Cette tête pourra être un verbe ou un nom. Ce rapport de dépendance, dont la nature sera fort diverse, paraît toutefois moins cohésif que le syntagme prépositionnel lui-même : « La formule de base doit ainsi exprimer, plus qu’un simple rapport (A-PREP-B), une notion de subordination : A-(PREP-B). On exprime de cette façon directement le fait essentiel que la préposition est beaucoup plus soudée à son contexte-droit (son « régime » dans la terminologie traditionnelle) qu’elle ne l’est à son contexte-gauche » (Cadiot, 1997: 19).
Ainsi que la préposition, COMME-X (sauf dans [11]) contracte également par le biais de comme une fonction dans la phrase et dépendra d’une tête.
2.1.1 De même que pour la préposition, deux types de dépendance seront répertoriés :
- une dépendance par rapport au N [7e-11e] : relevons ici le caractère généralement indispensable de N, l’accord en genre et en nombre avec N ;
- une dépendance par rapport à V : COMME-X dans [8e] possède les propriétés d’un complément nucléaire du verbe.
| [7] |
e. Marie/ Paul aime Paul/ Marie comme un frère/une sœur.
|
| [8] |
e. Paul considère Pierre/ Marie comme un/ une arriviste.
|
| [9] |
e. Il a engagé Paul/ Marie comme caissier/ caissière.
|
| [10] |
e. Il a pris Paul/ Marie comme confident/ confidente.
|
| [11] |
e. Il/ elle était comme fou/ folle.
|
2.1.1 Le phénomène d’accord peut paraître curieux dans une appréhension prépositionnelle de COMME-X mais il se produit également avec des prépositions dans des tours similaires :
| [18] |
- Il le/ la traite d’idiot/ d’idiote.
- Il le/ la prend pour un idiot/ une idiote.
|
2.1.2 Non seulement le type mais aussi le poids du rapport peut varier. Pour le rapport avec N, voir 2.2.1. Pour le verbe, cela s’exprime dans [8f] par l’intégration dans la complémentation nucléaire verbale, tandis que dans [7f], le rapport est le produit de l’ellipse du prédicat. Cependant, ici aussi, la dépendance sera moins cohésive (extraposition séparée de la tête et du complément; cliticisation séparée de la tête : [7f-11f]) que celle liant COMME à X :
| [7] |
f. Marie l’aime comme un frère.
|
| [8] |
f. Paul la considère comme une arriviste.
|
| [9] |
f. Il l’a engagé comme caissier dans son magasin.
|
| [10] |
f. Il l’a prise comme confidente.
|
| [11] |
f. C’est comme folles qu’elles étaient.
|
2.2. La structure argumentale de COMME-X
Avec une préposition, soit la tête du Sprép fonctionnera comme second argument du prédicat – préposition, la préposition « nouant alors une relation entre deux pôles » (cf. Cadiot, 1997: 34), soit c’est le Sprép dans son ensemble qui est argument du prédicat supérieur. Parfois même, les deux rapports semblent coexister.
2.2.1 Dans COMME-X, comme fonctionne en premier lieu comme relateur symétrique (étant donné sa valeur de conformité) liant deux arguments : les comparandes source (ou C1) et étalon (ou C2). C’est par rapport à lui que se situera la prédication verbale hiérarchiquement dominante :
| [7] |
- Marie aime Paul comme un frère.
- [conformité source / étalon]
|
| [8] |
- Paul a considéré ta réponse comme une insulte.
|
| [11] |
- Elles étaient comme folles.
- [conformité source (présente ou elliptique; cf. Pierrard, 1999) / qualité attribuée]
|
| [9] |
- Il a engagé Paul comme caissier dans un magasin.
|
| [10] |
- Tu prendras du chocolat comme dessert ?
- [conformité source / domaine de qualification]
|
2.2.2 En même temps toutefois, comme marque l’intégration de COMME-X à un prédicat supérieur (cf. les tours en comme classés dans la prédication seconde).
2.2.2 Dans le premier tour examiné [7], il introduit l’étalon de conformité permettant de caractériser la prédication centrale (Marie aimer Pierre). Dans [9a-10a] par contre, le rapport de conformité débouche sur une relation de qualification prédicative (/Paul comme caissier/, /le chocolat comme dessert) qui déterminera dès lors un cadre référentiel dans lequel l’assertion de la prédication principale (Il l’a engagé; tu en prendras) sera considérée comme vraie, soit ((X, C1)Préd1 comme C2)Préd2 :
| [9] |
a. /Paul comme caissier, il l’a engagé dans son magasin/
|
| [10] |
a. /Du chocolat comme dessert, tu en prendras ?/
|
2.2.2 La séquence « comme + qualification prédicative » présente les propriétés d’un marqueur de catégorisation (cf. Porhiel, 1995 : 83) : elle restreint une thématique et spécifie le domaine de portée du discours.
2.2.2 L’interprétation de [8a] est parallèle à celle de [9a] mais l’orientation prédication centrale/ attribution d’une qualification va exactement dans l’autre sens : ici, c’est la prédication centrale (il considère) qui fournit le cadre déterminant la validité du rapport de conformité attributif (/ta réponse est une insulte/), soit (X, C1 (comme C2)Préd2)Préd1 :
| [8] |
- /ta réponse est une insulte ? Paul l’a considérée comme/
- [conformité entre réponse et insulte dans l’appréhension de Paul]
|
2.2.2 Le degré de conformité entre C1 et C2, marqué par comme, est lié à l’information (le point de vue) transmise par la première prédication (« il considère/ regarde/ imagine/ se présente (? est) comme »). Dans ce cadre, la vérité de Préd2 n’est pas établie mais passe par Préd 1 (cf. Il considère Jean comme son frère ==> Jean ? son frère).
2.2.2 En ce qui concerne [11a], l’intégration est déterminée par le déséquilibre entre les deux comparandes : C1 est vide (= CØ), n’est pas réalisé, mais est rapproché analogiquement par comme d’une autre composante, ayant certaines propriétés reconnues et postulées présentes à un certain degré de conformité dans C1. Le résultat en est une définition indirecte de C1 par approximation : (X, CØ (comme C2)Préd2)Préd1 ou « CØ comme si c’était C2 » :
| [3] |
- C’était [quelque chose] comme un voile qui m’empêchait de voir clair.
|
| [11] |
- Elles étaient [ainsi] comme folles.
|
2.2.2 En d’autres mots, dans les emplois [7-11], comme joue le rôle de marqueur d’une prédication seconde, prédication assurée par une unité autre que le syntagme verbal mais entrant comme constituant dans une prédication supérieure.
3. « Fonctionnement prépositionnel » de Comme
Bref, au niveau de la phrase, comme est un ligateur marquant la conformité entre arguments sur le plan sémantique et un marqueur de hiérarchie entre prédicats sur le plan syntaxique. Son schématisme combine donc à la fois une certaine représentation (propre aux prépositions « pleines ») et une instruction essentiellement notionnelle (caractérisant les prépositions « incolores ») (cf. Cadiot, 1997: 37). En tant que marqueur de conformité, comme
- en prédication complexe [7], établit un rapport hiérarchique entre deux prédicats, sans autre indication de l’identification quantitative ou qualitative de la propriété commune ou de la commensuration des deux comparandes qu’un degré non défini de conformité;
- en prédication seconde [8-11], est à la fois marqueur du lien hiérarchique en séparant nettement les deux prédications (envisager une mesure comme indispensable >< envisager une mesure indispensable) et ligateur par conformité des arguments constituant la prédication seconde (/la mesure comme indispensable/).
À partir de l’unité représentationnelle et instructionnelle de comme se développe la diversité de ses « fonctionnements catégoriels » par l’accentuation de l’une ou l’autre de ses propriétés ou des traits qui les constituent :
| [19] |
- Paul est arrivé comme Marie partait.
- [fonctionnement « subordonnant »]
- Qu’est-ce que tu prendras comme dessert ?
- [fonctionnement « prépositionnel »]
- Elles étaient comme folles.
- [fonctionnement adverbial]
|
« Il faut dès lors s’interroger sur l’opportunité d’un rapprochement des deux catégories ou peut-être plus correctement des deux modes de fonctionnement de ces particules invariables » (2000 : 358) concluait Melis à propos des prépositions et des coordonnants. Nos observations concernant comme corroborent pleinement ces conclusions.
·
Arrivé M., Gadet F., Galmiche M., 1986, La grammaire d’aujourd’hui, Paris, Flammarion.
·
Cadiot P., 1997, Les prépositions abstraites en français, Paris, Armand Colin.
·
Damourette J. et Pichon E., 1911-1940, Des mots à la pensée. Essai de grammaire de la langue française, Paris, d’Artrey.
·
Grevisse M., Goosse A., 199112, Le bon usage, Paris – Louvain-la-Neuve, Duculot. (Douzième édition refondue par André Goosse.)
·
Halmoy O., 1998, « Comme : adverbe, conjonction… et préposition ? in Bilger M., Van Den Eynde K. et Gadet F. (éds.), Analyse linguistique et approches de l’oral : recueil d’études offert en hommage à Claire Blanche-Benveniste, Leuven, Peeters, p. 221-228.
·
Le Goffic P., 1993, Grammaire de la phrase française, Paris, Hachette.
·
Melis L., 1988, « La prédication seconde : présentation », in Melis, L. (éd.), La prédication seconde, Travaux de linguistique, 17, p. 7-12.
·
Melis L., 2000, « La préposition en interposition », in Englebert, A., Pierrard, M., Rosier, L., Van Raemdonck, D. (éds.), Actes du XXIIe Congrès International de Linguistique et de Philologie Romanes, Volume VI, Tübingen, Niemeyer, p. 353-359.
·
Moignet G., 1975, « Incidence et attribut du complément d’objet », in Travaux de linguistique et de littérature, 13, p. 253-270.
·
Muller C., 1996, La subordination en français. Le schème corrélatif, Paris, Armand Colin.
·
Pierrard M., 1999, « Grammaticalisation et contexte : l’extension des emplois de comme », in Revue de sémantique et de pragmatique, 6, p. 133-144.
·
Porhiel S., 1995, « Les marqueurs de catégorisation », in Cahiers de lexicologie, 66, 1995, p. 77-93.
·
Riegel M., 1974, « L’adjectif attribut du complément d’objet direct : définition formelle et analyse sémantique », in Travaux de linguistique et de littérature, 12, p. 229-248.
·
Riegel M., Pellat J.-C., Rioul R., 19984, Grammaire méthodique du français, Paris, PUF.
·
Wilmet M., 19982, Grammaire critique du français, Louvain-la-Neuve, Hachette - Duculot.
[*]
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