Travaux de linguistique
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8011-1322-0
176 pages

p. 27 à 48
doi: en cours

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I. Articles

no46 2003/1

2003 Travaux de linguistique i. articles

Essai de description de l'expression anaphorique le N en question

Sunniva Whittaker  [*]
Cet article vise à décrire les particularités de l’expression anaphorique Le N en question. Celle-ci se distingue de façon sensible des anaphores nominales de type Le N et Ce N. Sont examinés le type de rapport avec l’antécédent qu’autorise Le N en question, son mode de donation référentielle et ses effets discursifs. Le N en question s’emploie uniquement lorsque l’anaphore et l’antécédent sont coréférentiels. L’expression se rapproche de Ce N du fait qu’elle permet d’opérer un contraste interne, mais à la différence de Ce N, elle peut recruter un antécédent de très faible accessibilité. Contrairement à Le N qui est associé avec une continuité thématique, l’emploi de Le N en question coïncide souvent avec des changements événementiels. The aim of this study is to describe the characteristics of the French anaphoric expression Le N en question. This expression differs to a great extent from Le N and Ce N. The article examines the relationship between Le N en question and its antecedent, its mode of reference and discourse effects. Le N en question and its antecedent are always co-referential. It is similar to Ce N in the sense that it implies an internal contrast, but differs from Ce N in that the degree of accessibility of the antecedent can be very low. Whereas Le N emphasizes thematic continuity, Le N en question is often used to mark various types of shifts in the text.
 
0. Introduction
 
 
Dans les études sur les anaphores nominales, deux types de classifications se rencontrent [1]. La première est fondée sur des critères sémantiques, plus précisément sur la relation qui lie l’expression anaphorique à son antécédent (anaphore fidèle, infidèle, résomptive ou associative). La seconde, d’ordre syntactico-sémantique, prend comme point de départ la nature du déterminant (article défini, démonstratif ou possessif) qui introduit le N anaphorique. En considérant l’optique de ces classifications, on comprend facilement que l’effet produit par l’ajout du complément prépositionnel en question à une description définie anaphorique soit passé inaperçu, ceci en dépit de l’ampleur de la bibliographie sur les phénomènes d’anaphorisation.
L’emploi du marqueur référentiel Le N en question se distingue toutefois de façon sensible de celui des descriptions définies sans le complément prépositionnel en question. Tout d’abord – fait peu surprenant vu le sémantisme du complément – Le N en question admet uniquement un usage anaphorique [2], alors que Le N peut aussi être employé de façon déictique ou autonome. Les deux constructions s’opposent également en ce qui concerne le type de relation qu’elles peuvent entretenir avec l’antécédent, leur valeur de contraste en tant que marqueur anaphorique et aussi du point de vue de leurs effets discursifs [3].
 
1. Quelques remarques préliminaires sur la construction Le N en question
 
 
Le complément prépositionnel en question s’ajoute presque sans exception à un groupe nominal introduit par l’article défini. De fait, parmi les quelque 600 occurrences pertinentes de en question postérieures à 1900 que renferme FRANTEXT, trois seulement sont introduites par un article autre que l’article défini [4]. Dans deux cas, il s’agit de l’article démonstratif :

[1]

Ce n’est pas le fait d’avoir été tondue et déshonorée qui marque sa vie, c’est cet échec en question : elle n’est pas morte d’amour le 2 août 1944 sur ce quai de Loire.

(FRANTEXT)

[2]

Parce que ce fameux foireux en question, il commençait à foutre les jetons à tout le monde.

(FRANTEXT)

Il s’agit là d’un emploi stylistiquement marqué de l’article démonstratif qui a été étudié, entre autres, par De Mulder (1998 : 21-32) [5]. FRANTEXT nous offre également un exemple où l’expression est introduite par un article possessif. À la différence des deux exemples précédents, dans lesquels le choix d’article semble assez insolite, l’emploi du possessif est rendu nécessaire par le sémantisme du mot-tête du groupe nominal homonyme. Le référent visé par ce substantif ne peut être identifié sans l’information véhiculée par l’article possessif :
[3]

Jeanne lui a lancé une injure, une espèce d’injure amicale, trahissant sa joie d’apprendre le retour de ce Paulot, et s’est précipitée dans notre chambre. Elle est redescendue, plus belle et désirable que jamais, juste pour accueillir mon homonyme en question.

(FRANTEXT)

Pour ce qui est du rôle joué par le complément en question, celui-ci est glosé de façon très sommaire dans les dictionnaires par la formule « dont il s’agit » (Le Robert méthodique, 1994 : 1167) ou se disant de « quelqu’un dont on parle ou/et qui est mis en cause » (Trésor de la langue française, 14 : 149). Selon cette dernière définition, le complément en question s’ajouterait uniquement à des groupes nominaux désignant des personnes, restriction qui n’est nullement corroborée par les données de mon corpus. Dans un premier temps, nous pouvons donc constater que la construction Le N en question permet de mettre au premier plan un élément qui a été mentionné dans le contexte antérieur. Dans ce qui va suivre, je me propose d’étudier les facteurs qui conditionnent l’emploi de cette expression anaphorique.
 
2. Le rapport entre l’antécédent et l’anaphore
 
 
Riegel et alii (1994 : 614-615) distinguent quatre types d’anaphores nominales. Les deux premiers entretiennent une relation de coréférence avec un groupe nominal antérieur. L’anaphore fidèle reprend le nom de ce groupe nominal alors que l’anaphore infidèle contient des élément différents de l’antécédent. L’anaphore résomptive, terme proposé par Maillard (1974), a pour antécédent non un groupe nominal, mais un énoncé plus ou moins long dont elle résume le contenu. L’anaphore associative, de son côté, renvoie à un référent qui est identifié indirectement par l’intermédiaire d’un groupe nominal antérieur. Les quatre cas de figure sont illustrés dans les suites ci-dessous :

[4]Anaphore infidèle :Je viens de voir une souris. L’animal se cache derrière le frigidaire.
[5]Anaphore fidèle :Je viens de voir une souris. La souris se cache derrière le frigidaire.
[6]Anaphore résomptive :Marie m’a téléphoné hier soir. La conversation a duré une heure.
[7]Anaphore associative :J’ai enfin trouvé la maison de mes rêves. Les fenêtres du living donnent sur la mer.
Quelles sont les relations autorisées pour l’expression anaphorique le N en question ? Les données du FRANTEXT révèlent que, à quelques rares exceptions près, la construction Le N en question s’emploie lorsqu’il existe un rapport de coréférentialité entre un groupe nominal antécédent et l’anaphore. Cette dernière peut être de type fidèle ou infidèle. Pour ce qui est de la reprise fidèle avec Le N en question, la tendance est de ne reprendre que le mot-tête du groupe nominal antécédent. Lorsque l’antécédent est modifié par un complément adjectival ou prépositionnel, celui-ci est généralement omis dans l’anaphore, caractéristique que l’expression Le N en question partage avec les anaphores de type Le N et Ce N :
[8]

… l’adhésion aux valeurs républicaines suppose autre chose qu’un simple rapport instrumental : une adhésion, une intériorisation. Pour les Antillais, le souvenir de l’horreur de l’esclavage est une condition de cette adhésion. Cette réalité ne relève pas d’une « croyance » en la France, car les valeurs en question sont universelles.

(Le Monde, mai 2001)

[9]

« S’il martèle partout que la ville est en faillite, c’est pour créer un climat qui lui permettra de justifier plus facilement la vente des joyaux de la couronne » dénonce Michel Leblanc, conseiller municipal communiste. Les joyaux en question ? Un service de l’eau et de ramassage des ordures en régies municipales…

(Le Monde, mai 2001)

Le corpus offre même quelques exemples de noms composés dont le deuxième élément est omis dans la reprise [6] :
[10]

… bien haut, il y a un arc-boutant tout blanc (faites-le rose pour qu’il ait l’air plus blanc) d’un élan, d’une allégresse inouïs ! Entre saint Luc et l’arc en question il y a un pigeon qui monte…

(FRANTEXT)

[11]

Un type en robe de chambre est venu nous ouvrir et la robe en question semblait sortir tout droit d’un conte des Mille et Une Nuits, le tissu scintillait comme un lac argenté.

(FRANTEXT)

Il est beaucoup plus rare qu’un complément de nom qui ne figure pas dans l’antécédent soit ajouté dans l’expression anaphorique. De fait, comme le remarquent G. Kleiber, C. Schnedecker et L. Ujma (1994 : 41), une des propriétés présentées par la plupart des anaphores est que « l’expression anaphorique ne se doit d’apporter, sur le référent qu’elle introduit, que des informations déjà disponibles dans la mention antécédente ». Le corpus ne contient qu’un seul exemple avec un apport d’information dans l’expression anaphorique. On constate toutefois que la contribution informationnelle du complément prépositionnel est modeste :
[12]

… dans le rôle principal, celui du larbin à plateau, Yves Montand, et je ne sais plus qui dans le rôle de frémisseuse de service qu’était, dans le film, la nana du serveur. Sa nana, pas sa femme. C’est pour ça que c’était d’un nul foudroyant. Figurez-vous que le serveur de caoua en question qui allait sur ses soixante-cinq ans…

(FRANTEXT)

En ce qui concerne l’anaphorisation infidèle, le rapport entre l’expression Le N en question et l’antécédent peut être de caractère très divers. Il peut s’agir d’un nom qui est hyperonyme du nom de l’antécédent :
[13]

Le cou est attribué au Taureau, car l’animal en question possède un cou massif et musclé, plus que tout autre.

(FRANTEXT)

[14]

Il est bon de noter qu’une réponse telle que « je ne vais jamais au théâtre » n’est pas nécessairement le signe d’une absence d’intérêt pour le domaine culturel en question.

(FRANTEXT)

L’anaphore peut consister d’un nom synonyme de celui de l’antécédent, l’anaphore et l’antécédent appartenant parfois à des registres stylistiques différents :
[15]

Il se tourne vers le plus ancien des deux galons. Le lieutenant en question décroche le téléphone en finissant son « Trois étoiles ».

(FRANTEXT)

[16]

Allumage du clop éteint avec la cigarette du voisin. Prendre la cibiche en question d’autorité sans rien demander, allumer sa propre cigarette, rendre l’autre sans regarder l’interlocuteur…

(FRANTEXT)

La reprise par Le N en question est également possible lorsque l’anaphore renvoie à un antécédent fragmenté, c’est-à-dire lorsque l’antécédent est fait de deux ou plusieurs syntagmes distincts (Zribi-Hertz, 1996 : 22) :
[17]

Ainsi, sur le verbe hausu-s sont formés les noms Hausu et Hauchu qui se rapportent respectivement au bâillement d’un ours qui s’éveille, et à la bouche béante d’un saumon sorti de l’eau. Les noms ne contiennent rien qui puisse suggérer les animaux en question – lesquels appartiennent même à des moitiés opposées.

(FRANTEXT)

[18]

… comment se fait-il que le « droit paysan », le « droit bourgeois », le « droit prolétarien » prennent normalement beaucoup de relief et que le conflit entre eux soit patent ? C’est que les termes en question peuvent prendre des sens nettement différents.

(FRANTEXT)

Le fait que l’anaphore contienne des éléments différents de ceux de l’antécédent ne semble donc pas entraver l’identification de la source d’interprétation.
Mon corpus contient également quelques rares exemples où Le N en question figure comme anaphore résomptive, dont celui-ci où le fait en question renvoie à la question de savoir si l’objet précède le point de vue ou vice versa [7] :
[19]

Bien loin que l’objet précède le point de vue, on dirait que c’est le point de vue qui crée l’objet, et d’ailleurs rien ne nous dit d’avance que l’une de ces deux manières de considérer le fait en question soit antérieure ou supérieure aux autres.

(F. de Saussure 1916 ; FRANTEXT)

L’exemple suivant tiré du Monde montre que Le N en question peut également avoir un emploi déictique textuel (Corblin 1998 : 35) :
[20]

Sollicité par Le Monde, dans la soirée du mercredi 13 juin, le général Schmitt a nié formellement ces accusations. « J’ai fait mon devoir de militaire en Algérie, tout en respectant le droit et en ayant le souci de sauver des vies », a-t-il notamment indiqué. Le témoignage en question a été recueilli au début du mois de juin à Alger par un reporter…

(Le Monde, mai 2001)

 
3. Le N en question comme anaphore associative ?
 
 
L’exemple suivant de mon corpus présente un défi particulier :

[21]

… ses statuts ont été adoptés par la conférence de Bretton Woods en juillet 1944 et ils portent la marque de Keynes, qui insista pour des versements limités 2 % en or et 18 % en monnaie nationale par rapport au capital souscrit, ainsi que pour des règles d’emploi restrictives des 18 % versés en monnaie locale, qui ne peuvent être utilisés qu’avec l’accord du pays en question.

(FRANTEXT)

Au premier abord, l’emploi de Le N en question semble relever de l’anaphorisation associative, les référents visés par pays en question et monnaie locale étant, d’une certaine manière, interdépendants. Une première chose à remarquer, c’est que le rapport entre les deux expressions est de caractère distributif : il est question de la monnaie utilisée dans un pays non spécifié. Si l’on remplace monnaie locale par une expression avec une référence précise, la reprise par pays en question passe nettement moins bien :
[21’]

Keynes insista pour des règles d’emploi restrictives des 18 % versés en dollars américains, qui ne peuvent être utilisés qu’avec l’accord du pays en question.

Un problème plus épineux est celui de savoir quel statut attribuer à monnaie locale et pays en question. Une solution serait de postuler un rapport méronomique entre pays et monnaie, le fait d’avoir sa propre monnaie pouvant être considéré comme une propriété définitoire du concept « pays ». Une telle analyse nous conduirait cependant dans une impasse. En effet, G. Kleiber, R. Patry et N. Menard (1993) ont mis en évidence que les anaphores associatives « roulent toujours dans le même sens » : l’identification référentielle de la partie ne peut se faire que par le biais du tout [8]. Ainsi, c’est le tout qui joue le rôle d’antécédent et la partie assume la fonction d’anaphore lorsqu’elle se trouve en aval, et de cataphore lorsqu’elle se trouve en amont. Pour revenir à notre exemple, le pays en question serait la source d’interprétation de la cataphore monnaie locale. Cette description pose deux problèmes : d’une part, on constate que la cataphore n’est pas introduite par l’article défini, ce qui va à l’encontre de la description des diaphores associatives de Kleiber et alii selon laquelle l’article défini est le seul déterminant possible. D’autre part, il semble contre-intuitif d’attribuer le rôle de source d’interprétation à l’expression Le N en question, qui pose que le référent est déjà introduit dans le contexte. Une deuxième solution, qui paraît plus satisfaisante, est de postuler un rapport de coréférentialité entre l’adjectif local – qui reprend l’adjectif national employé dans la même phrase – et le nom pays. L’adjectif relationnel local impliquant un lieu, il contient suffisamment d’information pour servir d’ancrage référentiel à l’anaphore pays en question. La possibilité d’avoir un adjectif comme antécédent d’un groupe nominal est peu décrite dans la littérature sur les marqueurs référentiels [9]. De fait, il est surprenant qu’un adjectif, qui lui-même est référentiellement non autonome, puisse servir de source d’interprétation à un groupe nominal et cela sans que le sémantisme du support référentiel de l’adjectif antécédent entre en jeu.
Une question à laquelle je ne suis pas en mesure d’apporter de réponse est celle de savoir pourquoi la reprise d’un adjectif par Le N en question n’est possible que si N renvoie à un membre non spécifié d’un ensemble ouvert de référents. Il est vrai que Le N en question revêt souvent une valeur distributive, mais l’expression s’emploie aussi facilement avec une référence précise [10]. De fait, la majorité des occurrences dans mon corpus relèvent de ce dernier type d’emploi. L’exemple suivant avec Ce N montre que c’est la construction Le N en question qui est en cause et non la reprise d’un adjectif en soi :

[22]

Le tirage sur zinc est toujours plus délicat, la pierre restant plus lithographique que le métal auquel cette propriété n’est conférée qu’artificiellement.

(FRANTEXT [11])

Malgré cette contrainte sur l’emploi de Le N en question, on peut conclure de ce qui précède qu’il faut inclure l’adjectif au rang des antécédents possibles. Il s’agit là d’un cas marginal, mais qui n’est pas sans enjeu pour mon propos : on peut écarter l’hypothèse que l’expression Le N en question puisse servir d’anaphore associative. Son emploi est donc plus limité que ce n’est le cas de Le N anaphorique, cette dernière expression pouvant recruter un antécédent non coréférentiel.
 
4. Le mode de donation référentielle de Le N en question
 
 
Essayons maintenant de dégager les particularités de l’expression Le N en question par rapport aux expressions Le N et Ce N en ce qui concerne la manière dont elles présentent le référent. Ces deux dernières expressions ont fait l’objet de nombreuses études, et bien que les opinions soient partagées sur la façon optimale de décrire les facteurs conditionnant leur emploi, il ne fait aucun doute qu’elles correspondent à deux façons différentes de saisir le référent [12]. Corblin (1995 : 51) décrit la valeur de contraste des anaphores définies de la façon suivante : « On peut déduire du fonctionnement de le qu’il oppose nécessairement l’individu d’un domaine qui est un N, aux autres individus qui ne sont pas des N ; il est naturellement exclu que le N oppose un N à d’autres N, puisque N fonctionne comme seul principe identifieur de source d’un ensemble ». L’auteur remarque plus loin que Le N s’interprète comme signalant qu’on se situe dans un univers de discours déjà connu, où il y a un seul individu passible du signalement véhiculé par N. La reprise par le est, par conséquent, intuitivement associée à la continuité. Ce N, en revanche, permet d’opérer un contraste interne, en opposant un N à d’autres N possibles. L’emploi de l’article démonstratif implique une nouvelle saisie d’un objet ou d’une personne déjà présent dans l’univers de discours : celui-ci est explicitement repéré comme un N parmi l’ensemble des N.
Qu’en est-il de l’expression Le N en question ? Examinons d’abord le rapport entre Le N et Le N en question. Comment se justifie le choix de cette opération anaphorique qui est plus coûteuse en termes de production que la reprise par Le N ? Il a déjà été mentionné plus haut que Le N en question ne peut avoir qu’un usage anaphorique. L’ajout en question permet donc d’écarter une interprétation déictique du N. Ainsi un client ne dirait pas à un vendeur qui vient de lui montrer un vase Je prendrai le vase en question sans qu’il y ait eu d’échange verbal au sujet de ce vase. L’énoncé équivalent, sans l’ajout en question en revanche, peut très bien renvoyer à un élément saillant du contexte extralinguistique. Le N en question n’étant pas non plus apte à avoir une référence autonome, il est possible de rétrécir le champ des référents potentiels, plus que ce n’est le cas avec Le N. Considérons de nouveau l’exemple [17] :

Ainsi, sur le verbe hausu-s sont formés les noms Hausu et Hauchu qui se rapportent respectivement au bâillement d’un ours qui s’éveille, et à la bouche béante d’un saumon sorti de l’eau. Les noms ne contiennent rien qui puisse suggérer les animaux en question – lesquels appartiennent même à des moitiés opposées.

(FRANTEXT)

Le remplacement de les animaux en question par les animaux rend possible une lecture générique, lecture qui sera même, me semble-t-il, la plus plausible. L’ajout d’en question a donc une fonction désambiguïsante : la recherche du référent visé peut être limitée au contexte antérieur. Cette particularité de Le N en question, par rapport à Le N est particulièrement importante lorsqu’il s’agit d’une anaphorisation infidèle. Dans l’exemple suivant, par exemple, une interprétation coréférentielle de feuille et de journal serait beaucoup moins évidente sans l’ajout en question :
[23]

Un après-midi même, il avait assisté à une répétition générale, et quel ne fut pas son étonnement d’apprendre par des amis, au sortir de ce spectacle, la nouvelle de sa mort publiée par un journal du soir ! Il n’hésita pas : après avoir acheté la feuille en question, il se fit conduire dans un café du boulevard…

(FRANTEXT)

La différence entre Le N en question et Le N se réduit-elle alors à leur force désambiguïsante ? Une comparaison de l’emploi de le N en question avec l’emploi de Le N en tant qu’anaphore coréférentielle permet de constater que tel n’est pas le cas. En effet, contrairement à Le N, qui ne peut fonctionner que s’il y a un seul individu qui correspond au signalement, ou, en d’autres termes, à un seul membre de la classe N dans l’univers du discours, rien n’empêche l’emploi de Le N en question dans un contexte avec plus d’un référent potentiel. C’est ce que montre l’exemple suivant où il est fait mention de deux planètes dans la phrase précédant celle où se trouve l’anaphore la planète en question :
[24]

Des scénarios prévoient que certaines planètes ne parviennent pas à s’arrêter et choient dans leur étoile. À partir de la quantité de lithium-6 mesuré dans HD 82943, il est même possible de calculer la masse de la planète-kamikaze, explique Garik Israelien, de l’Institut d’astrophysique des Canaries : « L’étoile a avalé l’équivalent d’une planète géante ayant deux fois la masse de Jupiter. » Si la planète en question n’était pas gazeuse mais de type terrestre…

(Libération, juin 2001)

Le N en question se rapproche, de ce point de vue, plus de Ce N que de Le N. En effet, tout comme Ce N, Le N en question permet d’opérer un contraste interne. Considérons les enchaînements suivants. Dans la phrase Le garçon est stupide, l’individu dont il est question est saisi par opposition à des individus mentionnés antérieurement qui ne sont pas des garçons, ce qui rend naturel l’enchaînement Le garçon est stupide, mais la fille est intelligente, et exclut l’enchaînement ? En général, les garçons sont stupides, mais le garçon est intelligent. Cet enchaînement est tout à fait possible aussi bien avec ce garçon qu’avec le garçon en question, à condition, bien sûr, que le garçon dont il s’agit ait été mentionné antérieurement.
Abordons maintenant la question de savoir si Le N en question et Ce N ciblent le même N, ou, en d’autres termes, si le processus d’identification de la source d’interprétation est le même dans les deux cas. Il est bien connu que l’anaphore introduite par un démonstratif est inextensible, c’est-à-dire qu’elle est limitée à la reprise d’éléments proches, alors que le défini, lui, est extensible, c’est-à-dire qu’il peut renvoyer à des éléments autres que ceux qui se trouvent dans le contexte immédiat [13]. Contrairement à la reprise par Le N, Ce N n’a pas le pouvoir « de passer en revue l’ensemble d’un univers de discours » (Corblin, 1995 : 68). Le N en question, en revanche, est capable d’isoler sa source, même si la distance entre l’antécédent et l’anaphore est très importante. L’exemple suivant en est une bonne illustration :

[25]

Ainsi un grand crâne et une petite face indiquent un grand cerveau, un odorat et un goût peu développés : un petit crâne et une grande face indiquent les proportions contraires ; un cerveau peu volumineux, et des organes du goût et de l’odorat très-parfaits. Or, la nature de chaque animal dépend en grande partie de l’énergie relative de chacune de ses fonctions ; il est, pour ainsi dire, entraîné et maîtrisé par celles de ses sensations qui sont les plus fortes. Nous en voyons tous les jours des exemples parmi nous, quoique les différences qui peuvent exister à cet égard d’un homme à un autre soient beaucoup moindres que celles que l’on peut remarquer entre des espèces différentes d’animaux. Nous verrons de plus dans la suite, que le cerveau, centre commun de tous les nerfs, est aussi le lieu auquel aboutissent toutes les perceptions, et l’instrument au moyen duquel notre esprit combine ces perceptions, les compare, en tire des résultats, en un mot, réfléchit et pense. Nous verrons également que les animaux participent d’autant plus à cette dernière faculté, ou du moins paraissent en approcher d’autant plus près, que la masse de substance médullaire qui forme leur cerveau surpasse davantage celle qui constitue le reste de leur système nerveux ; c’est-à-dire, que l’organe central des sensations l’emporte davantage sur leurs organes extérieurs. La proportion respective du crâne et de la face indiquant immédiatement celle du cerveau, avec deux des principaux organes extérieurs, est donc aussi un indice du plus ou moins de perfection des facultés intérieures comparées avec les extérieures. Mais il y a une considération de plus qui ajoute à son importance comme indice ; c’est que les deux sens en question sont ceux qui agissent sur les animaux avec le plus de force….

(FRANTEXT)

La distance, dans cet extrait, entre la source d’interprétation et l’anaphore est considérable, soit plus de 230 mots. Il s’agit, de surcroît, d’une anaphore infidèle, ce qui rend le processus d’identification de l’antécédent plus complexe. Si l’antécédent se laisse identifier, c’est qu’il est perçu par l’émetteur comme étant présent dans la mémoire discursive. Le texte est caractérisé par une continuité thématique. La partie qui précède l’anaphore ne porte pas spécifiquement sur l’odorat et le goût, mais sur le rapport entre le cerveau et les sens en général, ce qui correspond à un élargissement du thème plutôt qu’à un changement de thème. L’introduction de l’anaphore les deux sens en question marque le retour au thème plus restreint de l’odorat et du goût. La saillance de l’antécédent est cependant plutôt faible. En effet, le choix de la construction Le N en question semble être motivé par le fait qu’il faut « passer en revue » le contexte antérieur pour identifier une source, qui risque d’être mal installée dans la mémoire discursive. La faible saillance de l’antécédent permet d’expliquer pourquoi la reprise par une description définie sans l’ajout en question n’est pas suffisante. De fait, on remarquera que s’il s’agissait d’une reprise fidèle – le goût et l’odorat – celle-ci serait à considérer comme un simple cas de coréférentialité et non d’anaphorisation. S’agissant de concepts uniques, leur existence fait partie des connaissances supposées partagées par tout le monde. L’anaphore ces deux sens est également exclue en raison de la grande distance qui sépare l’antécédent de l’anaphore.
Cette différence dans le mode de recrutement de Le N en question et Ce N explique pourquoi les deux expressions ne fonctionnent pas de la même manière lorsqu’il y a plusieurs candidats possibles au rôle de l’antécédent dans le contexte immédiat. Considérons l’échange suivant :

[26]A1 :Le garage X vend une voiture d’occasion qui m’intéresse.
B :Méfie-toi, j’ai acheté une voiture chez eux l’an dernier, et elle est tombée en panne au bout d’une semaine.
A2 :La voiture en question a l’air en parfait état /A2 ’ : ? Cette voiture a l’air en parfait état.
L’anaphore introduite par le démonstratif est peu réussie. Indiquant seulement que l’antécédent se trouve dans le contexte immédiat, l’expression Ce X ne donne aucune instruction à l’interlocuteur sur le choix à faire entre les deux candidats. La résolution référentielle se fait en revanche sans problèmes avec la reprise par Le N en question : il s’agit de la voiture mentionnée dans A1. L’ajout en question semble avoir pour fonction ici de réorienter l’attention du récepteur vers la voiture qui faisait initialement l’objet de la conversation. L’exemple [24], que je reprends ici, présente un cas similaire :

Des scénarios prévoient que certaines planètes ne parviennent pas à s’arrêter et choient dans leur étoile. À partir de la quantité de lithium-6 mesuré dans HD 82943, il est même possible de calculer la masse de la planète-kamikaze, explique Garik Israelien, de l’Institut d’astrophysique des Canaries : « L’étoile a avalé l’équivalent d’une planète géante ayant deux fois la masse de Jupiter. » Si la planète en question n’était pas gazeuse mais de type terrestre…

(Libération, juin 2001)

Sur le plan thématique – fait qui se reflète sur le plan syntaxique – une planète géante occupe une place plus saillante que Jupiter, ce qui permet d’identifier sans ambiguïté le premier comme étant le bon antécédent. En présence de plusieurs antécédents possibles, ce n’est donc pas le plus proche, mais celui qui est thématiquement le plus saillant qui l’emporte. Cela n’implique cependant pas que l’antécédent soit nécessairement très saillant, bien au contraire : dans l’exemple ci-dessus, l’antécédent remplit la fonction de complément de nom de l’objet direct. De fait, Le N en question a souvent pour antécédent un élément syntaxiquement peu saillant. En voici quelques exemples :
[27]

Il suffit qu’on trouve un peu de talent chez un compositeur ou chez un peintre, pour que, toujours d’après cette théorie, on doive oublier les faiblesses de caractère de l’artiste en question.

(FRANTEXT)

[28]

On signale à Hyères, un vol d’auto qui pourrait bien être mis au compte de Blondel…

Il a donné le signalement de la voiture en question.

(FRANTEXT)

Ceci dit, un antécédent peut fort bien être syntaxiquement et thématiquement saillant. C’est le cas dans l’exemple suivant, où le référent visé par l’anaphore est mentionné à plusieurs reprises dans le contexte immédiat :
[29]

— Tiens, un autre homme maintenant, dit un monsieur bien, il a un drôle de genre, moi, je le verrai dans un film de rififi, ou quelque chose comme ça…

Il est clair que la remarque n’aurait pas plu à l’homme en question.

(FRANTEXT)

 
5. Le N en question – marqueur de faible accessibilité
 
 
Ariel (1990) opère une distinction entre les marqueurs référentiels en fonction de l’accessibilité de leur antécédent. L’accessibilité est déterminée avant tout par la distance qui sépare l’antécédent de l’anaphore, le nombre de candidats au rôle d’antécédent et la saillance du référent. Ainsi les pronoms sont des marqueurs de haute accessibilité. L’antécédent Pierre dans la phrase Pierre n’est pas venu parce qu’il est malade est un exemple par excellence de la haute accessibilité : la distance entre l’antécédent et l’anaphore est minimale; il y a un seul candidat au rôle d’antécédent, et l’antécédent est thème de la phrase, ce qui explique pourquoi le pronom est la meilleure, et même la seule forme de reprise possible. Les groupes nominaux introduits par un démonstratif sont, selon Ariel, marqueurs de moyenne accessibilité, alors que l’emploi d’une description définie est signe de la faible accessibilité de l’antécédent [14]. L’auteur remarque aussi que plus l’anaphore contient d’information lexicale, plus il est probable que l’antécédent est faiblement accessible [15]. Selon ce dernier critère, l’expression Le N en question serait, encore plus que ce n’est le cas de Le N, un marqueur de faible accessibilité, l’ajout en question fournissant l’information supplémentaire qu’une lecture autonome ou déictique est à exclure. Pour revenir à l’exemple [25], Le N en question semble être la seule forme de reprise permettant d’atteindre le référent visé.
 
6. Les effets discursifs de Le N en question
 
 
Si l’expression Le N en question a la particularité de pouvoir relier l’anaphore à un antécédent qui se trouve très loin en amont du texte, elle s’emploie dans la grande majorité des exemples de mon corpus dans des contextes où plusieurs formes de reprises sont autorisées. C’est l’étude de la distribution de Le N en question dans des contextes de ce genre qui permettra de déterminer si cette expression a un effet discursif propre, qui le distingue de ces autres formes de reprise. L’analyse des occurrences de mon corpus a permis de constater que Le N en question apparaît très souvent à des endroits du texte que Schnedecker (1997 : 129) appelle « les points de fracture ». L’emploi de cette forme de reprise coïncide, en d’autres termes, avec un changement situationnel. Le cas de figure le plus fréquent dans mon corpus est un changement d’ordre locutionnel, c’est-à-dire que l’antécédent et la reprise Le N en question sont pris en charge par des locuteurs différents. Il peut s’agir aussi bien de citations dans le texte que de discours indirect :

[30]

« Beaucoup de choses m’émeuvent en Russie », a-t-il ainsi confié après sa visite à Samara, en particulier « cette usine qui a commencé par produire des vélos il y a plus de cent ans et qui produit aujourd’hui une des plus grandes réalisations du monde contemporain. » L’usine en question – des bâtiments qui ne paient pas de mine…

(Glossanet, Le Monde)

[31]

« Le département a confiance dans le fait que ces documents ne créent en aucune manière un doute sur la culpabilité de McVeigh et ne sont pas en contradiction avec ses multiples aveux. » Mais « le département est préoccupé par le fait que les avocats de McVeigh n’ont pas été en mesure d’examiner ces documents au moment voulu », ajoute le texte. Les documents en question, qui viennent d’être mis à la disposition des avocats de la défense …

(Glossanet, Le Monde)

[32]

— Mademoiselle est dans la même branche ? reprit le cousin. Olga se demandant quelle pouvait bien être la branche en question, Hervé vint à son secours.

(FRANTEXT)

[33]

— Tiens un autre homme maintenant, dit un monsieur bien, il a un drôle de genre, moi je le verrais dans un film de rififi, ou quelque chose comme ça… Il est clair que la réflexion n’aurait pas plu à l’homme en question.

(FRANTEXT)

[34]

— Non, tandis que vous on a dû s’en charger et on doit remettre ça souvent, ils ont la tête à cogner vos deux partenaires. Les deux partenaires en question firent un pas en avant plein de menaces.

(FRANTEXT)

[35]

quand il sera arrivé à « vingt-neuf », lui a promis sa mère, « il aura une glace, double ! » Au bout d’une heure, il n’est toujours pas arrivé au « vingt-neuf » en question.

(FRANTEXT)

[36]

Après les embrassades et les interrogations d’usage, Aquama entraîna Drifter, aux côtés duquel se trouvait Marie-Luc, en lui disant qu’il voulait lui faire rencontrer quelqu’un, qui était présent dans une autre partie de l’appartement. Ils se frayèrent une voie lente dans l’épaisse bousculade. L’homme en question était émacié…

(FRANTEXT)

La reprise par Le N en question peut aussi correspondre à un changement de domaine temporel ou spatial :
[37]

Une autre jeune fille ramène au bercail la brebis égarée qui épousera le fiancé de son choix, et la jeune personne en question épousera de son côté un gentil petit épicier dont elle fait la conquête.

(FRANTEXT)

[38]

Seul, un service de cars assurait la correspondance avec la plus prochaine ville. J’ai pris le car et, dans la ville en question, un train à destination de Lyon…

(FRANTEXT)

[39]

Voilà un ancien ministre de la guerre, qui devant la chambre, en pleine tribune, est venu affirmer solennellement qu’il existe une pièce décisive, d’après laquelle la culpabilité de Dreyfus ne peut pas être mise en doute. Eh, bien, le jour où il sera publiquement démontré que c’est faux, que la pièce en question n’existe pas…

(FRANTEXT)

[40]

… il remet la lettre à la poste, mais cette fois sans avoir mis de timbre. C’est alors qu’il est obligé de s’avouer qu’au fond il ne tenait pas du tout à expédier la lettre en question.

(FRANTEXT)

[41]

Hier soir’avais [sic] commencé un journal, et puis tout à coup au bout d’une demi-page je me suis interrompu, j’ai rendu sa liberté à ma secrétaire et j’ai déchiré le journal en question.

(FRANTEXT)

[42]

Je me suis dit qu’il fallait être poli pour une fois, et je lui ai demandé de monter à son atelier pour admirer ses dernières œuvres. Il m’a paru sensible à cette marque d’intérêt, assez inusitée de ma part depuis pas mal d’années. Devant les œuvres en question, évidemment, je n’ai pas pu dire grand chose.

(FRANTEXT)

Mon corpus renferme également des exemples où la reprise par Le N en question coïncide avec un dédoublement du référent visé. Ainsi dans l’exemple suivant, l’antécédent désigne la statue d’un chevalier alors que l’anaphore vise le chevalier lui-même :
[43]

La plupart de ces monuments diffusaient d’un bout à l’autre un ennui mortel. Le Chevalier à l’étoile d’or, par exemple. Le chevalier en question était un sous-officier décoré de l’étoile du héros de l’Union soviétique qui, revenant de guerre, trouvait son kolkhoze complètement dévasté.

(FRANTEXT)

Pareillement, dans cet extrait tiré d’un livre sur l’astrologie, il est question du taureau, en tant que signe du zodiaque et en tant qu’animal :
[44]

Le cou est attribué au Taureau, car l’animal en question possède un cou massif et musclé, plus que tout autre.

(FRANTEXT)

Dans l’exemple suivant, le dédoublement correspond aux rôles joués par la sardine dans deux maillons différents de la chaîne alimentaire : en tant que prédateur et en tant que proie :
[45]

… il faut 100 g d’algues pélagiques pour faire 10 g de petits crustacés copépodes herbivores, ce qui correspond à 1 g de chair de la sardine qui se nourrit de ces crustacés et à 0,1g de chair de thon qui dévore la sardine en question.

(FRANTEXT)

L’emploi de l’anaphore Le N en question peut aussi servir, dans des textes narratifs, à signaler un changement d’optique [16]. Cet effet stylistique est très sensible dans l’extrait suivant dans lequel la fille Sonia est d’abord présentée par le narrateur, ensuite interpellée dans la réplique de Betty, et puis vue de nouveau par le narrateur. Contrairement à la redénomination ou l’emploi du pronom elle, la reprise par la fille en question marque une dissociation des deux regards, celui de Betty et celui du narrateur. Le lecteur est amené à conclure que le narrateur ne connaît pas Sonia :
[46]

… une fille blonde est entrée dans la salle et Betty a fait un bond à côté de moi. –Hé…!! Mais c’est Sonia ! Hé SONIA… Hé, PAR ICI…!!

La fille en question s’est dirigée vers notre table.

(FRANTEXT)

L’exemple suivant présente un cas similaire. Cette fois-ci, cependant, il n’est pas question de deux regards différents. C’est le regard du narrateur qui change de direction, en passant des trente filles à l’homme. Ce changement se reflète dans la structuration du texte, Le N en question introduisant un nouvel alinéa :
[47]

Trente filles au corps opaque, trente filles divinisées par l’imagination, s’approchent de l’homme qui repose dans la petite vallée de la folie.

L’homme en question joue avec ferveur.

(FRANTEXT)

La reprise par Le N en question peut aussi correspondre à un changement de niveau « énonciatif » (Schnedecker 1997 : 131). Ainsi, dans le premier des deux exemples suivants, l’anaphore apparaît dans un commentaire que le narrateur fait sur sa propre histoire. Dans le second exemple, la reprise Le N en question vient directement après un tel commentaire. Dans les deux cas, l’anaphore coïncide avec une rupture dans le fil de l’histoire relatée par le narrateur :
[48]

… c’est immédiatement après le don de cette bague que furent annoncées les fiançailles avec Mr. John Musters. Voici au reste l’anecdote qui a trait à la bague en question et qui contraignit Mary à déclarer ses sentiments véritables.

(FRANTEXT)

[49]

Un vieux coup à Nini vient dîner en face à l’Hôtel des Voyageurs et il amène un pote. Rare que ça fonctionne ce genre de magouille, mais on sait jamais.

Le pote en question quand je l’ai vu débouler son allure me tapait dans l’œil.

(FRANTEXT)

Dans des textes de caractère argumentatif, le point de fracture correspond à une nouvelle étape dans l’argumentation. Ce développement est souvent marqué par un connecteur argumentatif :
[50]

La vérité ne serait-elle pas que cette réponse est une sorte de croissance de mon être même au contact de cette œuvre ? Mais s’il peut en être ainsi c’est que l’œuvre en question se dépasse elle-même en tous sens.

(FRANTEXT)

[51]

la tendance perturbatrice se révèle immédiatement avant le lapsus. Mais, aussi bien dans le premier groupe que dans le second, la tendance en question se trouve refoulée.

(FRANTEXT)

[52]

Vous allez me demander si je vois un rapport quelconque entre cette idée et le rêve. Mais certainement, car l’idée en question donne réellement la solution de cet énigmatique élément du rêve.

(FRANTEXT)

[53]

Bernard Lazare fonde sa conception de l’innocence de Dreyfus, avant tout, sur le fait que les experts en graphologie n’étaient pas d’accord au sujet du document qu’on leur avait présenté, ce document qui avait été soi-disant écrit par Dreyfus et qui avait été enlevé dans une ambassade étrangère; par conséquent, il n’est pas sûr que la pièce en question ait vraiment été écrite par Dreyfus.

(FRANTEXT)

Ce petit inventaire montre très clairement que Le N en question, à la différence de Le N, qui est associé avec la continuité textuelle, marque une rupture textuelle. Le référent est replacé dans un nouveau domaine ou soumis à un nouveau regard. Le N en question ressemble de ce point de vue fortement aux expressions auxquelles Corblin (1998) donne l’étiquette « mentionnelles » : celui-ci anaphorique, ce dernier, le premier, le second, etc. Ces expressions ont la particularité de renvoyer à l’ordre relatif des entités discursives. Selon Corblin, ces expressions, qu’il définit comme des groupes nominaux sans nom, se rencontrent fréquemment aux points de rupture d’un texte.
 
7. Le N Pr en question
 
 
Schnedecker (1997) montre avec force détails que la redénomination est aussi fortement associée avec la rupture textuelle. Vu que la reprise par Le N en question et la redénomination partagent cette même particularité, il est curieux de noter que la construction Le N en question peut avoir pour mot-tête un nom propre [17]. Mon corpus renferme une vingtaine d’exemples de ce genre. Ce cas de figure est particulièrement intéressant dans la mesure où l’ajout en question ne peut pas être dit avoir une fonction désambiguïsante, le nom propre étant le moyen le plus sûr d’atteindre le référent visé [18]. La forte accessibilité de l’antécédent semble, de ce fait, aller à l’encontre de l’emploi de la construction Le N en question, marqueur de faible accessibilité par excellence. De fait, dans les exemples de mon corpus, l’emploi de la construction Le NPr en question est loin d’être indispensable pour assurer une lecture coréférentielle des deux occurrences du nom propre. De surcroît, dans la plupart des exemples, la distance entre l’antécédent et la reprise par Le Npr en question est faible, et le contexte n’offre qu’un seul candidat au rôle d’antécédent. Comme aussi bien le nom propre que la construction Le N en question sont signe d’une rupture dans le texte, la construction Le NPr en question semble a priori redondante. Ce n’est cependant pas le cas. L’emploi de Le NPr en question au lieu d’une redénomination toute simple renforce l’impression d’une rupture, souvent à des fins comiques. C’est le cas notamment dans les exemples suivants où la reprise par Le NPr en question coïncide avec un commentaire du narrateur :

[54]

… cette habitation me semblait indigne de la Sultane Validé, second personnage de l’Empire, et je suggérai qu’on l’agrandît. L’appât était un peu gros, mais la Validé en question y mordit.

(FRANTEXT)

[55]

— Alors Pat, t’y vas ? Tu te dégonfles ou quoi ? Sans doute que oui qu’il se dégonfle le Pat en question.

(FRANTEXT)

Dans l’exemple suivant, Le Npr en question implique un dédoublement du référent :
[56]

… elle nous a montré une statue du fameux Zeus… à poil! Avec tous ses accessoires exhibés. Stupeur, murmures, ricanements. Le Zeus en question, une vrai baraque façon Rambo, avait un si petit scoubidou …

(FRANTEXT)

Dans l’exemple suivant, en revanche, la reprise coïncide avec un changement de domaine temporel, celui-ci étant précédé d’une digression. La construction Le NPr en question donne très explicitement au lecteur l’instruction de réorienter son attention vers le thème initial, à savoir la chatte Câline. La construction confirme la topicalité de Câline de façon beaucoup plus nette que la simple redénomination :
[57]

… une chatte d’au moins vingt ans que ces deux saintes femmes appelaient Câline et qui vivait des moments très difficiles, toute seule, dans un coin qu’à elle, sur la pierre tombale d’un peintre cubiste polonais décédé dans les années soixante.

L’avant-veille, la Câline en question avait mis bas.

(FRANTEXT)

Dans tous les exemples ci-dessus, l’anaphore reprend fidèlement un nom propre qui figure en amont dans le texte. Mon corpus fournit aussi quelques exemples où la construction Le Npr en question est employée en tant qu’anaphore infidèle. Il s’agit là d’une façon assez insolite de présenter un référent. Le nom propre étant une expression référentielle sans équivoque, il sert en règle générale à introduire le référent et constitue un point d’ancrage pour les autres expressions renvoyant au même référent, telles que le pronom ou les descriptions définies. C’est pourquoi le nom propre se rencontre fréquemment en position initiale dans le texte (Schnedecker, 1997 : 98). Dans les deux exemples suivants, on constate le mouvement inverse. La résolution référentielle, ou du moins la pertinence du nom propre, dépend d’un élément antérieur du contexte :
[58]

Mathieu a piqué le livre que Gabrielle avait emporté, paraît que l’auteur était facho, qu’est-ce que ça voulait dire, enfin il entubait la classe ouvrière. J’avais lu le bouquin de Gabrielle et je n’avais rien remarqué. Si c’était vrai, le Guy des Cars en question savait y faire, on n’y voyait que du feu…

(FRANTEXT)

[59]

Quels sont ceux qui, ayant approché Lecocq, n’ont connu son perroquet ! Ce volatile n’avait pas d’âge : il était déjà vieux quand Zulma Bouffar en avait fait cadeau au compositeur. Mais le Jacquot en question possédait l’oreille la plus musicale qu’on pût imaginer…

(FRANTEXT)

La réussite d’une telle forme de reprise est conditionnée par les connaissances du monde du lecteur. L’identification référentielle serait beaucoup plus difficile si l’auteur était inconnu, ou s’il s’agissait d’un nom de perroquet moins courant.
 
Conclusion
 
 
La reprise par Le N en question présente les particularités suivantes :
  • À la différence de Le N, Le N en question entretient toujours un rapport de coréférentialité avec son antécédent.
  • Étant exclusivement anaphorique, Le N en question permet de désambiguïser dans des contextes où l’emploi de Le N laisserait ouverte la possibilité d’autres lectures.
  • La reprise par Le N en question est marqueur de très faible accessibilité : l’intervalle textuel qui la sépare de son antécédent peut être très important et elle permet ainsi d’atteindre un référent qui peut être mal installé dans la mémoire discursive.
  • Comme l’expression Ce N, Le N en question peut servir dans des contextes où le N est opposé à d’autres N de la même classe.
  • Lorsque la distance entre Le N en question et son antécédent est faible, l’anaphore coïncide avec un point de fracture du texte. Elle sert alors à accentuer le changement situationnel.
Le cumul de ces propriétés permet de conclure que la construction Le N en question occupe une place tout à fait particulière parmi les expressions anaphoriques.
 
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·  Zribi-Hertz A., 1996, L’anaphore et les pronoms, une introduction à la syntaxe générative, Lille, Presses universitaires du Septentrion.
 
NOTES
 
[*]École nationale de Hautes Études Commerciales de Norvège, Helleveien 30, 5017 Bergen –Norvège - tél. 55 95 94 46 – sunniva. wwwhittaker@ nhh. no
[1]J’adopterai ici la définition traditionnelle de l’anaphore, telle qu’elle est présentée, entre autres, dans Riegel, Pellat et Rioul (1996 : 610) : « une expression est anaphorique si son interprétation référentielle dépend d’une autre expression qui figure dans le texte ». Je suis consciente des problèmes inhérents à cette définition, mais elle convient pour l’expression que j’examinerai ici. Je ne prendrai pas position sur les candidats à la catégorie des anaphores les plus controversés, qui sont exclus par cette définition, tels que la position vide (voir Kleiber 1994 : 22-23), ce phénomène débordant le cadre de cette étude.
[2]Voir, par exemple, Corblin (1995), Kleiber (1990) et Herrmann (1990).
[3]L’étiquette Le N couvre ici tous les groupes nominaux introduits par l’article défini, quelles que soient leurs expansions, à l’exception de ceux ayant pour complément en question. L’opposition Le N et Le N en question me servira uniquement à mettre en valeur l’ajout en question.
[4] Les exemples non pertinents sont ceux dans lesquels en question est précédé du verbe être, rester, remettre ou mettre, ainsi que des nominalisations remise ou mise. Ce sont les seules expressions du corpus avec en question qui ne soient pas anaphoriques. Environ 50 % des occurrences de en question sont de ce type.
[5]Le premier exemple est tiré de Hiroshima, mon amour de Marguerite Duras, auteur dont l’emploi insolite du démonstratif a fait l’objet de plusieurs études (cf. De Mulder 1998 : 22). Cet exemple est par ailleurs le seul de mon corpus qui laisse planer un doute sur le statut anaphorique de la construction. Le passage qui suit les deux points explique en quoi consiste l’échec – ce qui incite à penser que cet échec en question est une cataphore. Or, en lisant le texte intégral – il s’agit d’un appendice d’une page et demie – on constate que l’incident dont il est question a été mentionné antérieurement.
[6]La reprise sans le deuxième élément n’est possible que si le nom composé désigne une sous-classe de la classe désignée par le premier élément. Ainsi le nom composé mise à flot ne peut être repris sous la forme la mise en question (voir Anscombre 1999).
[7]FRANTEXT renferme trois occurrences de la chose en question. Deux renvoient à des groupes nominaux, dont celle-ci : Il passa dans le magasin et ouvrit la porte : tout le dégrad s’était réveillé comme lui, curieux d’identifier cette étrange rumeur. Grâce aux femmes, le ton des commentaires s’éleva si bien qu’on n’entendit rien de la chose en question. Vu le caractère asortal du mot chose (Kleiber 1994), on s’attendrait à ce qu’il renvoie à une proposition plutôt qu’à un nom spécifique.
[8]Les auteurs cités appliquent le test suivant pour prouver la dépendance interprétative de la partie : Le pied est abîmé, mais la chaise est toujours solide. – Quelle chaise? / –? Quel pied ? Ce test fonctionne aussi pour l’exemple dont je traite ici : Keynes insista pour des règles d’emploi restrictives des 18 % versés en monnaie locale, qui ne peuvent être utilisés qu’avec l’accord du pays en question. Quel pays ? / ? Quelle monnaie ?
[9]Ce cas de figure est mentionné brièvement dans Kleiber, Schnedecker et Ujma (1994). Ces auteurs opposent une conception large de l’anaphore associative, sans contraintes catégorielles, à une conception plus restreinte et réfèrent à un exemple cité par Reichler Béguelin (1993) : Des coureurs professionnels casqués qui leur donnent des allures de tortues ninja. Le pronom relatif trouve ici son antécédent dans l’adjectif casqués, construit sur la base du nom casque. Charolles (1992), à la suite de Postal, observe qu’un adjectif ne peut servir d’antécédent à un pronom, l’exemple suivant à l’appui : * Le conseil municipal l’a dotée des meilleurs équipements. L’inférence municipalité à partir de l’adjectif municipal est exclue.
[10]Voici quelques autres exemples où Le N en question renvoie à un membre non spécifié d’un ensemble ouvert : Enfin, nous appellerons nombre d’auditeurs utiles d’une station à un moment donné, le nombre d’auditeurs qui, à ce moment précis, sont non seulement branchés sur cette station mais encore sont intéressés par l’émission en cours. Supposons par exemple qu’au moment de l’émission d’un programme consistant en une causerie sur la mode féminine, 100000 postes récepteurs soient branchés sur la station en question : le nombre d’auditeurs réels sera 100000. (FRANTEXT) Un personnage désigné par un numéro est toujours fils de personnages portant l’un le double de ce numéro (le père), et l’autre le numéro en question plus un (la mère). (FRANTEXT) Les phrases dans lesquelles la description indéfinie désigne un référent existentiel sont souvent appelées « donkey sentences », l’exemple canonique de ce phénomène étant la phrase : If Pedro has a donkey he hits it. H. Kamp (1981 : 282) précise qu’une lecture existentielle de la description indéfinie dépend d’autres paramètres de la phrase que le déterminant : « Indefinite descriptions are, on the account given here, referentiel terms, not existential quantifiers. When an indefinite has existential force it has that force in virtue of the particular role played by the clause containing it within the sentence or discourse of which it is a part. » Ce phénomène est également traité par Zribi-Hertz (1996 : 90).
[11]Les adjectifs relationnels ayant comme base morphologique un nom semblent plus aptes que les adjectifs qualificatifs à jouer le rôle d’antécédent d’un groupe nominal. L’adjectif lithographiques est typiquement relationnel, mais est gradué ici et se trouve dans une zone grise entre un emploi relationnel et qualificatif (cf. Bartning, 1976). L’exemple construit ci-dessous, avec un adjectif qualificatif, semble plus douteux : Pierre est extrêmement intelligent. Cette propriété lui a permis d’obtenir une bourse d’études.
[12]La description qu’en propose Kleiber (1986) s’oppose explicitement à celle de Corblin (1983).
[13]Selon Guillaume, cité par Corblin (1995 : 58), le serait « inutile » pour reprendre un élément proche. Corblin, en revanche n’exclut pas une telle reprise, mais remarque que « ce n’est pas non plus la forme spécialisée dans cette tâche ».
[14]La classification d’Ariel n’est pas limitée à l’emploi anaphorique des expressions dites référentielles. Elle prend également en compte l’emploi déictique et les descriptions définies qui présupposent des connaissances du monde (p. ex. Le Président des États-Unis). Selon Ariel, le degré d’accessibilité d’une description définie est plus élevé lorsque le référent a déjà été mentionné dans le texte que lorsque son identification présuppose des connaissances du monde.
[15]S’appuyant sur des statistiques, Ariel met en évidence que les marqueurs de faible accessibilité sont peu fréquents si un marqueur de haute accessibilité ferait l’affaire. Ainsi, lorsque l’anaphore se trouve dans la même phrase que l’antécédent, il s’agit, dans 93,2 % des cas, d’un pronom et seulement dans 3,4 % des cas d’une description définie. Plus la distance entre l’antécédent et l’anaphore est grande, plus le pourcentage de pronoms baisse et celui des descriptions définies augmente. Bien que l’étude d’Ariel soit consacrée à l’anglais et à l’hébreu, tout porte à croire que la tendance est la même en français.
[16]Par texte narratif ou argumentatif, j’entends des séquences textuelles narratives ou argumentatives, un texte pouvant bien sûr contenir des séquences de différents types : narratif, descriptif, argumentatif, explicatif ou dialogal (Adam 1992).
[17]L’emploi des noms propres dans cette construction n’est commenté ni par K. Jonasson (1994), qui consacre un chapitre entier aux noms propres modifiés, ni par C. Schnedecker (1997).
[18]La redénomination en soi n’est pas un cas d’anaphorisation, mais de coréférentialité. La construction Le NPr en question, en revanche, pose explicitement que la source d’interprétation se trouve en amont dans le texte, ce qui incite à la considérer comme étant anaphorique.
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École nationale de Hautes Études Commerciales de Norvège, H...
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[1]
J’adopterai ici la définition traditionnelle de l’anaphore,...
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Voir, par exemple, Corblin (1995), Kleiber (1990) et Herrma...
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[3]
L’étiquette Le N couvre ici tous les groupes nominaux intro...
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 Les exemples non pertinents sont ceux dans lesquels en que...
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Le premier exemple est tiré de Hiroshima, mon amour de Marg...
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La reprise sans le deuxième élément n’est possible que si l...
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[7]
FRANTEXT renferme trois occurrences de la chose en question...
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[8]
Les auteurs cités appliquent le test suivant pour prouver l...
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[9]
Ce cas de figure est mentionné brièvement dans Kleiber, Sch...
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Voici quelques autres exemples où Le N en question renvoie ...
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[11]
Les adjectifs relationnels ayant comme base morphologique u...
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[12]
La description qu’en propose Kleiber (1986) s’oppose explic...
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[13]
Selon Guillaume, cité par Corblin (1995 : 58), le serait « ...
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[14]
La classification d’Ariel n’est pas limitée à l’emploi anap...
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[15]
S’appuyant sur des statistiques, Ariel met en évidence que ...
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[16]
Par texte narratif ou argumentatif, j’entends des séquences...
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[17]
L’emploi des noms propres dans cette construction n’est com...
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[18]
La redénomination en soi n’est pas un cas d’anaphorisation,...
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