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S'inscrire Alertes e-mail - Travaux de linguistique Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezLes chaînes de référence dans les portraits journalistiques : éléments de description
AuteurCatherine Schnedecker[*] [*] Université Marc Bloch, UFR Lettres,
Scolia-EA1339,...
suitedu même auteur
Introduction
Cette étude porte sur l’expression de la coréférence dans les portraits journalistiques et, plus particulièrement, sur un corpus constitué de 41 textes figurant quotidiennement sous la rubrique « Culture/Portrait » du journal Le Monde[1] [1] Sur une période de 3 mois allant de mai à juillet 2003. ...
suite. Il s’agit de textes présentant des personnalités de tous horizons culturels et scientifiques, qui, pour une raison ou pour une autre (démarrage d’une tournée, d’une exposition, prix scientifique, etc.), créent, comme on dit, l’événement.
2 Pour l’étude de la référence, ce genre de corpus présente un double intérêt. D’abord, en dépit de la diversité des auteurs qui les rédigent, ces portraits journalistiques sont relativement homogènes du point de vue des contenus et de la structure de telle sorte qu’il est possible d’en caractériser le genre (Jenkins, 2002). Ensuite, ces textes sont généralement centrés sur un personnage, en d’autres termes, ils sont mono-référentiels. On dispose ainsi d’un terrain idéal pour observer les modalités suivant lesquels les auteurs ancrent et reprennent ce référent central, construisent, en d’autres termes, les chaînes de référence, sans être incommodés par des facteurs tels que la compétition référentielle que déclencherait la présence d’autres référents (Ariel, 1990) et qui peut, comme on le sait, biaiser l’emploi de certaines expressions référentielles et, partant, l’interprétation qu’on en fait généralement. C’est ainsi qu’on a longtemps considéré que l’emploi du nom propre servait à prévenir les risques d’ambiguïtés. Par exemple dans la séquence [1a], la redénomination d’Hélène fait suite à la mention du second référent féminin (Anna). Manifestement, le locuteur souhaite contourner la difficulté qu’est censé provoquer le pronom dans ce genre de cas alors que celui-ci passe en réalité sans problème comme le montre [1b] :
1 - La référence en site mono-référentiel
3 Pour commencer, nous rappellerons les grands traits des théories de l’accessibilité et du centrage qui seront utiles à notre propos et en particulier les prédictions qu’elles permettent de faire concernant l’emploi des expressions référentielles en contexte mono-référentiel.
1.1 - La théorie de l’accessibilité et de la théorie du centrage : rappels
4 Dans la théorie de l’accessibilité de Ariel (1990), le choix des expressions référentielles est conditionné par les présomptions du locuteur sur le degré d’activation que le référent est supposé avoir dans la mémoire de son interlocuteur. Si le référent est censé avoir un haut degré d’activation, s’il est, en d’autres termes, saillant, le locuteur utilisera un marqueur dit de haute accessibilité référentielle et, dans le cas contraire, un marqueur de faible accessibilité référentielle. Les marqueurs sont ainsi classés sur une échelle d’accessibilité (cf. annexe 1) fondée sur trois principes :
- leur informativité (plus l’accessibilité marquée par l’expression référentielle est basse, plus celle-ci comporte d’information lexicale) ;
- leur rigidité (plus l’accessibilité marquée par l’expression référentielle est basse, plus l’expression sera rigide, c’est-à-dire univoque) ;
- leur degré dit d’atténuation : plus l’accessibilité marquée par une expression référentielle est haute, plus l’expression référentielle a de chances d’être brève, atone, etc.).
Ainsi, dans l’extrait [2], le pronom il qui clôt le chapeau s’explique-t-il par différents facteurs qui contribuent à rendre le référent saillant :
Chapeau :Le musicien survolté, à la recherche de sons inédits, joue de son instrument, mais surtout de sa voix haut perchée. Il donne plusieurs concerts en février en Ile-de-France.(Le Monde, 04.02.04)
5 Dans le cadre de la théorie du centrage, les prédictions qu’on peut faire sur le choix d’une expression e d’une proposition p sont fonction de la présence de son référent dans la proposition antérieure (p
suite, parmi lesquels on retiendra pour le français : l’ordre des mentions des SN visant ces entités et leur rôle grammatical. Pour revenir à [2], la proposition qui précède celle qui accueille le pronom, à savoir [2a] ci-dessous comporte un ensemble de plusieurs référents : le musicien, son instrument et sa voix, qui constituent le « centre anticipateur » (désormais C
suite (cf. [2c]). Tout comme le serait, en principe, la promotion d’un autre référent comme centre préféré de la proposition subséquente à [2a] comme l’illustre [2d] (les centragistes parlent alors de « rétention du C
1.2 - Une double prédiction
6 Partant de là, la théorie de l’accessibilité comme celle du centrage permettent de faire une double prédiction. Elles prédisent, en premier lieu, quelle sera la forme d’expression privilégiée dans les portraits journalistiques. Comme il s’agit de textes mono-référentiels qui limitent, sinon éliminent – théoriquement du moins – les risques de compétition référentielle et qu’ils sont centrés sur un référent qui est et reste accessible durant tout l’article, on s’attend à ce que ce soit le pronom qui prévale. Il devrait donc se révéler très fréquent dans les chaînes de référence et devrait dépasser en nombre les expressions de catégories différentes utilisées le cas échéant. C’est ce qu’illustre [3] :
SURPRENANTE BLONDE SEXY À L’ÉCRAN DANS « LA VIE PROMISE », D’OLIVIER DAHAN, LA COMÉDIENNE JOUE CET AUTOMNE, AU THÉÂTRE, LES ANDROGYNES TOURMENTÉES. COMMENT ISABELLE HUPPERT FAIT-ELLE POUR ENDOSSER AVEC UNE TELLE JUSTESSE ET UN TEL FLAIR DES RÔLES AUSSI PROFONDS, AUSSI VARIÉS ? CONFIDENCES SUBTILES D’UNE STAR QUI POURSUIT SON CHEMIN EN SE CHERCHANT TOUJOURS.
Cet entretien ne s’adresse peut-être qu’aux lectrices passionnées par le métier de comédienne. Isabelle Huppert est l’une des plus valeureuses, la descendante des plus grandes, le modèle des plus jeunes. Elle ne parle que de ce mystère : qu’est-ce que cela signifie de jouer la comédie, d’interpréter un rôle, d’être toujours et jamais la même ?
Isabelle Huppert s’y entend. On ne la reconnaît pas. Elle n’est jamais la même d’un film à l’autre, et même pas chez elle, quand elle ouvre la porte et qu’elle a encore l’air d’une petite fille au corps très mince.
Dans « La Vie promise », d’Olivier Dahan, elle apparaît en pute blonde, style Marilyn. Il faut un moment pour s’assurer que c’est bien elle. Auparavant, on se souvient d’une vieille fille revêche (« Huit Femmes ») ou d’une malheureuse hystérique qui ne craignait aucune impudeur (« La Pianiste »). Rien de commun entre ces trois rôles. Isabelle est un caméléon, mais ce n’est pas sa seule performance. Avec le même talent, elle mène sa vie de famille. Elle déteste en dire un mot. Elle répète vingt fois : « Surtout, pas un mot ». Il faut des ruses de sioux pour qu’elle laisse deviner qu’un quatrième enfant ne lui déplaira pas. « J’adore être enceinte, mais bon… ». Quelle boulimie chez cette créature dont l’apparence est si fragile !
Cet hiver, on la verra aussi dans une pièce de Sarah Kane, « 4.48 Psychose », au Théâtre des Bouffes du Nord. Une pièce difficile avec un metteur en scène exigeant, Claude Régy, dont elle parle avec ferveur, comme de Bob Wilson, sous la direction duquel elle a joué « Orlando ». Un rôle d’androgyne avant celui de mère meurtrière, « Médée », qu’elle a interprété dans les nuits glaciales, cet été-là, au Festival d’Avignon. Qu’est-ce qui fait courir Isabelle ? Eh bien, justement, la possibilité de toujours renaître, de s’inventer. D’être toujours double, triple et multiple. N’est-ce pas trop ? Pourquoi cette pièce encore, ce film encore ? Pourquoi tant d’efforts ? « Je n’y pense pas. Je vois l’affiche et pas le chemin ». Le haut de l’affiche, le besoin forcené d’être une star. Isabelle Huppert en convient et y parvient.(Marie-Claire, novembre 2002)
suite et dont la conclusion est que :
7
8 Mais cette position n’est pas partagée par tous les auteurs se réclamant de cette théorie puisque Kronrod & Engel (2001), dans un travail sur les manchettes de journaux[5] [5] Les auteurs travaillent sur des articles de quotidiens distingués...
suite, se montrent beaucoup plus nuancés en suggérant que le choix des marqueurs résulte d’un compromis entre les facteurs cognitifs pris en compte par la théorie de l’accessibilité et de contraintes éditoriales assez strictes.
1.3 - Prédictions émanant d’autres approches
9 Enfin, rappelons que toute une série d’approches (appelées « approches structurales » par Toole (1996 : 267) ou « modèles hiérarchiques » par Huang (2002 : 309) s’accordent, elles, à reconnaître les interactions[6] [6] Comme nous le montrons (Schnedecker, 1997 et 2002), ces...
suite entre genres et/ou unités structurales (tours de parole, paragraphes, épisodes, événements, etc.) et choix des expressions référentielles. Elles admettent, en résumé, que les frontières des unités considérées sont marquées par des SN pleins alors qu’au sein de ces unités, le maintien de la référence est assuré par des pronoms. En voici une illustration où la réitération du nom propre se manifeste systématiquement à l’initiale des paragraphes :
Sylvia attend d’être acceptée pour elle-même. Brillante élève, impatiente d’être reconnue pour ses écrits (elle commence très jeune), elle n’a que faire des caprices de ses copines, « se balader dans les mêmes chaussures en cuir verni, pointure 7, achetées chez Bloomingdale, avec une ceinture de cuir noir verni et sac en cuir noir assorti ». Elle a horreur des films Technicolor où des élégantes arborent « des bouquets de chrysanthèmes gros comme des choux-fleurs » et « filent dans les toilettes pour échanger des ragots épouvantables ». Elle est révoltée contre l’éducation qu’on donne aux filles, « la voie tracée d’épouse et de mère ». Elle est hantée par « le plafond de toutes les salles de bains où j’ai pris un bain ». Elle déprime, ø dérive, et une nuit, dans le cœur noir d’une cité déserte, elle donne sa « garde-robe en pâture au vent », se dépouille tout de ses « chiffons tristes », brandissant son jupon « comme un drapeau d’armistice ».
Sylvia n’est pas folle. Elle veut être libre, « omnisciente. Si je devais me donner un nom, ce serait “la fille qui voulut être Dieu”. Je suis moi ». Ce qui la déboussole, ce qui la condamne dès 19 ans, aux tentatives de suicide et la transforme en « pauvre marionnette de peau et d’os », c’est son désir d’être comme les autres, un « modèle d’épouse et de mère » (toujours cet affolant leitmotiv), de passer inaperçue («en roulant mes socquettes comme celles de mes camarades»). Et en même temps, son avidité à vivre sa différence, son désarroi d’être soumise aux schémas. Redoute-t-elle de succomber à «ce néant de l’appartenance» ? Elle préfère mourir, ou écrire. […](Télérama, 22.01.92)
2 - Les portraits journalistiques du journal Le Monde : quelques caractéristiques
10 Avant d’examiner, à la lumière de ces diverses approches, comment les expressions référentielles se répartissent dans les portraits journalistiques, essayons de dégager quelques-unes de leurs caractéristiques structurelles.
2.1 - Caractéristiques structurelles
11 Les portraits du Monde sont assez conséquents, puisqu’ils couvrent les 2/3 d’une page du quotidien (soit en moyenne un milliers de mots). Ils se présentent suivant la figure (2) de l’annexe. Le texte est surmonté d’un « gros titre » indiquant le nom propre de la personnalité du jour (cf. [2]) elle-même représentée par un portrait photographique. Le titre est suivi par un chapeau justifiant le portrait, p.e. dans [2], l’originalité musicale du personnage et sa tournée de concerts ou, dans [5], la publication d’un roman :
Chapeau : Fondateur de « L’Espresso » et de « La Repubblica », le journaliste italien publie une fiction, biographie déguisée de Giovanni Agnelli
2.2 - Les titres
12 Les titres comportent tous le nom propre (désormais Np) de la personnalité décrite, ou son nom de scène [6] et [7]. Ils se construisent suivant des schémas assez réguliers, généralement binaires, dont la seconde partie[7] [7] Qui, comme le souligne Jenkins (2002) citant le travail...
suite véhicule des informations sur le référent[8] [8] Que le seul nom propre rend, sinon, opaque en l’absence...
suite notamment en circonscrivant son domaine d’activité, sinon une facette inédite de sa personnalité. Nous avons inventorié et classé ci-dessous les différentes structures récurrentes dans les titres :
- Np+ apposition (nominale/adjective) indiquant la profession
- Np+ « N de qualité »[9] [9] Il ne s’agit pas ici des noms de qualité du type de salaud,...
suite
- Np+Np modifié métaphorique
- Np(,/dans) le N domaine d’exercice en apposition
- Np+N objet typiquement associé à la profession
Np+N déverbal
Np+verbe inf :
3 - Les expressions référentielles dans les portraits du Monde : les tendances générales
3.1 - Quelques chiffres
13 Sur un corpus de 45025 mots, nous avons dénombré 2072 expressions référentielles. En termes de densité moyenne, cela revient à une expression référentielle tous les 21-22 mots, soit toutes les lignes et demie (une ligne comptant entre 16 et 19 mots). Même si ces données chiffrées ne prétendent aucunement à la rigueur statistique, elles indiquent néanmoins que, d’une manière générale, les référents des portraits sont très fréquemment et régulièrement instanciés au fil du texte et qu’ils restent donc, comme prévu, toujours très accessibles.
14 La répartition des expressions référentielles en catégories grammaticales est synthétisée dans le tableau (1) :
Tableau (1) - Répartition des expressions référentielles suivant les catégories grammaticales[10] [10] Le comptage tient compte ici du fait que dans une expression...
suite
3.2 - Répartition des expressions référentielles
3.2.1 - La domination des expressions dites de haute accessibilité référentielle
15 Les expressions dites de haute accessibilité référentielle (pronom personnel, déterminant possessif et autres) dominent très largement : elles s’élèvent à 70% du total des expressions référentielles recensées. L’emploi du pronom prévaut sur les marqueurs, toutes catégories confondues, puisque le pourcentage de ses occurrences atteint 38%. Il se détache aussi très nettement des autres marqueurs dits de haute accessibilité référentielle. En effet, ses emplois sont, en pourcentage, quasiment deux fois plus nombreux que ceux du déterminant possessif et six fois plus que les expressions rangées dans la colonne « autres » qui comprend les pronoms liés (clitiques et réfléchis), et, enfin, neuf fois plus que les anaphores zéro. Dernière précision : les pronoms personnels apparaissent dans tous les textes du corpus.
16 Ces chiffres ne sont pas étonnants. La domination des expressions dites de haute accessibilité s’explique au regard de la densité des expressions référentielles, qui indique très clairement l’omniprésence des référents dans les textes. En cela donc, nos résultats se conforment aux prédictions de la théorie de l’accessibilité.
3.2.2 - Les marqueurs dits de faible et moyenne accessibilité
17 Par contraste, les marqueurs dits de faible ou moyenne accessibilité n’occupent que le tiers des pourcentages. Dans le détail, ils se répartissent très inégalement suivant les catégories grammaticales.
18 Le Np arrive en tête avec un pourcentage global de 20,8%, soit un cinquième des occurrences. Mais trois réalisations se distinguent :
- les séquences « prénom + patronyme » qui s’élèvent à 13% des occurrences totales ; elles apparaissent dans tous les textes ;
- les emplois du prénom seul ou du patronyme seul ou du surnom : 6,4% sur 28 des textes du corpus (soit dans 68% d’entre eux) ;
- les emplois du Np complexes ([22] et [23]) ou modifiés ([24] à [26]), très faiblement représentés avec 1,4% des occurrences sur 10 textes (soit 24% du total des textes) :
19 La faible proportion de ces deux catégories de marqueurs, comparées à la représentation du pronom n’est pas non plus étonnante : si les référents sont, comme il a été dit, très accessibles, il est prévisible que les marqueurs indiquant une faible ou moyenne activation soient minoritaires.
3.3 - Premières conclusions : des paradoxes
20 Ceci étant dit, et compte tenu de leur contexte d’occurrence (i.e. le genre) et du caractère mono-référentiel des textes, ces chiffres présentent quand même un quadruple paradoxe. Premièrement, l’écart qui sépare le pourcentage de Np et celui de pronoms personnels ne dépasse pas 20%. Dit autrement, il y a une occurrence de Np pour deux occurrences de pronom, ce qui est beaucoup. Compte tenu du fait que les textes sont centrés tout leur long sur un même référent et que celui-ci reste infailliblement accessible, la présence d’un marqueur réputé de basse accessibilité comme le Np est, en effet, plus qu’étonnante. Le raisonnement serait le même du reste si l’on tenait compte également des marqueurs dits de moyenne accessibilité.
21 La répartition de ces marqueurs constitue d’ailleurs le deuxième volet du paradoxe. Il a été montré en effet par Apothéloz (1995) que les SNdm désignent généralement des entités à saillance élevée. Il s’agit, en l’occurrence, soit d’entités récentes à empan textuel étroit (Apothéloz parle alors de « saillance locale »), soit d’entités centrales fédératrices (dont la saillance est dite alors « cognitive »). Les travaux de Maes cités par De Mulder (1997) vont dans le même sens. Si l’on admet donc que les SNdm renvoient à des référents saillants, comme c’est le cas dans les textes qui nous intéressent, on devrait s’attendre à ce qu’ils soient bien représentés ou mieux qu’ils ne le sont effectivement. Or, leur pourcentage est précisément le plus faible de tous. Qui plus est, on l’a vu, leur présence concerne à peine plus de la moitié des textes (58%).
22 Troisièmement, la répartition des expressions référentielles sur les textes fait apparaître que, dans quasiment la moitié des textes (18 sur 41 soit 44% des textes), les SN à tête lexicale sont aussi nombreux que les pronoms.
23 Enfin, un examen attentif du corpus montre que, sur le long terme, les expressions référentielles obéissent à deux grandes tendances, ou si l’on préfère, qu’elles constituent deux types bien dissociés de chaînes de référence. Le premier type se constitue de chaînes hétérogènes exploitant, outre le pronom, les trois catégories de SN à tête lexicale (Np, SNdf et SNdm) et un matériau lexical diversifié, comme cela est illustré en [27] et en [28] :
24 La seconde tendance est illustrée par les chaînes qui sont, par contraste avec les précédentes, homogènes car composées massivement de Np et de pronoms. C’est le cas de presque 25% des textes[11] [11] Nous incluons dans ces chiffres les chaînes dont les SN...
suite. En voici deux exemples (cf. [29] et [30]) :
Peck hérite dans les années 1950 d’une série de rôles familiaux qui mériteraient une étude à part tant ils semblent saper l’image idyllique de la famille caractéristique de cette décennie. Dans L’Homme au complet gris (1956), de Nunally Johnson, il incarne un homme obsédé par son gain hebdomadaire. Dans La Flamme pourpre (1954), de Robert Parrish, il se retrouve dans la même situation sentimentale que le héros du film, en instance de divorce. Parrish avait d’ailleurs demandé à Peck d’emmener sa fiancée avec lui sur le tournage pour accomplir la même évolution que son personnage.(Le Monde, 13/06/03)
Tableau (2) - Composition des chaînes de référence dans les portraits journalistiques
25 Il s’agit maintenant d’étudier le détail de ces deux types de chaînes et de le corréler au genre du texte de leur occurrence.
4 - Les chaînes homogènes de type (Nom propre/Pronom)
26 Les chaînes homogènes, composées de noms propres réitérés et de pronoms ne sont pas spécifiques du genre du portrait journalistique. Elles constituent plutôt le tout-venant référentiel, qu’on peut observer fréquemment dans les romans ou la presse, comme en témoignent [31] et [32] d’une part et [33] d’autre part :
4.1 - Principes « régulant » l’alternance nom propre/pronom : rappels
27 Cela n’interdit pas de rappeler les principes qui fondent l’alternance du nom propre et du pronom. Pour ce faire, nous nous appuyons sur les travaux de Kleiber (1994) selon qui le pronom personnel opère à un double plan référentiel et situationnel. D’une part, il établit une relation de coréférence, d’autre part, il indique :
28
29 À partir de là, nous avons défendu l’idée (Schnedecker, 1992 ; 1997) que le Np inviterait à « remettre les compteurs référentiels à zéro » et qu’il instruirait du fait que :
- il n’y a pas (vraiment) de « rapport » à chercher ou à reconstruire avec la situation/proposition (pn-1) qui précède ;
ii) la proposition (p (Schnedecker, 1997 : 150 et sqq.)n ) de son occurrence va permettre de repartir à zéro.
Dans cette optique, le Np donnerait des instructions « contraires » à celles du pronom. Celui-ci véhicule le contenu descriptif constitué par toutes les prédications faites à propos du référent. De son côté, le Np indiquerait qu’on peut faire abstraction de ce contenu descriptif pour l’interprétation des propos à venir, qu’on peut donc l’évacuer. Le Np signalerait ainsi que le locuteur initie une nouvelle chaîne pour saisir le référent dans un contexte tout différent ou sans rapport nécessaire avec celui qui précède[12] [12] D’autres arguments sont suggérés dans Schnedecker (1992 ;...
suite. Ceci explique que le Np coïncide avec les marqueurs de segmentation textuelle que constitue par exemple le découpage paragraphique (cf. Passerault & Chesnet, 1991), qui instruit l’interprète de conclure le traitement du bloc d’informations qui précède, de sortir du « fichier » en cours, pour parler métaphoriquement, pour en ouvrir un autre. Cette opération serait suffisamment coûteuse cognitivement pour désactiver le référent. D’où la nécessité, pour le réinstancier, d’utiliser un marqueur indiquant une moindre accessibilité/activation, tel que le Np. Il en irait de façon similaire avec les marqueurs de domaine spatial, temporel, etc. (cf. Charolles, 1997). C’est ainsi que, dans [34], la redénomination de Reynes figure à l’initiale des paragraphes (P
(P
(P
4.2 - Une particularité des portraits journalistiques : la multiplication des types de noms propres
30 Si l’usage du Np en soi dans le portrait journalistique n’est guère original, la multiplicité des types de Np exploités (prénom + patronyme vs prénom ou patronyme seuls) et leur concurrence, d’une certaine façon, le sont davantage. Les travaux qui se sont intéressés à la question (Ariel, 1990 et Mulkern, 1996) motivent le choix de ces types de Np par deux raisons. La première est cognitive, en ce sens que les Np sont échelonnés en fonction du principe d’accessibilité entendu ici comme le degré de familiarité que le locuteur est supposé avoir avec le référent. Ainsi le Np complet (prénom + patronyme), éventuellement assorti de modifieurs, indiquerait-il que le référent est peu familier du locuteur alors que le prénom ou surnom suggérerait, au contraire, qu’il y a intimité entre le porteur du Np et le locuteur (cf. l’échelle ci-dessous) :
4.2.1 - Le maintien du Np « complet »
31 Tous les textes ne pratiquent pas l’alternance entre les divers types de Np. Dans 11 de nos 41 textes, le Np complet est maintenu du début à la fin pour des raisons toutes différentes apparemment. Dans certains cas, le référent n’est désigné que par un pseudonyme « simple » comme Fellag ou Willem, ce qui exclut toute alternative. Dans d’autres cas, ce sont des raisons onomastiques et/ou phonétiques qui entrent en compte apparemment et qui rendent préférables l’emploi constant du Np complet, soit parce qu’il y a homonymie comme, par exemple, dans le portrait du violoncelliste Erwan Fauré, homonyme de Gabriel Fauré [36], soit parce que le patronyme seul résonnerait bizarrement comme dans [37b], la version remaniée de [37a] :
Cette passion le conduira devant les tribunaux. Dans les années 1990, Guy Lux est condamné, à deux reprises, pour « faux en écritures », « recel d’abus de biens sociaux » et « fraude fiscale ».
Collectionneur de poupées folkloriques et de livres d’histoire, Guy Lux était aussi, depuis 1986, responsable de l’association Pas d’enfants sans vacances. (Le Monde, 14/06/03)
b) Mais Lux a aussi dû vivre avec une autre passion, plus difficile à gérer, celle des courses. Il reconnaissait lui-même être « un flambeur ». Il racontait avoir attrapé le virus en 1938, sur l’hippodrome de Vincennes, en misant sur un tocard qui lui rapporta quatre-vingt-dix fois sa mise.
Cette passion le conduira devant les tribunaux. Dans les années 1990, Lux est condamné, à deux reprises, pour « faux en écritures », « recel d’abus de biens sociaux » et « fraude fiscale ».
Collectionneur de poupées folkloriques et de livres d’histoire, Lux était aussi, depuis 1986, responsable de l’association Pas d’enfants sans vacances.
4.2.2 - Alternance Np complet/Patronyme seul
32 L’alternance Np complet/patronyme est réservée, pour la majorité des cas, aux personnages de sexe masculin. Il est d’ailleurs bien difficile de la motiver. La seule contrainte que nous ayons pu dégager jusqu’à présent est la présence constante du Np complet dans le titre ainsi qu’au début du premier paragraphe du texte.
33 Un seul portrait de femme utilise à deux reprises le patronyme seul : celui de l’actrice K. Hepburn. Plusieurs explications sont envisageables. Certaines actrices, mythiques d’un certain type et d’une certaine époque, sont souvent dénommées de cette façon, isolément (cf. Garbo, Bacall vs Marylin) ou en couple (Bogart-Bacall). Leur rayonnement dans une sphère publique entrerait en compte, selon les propos de Ariel[13] [13] Il en va de même pour les femmes politiques. ...
suite (cf. [38]) :
4.2.3 - L’alternance prénom/Np complet
34 L’alternance prénom/Np complet correspond en partie aux suggestions de Ariel. En effet, la moitié des portraits de femme exploitent le prénom alors que 3 des 33 portraits (10% donc) d’hommes seulement le font. Mais les prénoms ne se justifient pas seulement par des considérations « sexistes ». Leur emploi repose en effet sur trois facteurs, indépendants de l’opposition homme-femme, qui jouent pleinement sur la familiarité et la proximité induite par l’emploi du prénom.
35 La première raison est liée à une caractéristique structurelle du portrait journalistique[14] [14] Mais qui n’est pas systématique. ...
suite. En effet, les prénoms sont employés lors des épisodes biographiques qui retracent à grands traits tout ou partie de l’enfance ou des « débuts » de la personnalité. Ils rattachent alors les personnages à leur cercle familial. C’est ainsi qu’ils apparaissent dans les contextes associés à la naissance, comme dans [40] et [41], et se rattachent ainsi, plus ou moins directement, à l’acte de baptême :
5 - Chaînes hétérogènes et SN définis
36 Les chaînes hétérogènes se composent, outre des Np et pronoms, de SN pleins définis, possessifs et démonstratifs, ces derniers atteignant moins de 2% des occurrences, ainsi qu’on l’a dit plus haut. Il s’agit alors d’analyser, pour les différents types de SN, le contenu descriptif de leur tête lexicale et leur rendement informationnel, de dégager si possible les impératifs discursifs qui motivent leur emploi et d’envisager, en dernier lieu, le rôle qu’ils jouent sur la structuration référentielle et textuelle. Comme annoncé, nous nous limiterons dans cette présentation aux plus nombreux d’entre eux : les SNdf.
5.1 - Le contenu descriptif des SNdf
37 Les SNdf se répartissent en quatre catégories selon que leur contenu descriptif renvoie à :
- la fonction/profession de la personnalité dans 60%[15] [15] Le pourcentage est ici calculé sur le total des SNdf. ...
suite des cas. Les noms de profession se déclinent parfois suivant un axe qui va de l’hyponyme à l’hyperonyme, comme cela est illustré dans [49] avec la séquence ce féroce caricaturiste/le dessinateur :
Il habite un pavillon de banlieue transformé en chalet scandinave. Il y a même un bouleau dans le jardinet. De la rue, on ne s’en douterait pas, car le chalet, en contrebas, reste invisible. Avant sa métamorphose, c’était l’atelier d’un sculpteur, « plutôt mauvais ». Aujourd’hui, c’est là que le dessinateur travaille, mais, en y entrant, on ne s’en douterait pas non plus, car on croit pénétrer dans une bibliothèque.(Le Monde, 03/06/03)
- diverses étapes de son existence (9% des cas). Celles-ci transparaissent à travers les « concepts de phase » tel que étudiant [50], enfant [51], sinon via des SN hyperonymes modifiés par des adjectifs tels que vieux [52] :
- La qualification du personnage (17% environ des SNdf). Les SN sont alors de deux types. Soit ils portent sur le physique du personnage en décrivant une réalité objective [53]. Nous avons inclus dans cette catégorie les noms indiquant la nationalité ou la région d’origine des individus ([54] à [57]). Soit ils servent à valoriser le personnage et relèvent alors du système de valeur du locuteur [58]. La frontière entre les deux est parfois difficile à tracer, comme l’illustrent [53] et [59] :
- des termes hyperonymes, (cf. [60] et [61]) :
5.2 - Répartition textuelle des SNdf
38 Ces expressions référentielles se distinguent selon leur empan, i.e. selon qu’elles sont a priori utilisables sur l’ensemble du texte (on dira qu’elles ont un empan large) ou selon que leur emploi n’a de validité que sur une portion délimitée du texte (on parlera alors d’empan étroit).
5.2.1 - Les SNdf à empan large
39 Trois des quatre catégories peuvent avoir un empan large. Il s’agit, en premier lieu des SN hyperonymiques du type homme/femme (ou leurs variantes)[16] [16] Lerat (1988 : 139) parle d’anaphore par le genre lexical...
suite, qui, indépendamment des genres textuels, sont susceptibles de servir de moyens de reprise commodes. C’est le cas par exemple dans [64] :
Pieds nus, elle porte une longue robe traditionnelle flottante et captive l’auditoire de sa voix chaude, qui passe avec aisance du registre du fausset aux basses. Cette « voix de derrière » (uragoe), voix de tête consistant à faire vibrer les cordes supérieures du larynx, est propre aux chants folkloriques japonais. La technique confère à Chitose Hajime son style vocal bien particulier, auquel se mêlent des rythmes de reggae, des sonorités de soft rock (très prisé au Japon, comme en témoigne l’étonnant succès du groupe rouennais Tahiti 80) et, surtout, la tradition du shimauta, les « chansons des îles ». Chitose Hajime est en effet originaire d’Amami, un chapelet d’îlots recouverts de plages de corail, situé au sud de Kyushu.
Âgée de 24 ans, la jeune femme est devenue en deux ans une des plus sûres valeurs de la pop japonaise.(Le Monde, 18/06/03)
40 Les SN de fonction/profession sont également envisageables sur le long terme, pour des raisons propres au genre du portrait journalistique. En effet, les personnalités qui font l’objet d’un portrait dans le journal Le Monde le font, on l’a dit, parce qu’elles créent l’événement dans leur domaine (artistique ou scientifique). Il est dès lors fort probable et attendu qu’elles soient saisies par des SN renvoyant à ces dimensions. Étant donné la notoriété présumée de ces personnalités, celle-ci est supposée relever des connaissances encyclopédiques du lecteur. Mais la construction des articles tend à pallier d’éventuelles lacunes[17] [17] À ce point de vue, la sociologie des personnalités des...
suite. D’abord, les N de fonction apparaissent à des endroits stratégiques de l’article et ils sont, en outre, reformulés. Ils se manifestent en effet dès la seconde moitié du titre (cf. supra 2.2.) sous une forme plus ou moins explicite :
41 La dernière catégorie de SN prévisibles compte tenu du genre textuel est constituée des SN décrivant le physique ou la psychologie des personnages. Ces SN ne sont cependant pas fréquents, dans la mesure où il s’agit moins de décrire au sens strict la personne[18] [18] La photographie qui accompagne les portraits est là pour...
suite que d’en dévoiler les multiples facettes. Par ailleurs, la visée argumentative sous-jacente à ce genre de portrait est de convaincre le lecteur de participer, d’une manière ou d’une autre, à l’événement. C’est pourquoi ce sont les SN évaluatifs qui y sont davantage représentés (cf. [68] et [69]) :
5.2.2 - Les SNdf et SNp modifiés à empan étroit
42 Parmi les SN à « empan étroit » figurent les SN « de phase » qui saisissent le référent à un stade de son existence et sont donc, pour cette raison, limités aux séquences « rétrospectives » relatant des épisodes de la vie passée du personnage. Ces épisodes sont, la plupart du temps, balisés par des marqueurs indiquant un changement de cadre, spatial [70] ou temporel [71] à [73] :
suite, dans [75], par exemple où le nom relationnel de protégé ne peut renvoyer à Dufilho que dans sa relation avec C. Dullin :
5.3 - Distribution des SNdf/SNp
43 Les SNdf se distribuent avec une relative régularité qu’on peut appréhender à un double niveau : au niveau des unités discursives évoquées plus haut dans le cadre des approches dites « hiérarchiques » et selon les relations de cohérence perceptibles entre les propositions accueillant l’expression anaphorique et sa source.
5.3.1 - Observations
5.3.1.1 - Régularités structurelles
44 Les SNdf se manifestent à l’initiale ou à la fin (cf. les maillons-fermoirs de Marandin, 1988) d’unités discursives bien délimitées telles que les paragraphes (cf. [76] et [77]), les séquences de discours rapporté ([78] et [79]) et les changements de points de vue ([80]) :
5.3.1.2 - Types de relations de cohérence
45 Au niveau inter-propositionnel, les SNdf s’inscrivent souvent à la charnière de propositions dont les relations ne sont pas explicitées par des connecteurs. Ces relations sont de trois types :
- des relations de justification entendues ici au sens où, dans une séquence de type
p ,1 (C) p2 p s’interprète comme acte illocutoire visant à justifier une assertion antérieure, comme par exemple dans [81] où le mal de tête ne peut pas être conçu comme une cause entraînant chez le locuteur une furieuse envie de travailler. En disant (p2 2 ) celui-ci justifie qu’il a dit (p1 ) :
Le nouveau directeur a pour atout d’être une personnalité reconnue dans le cinéma, tout en ayant un sens politique affûté, qui lui sera nécessaire pour pacifier les relations avec la tutelle – le Centre national de la cinématographie – et surtout définir un projet culturel et artistique cohérent qui sera mis en œuvre dans les futurs locaux de la rue de Bercy, à Paris.(Le Monde, 10/05/03)
Erwan Fauré se met alors à danser. Etonnamment léger, il compte la mesure et virevolte au milieu des bouilles ébahies. On entendra ensuite, cette fois légères et presque cristallines, les notes du menuet tiré de la musique composée par Lully pour Le Bourgeois gentilhomme. Elles tourbillonnent déjà sous le bois, malgré des vibratos encore hésitants.
Sans se départir de son sourire, sans cris ni réprimandes, le professeur s’est fait comprendre avec une déconcertante facilité.(Le Monde, 26/06/05)
- des relations d’élaboration où les contenus référentiels des propositions concernées seraient identiques, selon Kehler (2002 : 18) avec une perspective ou un niveau de détail différant d’une proposition à l’autre. C’est le cas dans [84] où le second paragraphe précise un aspect du film évoqué antérieurement, celui qui a trait au personnage principal, ainsi que dans [85] où la proposition située après le double point explicite l’autre vie professionnelle de la cantatrice évoquée dans la proposition antérieure :
L’animateur-producteur y est incarné par Steve Coogan, qui campe un dandy, frais émoulu de Cambridge, obsédé par l’écriture sur le vif de la mythologie rock. « Cela ne se passe pas ainsi, proteste Wilson, on ne construit pas consciemment la légende… Pourtant, c’est vrai que le jour du suicide de Ian Curtis - le chanteur de Joy Division, mort pendu en 1980 -, en route pour la morgue, je suis allé prendre en voiture Paul Morley, le plus talentueux des journalistes musicaux de l’époque ».(Le Monde, 30/05/03)
- des relations d’illustration, comme dans [85] où la proposition initiée par l’auteur s’inscrit comme exemple par rapport au fait que « beaucoup ont considéré le roman d’E. Scalfari comme une biographie à clé » :
5.3.2 - Début d’explication
46 La distribution des SNdf trouve plusieurs types d’explication suivant les approches théoriques des phénomènes référentiels, qui révèlent en l’occurrence une complémentarité certaine. Dans les modèles dits « hiérarchiques », tels que celui que propose, entre autres, Fox (1987), les SN pleins (toutes catégories confondues) sont associés à des changements d’unités par opposition avec les pronoms supposés saisir le référent au sein d’une unité donnée. Les SNdf des portrait journalistiques se conforment à ce « patron » puisqu’ils accompagnent, on l’a vu, des changements structurels de paragraphes, de perspective ou de niveau énonciatif.
47 De manière complémentaire, et en considérant le niveau de structuration « inférieur » constitué par les relations inter-propositionnelles, il a été démontré par Kleiber (1986) que deux contraintes pèsent sur l’emploi du SNdf. La première, à caractère référentiel, stipule que le référent de le N est saisi comme étant le seul x qui, dans des circonstances (lieu, temps, etc.) données, dites circonstances d’évaluation (suivant une étiquette empruntée à Kaplan), dénotées par une proposition p
48 Les relations inter-propositionnelles qu’on vient d’étudier relèvent bien de la continuité. Encore faut-il préciser deux points de manière à dissocier les emplois du SNdf de ceux du pronom personnel il[20] [20] Dont les sens sémantique et instructionnel sont décrits...
suite qui suppose, lui aussi (cf. la citation supra), qu’on parle du référent « en continuité avec ce qui l’a rendu saillant ».
5.3.2.1 - SNdf vs pronom personnel
49 D’abord, l’emploi des pronoms et des SNdf révèle une complémentarité certaine, au double niveau de la syntaxe et des types de relations de cohérence qu’ils établissent. Au niveau syntaxique, premièrement, le SNdf s’impose dans certaines constructions où l’emploi du pronom poserait des problèmes :
- d’agrammaticalité : c’est le cas lorsque l’expression référentielle sert de point d’ancrage à une prédication secondaire introduite par une relative explicative, comme dans [87] et [88] :
b) *Il, qui avait souffert d’être brocardé par certains critiques qui le taxaient de vulgarité, avait pris une petite revanche
b) *Son spectacle Opéra d’Casbah rassemble un public franco-algérien qui s’amuse, crie des youyous, s’émerveille de (ses tribulations/des tribulations de lui) qui, pour cette fois, quitte le one-man-show pour un spectacle de music-hall coloré, bricolé.
- d’ambiguïté référentielle : le pronom aurait pu prêter à confusion comme dans [89b] en raison de l’interférence de deux référents masculin singulier, l’appartement puis un arbre :
b) ?Jacques Dufilho est assis dans un fauteuil. L’appartement est situé dans une rue excentrée de Bordeaux. Un arbre dévore le balcon. Il guette les oiseaux.
50 Or, parmi les relations relevées ci-dessus, les relations dites d’élaboration et d’illustration participent des relations de ressemblance ; ce sont, autrement dit, les liens les plus lâches qu’on puisse établir entre deux propositions. Il en va de même pour la relation de justification qu’on peut considérer comme une forme « affaiblie » de la causalité. Ainsi le SNdf servirait-il à marquer une continuité mais en quelque sorte distendue.
51 Par ailleurs, les séquences à SNdf sont elles-mêmes à considérer comme des séquences enchâssées, formant une unité au sein d’une unité supérieure et bien souvent délimitées par le Np, qui opère, ainsi que rappelé plus haut, une disjonction aux niveaux référentiel et cohésif. C’est le cas dans [92] où les deux Np délimitent deux séquences, l’une énonçant la clé de la biographie écrite par E. Scalfari, l’autre relatant au discours rapporté la construction de ce personnage. Au sein de cette dernière séquence, les deux SNdf balisent des unités qu’on peut considérer comme subordonnées à celle où le journaliste évoque son roman. La première pose le cadre dans lequel a lieu l’interview du journaliste. Autrement dit, elle interrompt le propos sur la biographie tout en lui restant intimement liée par une relation de type « cadre/action ». Quant à la seconde séquence, elle en suit une où le locuteur est « sorti » du discours rapporté pour expliciter les liens entre E. Scalfari et G. Agnelli. Elle renoue, pour ainsi dire, avec la thématique traitée dans le discours rapporté (le personnage principal vs les personnages). Elle revient également au discours rapporté (continuité), à cette différence près que celui-ci est désormais résumé par le locuteur (rupture) mais néanmoins assorti d’une citation qui rappelle le type de séquence lui correspondant (symbolisé par la flèche en marge du texte) :
Depuis certains détails généalogiques (la mort prématurée du père par exemple) jusqu’à la manière dont le personnage entreprend de développer l’entreprise familiale, épuisée par la guerre, le livre est apparu à beaucoup comme une sorte de biographie déguisée. L’auteur lui-même a raconté qu’à l’issue d’un dîner Giovanni Agnelli avait cité des passages du livre, en remplaçant les noms imaginaires par d’autres, bien réels.
« Ce personnage principal, je ne l’ai pas créé, dit Eugenio Scalfari, l’Histoire me l’a servi. »
[
« Je voulais écrire un livre dans lequel entreraient des personnages avec leur vie privée, explique-t-il. En particulier un homme dont l’affectivité serait bloquée à la suite d’un traumatisme subi dans l’enfance. La peur d’être abandonné l’entraîne à se défendre de toutes sortes de sentiments et à devenir cynique. »
[
[Les personnages secondaires sont, eux, beaucoup plus fictifs. Mais tous ont en commun de « nager dans le fleuve de la vie au même rythme que la société italienne »], explique
5.3.2.2 - La tête lexicale des SNdf
52 Il reste maintenant à examiner la tête lexicale des SNdf et SNp. Le moins que l’on puisse dire est qu’elles sont extrêmement diversifiées. Pour autant, elles ne sont pas totalement libres, le SN antécédent (plus exactement son N) exerçant, comme cela a été bien mis en évidence (cf. Marandin, 1986 et Kleiber, 1988) un certain nombre de contraintes. Nous n’y reviendrons pas. En revanche, on peut se demander si, une fois respectées ces contraintes, le choix des têtes lexicales est laissé à la seule discrétion du locuteur ou s’il y a à prendre en compte des impératifs liés au contenu propositionnel de la phrase-hôte de l’anaphorique. En effet, si abstraction faite de ce contenu propositionnel, des suites anaphoriques du type de [94] sont, en théorie, parfaitement concevables :
b) ? Jacques Dufilho est assis dans un fauteuil. L’appartement est situé dans une rue excentrée de Bordeaux. Un arbre dévore le balcon. Le comédien guette les oiseaux.
53 Les SNdf reposant sur la relation sémantique d’hyperonymie sont très peu nombreux. Nous en avons dénombré 9 sur les 161 SNdf, ce qui correspond à 5,5% de leur total. Cette faible proportion paraît paradoxale[21] [21] Peut-être le type ontologique du référent entre-t-il...
suite. On aurait pu s’attendre, en effet, à ce que ce genre d’étiquette apparemment « neutre » et commode soit plus utilisé qu’il ne l’est dans les portraits. Les écrits romanesques en font par exemple un usage très abondant, comme l’illustrent ces deux incipit [95] et [96] :
L’homme était parti de Marchiennes vers deux heures. Il marchait d’un pas allongé grelottant sous le coton aminci de sa veste et de son pantalon, de velours. Un petit paquet, noué dans un mouchoir à carreaux, le gênait beaucoup ; et il le serrait contre ses flans, tantôt d’un coude ; tantôt de l’autre pour glisser au fond de ses poches les deux mains à la fois, des mains gourdes que les lanières du vent d’est faisaient saigner. (…)
Un chemin s’enfonçait. Tout disparut. L’homme avait à sa droite une palissade, quelque mur de grosses planches fermant une voie ferrée. (…)
Alors l’homme reconnut une fosse. Il fut repris de honte (…).(E. Zola, Germinal)
L’homme qui aurait pu tuer Candy LaChaise attendait dans le froid en la surveillant de l’autre côté des portes vitrées. Parfois, il ne voyait que le haut de son crâne, parfois encore moins, mais il ne la perdait jamais de vue.
Ne se sachant pas surveillée, Candy musardait dans le rayon lingerie, évoluant sans se presser entre les présentoirs. Les sous-vêtements ne l’intéressaient pas particulièrement : son attention se concentrait sur le fond du magasin où se trouvait le rayon électroménager. Elle s’arrêta, sélectionna un bustier noir, le tendit à bout de bras en inclinant la tête, comme font les femmes. Puis elle le remit en place et se tourna vers les portes.
L’homme qui aurait pu la tuer recula d’un pas pour éviter de se faire repérer.
Un minibus s’arrêta en bordure de trottoir. Une femme trapue en parka orange sauta à terre et fit coulisser la porte latérale. Une avalanche de petits enfants se déversa sur le trottoir comme une couvée de canetons. Ils étaient tous blonds, des deux sexes, d’âges échelonnés entre quatre et neuf ans. Le minibus partit à la recherche d’une place de parking pendant que la femme cornaquait son troupeau vers les portes.
L’homme sortit une bouteille de sa poche, ø glissa la langue dans le goulot et ø fit mine d’avaler une gorgée ou deux. La femme passa devant lui en protégeant sa couvée de son corps et disparut à l’intérieur du magasin.(J. Sandford, La proie de l’instant)
La jeune femme, originaire d’un îlot d’Amami, est devenue en deux ans une des chanteuses les plus populaires de l’archipel en faisant revivre dans la pop les airs traditionnels de sa région(Le Monde, 18.06.03)
54 Les contraintes concernant les SNdf dont le nom-tête désigne la fonction ou une qualité sont bien connues. Elles ont été enrichies à un niveau discursivo-pragmatique par Maes (1991, cité par De Mulder, 1997 : 150-151), qui énonce deux conditions légitimant la tête lexicale des SNdf. La première est une condition de pertinence qui stipule que la relation de cohérence induite par l’emploi du SNdf doit se relier de façon pertinente à l’intention du (fragment du) texte. Par exemple dans [102], le SN le bavard ne peut s’interpréter qu’au regard de la proposition entre crochets le précédant qui délivre l’information légitimant le nom-tête :
55
Ce matin du 2 mai, le soleil entre à flots dans un appartement bourgeois du 7e arrondissement de Paris et caresse, sur les murs des sérigraphies de Sol LeWitt, Bram Van Velde, Andy Warhol, des œuvres de Raymond Hains. Calé dans un ample fauteuil, celui qui a piloté pendant plus de vingt ans les Cahiers du cinéma, Serge Toubiana, est à nouveau sous les feux de l’actualité : il vient d’être nommé quatre jours plus tôt au poste de directeur de la Cinémathèque française.
Après avoir signé la pétition en faveur de Lionel Jospin à l’élection présidentielle, il a été chargé, en 2002, par Jean-Jacques Aillagon d’un rapport sur le patrimoine cinématographique. Il y suggère des changements radicaux - un statut rénové pour la Cinémathèque, son rapprochement avec la Bibliothèque du film, la création d’un vaste musée du cinéma et une séparation nette entre les Archives nationales du film et la Cinémathèque. Ces pistes ont presque toutes été approuvées par le personnel et ont suffisamment convaincu le ministre de la culture et de la communication pour qu’il pèse de tout son poids afin que Serge Toubiana dirige l’institution créée par Henri Langlois.
Le nouveau directeur a pour atout d’être une personnalité reconnue dans le cinéma, tout en ayant un sens politique affûté, qui lui sera nécessaire pour pacifier les relations avec la tutelle - le Centre national de la cinématographie - et surtout définir un projet culturel et artistique cohérent (…).(Le Monde, 10/05/03)
(4 paragraphes)
L’amour, la poésie, le surréalisme… La fille aux yeux d’or irradie ce qu’elle traverse, films plus ou moins mineurs, séries télé, pièces de théâtre qu’elle« préfère oublier ». Débuts (« les vrais, avec Nadine, petite, c’était un jeu ») dans Série noire, d’Alain Corneau (1978), avec Patrick Dewaere. Elle a 16 ans. Vague à l’âme. Mal dans sa peau. Ses parents l’avaient prévenue : « Toutes les comédiennes sont malheureuses. » « Sauf Delphine Seyrig », avait précisé Jean-Louis.(Le Monde, 16/05/03)
Le maître écoute d’abord les remarques de ses instrumentistes, puis ø questionne, ø suggère, ø synthétise, ø trace sa voie sans donner l’impression d’autoritarisme.(Le Monde, 08/09/03)
suite.
56 Ces observations obligent donc à poser un lien, qui relève de la cohérence, entre la tête lexicale du SNdf et le prédicat de sa phrase-hôte, puisque ce que celui-ci dénote doit avoir un rapport avec le N. De fait, les prédicats qui suivent le SNdf s’inscrivent dans trois types de rapports :
- la catégorie apparaît comme cause de ce que dénote le prédicat, ce qu’on pourrait paraphraser par c’est parce que x est (un) N qu’il Vb. [106] (supra), [107] et [105] en donnent une illustration :
- la seconde relation est la négation de la première : la catégorie contredit les attendus du prédicat, ce qu’on paraphraserait par : bien que x soit (un) N, il Vb. C’est le cas par exemple dans [109] :
- dans le troisième type de relation, le prédicat marque la fin de la validité, de la pertinence du N du SNdf suivant un rapport temporel paraphrasable par : x qui (était/ a été) (un) N ne l’est plus. Tantôt le prédicat dénote explicitement un processus transformateur, c’est le cas de devenir dans [111] et [112]. Tantôt, il tend à nier le contenu descriptif du SN : dans [110] un directeur de la publication qui s’en va n’est ipso facto plus directeur de la publication qu’il quitte, etc. :
Conclusion provisoire
57 Il serait prématuré de tirer des conclusions définitives de ce travail qu’il faudrait compléter par l’étude des SN démonstratifs et possessifs. Sans doute aussi un corpus plus étendu permettrait-il de donner une vue plus exacte des phénomènes, de même qu’une étude comparative systématique de genres (p.e. portraits journalistique vs textes narratifs).
58 Cela étant dit, nous avons fait valoir que la cohésion référentielle est tributaire du genre textuel. En l’occurrence, le fait qu’un tiers des expressions référentielles des portraits soit constitué de SN pleins en contexte mono-référentiel ne va pas totalement dans le sens des théories de l’accessibilité ou du centrage, pour lesquelles le pronom est l’expression référentielle par excellence du topique.
59 L’emploi des SN pleins ne peut dès lors s’expliquer qu’au regard du genre du portrait journalistique et de sa structure. Pour ce qui concerne le genre, on peut faire premièrement l’hypothèse que la réitération du Np participe d’une stratégie de naming ceremony propre aux textes journalistiques dont les référents sont présumés connus d’un lectorat auquel il faut cependant « rafraîchir la mémoire et les connaissances ». D’où sans doute la fonction d’apprentissage du Np que revêt la redénomination dans ce genre de texte et son alternance systématique avec des noms de fonctions qui permettent d’ancrer le référent dans des domaines scientifique, artistique, etc.
60 Deuxièmement, force est de constater que le portrait journalistique a une structure assez lâche contrairement à d’autres genres comme les textes narratifs ou argumentatifs. S’il comporte des séquences incontournables (p.e. la présentation de l’événement que crée le référent, les épisodes biographiques ou les fragments d’interviews), celles-ci sont apparemment assez libres dans leur agencement. D’autre part, comme il s’agit de montrer le référent sous ses facettes les plus diversifiées et les plus avantageuses, le texte se constitue donc un patchwork de « situations » censées illustrer ces facettes, sans ordonnancement préétabli. Ce sont donc ces facteurs structurels qui motivent, en partie, l’utilisation des Np et des SNdf, puisque ceux-ci délimitent des séquences dont les connexions sont rompues sinon affaiblies et qu’ils opèrent à chaque fois la re-saisie référentielle qui s’impose. Une autre série de raisons provient également de ce que les genres journalistiques, quels que soient leurs sous-genres, sont astreints à des stratégies de dévoilement progressif de l’information, ce qui fait que des séquences telles que les titres/chapeaux/paragraphes initiaux sont en relation d’élaboration puisqu’une même information se trouve répétée et expansée au fil du texte. On a ainsi montré que les SNdf sont les charnières idéales de ce mode de structuration puisqu’ils marquent pour ainsi dire le changement dans la continuité.
61 Enfin, comme cela a été souvent noté, les SNdf dispensent moins d’information « inédite » que ne le font les SN démonstratifs. Là encore, notre corpus montre que le terrain est bien préparé, puisque les ingrédients informationnels sont diffusés tout au long du texte (cf. l’information centrale des titres et des chapeaux, notamment qui est élaborée au cours du texte). Il en découle que, contrairement à ce que laissent penser certaines approches, l’évaluation de l’apport informationnel des anaphores ne saurait exclusivement opérer à partir du segment référentiel ou textuel immédiatement antérieur.
Annexe
ANNEXESÉchelle d’accessibilité de M. Ariel (1990)
Disposition de la rubrique « Culture/Portrait » dans le journal Le Monde
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Notes
[ *] Université Marc Bloch, UFR Lettres,
Scolia-EA1339, LILPA
22 rue Descartes 67084 Strasbourg Cedex
Tél : 0388417885
cschnede@umb.u-strasbg.fr
[ 1] Sur une période de 3 mois allant de mai à juillet 2003. Le corpus fait 45025 mots.
[ 2] Et dont la liste n’est pas encore achevée.
[ 3] Par exemple la réitération du nom propre du référent dans [2b] ralentirait le temps de traitement de la proposition, comme l’ont démontré les psycholinguistiques qui travaillent dans le cadre centragiste : c’est ce qu’ils appellent la « pénalité du nom propre répété » (cf. Schnedecker, 2003, pour une présentation de ces aspects).
[ 4] L’auteur travaille sur huit textes provenant des quatre genres suivants : « science fiction novels, academic book reviews, informal conversations and current affairs interviews. » (1996 : 269).
[ 5] Les auteurs travaillent sur des articles de quotidiens distingués par le lectorat et le mode de diffusion (diffusion en kiosque vs abonnements). Ils distinguent (p. 694) différentes rubriques (sports, news, stories, front page).
[ 6] Comme nous le montrons (Schnedecker, 1997 et 2002), ces interactions sont conçues selon les auteurs en termes de simples coïncidences entre démarcation structurelle et type d’expression ou de détermination (le découpage structural conditionne les formes d’expression référentielles. Fox (1987) envisage cette alternative en termes de « context-determines-use » ou de « use-accomplishes-context ».
[ 7] Qui, comme le souligne Jenkins (2002) citant le travail de Sullet-Nylander (1998) intitulé Le titre de presse. Analyse syntaxique, pragmatique et rhétorique, fonctionne comme « rhème ».
[ 8] Que le seul nom propre rend, sinon, opaque en l’absence de connaissances du monde adéquates.
[ 9] Il ne s’agit pas ici des noms de qualité du type de salaud, canaille, etc. étudiés par Milner.
[ 10] Le comptage tient compte ici du fait que dans une expression comme sa petite fille dans Lucie a été voir son grand-père. Celui-ci était émerveillé des talents de sa petite-fille, le N de petite fille réfère à Lucie. En revanche son désigne indirectement le grand-père d’où la colonne « son » (≈ de lui) dans la partie droite du tableau.
[ 11] Nous incluons dans ces chiffres les chaînes dont les SN pleins définis ou démonstratifs sont inférieurs ou égaux à 2.
[ 12] D’autres arguments sont suggérés dans Schnedecker (1992 ; 1997 : chapitres 3 et 5).
[ 13] Il en va de même pour les femmes politiques.
[ 14] Mais qui n’est pas systématique.
[ 15] Le pourcentage est ici calculé sur le total des SNdf.
[ 16] Lerat (1988 : 139) parle d’anaphore par le genre lexical pour désigner les anaphores fondées sur des rapports d’implication sémantique, conventionnellement établis par le système de la langue.
[ 17] À ce point de vue, la sociologie des personnalités des portraits du Monde est très différente de ceux de Libération dont la notoriété des porteurs n’est pas « donnée » mais souvent conférée par le portrait lui-même (p.e. des militants de divers mouvements ou ONG).
[ 18] La photographie qui accompagne les portraits est là pour ça.
[ 19] Cf. Lerat (1981 : 56).
[ 20] Dont les sens sémantique et instructionnel sont décrits dans Kleiber (1994), notamment.
[ 21] Peut-être le type ontologique du référent entre-t-il en compte et que les SN d’objets sont plus propices à la reprise anaphorique hyperonymique (cf. Theissen, 1997).
[ 22] Sauf à supposer que le comédien va incarner un oiseau ou qu’il veut ressembler (cf. le film Bird ou le roman de P. Süskind intitulé Le Pigeon).
Résumé
À partir d’un corpus constitué d’une quarantaine de portraits extraits du quotidien Le Monde, cet article montre que l’expression de la référence ne s’y conforme pas aux prédictions de la théorie de l’accessibilité ou la théorie du centrage. À la suite de certains auteurs, on suggère que le genre textuel conditionne fortement les modalités de la cohésion référentielle. L’inventaire et le dénombrement des SN référentiels permet en effet de distinguer, selon leur matériau grammatical et lexical, deux types de chaînes, dont les unités répondent à des principes d’alternance particuliers. Il s’agit notamment de dégager les contraintes lexicales et discursives qui pèsent sur l’emploi des SN définis, très nombreux, en tenant compte du contexte « droit » de leur occurrence.
Starting from a corpus made up of forty portraits extracted from the daily newspaper Le Monde, this article shows that the expression of reference does not conform to the predictions of the Accessibility Theory or the Centering Theory. Following certain authors, we suggest that the referential cohesion is conditioned by the kind of text. The inventory and the enumeration of SN reference frames indeed make it possible to distinguish, n the base of their grammatical and lexical material, two types of chains, in which the units respect particular principles of alternation. Therefore the study focuses mainly on the lexical and discursive constraints on the use of definite NPs taking into account the “right” context of their occurrence.
PLAN DE L'ARTICLE
- Introduction
- 1 - La référence en site mono-référentiel
- 2 - Les portraits journalistiques du journal Le Monde : quelques caractéristiques
- 3 - Les expressions référentielles dans les portraits du Monde : les tendances générales
- 4 - Les chaînes homogènes de type (Nom propre/Pronom)
- 5 - Chaînes hétérogènes et SN définis
- Conclusion provisoire
- Annexe
POUR CITER CET ARTICLE
Catherine Schnedecker « Les chaînes de référence dans les portraits journalistiques : éléments de description », Travaux de linguistique 2/2005 (no 51), p. 85-133.
URL : www.cairn.info/revue-travaux-de-linguistique-2005-2-page-85.htm.
DOI : 10.3917/tl.051.0085.









