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S'inscrire Alertes e-mail - Travaux de linguistique Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezAspects de l’évolution de l’article défini en français et en roumain
AuteurMaria Iliescu du même auteur
Université d’Innsbruck1.0. On sait qu’à la différence d’autres langues indo-européennes, comme le grec ou les langues germaniques, le latin disposait dans sa palette de déterminants du nom seulement des adjectifs démonstratifs, possessifs et quantitatifs et des propositions relatives. Les origines de l’article roman doivent donc être considérées comme une innovation du système nominal du latin tardif, grammaticalisée dans les langues romanes. Etant donné que dans cette période du latin les adjectifs pronominaux suppléaient partiellement les désinences perdues ou bien devenues ambiguës du nom, on a cru longtemps, sans toutefois nier l’importance des fonctions déictique et anaphorique de l’article, que la vraie cause de son apparition devait être cherchée surtout dans la fonction de suppléance désinentielle.
2 L’histoire de l’article défini de la période latine aux langues romanes contemporaines nous montre un tableau assez différencié de ses emplois et aussi de son extension.
3 Il n’est pas étonnant que cette nouvelle catégorie grammaticale ait causé beaucoup de difficultés aux grammairiens des langues romanes étant donné que déjà sa dénomination, articulus, création du bas latin, qui traduisait le grec arthron ‘jointure, jonction’, ‘division’, ne renvoyait ni à un référent, ni à un signe linguistique, puisque l’article n’existait pas comme catégorie grammaticale en latin.
4 2.0. C’est surtout dans les grammaires françaises que se reflètent les problèmes devant lesquels se trouvaient les auteurs des siècles passés « Qu’on imagine un instant l’embarras des grammairiens du Moyen Âge ou de la Renaissance aux prises avec les premières descriptions des langues modernes, cherchant dans leurs modèles, et ne trouvant pas, où loger les ‘petits mots’ si communs le, la, les. » (Wilmet, 1997 : 88).
5 Plus tard, en 1775 Condillac se plaignait à son tour : « L’article… a fort embarrassé les grammairiens et c’est la chose qu’ils ont traitée le plus obscurément » (cf. Joly, 1980 : 16-27). Et encore en 1861, dans la préface de l’éditeur de la Grammaire française de L. Noel (apud Wilmet, 1997 : 89) on peut lire : « Nous pourrions nous écrier avec (…) raison : ‘L’article n’est pas connu en France !’ Quel est donc ce singulier farfadet qui s’est glissé dans les langues modernes pour le plus grand supplice des grammairiens (…) ? Quel est ce feu follet (…) ? quelles sont ses fonctions ? quel est son emploi ? pourquoi le voit-on ici et non pas là ? pourquoi là sous telle forme et ici sous telle autre ? pourquoi tantôt absent d’un mot, tantôt présent ? »[1] [1] Pour des remarques semblables des grammaires de l’époque...
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6 Bien qu’aujourd’hui nous disposions de beaux et clairs paragraphes consacrés à la catégorie ‘article’ dans les grammaires modernes, bien que depuis beaucoup d’encre ait coulé au sujet des articles romans, des points d’interrogations continuent à subsister quant à la présence et absence des articles dans les différentes langues romanes. En plus, bien que les manuels de linguistique romane n’en parlent presque pas, l’emploi de l’article diffère de façon considérable d’une langue à l’autre (cf. Meyer-Lübke, 1899 : 174).
2.1. Si, pour découvrir la voie de la grammaticalisation de l’article, on prend le chemin inverse, c’est-à-dire au lieu de partir du latin, on commence par les langues romanes, on constate que celles-ci peuvent être groupées en deux catégories. Un premier groupe où l’analogie, et ultérieurement la norme, ont imposé l’emploi presque général de l’article défini et un deuxième groupe, dont font partie le roumain et partiellement le ladin dolomitique et le romanche, où l’emploi de l’article est beaucoup plus réduit, l’article étant absent à quelques exceptions près des syntagmes prépositionnels (cf. Iliescu, 2002) :
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9 Tout aussi curieux est le fait que cette contrainte n’apparaisse comme règle dans aucun manuel de linguistique romane et très rarement dans les chapitres de grammaires concernant les articles des différentes langues néo-latines. Font exception les langues qui n’ont pas généralisé l’emploi de l’article, donc pour lesquelles son apparition dans les conditions décrites supra est une exception, c’est-à-dire le roumain et le romanche. Dans les grammaires de ces idiomes on trouve l’indication que l’article défini est présent seulement si le substantif du syntagme prépositionnel est défini par les déterminatifs que nous venons de citer.
10 Même si au cours des siècles des grammairiens français ont remarqué cette ‘curiosité’, ils n’en ont pas tiré les conclusions nécessaires. Ainsi Vaugelas dans ses Remarques sur la langue françoise (1647) a observé d’un côté qu’un substantif suivi d’une proposition relative doit obligatoirement être pourvu d’article, de l’autre qu’un substantif sans article ne peut pas être suivi d’une relative (apud Raible, 1972 : 66).
11 Arnault et Lancelot, dans le chapitre X de leur Grammaire générale et raisonnée (1660), faisant référence à Vaugelas, donnent la règle suivante : « Dans l’usage présent de notre langue, on ne doit point mettre de qui après un nom commun, s’il n’est déterminé par un article, ou par quelque autre chose qui ne le détermine pas moins que ferait un article (ce, quelque, plusieurs, les noms des nombre, comme deux, trois, tout, nul aucun, etc.) »
12 Au XVIIIe s. Charles-Pinot Duclos dans ses Remarques sur la Grammaire générale et raisonnée, probablement pour éviter la notion peu claire de détermination, formule la règle concernant les relatives d’une autre façon : a) les propositions relatives sont possibles seulement après des substantifs ; b) ne sont substantifs que les mots qui ont un article ou un autre prépositif. Au début du XIXe s. Charles-Pierre Girault-Duvivier s’exprime d’une façon semblable dans sa Grammaire des Grammaires (apud Raible, 1972 : 67).
13 À remarquer que dans toutes ces remarques le point de départ est la proposition relative et non pas l’article. La règle, telle que l’avait formulée Vaugelas, manque dans une grande partie des grammaires françaises modernes et contemporaines. On la trouve pourtant s.v. article dans l’Encyclopédie dont Dumarsais avait rédigé le texte.
14 2.2. C’est précisément l’ignorance ou bien le manque d’importance accordé à cette règle qui a provoqué des difficultés d’interprétation.
2.2.1. Ferdinand Brunot (1924 : 233) mentionne, il est vrai, comme condition de l’emploi de l’article ‘la détermination’, sans en tenir compte dans l’interprétation des exemples : « Dès la plus ancienne période du français li, le, la sont en possession d’une part de leur rôle. Ils marquent que l’extension du substantif est limitée à certains objets ou à certains êtres, qui sont ou connus, ou déterminés, d’une manière quelconque ».
15 Il est vrai que ‘déterminé’ a ici le sens d’ ‘identifié’ et s’applique donc aux référents et non pas aux signes linguistiques qui leur correspondent. Il considère dans la suite que la présence de l’article dans certains exemples où il s’agit de noms de matière est une exception à la règle qui prévoit que ce type de substantifs ne soit pas accompagné de l’article défini : « si l’article défini a pour caractère essentiel de présenter une chose ou un être comme défini, il accompagne pourtant des noms qui ne le sont pas [c’est-à-dire noms de matière] (Brunot, 1924 : 234) :
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17 2.2.2. Dans l’Évolution et structure de la langue française de W. v. Wartburg (1946 : 35) on lit : « Nous avons vu p.ex. que les substantifs abstraits ne prennent pas l’article. Mais le vieux français fait une exception dès qu’ils s’individualisent :
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19 Pourtant ce n’est pas la valeur concrète qui a comme suite ici l’apparition de l’article, mais la règle de la détermination, car pesance est déterminée deux fois : une fois par grant et une fois par de son cœur.
20 Aujourd’hui encore les grammaires des langues romanes, dans les règles sur l’emploi de l’article, n’accordent que rarement l’importance adéquate au fait que les déterminants d’un substantif, n’importe son signifié, ont très généralement comme corollaire l’apparition de l’article défini[2] [2] Un exemple d’exception est le manuel de Wolf et Hupka...
suite. De même, dans les études de spécialité on trouve tout aussi rarement des observations à propos des exemples dont les substantifs sont déterminés comme dans celle de Brenda Laca (1989 : 176).
3.1. Étant donné que toutes les langues romanes se comportent de la même manière, dans la mesure où la présence de l’article défini est généralement obligatoire lorsque le substantif est accompagné d’un déterminatif (Art + N + Dét.), et ce aussi dans les cas des langues qui n’ont pas généralisé l’emploi de l’article défini, comme le roumain et le romanche, l’explication doit être cherchée en latin. Il faut supposer que les adjectifs démonstratifs, qui, perdant le sème /déictique/ tout en maintenant le sème /déterminé/, sont devenus ultérieurement les articles définis des langues romanes, s’employaient déjà en latin fréquemment dans des groupes nominaux du type ille + n + Dét.
Cette hypothèse a été confirmée indirectement par les résultats de plusieurs travaux, dont je ne mentionnerai que deux articles : Wolterstorff (1917 : 197-226) et Schmitt (1984-1985 : 94-125).
3.2. L’article de Wolterstorff s’occupe du sens des adjectifs démonstratifs chez Apulée. Le démonstratif, est accompagné dans la plupart des exemples d’un adjectif qualificatif, qui souligne une spécification :
- le nom d’une personnalité ‘celui / celle [nom] que nous connaissons’ :
suite ;
- des adjectifs qualificatifs :
- un adjectif possessif :
- adjectifs (9) :
- numeraux (5) :
- propositions relatives (28 ; cf. supra) :
21 4. Mais comment peut-on expliquer cette double détermination, redondante, réalisée par la reprise de déterminants de spécification (adjectifs, démonstratifs, possessifs, compléments du nom, propositions relatives) par un déterminant démonstratif affaibli et vidé de sa force déictique, le futur article roman ? C’est le latiniste suédois J. Svennung (1961 : 312 – 328), qui déjà à une époque où l’analyse du discours et implicitement de la langue orale n’étaient pas encore à la mode, a identifié dans l’anaphore répétée une caractéristique de la langue courante, qui cherche sans cesse d’intensifier ses moyens d’expression. Or les adjectifs démonstratifs ont toujours été sujets à des phases continuelles d’affaiblissement et de renforcement. (Voir les renforcements avec les particules déictiques ecce-, accu- et atque). C’est au moment d’une des phases d’affaiblissement de la valeur déictique qu’on a eu recours à un double marquage : le démonstratif affaibli et des déterminants de différente nature se sont renforcés réciproquement.
22 L’explication de la double détermination réside donc dans la tendance à l’expressivité et à la mise en relief de la langue courante et parlée. Il s’agit d’une reprise anaphorique ou d’une anticipation cataphorique par l’ancien démonstratif, qui avait pour but de renforcer la spécification déjà exprimée.
23 5. C’est grâce à ces renforcements redondants de plus en plus fréquents dans leur recherche d’expressivité, que d’un côté le démonstratif affaibli s’est grammaticalisé comme article et que de l’autre, conformément à son contexte habituel en latin tardif, il ne manque jamais dans les langues romanes quand le SN contient une autre spécification.
Le petit groupe des langues romanes où l’article ne s’est pas généralisé sous la pression de la norme, c’est-à-dire le roumain et partiellement le romanche, qui se trouvent encore aujourd’hui dans la situation de jadis : dans les syntagmes prépositionnels l’article est présent seulement (à quelques exceptions près ; cf. Iliescu, 2002) si le substantif est déterminé.
6. Mais le roumain offre un exemple encore plus éclatant de la tendance au renforcement des spécifications. Toutes les grammaires roumaines anciennes et nouvelles enregistrent, à la différence des autres langues romanes trois types d’articles définis :
24 a) l’article défini courant qui provient de ILLU respectivement de ILLA mais qui est enclitique (scaun < scamnum ‘chaise’, scaun-ul ‘la chaise’ (où l représente les restes actuels de illu et où le u qui le précède est une voyelle de liaison nécessaire à cause de la terminaison consonantique du radical nominal après la chute des voyelles finales) ; casă < casa(m) ‘maison’, cas-a ‘la maison’ (où –a représente ce qui est resté de illa – car en roumain un l géminé intervocalique tombe) ;
25 b) l’article appelé ‘génitival’ ou ‘possessif’ en roumain (sg. al, a ; pl. ai, ale), qui n’apparaît que dans une distribution spéciale (c’est-à-dire si le nom ou l’adjectif qui précède n’est pas pourvu d’article défini) :
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27 c) et enfin l’article appelé en roumain ‘adjectival’ ou démonstratif sg. cel, cea ; pl. cei, cele, identique à l’adjectif démonstratif à part l’aphérèse de l’a- initial (acel, acea ; acei, acele), provenant de eccu + ille, etc.
28 6.1. Les formes sous b) et c), qualifiées également d’articles dans les grammaires roumaines, sont considérées comme des particularités de la langue roumaine (cf. Niculescu, 1965 : 63 ; Gauger, 1996 : 9 ; Ernst, 1998 : 765, 2) et ont été peu expliquées[4] [4] À mon avis le soi-disant article possessif ou ‘génitival’...
suite. À ma connaissance toute hypothèse manque sur les causes de l’apparition de l’article adjectival. Avant de le placer dans le cadre plus général de l’apparition de l’article défini dans la Romania, quelques mots sur les fonctions de cette catégorie de mots sont nécessaires.
29 L’emploi de cel, cea, cei, cele est obligatoire avec les numéraux substantivés (trei ‘trois’ - cei trei ‘les trois’), avec les adjectifs substantivés dans certains cas, par exemple avec bătrân ‘vieux’ pour identifier quelqu’un parmi plusieurs personnes d’âges différents (cf. cel bătrân ‘le vieux’, ‘celui qui est vieux’, tandis que bătrân-ul ADJ-ART.DEF a le sens ‘le vieillard’), ou avec un groupe prépositionnel avec fonction adjectivale (spectatorii de faţă ‘les spectateurs présents’ - cei de faţă ‘les présents’). Ce type d’article remplace l’article défini des autres langues romanes, son emploi le plus important étant de lier un substantif suivi d’un article défini à un adjectif (pod-ul cel mare ‘le grand pont’ ; carte-a cea nouă ‘le livre neuf’ ; cf. supra [8] furnica cea mică ; [16] de la valea cea mare, etc.). Cet emploi étant - à quelques exceptions près - comme p. ex. dans les noms de personnes du type Stefan cel Mare ‘Étienne le Grand’ ; cf. supra [7] Plutarh cel vestit) en variante libre avec les syntagmes où l’article adjectival manque (pod-ul mare, carte-a nouă) est fort déroutant pour ceux qui n’ont pas le roumain comme langue maternelle. La seule différence entre les syntagmes avec et sans adjectif démonstratif est qu’avec cet article le SN a une connotation pragmatique de connu : ‘le pont / le livre connu’, ‘le pont/le livre dont nous parlions’. En d’autres termes il s’agit d’ajouter une spécification à celle qui existe déjà par l’emploi de l’article défini enclitique.
30 6.2. Comment pourrait-on expliquer l’apparition et l’existence jusqu’à nos jours de ces formes provenant incontestablement des adjectifs démonstratifs latins ?
31 Comme on l’a vu plus haut, les textes latins de l’époque tardive avaient tendance à souligner la spécification exprimée par les déterminants du substantif. Pour cette emphase on se servait initialement de l’adjectif démonstratif, qui avait déjà commencé à perdre sa fonction déictique et qui a fini par se transformer en article. Dans toutes les langues romanes à l’exception du roumain les formes de la nouvelle catégorie grammaticale ont maintenu leur autonomie et partiellement leur ‘saillance’.
Or, en roumain l’article défini a perdu son autonomie, et par là sa transparence et sa saillance, à cause de sa position enclitique, étant attaché à la fin du mot déterminé. C’est pourquoi la langue a répété le procédé de l’emphase en ayant recours en outre à l’adjectif démonstratif acel, après l’aphérèse de la voyelle initiale, qui est ici probablement un phénomène de phonétique syntaxique. Ainsi ont dû apparaître les formes de ce qu’on appelle en roumain ‘article adjectival ou démonstratif’ : cel, cea, cei, cele et qu’il faut interpréter comme une répétition de la première grammaticalisation de l’article. Les mêmes causes ont créé les mêmes effets. Le deuxième article, de la même origine déictique, est venu renforcer le premier.
Étant donné que l’apparition de l’article adjectival, telle que nous venons de l’expliquer, suppose l’existence de l’article défini enclitique roumain, il faut placer son origine à l’époque de la formation du roumain (cf. Ivànescu, 2000 : 227).
Très proche de notre explication, même si elle se réfère à l’emploi de l’article adjectival contemporain, est l’explication donnée par C. Dimitriu (1999, I : 181) de l’accumulation de l’article défini et de l’article adjectival dans des constructions comme copilul cel bun ‘le bon enfant’ : « cumulul de articole din acest tip de constructie se explicà prin insuficienta putere de individualizare a articolului hotàrât » “le cumul d’article dans ce type de construction s’explique par l’insuffisante force d’individualisation de l’article défini”.
Nous sommes donc face à un phénomène qui, même si, à première vue, il est redondant, continue la vieille tendance de renforcement d’une spécification, phénomène qu’on peut interpréter comme une récurrence typologique, dont ce n’est pas l’unique exemple dans l’histoire des langues romanes.
7. J’espère avoir montré que dans le processus à multiples facteurs qu’a été la naissance de l’article défini, un rôle de première importance a été joué par la tendance au perpétuel renouvellement de l’expressivité de la langue courante parlée, qui a pénétré lentement également dans les textes latins tardifs. C’est grâce à elle qu’on trouve encore en latin des spécifications redondantes, qui ont laissé une trace dans les langues romanes: la présence obligatoire de l’article défini dans le cas d’un substantif déjà spécifié par des déterminants.
Alors que la présence de l’article auprès d’un substantif déterminé est un fait général, qu’on trouve dans toutes les langues romanes et dont les racines se trouvent en latin tardif, l’article adjectival roumain est une innovation caractéristique, une récurrence cyclique postérieure, due à la position enclitique faible de l’article défini roumain. La grammaticalisation de l’article défini et de l’article dit adjectival en roumain s’explique par la même tendance : le besoin d’une plus grande expressivité dans la langue orale.
Bibliographie
Bibliographie[5] [5] Je regrette ne pas pu avoir à ma disposition l’article...
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Notes
[ 1] Pour des remarques semblables des grammaires de l’époque classique cf. Joly (1980 : 16-27).
[ 2] Un exemple d’exception est le manuel de Wolf et Hupka (1981 : 153).
[ 3] Tandis que dans les langues romanes on trouve dans ce cas l’article défini, le roumain emploie ici l’article adjectival, qui atteste la phase dans laquelle le démonstratif sur son chemin vers l’article avait déjà une valeur déictique atténuée, faible. (Cf. infra 6.0.)
[ 4] À mon avis le soi-disant article possessif ou ‘génitival’ est un marqueur de cas et équivaut à la préposition latine ad + illu / illa dans les constructions du datif adnominal qu’on trouve en ancien français et en ancien roumain (cf. Iliescu, 2007).
[ 5] Je regrette ne pas pu avoir à ma disposition l’article de R. Epstein, 1993, « The definite article : early stages of development », in Van Marle, J. Historical Linguistics 1991. Papers from the 10thInternational Conference on Historical Linguistics, Amsterdam, Benjamins, p. 111-134.
Résumé
Ce que l’on sait : l’article, innovation romane, provient de l’adjectif démonstratif latin ille. Son extension a été différente dans les langues néolatines : de presque générale (en français) à réduite (en roumain et en romanche) dans les syntagmes prépositionnels.
Ce qu’on voudrait savoir :
What we know: the definite article is a Romance development which derives from the Latin demonstrative adjective ille. The extent to which it is used varies in the different Romance languages: it ranges from a virtually generalized use (in French) to a limited one (Romanian, Romontsch) in the prepositional phrases.
What we want to know:
POUR CITER CET ARTICLE
Maria Iliescu « Aspects de l'évolution de l'article défini en français et en roumain », Travaux de linguistique 2/2009 (n° 59), p. 13-23.
URL : www.cairn.info/revue-travaux-de-linguistique-2009-2-page-13.htm.
DOI : 10.3917/tl.059.0013.




