Accueil Revues Revue Numéro Article

Tumultes

2001/2 (n° 17-18)

  • Pages : 436
  • ISBN : 9782841742653
  • DOI : 10.3917/tumu.017.0419
  • Éditeur : Editions Kimé

ALERTES EMAIL - REVUE Tumultes

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 419 - 436

1

« Si vous me demandez ce que devrait réellement être la sociologie, je vous répondrais qu’elle doit être l’examen de la société, l’examen de ce qui fait l’essence de la société, l’examen de ce qui est mais en un sens tel que l’examen en soit critique. » [*][*] Theodor W. Adorno, Einleitung in die Soziologie, Francfort...

2

La traduction française des œuvres sociologiques de Theodor W. Adorno accuse un certain retard. En dehors de la « Sociologie de l’intérieur » du Kierkegaard de 1928 et de l’Introduction à la sociologie de la musique de 1961-1962, on dénombre dans les Gesammelte Schriften (GS), publiés en 1974, et les Nachgelassene Schriften (NS), publiés en 1994 par le Theodor W. Adorno-Archiv pour le compte des éditions Suhrkamp (Francfort sur le Main), cinq ouvrages d’Adorno pleinement consacrés à la problématique sociologique. Le tome 8 des GS, « Soziologische Schriften I » contient des écrits précieux comme « Les catégories sociologiques » ou « La théorie freudienne et le modèle de la propagande fasciste ». Dans les deux volumes du tome 9 des GS, « Soziologische Schriften II », on trouvera la collaboration d’Adorno aux « Etudes sur la personnalité autoritaire ». Sur la problématique sociologique dans les NS, on consultera le tome 6, Philosophie und Soziologie, transcription d’un cours de 1960, et surtout le tome 15 intitulé Einleitung in die Soziologie.

3

L’Introduction à la sociologie est la transcription d’un cours professé à l’université de Francfort sur le Main d’avril à juillet 1968. Les « événements de mai » connurent leurs débuts allemands dès 1967 où, sur le modèle de l’expérience américaine de la « contre-université », s’imposait à Berlin le concept « d’université critique » et à Francfort sur le Main, berceau de la critique sociale allemande, celui d’« université politique ». Quelques jours avant de donner ces cours de sociologie, Adorno présidait le 16ème congrès de la Deutsche Gesellschaft für Soziologie sur le thème « Capitalisme tardif ou société industrielle ? » qui était également le titre de sa contribution. En 1968, Adorno invite les étudiants en sociologie à se replonger dans les livres théoriques, un peu comme Marx, le théoricien de la révolution sociale, s’enferme dans la salle de lecture du British Museum de Londres pour rédiger Le Capital. Pourquoi ce « retrait » hors de la scène immédiatement politique alors que Marcuse perçoit dans le mouvement étudiant une nouvelle étape de la pensée critique ? Une hypothèse se fait jour quand Adorno, dans son cours du 11 juillet, formule ce commentaire qui éclaire aussi bien la spécificité de l’expérience politique de Marx que ce qu’Adorno veut en retenir : « Le fait que Marx [...] se soit enfermé au British Museum [...] pour écrire une œuvre théorique d’économie politique, sans réellement s’engager sur le front de la praxis, n’est pas une simple contingence biographique, mais présente aussi un aspect historique »

Adorno et Durkheim. La critique du positivisme « réifiant ».

4

Selon Adorno, même si tous les pères fondateurs de la sociologie ont en commun d’avoir voulu installer la sociologie au cœur de la théorie de la connaissance, il semble bien que l’histoire de la sociologie soit celle de son hétéronomie. L’absence d’une détermination ontologique forte de la sociologie est une faiblesse et une vertu. C’est une faiblesse dans la mesure où l’on ne dispose pas en sociologie d’une vérité immuable à partir de laquelle il serait possible de dérouler le fil de la pensée authentiquement sociologique. C’est une vertu dans la mesure où cette absence laisse libre cours au déploiement de l’imagination dialectique émancipée du pathos de l’authenticité réactionnaire.

5

Cependant, l’absence d’un fondement ontologique fort n’empêche guère tout virage réificateur. On pense en tout premier lieu au positivisme originaire d’Auguste Comte calqué sur le caractère organique de l’objet des sciences naturelles. Positivisme ou dialectique ? C’est bien entre ces deux termes que, pour Adorno, le sort de la sociologie se joue. Il est du ressort de l’Introduction à la sociologie de poser les termes de la problématique fondamentale dont dépend l’unité théorique générale de la sociologie.

6

Afin de marquer le caractère déterminant de cette alternative, Adorno entend exploiter au maximum la contradiction interne à la sociologie à partir de la controverse méthodologique qui oppose l’école française d’Emile Durkheim et l’école allemande de Max Weber. L’objet est de faire émerger la source idéologique interne aux conflits de la sociologie dominante, enlisée dans le positivisme contraire à la dialectique, à ce qui pourrait être différent mais qui assurément « n’a pas encore commencé ».

7

Comment Adorno, en 1968, aborde-t-il l’œuvre sociologique de Durkheim ? On notera d’abord qu’Adorno adopte à l’égard de Durkheim une attitude assez dilettante en ne se référant à aucun passage particulier de l’œuvre et en ne citant que du bout des lèvres « Les Règles [de la méthode sociologique] » et « De la division du travail [social] ». On observera ensuite une constante : à chaque fois qu’Adorno se réfère à Durkheim c’est sur la notion de « chosisme » que l’analyse retombe. Le cours prononcé le 18 juin est certainement le plus explicite à l’égard de cette notion. « Durkheim souligne l’incompréhensibilité du “chosisme”, c’est-à-dire qu’il soutient que la sociologie rencontre son véritable objet là où se termine la compréhension. Ce faisant, il met le doigt sur un moment central de la socialisation » : l’autonomie institutionnelle croissante du produit de l’être humain face aux êtres humains ». Et Adorno d’ajouter que c’est dans ce procédé « qu’on trouve (et j’aimerais que vous consentiez à lire avec un peu plus de profondeur les textes sociologiques, je crois que c’est là aussi un des buts de l’introduction) un moment de vérité ».

8

Que signifie l’autonomie institutionnelle du produit social ? L’autonomie du produit social désigne l’autonomie de la sphère de production et signifie la fin de l’autonomie de la conscience critique [1][1] Chez Adorno, point d’individus bourgeois isolés ni.... Ce qui préfigure une nouvelle forme, réifiée celle-là, de socialisation. A l’heure de la victoire du principe d’échange assurée par l’autonomie croissante du produit social qui sépare les hommes de leur travail, Durkheim voit juste quand il propose dans les Règles de la méthode sociologique de considérer « les faits sociaux comme des choses ». Avant d’être le fruit de la conscience individuelle de l’altérité, la socialisation est elle aussi une « chose » déterminée en amont, « d’en haut » comme dit Adorno en pensant à Husserl, par le produit social sur lequel le sujet individuel n’a plus d’emprise.

9

Si le point de vue de Durkheim se vérifie un peu plus chaque jour, la lecture pratiquée par Adorno ne s’arrête cependant pas à ce constat. Il reste maintenant à examiner le contenu de vérité de l’adéquation du chosisme et du capitalisme du strict point de vue de l’histoire des formes de l’intersubjectivité. Adorno : « Seulement, il [Durhkeim] a hypostasié ce moment [le moment de l’autonomie croissante du produit social], c’est-à-dire qu’il l’a traité comme si cette opacité, cette “seconde nature” des institutions créées par l’homme qui deviennent autonomes face à lui, faisait partie de l’essence de la socialisation. Et c’est dans cette tendance, que l’on trouve l’apologie de la société en vigueur que Durkheim, de fait, a réalisée et qui s’est accrue parallèlement au développement de sa théorie ».

10

Adorno en appelle à la responsabilité historique de la construction méthodologique en sociologie. Considérer les faits sociaux comme des choses revient à justifier théoriquement l’autonomie croissante du produit social contre l’autonomie décroissante de la conscience individuelle de l’altérité. En justifiant arbitrairement la contrainte sociale, le positivisme parvient à liquider en même temps sujet et altérité. Considérer les faits sociaux comme des choses c’est aussi faire une erreur méthodologique car on ne peut pas identifier l’être et l’étant sans contraindre aussitôt l’essence de la socialisation à l’autonomie croissante du produit social. Or, c’est historiquement que la socialisation s’identifie à une marchandise, pas en soi[2][2] Ce point de vue est repris et développé plus amplement.... L’identification positive de l’être et de l’étant qui signifie l’emprise de l’être sur l’étant, est le produit de la réification de l’esprit qui suppose que l’esprit peut être considéré en soi comme une chose. En conséquence de quoi, affirmer l’incompréhensibilité du chosisme, c’est comme dit Levinas « commettre contre l’esprit le péché le plus grave, celui de la réification, le jeter dans le temps des horloges fait pour le soleil et les trains » [3][3] Emmanuel Levinas, De l’existence à l’existant, Paris,.... Si le chosisme n’échappe pas à la compréhension puisqu’il est directement lié à l’historicité des rapports de production, il faut bien remarquer également que la compréhension du chosisme n’en est pas moins indexée aux flux historiques du produit social.

Adorno et Weber

11

L’étude de l’œuvre sociologique de Max Weber que propose Adorno est beaucoup plus systématique que celle de Durkheim, comme s’il avait montré davantage d’intérêt pour Weber que pour son homologue français. Pourquoi affirmer alors que le positivisme de Durkheim est plus « cohérent », plus « conséquent» , que celui de Weber ? En affirmant cela, Adorno stigmatise le positivisme dans ce qu’il a de plus immédiat – ce qui lui permet, finalement, d’aborder, chez Weber, le positivisme dans sa dimension la plus pernicieuse. Plusieurs thèmes propres à la sociologie compréhensive sont successivement abordés dans les cours de sociologie de 1968 : la théorie de l’extension des valeurs ; celle du sens visé et de l’activité sociale ; le primat du matériau historique. L’intérêt de cette lecture critique réside dans la capacité d’Adorno à cerner le préalable logé au cœur des propositions méthodologiques, préalable non exempt de positivisme.

12

Dans le cours du 11 juin, Adorno analyse la théorie de l’extension des valeurs. Weber « défendait rigoureusement le point de vue de “l’extension des valeurs”, c’est-à-dire qu’il croyait que les jugements de valeur devaient être éliminés sans exception de la sociologie ». Très vite Adorno perçoit et exploite une ambiguïté : en soi « le pur acte de connaissance, selon lequel Weber croyait être en mesure de séparer jugements axiologiques et jugements de valeur, selon la seule distinction du vrai et du faux, implique déjà un rapport particulier aux valeurs ». Le pur acte de connaissance constitue déjà un jugement de valeur à l’égard de la construction théorique et donc une charge politique singulière. Et c’est précisément sur l’idée d’une liquidation a priori du jugement de valeur que Weber « a été suivi par le positivisme vulgaire d’aujourd’hui, même si lui, l’héritier de la théorie de la connaissance idéaliste, s’opposait au sociologisme vulgaire » — ce que Paul Lazarsfeld nommait « la recherche administrative ».

13

Ainsi happée par le positivisme le plus vulgaire, la théorie de l’extension des valeurs suscite la question suivante : quelle fonction peut-elle recouvrer dans l’économie de la construction méthodologique weberienne ? Adorno se montre tranchant : « Le terme même [d’extension des valeurs] est l’expression d’une réification, comme la position opposée à l’extension absolue des valeurs est aussi l’expression d’une conscience réifiée ».

14

Dans son texte sur la logique des sciences sociales, publié dans le tome 8 des œuvres complètes, Adorno écrit : « Tout le problème de la valeur que la sociologie et les autres disciplines considèrent comme un poids, est mal posé. Une conscience scientifique de la société qui se dit libérée des valeurs est aussi équivoque que celle qui s’en remet aux valeurs plus ou moins organisées et ordonnées arbitrairement. Si quelqu’un vient se soumettre à ces alternatives, il tombe nécessairement dans le jeu des antinomies. Même le positivisme n’a pas pu les éviter. Durkheim, dont le “chosisme” en général dépasse la position positiviste de Weber [...] ne reconnaissait pas l’extension des valeurs ».

15

Dans son cours du 25 juin, Adorno se concentre sur trois points de la définition de la sociologie que donne Weber [4][4] « Nous appelons sociologie (au sens où nous entendons... et précise la portée sociale de la critique de la théorie de la connaissance.

16

1° D’abord la forme très rhétorique de la définition où « tout sonne aussi bien qu’un juriste peut le faire devant ses élèves » et dont on « imagine [aisément] le pouvoir suggestif que cela possède ». Or, dans cette forme d’expression canonique ne reconnaît-on pas déjà le pathos du nominalisme qui « n’attribue aux concepts aucun sens spécifique en dehors de celui qu’il leur donne » ? Cela constitue une incohérence par rapport à la théorie de l’extension des valeurs, car on ne peut pas à la fois contraindre ce qu’il y a de plus conflictuel dans la réalité sociale à demeurer en deça des valeurs et justifier ce point de vue à la manière du nominalisme sans forcer aussitôt le langage (qui énonce les modalités d’être de la nature avec les concepts de la société historique) à demeurer lui-même en deça de la réalité sociale.

17

2° Selon Weber, l’objet privilégié de la sociologie serait « l’activité sociale » qu’il définit comme le comportement humain sous toutes ses coutures, puisqu’il s’agit d’expliquer causalement son « déroulement » et ses « effets ». Adorno s’oppose à cette définition de l’objet sociologique : « Mais qui a étudié un tant soit peu la sociologie, même Max Weber (justement Max Weber), conviendra aisément que ce dont traite la sociologie n’a rien à voir avec les activités sociales. L’analyse sociologique, au contraire, se réfère surtout aux formes réifiées et objectives, qui ne peuvent être réduites immédiatement à des actions. C’est le cas de tout ce qui, en un sens très large, peut être caractérisé comme institutions ». Ce qu’il y a de singulier dans l’activité sociale n’est pas tant le sens visé par l’agent, mais la détermination historique de l’ensemble des institutions de la société dont l’intérêt est de faire bloc contre l’autonomie de la conscience individuelle [5][5] Voir les développements d’Adorno sur l’industrie culturelle.... En amont de l’activité sociale, il y a la contrainte historique alimentée par le conflit entre les institutions, conflit qui constitue le véritable objet sociologique.

18

Cette critique de l’objet de la sociologie dissimule une critique plus large de la sociologie compréhensive dans son ensemble. Car si, en tant qu’activité sociale, la sociologie compréhensive a une fonction historique, et si le déterminisme vient avant l’activité sociale et en détermine le sens objectif, il s’ensuit que la fonction de la sociologie compréhensive est elle-même déterminée en amont par la contradiction sociale et qu’en ce sens, elle est dépossédée de toute autonomie.

19

En mettant en cause l’identité de l’objet de la sociologie compréhensive — l’activité sociale — le discours critique prend une forme dialectique. Dès lors, la mise en cause de l’objet sociologique constitue en un sens, pour Adorno, l’objet même de la sociologie.

20

3° Le dernier point examiné par Adorno est la dimension interprétative dont se dote la sociologie compréhensive. L’observation de la construction interprétative de la sociologie compréhensive fournit à Adorno l’occasion d’établir le préalable en vigueur dans la sociologie weberienne.

21

Pour fonder la dimension interprétative de la sociologie, Weber n’a pas ménagé ses efforts. En première instance, il lui a fallu la séparer de l’interprétation psychologique. Ce qui fut fait rationnellement. C’est sur ce point d’une logique implacable qu’Adorno reconnaît le moment de vérité de la sociologie compréhensive. « Max Weber a réalisé des efforts énormes et très ingénieux pour séparer le concept d’interprétation de l’interprétation psychologique, en restreignant l’interprétation à la rationalité, c’est-à-dire, à la relation moyen/fin [...]. Et puisque la rationalité, comme nous l’enseigne la psychologie, n’est pas autre chose qu’une preuve de la réalité, on est parvenu à pénétrer l’objectivité sociale par le moyen de cette médiation géniale, c’est-à-dire par le moyen du concept de rationalité propre au concept d’interprétation ». Le calcul est précis : c’est en s’appuyant sur l’obstacle que représente la psychologie que Weber parvient à la contourner.

22

Cependant, pour montrer que le sens visé constitue le contenu objectif de l’activité sociale, Weber a besoin de s’appuyer sur un présupposé de taille : le fait que l’objectivité de la rationalité soit conforme à celle de la réalité. Mais, parce que la souffrance des hommes cristallise la contradiction historique inacceptable dans laquelle la société bourgeoise est irrémédiablement plongée, il n’est pas légitime d’identifier la réalité sociale au concept de rationalité. Identifier raison et rationalité sociale, n’est-ce pas la meilleure manière de rationaliser la souffrance des hommes ? Donc, le préalable en vigueur dans la sociologie weberienne se révèle n’être autre que le mythe de la raison. La sociologie compréhensive ne serait-elle qu’un « rejeton » de l’Aufklärung ?

Sociologie et mythe de la Raison

23

Une première réponse à cette question a déjà été entrevue quand a été identifiée l’appartenance de la démarche compréhensive à la théorie — idéaliste — de la connaissance. Une seconde réponse apparaît dans le cours prononcé le 2 juillet [6][6] Rappelons que l’Introduction à la sociologie est la.... La dernière fois qu’Adorno a parlé de la sociologie weberienne, il s’est longuement arrêté sur la fonction du matériau historique dans la construction méthodologique de Weber et sur les liens qui le soudaient au mythe de la raison transcendantale. « Weber disposait d’un matériau historique extraordinairement abondant, une abondance qui demeure véritablement enviable pour nous tous, étant donné que (et cela doit être dit sans restriction) ce type d’abondance de matériau érudit s’est perdu aujourd’hui. Grâce à cette connaissance, Weber a pu conférer aux types idéaux la meilleure substantialité possible. Je voudrais illustrer cela avec au moins un exemple. Il s’agit d’un exemple extrait du morceau le plus fameux de Economie et société sur lequel vous devrez tous vous pencher, à savoir la “Sociologie de la domination” » [7][7] Il s’agit du chapitre III « Les types de domination.... Adorno rappelle les trois types de domination politique : domination rationnelle, traditionnelle et charismatique, cette dernière étant la plus intéressante au regard du passé le plus récent [8][8] « …qui donne toujours l’impression d’avoir été anéanti....

24

La domination charismatique est « une forme de domination qui consiste dans le fait que des figures déterminées ou des personnes déterminées, comptent sur l’opportunité que leur autorité soit considérée comme légitime d’une manière irrationnelle, “d’en haut”. La question d’incorporer des éléments irrationnels à la société est pour Weber extraordinairement importante, justement à cause de son concept de “rationalité des fins» » .

25

Pour Adorno la vraie raison de l’introduction de ce concept c’est que Weber « pensait qu’avec le concept de domination charismatique, on pourrait obtenir quelque chose comme un correctif au bureaucratisme du monde bourgeois de plus en plus rigide. Il y a déjà cinquante ans, il se rendait parfaitement compte de cette tendance vers un “monde administré”, mais ce qu’il n’a pas vu, et peut-être qu’alors on ne pouvait pas le voir, c’est que le concept de “chef charismatique” [...] n’opère pas comme un correctif pour la domination bureaucratique, mais est spécifiquement approprié pour se fondre avec cette domination bureaucratique. Cela vaut aussi bien pour le leader dans l’Etat fasciste que pour ce qu’on appelle le culte de la personnalité dans les systèmes staliniens ». Adorno insiste conjointement sur deux éléments :

26

1° D’abord sur la maîtrise que Weber a témoignée du matériau historique de son époque.

27

2° Ensuite, il fait observer le glissement de la fonction historique du concept de domination charismatique qui n’est pas immédiatement le correctif sensé s’opposer – de part sa nature mythologique (c’est-à-dire non immédiatement rationnelle) – à la rationalisation constante et catastrophique du contenu de la vie humaine dont la bureaucratie est le reflet immonde. Il y a une dialectique de la domination charismatique qui lui confère la dextérité suffisante pour fusionner avec le monde bureaucratique de telle manière qu’elle s’en approprie les fonctions. Elle n’en constitue donc nullement l’antithèse comme l’avait imaginé Weber. Au contraire, la domination charismatique inclut la domination bureaucratique dans ses plans, elle l’intègre en fusionnant avec elle.

28

Comment la domination charismatique parvient-elle à faire sienne la rationalisation bureaucratique du monde ? En posant cette question, Adorno touche le cœur de la construction méthodologique weberienne car si la domination charismatique parvient à faire sienne la rationalisation bureaucratique, c’est qu’elle est gouvernée de l’intérieur par le telos rationaliste de l’Aufklärung dont dépend très largement la théorie de la connaissance, et partant, la sociologie compréhensive. L’Aufklärung est le système de la raison qui apparaît à la raison critique comme mythe [9][9] Max Horkheimer et Theodor W. Adorno, La Dialectique.... C’est pourquoi, la domination charismatique, en tant que forme de domination fondée sur la non-rationalité, conforte d’autant mieux la domination bureaucratique dont l’effort tend à rationaliser l’administration du monde et donc à modeler le contenu de la vie intersubjective.

29

Ce que Weber conçoit sous le titre de « sociologie de la domination » n’est en réalité qu’un moment de la dialectique de la raison dont il n’a pas pu rendre compte, puisque la sociologie compréhensive est intimement liée au mythe de la raison qu’elle introduit dans le domaine de la théorie de la connaissance par la petite porte de la subjectivité libérale. « Vous devez toujours avoir à l’esprit, dit Adorno à ses étudiants révoltés, que Weber n’était pas dans l’absolu un irrationaliste dans le sens où il aurait introduit le charisme comme une catégorie positive. Il a capté cette catégorie sur un mode purement descriptif, c’est-à-dire, comme une opportunité : si les êtres humains confient à une personne une opportunité de ce type, alors celle-ci jouit d’une opportunité particulière selon laquelle ses ordres doivent être suivis ; si après il arrive que cette personne possède ce charisme, cela reste indifférent pour cette science qui, comme on le sait, se présente comme libre de valeurs. Je ne peux pas cesser de vous avertir que justement cette indifférence (c’est-à-dire le fait que la sociologie ne se demande pas si le charisme existe réellement ou pas) a eu des conséquences très dangereuses, très nocives, relativement à certaines positions qu’a tenues Weber ».

30

Le contenu de vérité historique de la domination charismatique, c’est la dialectique de l’Aufklärung, bien qu’elle soit masquée dans la sociologie compréhensive par la médiation — méthodologique — de la construction du type idéal qui est le point névralgique de l’inscription ahistorique de la sociologie compréhensive.

31

En faisant découler l’analyse du type idéal de la sociologie de la domination, Adorno cherche à interroger la fonction idéologique de l’outil méthodologique en sociologie. Comme tout modèle méthodologique a priori, l’idéaltype [10][10] On trouvera un examen minutieux du type idéal dans... n’est pas neutre, au contraire, il est doté d’une praxis sociale qui lui est propre. Adorno : « Si nous prenons le concept de type idéal d’une manière aussi stricte que l’article sur les catégories de la “Doctrine de la science” de Weber le présente, il s’ensuit qu’un type idéal ne peut comporter aucune tendance par laquelle il pourrait se transformer en un autre type idéal, étant donné qu’il est quelque chose de monadologique et créé ad hoc pour subsumer certains phénomènes. D’une certaine manière, Weber lui attribuait quelque chose de la substantialité du concept hégélien, quelque chose de l’objectivité du concept qu’il refusait par ailleurs, ce qui coïncide avec le positivisme dominant de la pensée sociologique de son époque mais également de la nôtre [...]. Donc, si réellement il existe comme une tendance, une tendance nécessairement immanente, pour qu’un type idéal aille au-delà de lui-même et se transforme en un autre type idéal, alors non seulement il ébranle la structure monadologique absolument isolée de ce type idéal, mais il s’introduit déjà quelque chose de similaire au concept de loi objective du mouvement social, et, avec lui, également quelque chose comme une structure objective de la société elle-même, ce que Weber niait par principe, à travers sa théorie de la connaissance [...]. Cela a une conséquence extraordinaire sur laquelle je désire attirer l’attention, précisément en relation avec le débat sur le positivisme qui est la marque générale des considérations que je tente de développer dans ces cours théoriques. Cette conséquence c’est que, même si on opère avec des concepts définis d’une manière purement instrumentale, la (pour ainsi dire) structuration de la chose même, de l’objet, s’impose, de telle manière que, dans ces concepts définis d’une manière opérationnelle, quelque chose de la structure objective s’affirme à travers sa propre détermination structurelle ce qui, selon la règle du jeu en cours dans ce type de science ne devrait pas arriver. Ce qui implique, pour le dire d’une manière subtilement dialectique, que dans la conception positiviste de la science, du moment où l’on se plonge dans le matériau (disons, par exemple, du moment où l’on observe réellement le destin du chef charismatique [...]), on observe quelque chose qui a tout l’air d’une objectivation à l’intérieur de la structure de la société elle-même alors qu’elle est opposée à cette conception ». Et Adorno de conclure : « Cet aspect spécifiquement historique que l’on tente de maintenir éloigné moyennant la construction de ladite sociologie pure, s’introduit dans la construction apparemment ahistorique des types idéaux qui fait abstraction de l’histoire (mais qui le fait aux prix des conditions historiques concrètes dans lesquelles les types idéaux respectifs surgissent et dont on voudrait qu’ils soient dotés d’une validité particulière). Quod erat demonstrandum ». Dans l’économie de la construction méthodologique weberienne, la fonction de l’idéal type est donc : synthétiser des éléments historiques dans un espace ahistorique (mythologique), qui apparaît comme une « utopie » [11][11] Ibid., p. 173., afin d’extraire la construction méthodologique de l’immanente idéologie qui recouvre la société. C’est par le biais de la construction idéaltypique que la sociologie compréhensive s’extrait de l’implication historique. Mais, comme y insiste Adorno, cette extraction de la construction méthodologique de la sociologie est elle-même historique, elle constitue même la première objectivation de la société. Ainsi, l’outil méthodologique, contrairement à l’idée répandue, est, par endroits, le vecteur principal de la teneur idéologique de la construction théorique.

32

Ce glissement de sens de la construction idéaltypique implique une redéfinition de la fonction historique de la sociologie de la domination dans son ensemble. D’un côté parce que l’idéal type, en tant que construction purement conceptuelle, recouvre déjà une fonction historique ; d’un autre côté parce que, comme l’affirme Adorno, l’indifférence à l’égard de l’évolution historique de la société peut avoir des conséquences nocives sur la construction intellectuelle des objets sociologiques. Dans ces conditions, il apparaît non seulement que la sociologie de la domination recouvre elle-même une fonction idéologique dont elle voulait pourtant se défendre, mais encore que seule une critique de la domination peut se substituer à une simple « sociologie de la domination » dont on voit qu’elle se fond d’autant mieux au continuum de l’histoire qu’elle comptait s’en délivrer.

33

Il ne s’agit donc pas pour Adorno de dépasser, à la manière de Hegel, les positions de Durkheim par celles de Weber et vice et versa, et encore moins d’ignorer la controverse méthodologique entre les écoles de pensée sociale, comme on tente de le faire aujourd’hui en anticipant une vague réconciliation politique aux vertus idéologiques. Ignorer que la société est en guerre contre elle-même, c’est peut-être cela l’inacceptable. Adorno procède donc autrement :

34

1° il s’emploie d’abord à prendre en compte le contenu idéologique des conceptions méthodologiques, qui constitue le véritable rempart de l’institution généralisée de l’indifférence, le propre de la sociologie dominante ;

35

2° il montre ensuite le fondement positiviste qui rapproche les discours respectifs de ces sociologies dominantes [12][12] Durkheim en réifiant la nature même du fait social... ;

36

3° enfin, il remet à l’endroit ce qui méthodologiquement avait été renversé en affirmant que l’objet de recherche, le thème sociologique, vient avant la méthode.

Sociologie, totalité, contradiction.

37

Alors qu’il s’emploie à éclairer le rapport sujet/objet dans la construction méthodologique en sociologie, Adorno se montre soudainement affirmatif : « J’ai maintes fois affirmé que la méthode doit être dirigée par le thème et non pas être un simple schéma d’ordonnancement ». S’il y a d’abord l’objet — le thème sociologique — puis la méthode, comment définir alors la teneur de la sociologie ?

38

Il ne peut s’agir de fonder la sociologie contre les autres disciplines établies. Car, à tout prendre, l’objet de la sociologie est-il si éloigné de l’objet de la philosophie ? Ne peut-on pas décrypter dans la conception du roi philosophe de Platon une incidence de nature sociologique ? Dans son cours du 4 juillet 1968 Adorno y revient : « Vous ne devez pas oublier que les catégories métaphysiques chez Platon, c’est-à-dire la doctrine des idées, ne sont pas absolument séparées de sa doctrine de la société. En ce sens, la doctrine de Platon est encore archaïque étant donné qu’il ne distingue pas d’une manière absolue la philosophie comme questionnement de l’être et la philosophie comme questionnement de la société ». Suivons bien Adorno : la doctrine des idées n’est pas archaïque parce qu’elle mêle sous un même toit philosophie et sociologie. Elle est archaïque parce qu’elle confond philosophie de l’être et philosophie de la société, c’est-à-dire que sous l’égide de la philosophie elle réunit arbitrairement l’être et l’étant, la métaphysique et la réalité immanente, et que dans cette fusion la particularité sociale et historique est avalée par l’ontologie de l’être [13][13] C’est dans ce sens qu’Adorno ajoute ensuite : « Une....

39

Quel est donc l’objet de la sociologie ? La spécificité de l’objet sociologique, c’est la société que l’on peut définir selon ses stades historiques et dans ses contradictions internes. La société, dans sa totalité, donne le cadre générique de l’activité humaine. Qu’il n’y ait pas d’activité humaine compréhensible en dehors de la totalité sociale, Adorno n’a cessé de l’affirmer [14][14] Notamment dans sa controverse avec Karl Popper à Tubingen.... La totalité est le concept générique qui rend possible la compréhension des faits sociaux parce qu’elle leur donne le cadre historique et institutionnel de leur existence.

40

Mais dire qu’en dehors de la totalité rien de la société ne transparaît ne veut pas dire que la totalité détienne la clef du sort de l’humanité. En tout cas, Adorno n’a pas la même conception de la totalité que la tradition philosophique de l’idéalisme, car il la pense comme intrinsèquement contradictoire. Il écrit bien, dans Minima Moralia, que « Le tout est le non-vrai » [15][15] Theodor W. Adorno, Minima Moralia. Réflexions sur la.... Ainsi, une fois qu’il a identifié l’objet de la sociologie, la totalité sociale dans ses manifestations historiques, il s’immisce en lui et définit son contenu de vérité historique : « La société dans laquelle nous vivons (et finalement la société est l’objet premier de la sociologie même si certains le nient comme quelques sociologues d’ailleurs) est essentiellement et constitutivement contradictoire ».

41

La totalité n’est donc pas pensée, chez Adorno, comme un concept indépassable, mais il faut bien dire que sans le concept de totalité, rien n’est pensable dans la société. La totalité est le concept transcendantal dont on sait que l’identité est fausse en soi mais qui rend l’immanence sociale pensable dans sa réalité intrinsèque, c’est-à-dire contradictoire ou divisée.

42

De cette définition de la société contradictoire, il s’ensuit une réorientation de l’implication sociologique dans le domaine de la théorie de la connaissance. Puisque, historiquement, la société désigne la société contradictoire et conflictuelle, le savoir offert par la sociologie ne peut être qu’un savoir discontinu. « Si cela ne risquait pas d’être mal interprété, dit Adorno dans son premier cours du 23 avril, on pourrait dire que l’idée couramment admise dans le domaine scientifique d’une continuité sans ruptures de la connaissance sociologique, comme on la retrouve dans l’ombre du grand système de Talcott Parsons, cache déjà quelque chose comme une tendance harmonisante » dont l’objet intime est d’effacer – par le voile méthodologique – l’abîme qui sépare le particulier et le général. La connaissance de la sociologie est celle de l’antagonisme social et, en tant que telle, sa formulation en constitue la première critique. Le savoir sociologique est donc un savoir essentiellement critique sur ce qui constitue l’essence de la société : la contradiction [16][16] D’où cette définition de la sociologie risquée par....

43

Quelle incidence pour la théorie sociologique de la connaissance ? Si la connaissance sociologique est celle de la contradiction sociale et si en tant que connaissance de la contradiction sociale elle en exprime la première critique, il est dans la nature du savoir sociologique de se définir comme critique et dialectique. Car en dévoilant le faux, le mensonge des universaux qui met à l’abri le sujet bourgeois hypostasié dans l’identité immuable de l’idéalisme, le savoir sociologique parvient à faire apparaître sinon le vrai, du moins ce qui échappe au règne sans partage de l’identité. C’est en ce sens que le savoir sociologique constitue une critique dialectique de la société en opposition avec le continuum de l’histoire et non pas une simple théorie de la société. Mais on aura noté que si la nature du savoir sociologique est critique et dialectique il est plus que tendancieux de parler d’un « savoir sociologique ». En réalité, pour Adorno, il se pourrait bien qu’il n’y ait pas de savoir sociologique authentique mais plutôt une réflexion critique qui s’énonce à partir d’une conscience critique de la contradiction sociale immanente.

44

En résumé, puisque l’objet de la sociologie est la société dans sa totalité dynamique et puisque celle-ci est historiquement contradictoire et conflictuelle, il est clair que la connaissance de l’objet ne peut être qu’une connaissance critique qui découle inéluctablement d’une critique de la théorie de la connaissance. Pour Adorno, la critique de la théorie de la connaissance constitue le contenu de vérité historique de la sociologie. La principale difficulté de l’Introduction à la sociologie d’Adorno consiste donc à comprendre qu’il est dans l’essence dialectique de la sociologie critique de ne pas se subordonner au régime positiviste de la théorie de la connaissance.

Notes

[*]

Theodor W. Adorno, Einleitung in die Soziologie, Francfort sur le Main, Suhrkamp, 1993.

[1]

Chez Adorno, point d’individus bourgeois isolés ni de classes sociales prétendument homogènes, mais des êtres humains dotés d’une conscience de la totalité sociale – comme chez le jeune Marx finalement.

[2]

Ce point de vue est repris et développé plus amplement dans « Introduction à Sociologie et philosophie d’Emile Durkheim » in Soziologische Schriften I, GS, tome 8.

[3]

Emmanuel Levinas, De l’existence à l’existant, Paris, Vrin, p. 168.

[4]

« Nous appelons sociologie (au sens où nous entendons ici ce terme utilisé avec beaucoup d’équivoques) une science qui se propose de comprendre par interprétation [deutend verstehen] l’activité sociale et par là d’expliquer causalement [ursächlicherklären] son déroulement et ses effets. Nous entendons par “activité” [Handeln] un comportement humain (peu importe qu’il s’agisse d’un acte extérieur ou intime, d’une omission ou d’une tolérance), quand et pour autant que l’agent ou les agents lui communiquent un sens subjectif. Et par activité “sociale”, l’activité qui, d’après son sens visé [gemeinten Sinn] par l’agent ou les agents, se rapporte au comportement d’autrui, par rapport auquel s’oriente son déroulement », Economie et société, tome 1 : Les catégories de la sociologie, Paris, Plon, 1995.

[5]

Voir les développements d’Adorno sur l’industrie culturelle et l’astrologie.

[6]

Rappelons que l’Introduction à la sociologie est la transcription du dernier cours qu’Adorno aura professé dans le cadre de l’université avant de mourir en 1969.

[7]

Il s’agit du chapitre III « Les types de domination » de Economie et société.

[8]

« …qui donne toujours l’impression d’avoir été anéanti par les catastrophes » selon le mot de Walter Benjamin que s’était approprié Adorno.

[9]

Max Horkheimer et Theodor W. Adorno, La Dialectique de la raison. Fragments philosophiques, Paris, Gallimard, traduction par Eliane Kaufholz, 1974.

[10]

On trouvera un examen minutieux du type idéal dans « L’objectivité de la connaissance dans les sciences et la politique sociales » repris dans Essais sur la théorie de la science, Paris, Plon, 1992.

[11]

Ibid., p. 173.

[12]

Durkheim en réifiant la nature même du fait social et Weber en reliant sujets et institutions par la seule rationalité de la totalité.

[13]

C’est dans ce sens qu’Adorno ajoute ensuite : « Une des clefs de la philosophie platonicienne, c’est son intention de fonder sa conception de l’organisation sociale plus ou moins organique et hiérarchique dans les trois facultés de l’âme et, avec cela, en dernière instance, dans la doctrine des idées elle-même ». Sur la réfutation adornienne de la doctrine des idées et de la théorie de la connaissance qui va avec, voir son commentaire de la République dans « Sur le caractère fétiche en musique et la régression de l’audition » de 1938, traduit dans la revue Inharmonique, « Musique et perception », Christian Bourgois, mars 1988, p. 140.

[14]

Notamment dans sa controverse avec Karl Popper à Tubingen en 1961. « Rien de social ne peut être pensé sans référence à la totalité, au système total qui est réel mais intraduisible en une immédiateté tangible […]. Interpréter a pour signification première : percevoir la totalité à partir des traits du donné social », « Introduction » (rédigée par Adorno) in De Vienne à Francfort. La querelle allemande des sciences sociales, Bruxelles, Complexe, traduction par J. Dewitte, 1979, p. 32.

[15]

Theodor W. Adorno, Minima Moralia. Réflexions sur la vie mutilée, Paris, Payot, coll. « Critique de la politique », traduction par Eliane Kaufholz et Jean-René Ladmiral, 1991, p. 47.

[16]

D’où cette définition de la sociologie risquée par Adorno : « Si vous me demandez ce que devrait réellement être la sociologie, je vous répondrais qu’elle doit être l’examen de la société, l’examen de ce qui fait l’essence de la

Plan de l'article

  1. Adorno et Durkheim. La critique du positivisme « réifiant ».
  2. Adorno et Weber
  3. Sociologie et mythe de la Raison
  4. Sociologie, totalité, contradiction.

Pour citer cet article

Nemer Guillaume, « La question sociologique selon T. W. Adorno. Introduction aux cours de 1968 », Tumultes, 2/2001 (n° 17-18), p. 419-436.

URL : http://www.cairn.info/revue-tumultes-2001-2-page-419.htm
DOI : 10.3917/tumu.017.0419


Article précédent Pages 419 - 436
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback