Tumultes 2003/1
Tumultes
2003/1 (n° 20)
184 pages
Editeur
DOI 10.3917/tumu.020.0143
A propos de cette revue Site Web
Alertes e-mail

Recevez des alertes automatiques relatives à cet article.

S'inscrire Alertes e-mail - Tumultes

Être averti par courriel à chaque nouvelle parution :
d'un numéro de cette revue
d'une publication de Nicole Gabriel
d'une citation de cet article

Votre adresse e-mail

Gérer vos alertes sur Cairn.info

Cairn.info respecte votre vie privée
L'horizon ouvert

Vous consultez« Et si un jour dans un rare sursaut printanier le monde...[1] [1] Peter Weiss, Hölderlin, théâtre, trad. ...
suite
»

Deuil de la Révolution et désir de révolution dans Hölderlin de Peter Weiss (1970 – 1972)

AuteurNicole Gabriel du même auteur

Université Paris7 - Denis Diderot

Dans la dernière de ses pièces Germania 3, les spectres de la Mort-homme, Heiner Müller montre une scène où deux soldats russes se retrouvent à Stalingrad. L’un revient du goulag, l’autre est dans l’armée Rouge. Apparaît un soldat allemand. Le soldat russe numéro 1 l’abat, le soldat numéro 2 s’approche et voit que son visage est « tout jeune, encore un enfant » et découvre dans sa botte un livre Friedrich Hölderlin, il déclame quelques vers de La Mort d’Empédocle. Puis il trouve encore autre chose : une photo de ce même soldat qui rit devant « sept partisans au gibet ». Cet amateur de poésie était cruel. Ils n’enfouiront pas, comme c’était leur intention, son corps dans la neige : « Que les loups dévorent ses yeux[2] [2] Heiner Müller, Germania 3 Gespenster am Toten Mann,...
suite
».

2 On peut certes comprendre cette scène comme une métaphore, la guerre révélant, comme si souvent chez Heiner Müller, deux faces contradictoires chez un individu. Mais le théâtre a un solide arrière-plan dans la réalité puisque chaque soldat, sous le Troisième Reich, transportait à la bataille « son Hölderlin et son fusil[3] [3] « J’ai toujours emporté mon fusil et mon...
suite
», puisque l’armée distribuait des morceaux choisis de Goethe, de Schiller et de Hölderlin. Lorsqu’on a de la chance, on retrouve ces anthologies dans les marchés aux puces, le papier, de fort mauvaise qualité, est jauni et cassant, l’éditeur, bien que son nom ne soit pas clairement apparent, était le célèbre Insel Verlag qui existe toujours aujourd’hui.

3 Au début des années soixante-dix, Peter Weiss est mondialement célèbre grâce à son Marat-Sade (1964), et par un « oratorio en onze chants », l’Instruction, exemple-type de théâtre documentaire, puisqu’il s’agit d’un collage et d’un montage réalisé à partir des dépositions des accusés au procès de Francfort des tortionnaires d’Auschwitz. Il publie alors une pièce de théâtre intitulée simplement Hölderlin, un titre laconique et énigmatique pour une pièce de théâtre — chez un auteur qui affectionnait les titres longs[4] [4] Le titre complet de Marat-Sade est : La Persécution...
suite
. Hölderlin est une tentative sans équivoque aucune pour arracher au nazisme et à la droite extrême Hölderlin, le poète allemand que Peter Weiss présente comme le dernier des Jacobins.

Le dévoiement

4 Car, de tous les classiques, Hölderlin a bien été le poète officiel de l’Allemagne nazie et surtout de l’Allemagne en guerre. Dès 1938, Baldur von Schirach donnait un coup d’envoi à ce culte en publiant dans la revue Wille und Macht, l’organe de la jeunesse national-socialiste, trois poèmes où en se référant expressément à Hölderlin, il présentait la mort au front comme l’accomplissement de la vie[5] [5] Cf. Johann Kreuzer (éd) : Hölderlin-Handbuch,...
suite
. Hölderlin y était présenté comme l’exemple d’une jeunesse héroïque et les commentateurs rendirent hommage à la synthèse effectuée par le responsable des Jeunesses hitlériennes qui « correspondait à un idéal antique dont Hölderlin aurait rêvé[6] [6] Ibid. ...
suite
». Mais le public jeune n’est pas le seul visé : le président de la société Hölderlin n’est autre que le ministre de la propagande, Goebbels lui-même[7] [7] Cf. Robert Minder : « Hölderlin unter den Deutschen...
suite
et le Führer se fait lire, pour son cinquantième anniversaire, des pages de Hypérion par le comédien Hans Johst[8] [8] Ibid. , p. 41. ...
suite
. Enfin, en 1943, malgré des temps peu propices aux célébrations, on fête avec éclat le centenaire de la mort de Hölderlin et une édition complète de ses œuvres est mise en chantier.

5 C’était là sans doute l’outrage le plus grave qu’eut à subir, à titre posthume, celui que Nietzsche appelait dans la Premièreconsidération intempestive tantôt le « splendide », tantôt le « pauvre Hölderlin[9] [9] Friedrich Nietzsche : Unzeitgemässe Betrachtungen,...
suite
». Devait suivre encore le reniement sous la plume des poètes de la génération de la guerre et Hölderlin fait les frais de cette propagande. Ainsi Günter Eich, dans un poème écrit en captivité Latrine[10] [10] « . . . Irr mir im Ohr schallen/ Verse von Hölderlin/ in...
suite
et sa rime blasphématoire : Hölderlin/Urin. De même Wolfgang Borchert, qui a 25 ans en 1945 et qui se demande comment écrire quand la langue allemande a été à ce point mise à mal : « Reconnais-tu Hölderlin, ivre de sang, travesti, bras dessus bras dessous avec Baldur von Schirach ?[11] [11] W. Borchert : « Das ist unser Manifest », ibid. ...
suite
». Borchert, très éprouvé par la prison, meurt en 1947. Mais on note jusqu’au début des années soixante de très fortes réserves idéologiques et esthétiques chez des poètes tous deux nés en 1929, Hans-Magnus Enzensberger et surtout Peter Rühmkorf, auteur d’une parodie : Variation sur le Chant des Allemands de Friedrich Hölderlin[12] [12] Peter Rühmkorf : Variation über den «...
suite
.Quant à la germanistique telle qu’elle est pratiquée dans les universités, elle demeure, en Allemagne de l’Ouest, pour l’essentiel, dominée par les mêmes spécialistes qui restent sur des positions prudentes, cultivant dans les annuaires de la recherche hölderlinienne, un ton soutenu, quasiment sacré. On ne s’en étonnera pas. Les germanistes comme Staiger, Gundolf, Korff[13] [13] Korff est surtout spécialiste de Goethe et promoteur...
suite
, étaient des émules du George Kreis, ce cercle rassemblé autour du poète Stefan George, grand esthète et traducteur entre autres de Stéphane Mallarmé. Or, par une sorte de redite de l’histoire, on avait assisté de 1939 à 1945, à un culte déjà commencé au moment de la Première Guerre mondiale. En effet, la première édition complète des œuvres de Hölderlin n’est entreprise qu’à la veille de 1914, par un jeune et brillant germaniste, Norbert von Hellingrath, proche lui aussi de George. Celui-ci fit une thèse très controversée à l’époque sur les traductions des Odes de Pindare par Hölderlin et il redécouvrit et interpréta les poèmes tardifs, c’est-à-dire ceux qui avaient été écrits autour de 1806. Le poète n’avait atteint que « la moitié de la vie », mais les premiers signes de sa maladie mentale s’étaient déjà manifestés. Et on s’accordait pour tenir les traductions, ainsi que les poèmes « tardifs » dont Brot und Wein (pain et vin) et Andenken (souvenir) que devaient également commenter Heidegger, comme de la « poésie d’asile[14] [14] Lazarettpoesie. ...
suite
». Hellingrath, à qui revient un mérite immense et qui n’est en aucun cas responsable de la destinée qu’on lui fit, meurt en 1916 à Verdun à l’âge de vingt-trois ans. La liaison entre la jeunesse, Hölderlin et le sacrifice héroïque, patriotique, était établie. Le culte pouvait commencer.

La vie, l’œuvre, la réception de Hölderlin : une affaire franco-allemande ?

6 « Comment comprendre Hölderlin lorsqu’on ne prend pas en compte sa dimension française ? », demandait le germaniste Pierre Bertaux à un public allemand[15] [15] Bertaux a soutenu sa thèse de doctorat sur Hölderlin...
suite
. Rappelons quelques jalons biographiques avant que Hölderlin, tiraillé à hue et à dia par une littérature secondaire tout à fait contradictoire outre-Rhin — les interprétations chrétiennes de Friedrich Beissner et Romano Guardini, celles de Dilthey, de Lukacs, qui sauvent Hölderlin de l’entreprise de la Destruction de la Raison, de Walter Benjamin, d’Adorno dans Noten zur Literatur, sans parler de Heidegger[16] [16] Pour la bibliographie, très importante en France,...
suite
, ne disparaisse derrière les monuments qui lui ont été édifiés. Rappelons-les aussi parce que Peter Weiss, qui présente à la fin de sa pièce une bibliographie relativement modeste (où l’on trouve les français Robert Minder et Pierre Bertaux ainsi que l’étude de Georg Lukacs[17] [17] Georg Lukacs : Goethe und seine Zeit, Neuwied-Berlin, 1964,...
suite
) se livre au contraire à une recherche biographique très précise et se sert de documents entourant l’époque de Hölderlin et notamment Hegel et Schelling, Goethe et Schiller et de la relation du procès de haute trahison de l’ami du poète, Isaac von Sinclair[18] [18] Werner Kirchner : Der Hochverratsprozess gegen Sinclair,...
suite
. Peter Weiss est en cela fidèle à la tradition dans laquelle il s’inscrit, celle du théâtre politique, du Proletkult et de l’Agitprop, des recherches expérimentales de Piscator et des pièces didactiques de Brecht. Le théâtre documentaire, particulièrement utilisé dans des pièces comme l’Instruction, le Discours sur le Viêt-Nam, et que pratiquaient à ce moment-là en Allemagne de l’Ouest Heinar Kippart et le Suisse qui écrivit la première remise en cause de Pie XII, se présente comme décidément opposé à la fiction. « Le théâtre documentaire se refuse à toute invention, il fait usage du matériel authentique qu’il diffuse à partir de la scène, sans en modifier le contenu mais en en structurant la forme. A la différence des informations incohérentes qui nous assaillent chaque jour de toute part, on présente sur la scène un choix qui converge vers un thème précis, la plupart du temps social ou politique[19] [19] Peter Weiss : « Notes sur le théâtre documentaire...
suite
». Quels en sont les objectifs ? La critique du camouflage, de la falsification de la réalité et du mensonge historique. Hölderlin est peut-être un cas légèrement à part, dans la mesure où la pièce ne traite pas d’événements aussi brûlants que « l’assassinat de Lumumba, de Kennedy, de Che Guevara, des massacres en Indonésie... du récit du conflit au Moyen-Orient... », mais les visées restent bien les mêmes : la lutte contre la désinformation, « une obscurité artificielle dont les hommes au pouvoir font usage afin de dissimuler leurs manipulations[20] [20] Ibid. p. 9. ...
suite
». N’est-il pas vrai que Hölderlin a été aux mains de ceux « dont la politique consiste à rendre aveugle l’observateur et nébuleux son objet d’études[21] [21] Ibid. ...
suite
» ?

7 Hölderlin naît en 1770 dans un village de Souabe, Lauffen sur le Neckar, dans une famille protestante très pieuse, très tôt il est orphelin de père, puis il perdra son beau-père[22] [22] Jean Laplanche a été intéressé par...
suite
. Il restera toute sa vie marqué par le piétisme souabe. Sa mère le destine à être pasteur et elle l’envoie au séminaire de Maulbronn, puis au célèbre Stift de Tübingen où ses condisciples sont Hegel, Schelling, Isaac von Sinclair. Le séminaire, austère, se fait remarquer au moment de la Révolution française lorsque les étudiants s’enthousiasment pour l’avènement de la liberté. Quelques années plus tard, Sinclair sera arrêté pour complot de haute trahison contre le duc et Hölderlin, sans doute dans cette conjuration jacobine, ne devra son salut qu’à un certificat médical arguant de la folie déclarée de quelqu’un « qui mêle toutes les langues, patois souabe, grec et latin ». Mais avant cet épisode, Hölderlin qui refuse d’être pasteur, gagne sa vie comme la plupart des intellectuels pauvres de l’époque. Il est précepteur[23] [23] La pièce de Lenz, Der Hofmeister, (Le Précepteur...
suite
. Il aura quatre places, qu’il quittera chacune de façon précipitée. La première chez l’amie de Schiller, Charlotte von Kalb, non loin de Iéna : l’auteur de Wallenstein et de Sur l’éducation esthétique de l’être humain, à qui Hölderlin vouait une grande admiration, et qui, compréhensif et bienveillant dans un premier temps, l’avait recommandé pour cet emploi que Hölderlin quitte sans crier gare, sans qu’on sache exactement s’il ne supportait plus le jeune Fritz von Kalb ou s’il craignait de devoir donner quelques explications à propos de la grossesse de la dame de compagnie de Madame von Kalb, Wilhelmine Kirms[24] [24] Celle-ci apparaît comme une femme spirituelle et émancipée...
suite
. Suivent, après une interruption, presque trois années à Francfort chez le banquier Gontard. Hölderlin tombe éperdument amoureux de l’épouse de celui-ci, Susette (chez Peter Weiss: Suzette). C’est un schéma existentiel et littéraire datant de la moitié du XVIIIe siècle, celui de La Nouvelle Héloïse[25] [25] Hölderlin était un fervent lecteur de Rousseau...
suite
. C’est un amour réciproque mais sans espoir. Hölderlin célèbre Susette sous le nom de Diotima dans son roman Hypérion et dans de très nombreux poèmes. Il doit quitter le domicile du banquier, celui-ci ayant conçu des doutes. La troisième place de Hölderlin, qui se refusait toujours, malgré l’insistance de sa mère, à devenir pasteur, le conduisit en Suisse à Hauptwyl. La Suisse, une république, est un idéal pour Hölderlin qui souhaiterait ce statut au Wurtemberg. Les calculs du Directoire s’opposeront à cette situation qui avait été envisagée[26] [26] Le poème Kanton Schwyz exprime cet enthousiasme. Pour...
suite
. En automne 1801, Hölderlin comprend qu’il n’obtiendra pas de poste à l’université de Iéna, il accepte alors une quatrième place de précepteur chez un Allemand, exportateur de vins, qui s’est installé avec sa famille à Bordeaux. Il s’y rend à pied, passe par Lyon, où il est retenu par la police de Bonaparte et se loge dans une rue où a résidé Rousseau lorsqu’il était précepteur chez Monsieur de Mably. Dans ses lettres, à sa mère, à son demi-frère, il écrit que la Révolution est bien terminée. Mais il est enchanté par les paysages de la Garonne qui lui font imaginer une Grèce toujours rêvée. On ne connaît pas les raisons de son départ en mai 1802. Il retraverse la France à pied, passe par la Vendée, par Paris, et arrive, déjà très malade, chez sa mère. Il apprend alors la nouvelle de la mort de Susette Gontard qui disparaît, comme Julie d’Etange, en soignant ses enfants. Cet événement est décisif et Hölderlin doit être admis chez le Docteur Planck. Il est ensuite accueilli chez Sinclair à Homburg et traité par le docteur Friedrich Karl Müller[27] [27] C’est Müller qui établit le certificat...
suite
. Il peut toutefois traduire deux tragédies de Sophocle, Œdipe à Colone et Antigone. Puis les crises de rage et les convulsions reprennent au point que Sinclair ne peut plus le garder auprès de lui. Il est alors interné dans la clinique du Professeur Authenrieth, de l’université de Tübingen, pour une durée de sept mois au bout desquels le médecin le laisse partir en lui donnant tout au plus trois années à vivre.

8 Il vivra presque quarante ans encore, jusqu’au premier signe avant-coureur de la révolution de 1848, la révolte des tisserands silésiens[28] [28] Hölderlin meurt en 1843, la révolte des tisserands...
suite
. Mais semble-t-il, aux dires de ses visiteurs, entre autres Bettina von Arnim, Mörike, fort malade, fou, « in geistigerUmnachtung », selon une expression allemande bien difficile à traduire en français. Il avait trouvé refuge dans la ville même où il avait fait ses études et non loin du séminaire. Le charpentier Zimmer avait offert à la famille d’accueillir un poète dont il aimait les vers. La mère de Hölderlin lui versait une pension ; Hölderlin écrivit à sa famille, jusqu’à sa mort, des lettres toujours plus brèves et raides où il l’assurait de son grand respect et de sa totale obéissance. On visite aujourd’hui à Tübingen, en pleine ville, la « Tour de Hölderlin », le domicile de Zimmer (dont le nom signifie précisément :«pièce ») et, le long d’un petit ruisseau, les deux pièces qui furent celles de Hölderlin.

Tübingen, janvier« Des yeux re-Battus de discours convaincus d’être aveugles.Leur — “Uneénigme est le purjaillissement” —, Leursouvenir detours Hölderlin flottant entour-noyées de mouettes bruyantes.Visite de menuisiers noyés àcesmots en plongée :Si venait,si venait un hommesi venait un homme au monde aujourd’hui avecla barbe de lumièredes patriarches, il pourrait,s’il parlait de cetemps, ilpourraitseulement bredouiller, et bredouillertoujours rebredouiller tou-jours, jours. »(« Palaksch, Palaksch »)Paul Celan, Die Niemandsrose, 1963, traduction Jean-Pierre Lefebvre[29] [29] Jean-Pierre Lefebvre, Anthologie bilingue de la poésie...
suite
.

La révolution passée, miroir des révolutions présentes

9 Peter Weiss se sert de tous ces éléments mais il mêle parfois, ce qui lui a été reproché par la critique outre-Rhin, la réalité et la fiction. La pièce commence en 1793 par un débat dans le séminaire de Tübingen sur la révolution et la démocratie, sur l’exemple venu de France et sur la lenteur des Allemands à le suivre. Les étudiants qui discutent ainsi sont Hegel, Schelling, Hölderlin, Sinclair et un « ancien » qui est désormais pasteur. Ils sont espionnés par un « famulus » chargé de répéter tous leurs faits et gestes, et qui ne s’en cache absolument pas. L’ordre despotique règne au séminaire. Hölderlin n’en a cure :

« Au resteComment ce larbinOse-t-il s’adresser à nousqu’il enlève son chapeaudevant nos personnes

10 Il fait tomber son chapeau de sa tête » (p. 26).

11 Ils sont interrompus par le directeur qui réprimande Hegel sur sa tenue et annonce une visite du duc, inquiet de ce que l’on rapporte sur le séminaire. Que faire ? accueillir le despote comme il le mérite ? Ce n’est pas l’avis de Hegel :

« N’avons-nous pas convenuau clubde censurer nos opinionset par un souci politiquede garder la prudence » (p. 27).

12 Ni celui de Schelling qui souligne que les temps ont changé :

« Ce sont les Jacobins eux-mêmesqui se sont mis dans de vilains drapsen réclamant la terreur à cor et à criles têtes qu’ils font roulerles mènerons à leur toursur la guillotine » (ibid.)

13 Quelques pages plus loin, Hegel explique les raisons d’un Sonderweg[30] [30] La « voie particulière » vers la constitution...
suite
allemand :

« Nous Allemandsla Réforme nous a épargnéla révolutionNous sommes les adversairesde la liberté absoluecarelle mène au naufrageet à la disparitiondes valeurs individuelles » (p. 30).

14 Sinclair lui répond : « Mort au tyran ! ». Puis, ajoutant le geste à la parole, il va écrire sur le mur, en lettres majuscules : « VIVE LA REVOLUTION ! » (p. 31).

15 Les étudiants, réunis en chœur, ovationnent ensuite le couple ducal, donnant ainsi raison au directeur qui a insisté sur le fait « qu’aucun ragot ne saurait nuire au séminaire » (p. 32). Sinclair intervient alors :

« Vive les douze milleSoldats du Würtembergque le duc a vendusà la Hollande » (p. 33).

16 Mais c’est Hölderlin qui se dénonce au directeur qui demande qu’on lui livre le perturbateur. Schelling lui ferme la bouche. Les autres dénoncent Sinclair. On s’en étonne :

« Isaac de Sinclairun gentilhommesi jeune encore et de plusétudiant en droit » (p. 33).

17 Peu importe. Sinclair sera frappé en public et interrogé. A la question : « Approuvez-vous le régicide ? », il ne répond pas, mais Hegel intervient pour dire que « nous ne l’approuvons pas ». Pendant ce temps Hölderlin sanglote. La bravoure de Sinclair, l’émotion de Hölderlin qui tente de faire passer les interventions de Sinclair pour des actions collectives, redonnent courage aux étudiants qui, au moment où le duc leur apprend que Marat vient d’être poignardé, s’écrient :

« La révolution continueA bas les princesExpropriation des richesLe pouvoir aux travailleursVive la démocratieVive la liberté » (p. 38).

18 Voilà une scène qui, écrite deux ans après ce que l’on a appelé « les événements de mai 68 » peut autant passer pour une reconstitution historique que comme une évocation des scènes d’agitation estudiantine, à Paris, à Berlin, où la jeunesse prétendait nettoyer « sous les toges, une crasse millénaire[31] [31] « Unter den Talaren der Muff von tausend Jahren »,...
suite
», lorsqu’elle s’attaquait à la fois à la hiérarchie universitaire et à la hiérarchie sociale. On trouve qui a peur, qui ne craint pas de se dédire, qui accepte des compromis par sens de la stratégie, qui veut se ménager un avenir, et qui en impose par son intrépidité. C’est la même profération d’énoncés qui peuvent être lourds de sens et traduire effectivement la volonté de ne pas en rester là — aux énoncés de 1789 — mais une aspiration à une justice à tous les degrés de l’échelle sociale. Aussi bien ces énoncés peuvent-ils sonner creux et devenir de simples slogans. Toutes les inconnues inhérentes à une action collective se trouvent réunies dans cette scène.

19 Le seul élément qui se perd entre « aujourd’hui » et « hier » est la dimension tiers-mondiste, qui semblerait en effet une entorse faite à la couleur locale[32] [32] Bien que le caractère colonialiste de la bourgeoisie...
suite
. Or, il va apparaître quelques scènes plus loin, où ce sera le présent qui viendra éclairer et colorer le passé. Hölderlin, qui n’est pas encore malade, a réuni ses amis — les mêmes que dans la première scène — pour leur lire des extraits de sa pièce La Mort d’Empédocle. Il est fidèle à la fois à la tradition et à la légende qui veulent que le philosophe ait joué un rôle politique important comme démocrate avant d’être exilé et qu’il se soit donné la mort en se jetant dans l’Etna. Mais l’Empédocle de Hölderlin — et de Weiss — qui rejoint les classes pauvres et veut faire la révolution à partir des campagnes et non plus sur la base de la « classe ouvrière », comme on le souhaitait depuis Marx, s’inscrit aussi dans la tradition de Büchner qui voulait apporter « la paix aux chaumières, la guerre aux palais[33] [33] « Frieden den Hütten, Krieg den Palästen...
suite
», de celle de Mao qui voulait faire partir la révolution des campagnes, c’est enfin le philosophe qui veut changer le monde et non l’interpréter, homme d’action qui intervient avec son corps sur les événements jusqu’à sa mort spectaculaire dans le foyer même de la nature, une figure qui évoque celle, disparue trois ans plus tôt, de Che Guevara.

20 Peter Weiss écrivit la pièce durant toute l’année 1970 et la remania encore en 1971 et 1972 pour la scène. Ce fut sa dernière pièce. Il l’entreprit après l’échec de Trotzki im Exil[34] [34] Trotski en exil, trad. de l’allemand par Philippe...
suite
, interdit à Moscou, interdit en RDA et qui le fâcha avec la plupart de ses collègues de RDA, ce qui l’affecta fort, lui qui était membre du parti communiste suédois[35] [35] Au moment de l’avènement d’Hitler, la...
suite
. En Allemagne de l’Ouest, ce fut un demi-échec. Au début de 1970, Weiss se met à travailler à Hölderlin. Ce qui l’a intéressé ? La matière autobiographique : enfant, il avait séjourné à Tübingen et vu la Tour et le jardin de Hölderlin et habité chez une de ses tantes qui avait épousé un descendant d’un personnage que nous avons déjà rencontré, le Professeur Autenrieth. En mars 1970, Peter Weiss subit un infarctus dont il ne réchappe que de justesse. Il continuera ses travaux, muni de toute sa documentation, dans une maison de repos. Il écrit, de pair avec la rédaction de Hölderlin, une sorte de journal de bord : Rekonvaleszenz[36] [36] Peter Weiss, Rekonvaleszenz, Francfort/ Main, Suhrkamp,...
suite
. Il s’est soigné en écrivant. Mais ce qui frappe le lecteur dans ce journal de travail/journal de maladie surmontée, c’est qu’il y soit fort peu question de Hölderlin mais au contraire beaucoup question de toutes les luttes révolutionnaires dans le monde, en premier lieu de celle du Viêt-nam, des mouvements de libération du Mozambique, en Amérique du Sud, de la situation en Suède où la social-démocratie-« modèle » d’Olof Palme est durement prise à partie, où des comptes sont réglés avec les différents partis communistes du monde[37] [37] Relativement peu de choses sur la vie littéraire en...
suite
. Et bien sûr des différents mouvements d’étudiants dans le monde qui n’en sont pas encore arrivés, pour les plus extrêmes d’entre eux, à la guérilla urbaine.

21 Hölderlin vibre de toutes ces luttes. Le passé n’est pas « historique », la révolution n’est pas un musée Grévin où apparaîtraient Marat dans sa baignoire ou la tête sanglante de Robespierre brandie par le bourreau. Elle est l’enjeu de luttes dans l’ici et maintenant. Nous nous trouvons sur un continuum qui ne correspond pas au cours du temps, les événements du présent éclairent ceux du passé, de tous les passés et vice-versa. Ainsi Peter Weiss peut-il aborder la question de la récupération d’Hölderlin par le nationalisme et le national-socialisme. Il montre par exemple dans une scène qui se déroule à l’université de Iéna, lors d’un cours sur la révolution donnée par Fichte, comment le concept est repris par des étudiants nationalistes et au sens que lui donnaient les nazis de Révolution nationale. Bien plus tard encore, au second acte, des étudiants d’une corporation de droite de Tübingen se souviennent que Hölderlin habite la Tour et ils viennent organiser sous ses fenêtres un autodafé : ils remettent aux flammes les œuvres de Diderot, Voltaire, Rousseau, Marat, Saint-Just, Jacques Roux et Baboeuf, et :

« Pour la gloire d’HölderlinContre les chiens enragésqui par la révolutioncommunisteveulent détruire le mondeNous remettons au feuBuonarroti » (p. 189).

22 Buonarroti fut avec Baboeuf un des chef de la conspiration des Egaux. Son œuvre La Conjuration pour l’Egalité, dite de Baboeuf, devait inspirer Blanqui. Les étudiants nationalistes qui pensaient rendre hommage à Hölderlin, chantre d’une nation allemande, déclenchent chez Hölderlin qui ne fait qu’entendre cette scène, une crise de larmes et cette exclamation : « Ce nom — je ne le connais pas ». Or, Buonarroti était l’un des noms que se donnait Hölderlin devant ses visiteurs[38] [38] Cf. Pierre Bertaux, Hölderlin ohne Mythos, Göttingen,...
suite
. S’agit-il de sa part d’une dénégation ? D’une réaction de peur qui n’est pas sans évoquer la scène où il revit, sur le mode hallucinatoire, son internement qu’il confond avec une arrestation ?

Hölderlin vs Hegel, vs Marx

23 Ce nom — Buonarotti — Hölderlin se le réapproprie dans la scène suivante, qui se situe dix ans plus tard. Hegel et Schelling viennent voir leur vieux camarade d’études qu’ils n’ont pas vu depuis trente ans. L’un est recteur de l’université de Berlin et l’autre professeur à l’université de Munich. Hölderlin les reconnaît-il ou non ? Il s’adresse à eux respectivement comme « Votre majesté » et « Sa bienveillante Altesse royale ». A Schelling, très ému, et qui ne cesse de répéter son nom, « Fritz/Fritz Hölderlin », la fille de Zimmer lui dit qu’il ne répond qu’au titre de « Monsieur de Bibliothécaire princier », une fonction que lui avait procurée Sinclair et qu’il n’avait jamais exercée. A Hegel qui lui demande de leur lire une poésie, il répond qu’il préférerait être instruit lui-même de ce qu’il advient :

« en ce vaste monde que votre esprita si bien vu et si bien compristotalement expliqué et justifié »

24 Hegel lui apprend alors la chute de Napoléon, le rétablissement de la monarchie en France « sous l’impulsion créatrice de la bourgeoisie ».

25 A quoi Hölderlin répond par des phrases qui semblent incohérentes à ses hôtes, à qui il ne s’adresse pas puisqu’il parle aux « damnés de la terre » :

« Ô vous qui pesammentmaniez la masse et les blocs de pierresortez des forêtsau rythme de vos chariotsÔ vous des mines noiresdes marais humidesavec vos pelles et vos hachessurgissez de l’obscuritérenversez la tableoù vous n’êtes jamais invitésosezla culbuter[39] [39] Notons que la métaphore de Malthus sur « le...
suite
» (p. 195).

26 S’agit-il de carbonari ? Ou de travailleurs de quelque mine de Falun ?

27 Schelling est très ému par ce qu’il considère comme une divagation, mais Hegel poursuit imperturbable par une présentation de la situation allemande :

« la nation allemandetout en ne constituant pas encoreun Etat unifiéet malgré la perte de ses plus belles provincesse prépare depuis un quart de sièclede tranquilles progrèsà trouver une force intérieure »

28 Et le chantre de Napoléon « der Weltgeist zu Pferd[40] [40] « L’esprit du monde à cheval »,...
suite
», de se lancer dans un éloge du monarque de Prusse, « père » de ses sujets comme le voulait la tradition prussienne depuis le « Roi soldat ».

« Sans doute la paternelle sagessedu gouvernementse heurte-t-elle à l’impatiencede ceux qui cherchent leur pouvoirdans l’appui populairesans crainte de menacertoute possibilité d’évolution harmonieuse »

29 Le mot est prononcé : « évolution harmonieuse » et non « révolution », ou même « réformes ».

« Mais une armée exemplaire veilleà ce que le désordre n’ébranle pas l’Empiredans sa substance profondeToutefois la santé de l’Etatse prouve dans le mouvement de la guerreet non dans la paixFriedrich-Wilhelm s’apprête maintenantà la venue de cet orage purificateur »

30 Hölderlin réagit alors, en partant d’un rire « fracassant » et il répète, sans doute pour singer Schelling qui ne cesse de prononcer son nom :

« Friedrich WilhelmFriedrich Wilhelm »

31 De quel monarque de Prusse s’agit-il, de Frédéric Guillaume III qui appliqua avec tant de zèle la « Sainte Alliance » et le système policier mis en place au congrès de Vienne dans toute l’Europe, que Metternich lui-même trouvait le style prussien excessif, ou de Frédéric Guillaume IV qui envoya l’armée contre les tisserands silésiens et trahit habilement la Révolution de 1848[41] [41] Hegel meurt en 1831, Schelling en 1854. Selon la logique...
suite
?

32 Hölderlin se détourne alors définitivement de ses anciens amis, il ne les reconnaît effectivement plus :

« Quelle horreur sort doncpar la bouche de sa Magnificence »

33 Et lorsque Schelling le conjure à genoux de prier Dieu, Hölderlin se précipite vers le piano qu’il martèle et dit :

« Mon nomBuonarotti »

34 La thèse de Weiss n’est pas celle d’un Hölderlin modéré, enthousiasmé, comme un grand nombre de ses compatriotes par la prise de la Bastille et la Déclaration des Droits de l’homme, puis se détournant avec horreur de la Révolution après le régicide, les massacres de septembre et la Terreur. C’est un Hölderlin radical, le dernier des Jacobins parmi tous ses anciens amis, et partisan d’un bouleversement complet de la société. Hölderlin veut changer le monde, non s’arranger avec celui-ci. Sa sensibilité et sa fragilité lui interdisent le destin de l’homme d’action qu’il admire dans le personnage de Sinclair. En ce sens, il est une victime. Mais la solitude qu’il endure, et son enfermement, correspondent aussi à ce qui est le lot des révolutionnaires.

35 C’est ce que vient lui dire son dernier visiteur, quelques années plus tard, le jeune rédacteur de la Rheinische Zeitung, Karl Marx, déjà exilé en Angleterre. C’est le Marx des Frühschriften. La scène est de pure fiction car aucune rencontre entre Hölderlin et Marx n’est attestée, alors que la visite d’Hegel et de Schelling était au moins plausible. Hölderlin écoute Marx avec attention, il le prie seulement de parler moins vite :

« ...que je puisse suivreVotre Grandeur » (p. 203).

36 Et il lui rappelle sa situation de mort-vivant :

« n’oubliez pas que je visaux portes de la mortprêt à chaque instant à disparaîtreà son appelet que je me suis exténuéà résister dans cette zoneau-delà du monde habité » (p. 203).

37 Marx répond sans compassion, avec une froideur toute hégélienne :

« Deux voies sont offertespour préparerà des transformations radicalesL’uneest l’analyse de la situationhistorique concrètel’autrela traduction visionnairede l’expérience personnellela plus profonde » (p. 203).

38 Pour Hölderlin, les paroles de Marx traversent le mur de la solitude et de la folie :

« Voici qu’un hommeentre dans cette pièceaux volets closdepuis la guerre de libérationen Grèceet j’entends pour la première foisdepuis que je suis abîmédans la pensée des morts et des blesséscomme une voixqui pénètreen moiquelque chose se souvient » (p. 204).

39 Marx recherche une pièce de théâtre de Hölderlin ayant pour thème une révolte armée. Hölderlin cherche avec empressement dans ses papiers. Peut-être s’agit-il d’une pièce sur Spartakus « qui a su oser/devant les procurateurs », « ou bien encore de Baboeuf/dont j’étais proche/à la Société des Egaux ».

40 Puis il se remet à fumer, semblant avoir oublié ce qu’il cherchait. Les paroles de Marx ne paraissent l’atteindre que sporadiquement, lorsqu’elles touchent les événements révolutionnaires dont il a été le héraut, par exemple. Il se produit alors comme une épiphanie :

« Oh l’éblouissante clartéqui envahit cette chambreconsidérezqu’elle vient surprendrele rêveurau cœur des ténèbres » (p. 206).

41 Marx lui parle des sursauts de la Révolution, de la présence des mêmes individus après la nuit de l’oubli (Buonarotti présent à Paris durant la Révolution de 1830) et de la pérennité de leurs paroles :

« Cependant voyez-voustout à coupses formules reviennentparmi les travailleursqui à Paris actuellements’ameutent pour un nouvel assaut » (p. 207).

42 Ces propos, Hölderlin ne les entend qu’à demi. Il saisit bien la portée révolutionnaire de la parole, mais il revit de façon quasi hallucinatoire l’humiliation personnelle qu’il a subie lorsqu’il n’a pas été reconnu par ses pairs (et pères) :

« Les voiciSur les marchesdu théâtre de Weimarils m’ont encore refuséd’étudier et d’incarnerces rôles librement adaptésde Sophocle et de Virgile[42] [42] Il s’agit de Ödipus der Tyrann et de Antigonä,...
suite
»

43 Il se place devant Marx dans la situation du demandeur :

« Pourriez-vous intervenirauprès du ducpour qu’il convoqueimmédiatement les acteurs seulement »

44 Marx tente de le tirer de son sommeil de Belle au bois dormant en convoquant devant lui une petite danse funèbre : morts Goethe et Schiller et Fichte, les « maîtres », mort Hegel pourrait-il ajouter, seul Schelling a joui d’une exceptionnelle longévité. Hölderlin, pris d’une crise d’excitation, rassemble alors tous ses manuscrits et parle d’en faire exécuter une copie pour Marx :

« les portes vont enfins’ouvrir devant moi »

45 C’est la renaissance du désir. La perspective d’un futur et l’espoir de la reconnaissance littéraire, de la gloire. Mais Hölderlin opère alors un demi-tour, puis s’assied, ses papiers sont tombés à terre. Il reste les yeux baissés et Marx se retire doucement, comme on quitte la chambre d’un malade.

46 Après cette scène de spectres passés et à venir, remplie d’une inquiétante étrangeté qui caractérisait les scènes de folie et de révolution dans Marat-Sade, l’épilogue est brechtien. On retrouve Hölderlin et ses camarades du séminaire de Tübingen habillés comme au début de la pièce. Des ouvriers et des ouvrières viennent se joindre à eux. Hölderlin tire « la leçon » de son expérience, en s’exprimant à la première personne, puis à la troisième. Un des ouvriers commente :

« Le renoncement dont le poète nous entretenait ne touche jamais que les gens repus et satisfaits ils lui pardonne généreusement son mutisme comme on nous pardonne aussi la misère et la famine »

47 Mais Hölderlin, « tel que nous le concevons », répliquent à la fois Hölderlin et Peter Weiss, ne souhaite ni rester méconnu, ni « se sacrifier et se consumer sans plus ». Il refuse pour l’artiste une place privilégiée dans la société, mais il veut en avoir une :

« il tient à passer comme un parmi d’autres qui s’exprime en artiste avec des mots »

48 Le poète refuse de séparer imagination et réalité et lutte ainsi contre « l’usure la peur le terne le sclérosé/tout ce qui nous menace nous contraint de tout côté » (p. 211).

49 Ce nouvel Hölderlin ne souhaite en aucun cas revivre une vie de martyr :

« Il ne veut pas recommencer à mourir dans l’isolement mais comme un homme de vie s’entourer de voix vivantes »

Conclusion

50 Encouragée par les résultats de la recherche française (essentiellement celle de Minder et de Bertaux), la figure de Hölderlin a connu une véritable renaissance à partir des années 1970. La pièce de Peter Weiss y a été pour beaucoup, un essai de Martin Walser également, ainsi qu’une biographie de Peter Härtling[43] [43] Peter Härtling, Hölderlin, 1976, Martin Walser,...
suite
. On assista simultanément au même phénomène en RDA, qui n’avait pourtant pas la même tradition[44] [44] Notamment une pièce radiophonique de Stefan Hermlin,...
suite
. On souhaita revenir à Hölderlin, c’est-à-dire revenir au texte même et c’est ainsi que vit le jour l’édition Roter Stern, à partir de fac-similés de manuscrits. Or Roter Stern était la maison d’édition des écrivains et des poètes engagés à gauche. Et nombreux furent ceux, de Erich Fried à Peter-Paul Zahl qui durant « les années de plomb » (un vers de Hölderlin : « die bleierne Zeit ») souhaitèrent s’exprimer par le truchement du poète enfermé[45] [45] « Die bleierne Zeit » est un film de Margarethe...
suite
.

51 Après ce renversement, il conviendrait encore de poser une question à laquelle Peter Weiss ne répond qu’indirectement. Qu’est-ce qui, chez Hölderlin, a pu faire pour qu’il soit ainsi tiraillé par la critique ? Qui a lu ou vu la pièce se souviendra longtemps de la scène de présentation de malades dans la clinique du Docteur Autenrieth, où Hölderlin a les membres ligotés et un masque de cuir afin qu’il ne puisse ni hurler ni se griffer et que le médecin frappe sur ses membres, à gauche, à droite, pour tester ses réflexes. Ce faisant, il l’interroge sur son voyage en France. Nous avons longuement déjà examiné la question du dévoiement de ses textes par le nazisme, qui n’a de comparable que celui des textes de Nietzsche et qui est d’autant plus remarquable que dans son cas, point n’a été besoin d’un lama disposé à apporter son concours aux bourreaux[46] [46] « Das Lama », c’est ainsi que Nietzsche...
suite
. Un des procédés utilisé a été celui d’habiles morceaux choisis : c’est en effet un tour de force que de lire Hypérion sans s’arrêter sur la Lettre sur les Allemands... Cette question requiert un examen approfondi des thèmes hölderliniens et ne peut pas être entreprise dans le cadre qui nous est imparti. Nous nous contenterons donc de quelques pistes : des thèmes, celui de la Grèce antique, notamment, déjà repris par Nietzsche, les odes à l’Allemagne, nommée Germania, à la patrie allemande. Tentons de répondre aux questions que cela pose. L’image, solaire, de la Grèce n’est pas seulement celle de l’antiquité, c’est celle des guerres de libération. Elle serait plus proche de Byron et du romantisme anglais que des nus académiques d’Arno Breker ou du prologue du Triomphe de la volonté de Leni Riefenstahl. En outre, les Grecs ne sont, pour Hölderlin, nullement à imiter, ils sont insurmontables : Hypérion choisit de vivre dans la nature, tel un « ermite en Allemagne » parce qu’il est impossible de faire revivre la culture antique[47] [47] Françoise Dastur examine la complexité du rapport...
suite
. La question de l’Allemagne est plus délicate car il s’agit certes d’une mauvaise mise en perspective historique. Mais le mot « nation » se prête à tous les contresens. C’était la « Jeune Allemagne » qui, des guerres napoléoniennes jusqu’à la Révolution de 1848, souhaitait l’unité d’une Allemagne qui, monarchie ou république, aurait une constitution et reconnaîtrait les Droits de l’Homme. Elle s’opposait aux innombrables princes qui étaient maîtres chez eux et laissaient dans certains cas se perpétuer des traditions héritées du Moyen Age. La nation, une idée de la fin du XVIIIe siècle, n’était pas l’endroit où naît un peuple du même sang, d’un sang supérieur diront les nazis. L’idée raciale n’intervient qu’à la fin du XIXe siècle. Hölderlin reprend, semble-t-il, le concept de nation de la Révolution française, il s’agit d’individus qui ont des droits et qui concluent entre eux un contrat. Dans les clauses de ce contrat, il y a celle de défendre la patrie qui les garantit. Hölderlin entendrait alors le mot nation dans l’acception politique du terme. Il emploie cependant, dans la lettre à Bohlendorf, le terme « das Nationelle » dont s’est emparée la critique heideggerienne, distinct de « das Nationale » qui prendra par la suite une coloration politique républicaine. Par souci d’honnêteté intellectuelle, il importerait de se pencher sur ce point[48] [48] Le mot « nation », souligne François Fédier,...
suite
.

52 Reste la question de l’héroïsme, si malmenée par Baldur von Schirach. Hölderlin, l’homme sans père, glorifia la patrie. Lui qui eut une longue vie, eut très tôt l’intuition d’une mort précoce : ne demandait-il pas aux Parques de ne lui accorder « qu’un seul été, et un automne seulement » afin que mûrisse son chant[49] [49] Hölderlin, « An die Parzen », publié...
suite
? Hölderlin vivait devant ce que Peter Weiss désigne comme un lieu « aux portes de la mort ». Mais la figure qu’il évoque n’est pas celle d’Achille — qui refusa une longue vie sans gloire — mais celle d’Orphée qui affronta les hommes et les dieux. Hölderlin, vécut — peut-être vit-il encore — dans un monde posthume, crépusculaire mais non pas flou. Non pas « nébuleux ». Si l’on suit Peter Weiss et son « Esthétique de la résistance »[50] [50] C’est le titre de son dernier (et monumental) ouvrage,...
suite
, son œuvre, indissociable de sa vie, est « promesse de bonheur ». Son tout dernier poème, qui date de 1841, vers la fin de sa longue nuit, ne s’appelle-t-il pas : Der Frühling (le printemps) ? Hölderlin fait partie de ces ombres qui se réanimeront un jour, de la Révolution.

 

Notes

[ 1] Peter Weiss, Hölderlin, théâtre, trad. de l’allemand par Philippe Ivernel, Seuil, 1973, p. 119.Retour

[ 2] Heiner Müller, Germania 3 Gespenster am Toten Mann, Cologne, Kiepenheuer & Witsch, 1996, pp. 16-17 (traduction N.G.).Retour

[ 3] « J’ai toujours emporté mon fusil et mon Hölderlin », extrait d’une lettre de soldat, cité par Claudia Albert : « Hölderlin im Exil », Weimarer Beiträge 37, 1991, pp. 725-736.Retour

[ 4] Le titre complet de Marat-Sade est : La Persécution et l’assassinat de Jean-Paul Marat représenté par le groupe théâtral de l’hospice de Charenton sous la direction de Monsieur de Sade. Autre exemple en 1967 : Discours sur la genèse et le déroulement de la très longue guerre de libération du Viêt-nam illustrant la nécessité de la lutte armée des opprimés contre leurs oppresseurs (pièce traduite par Jean Baudrillard, publiée au Seuil et jamais représentée en France).Retour

[ 5] Cf. Johann Kreuzer (éd) : Hölderlin-Handbuch, Leben, Werk, Wirkung, Stuttgart-Weimar, Verlag J. B. Metzler, 2002, p. 446.Retour

[ 6] Ibid.Retour

[ 7] Cf. Robert Minder : « Hölderlin unter den Deutschen » und andere Aufsätze zur deutschen Literatur », Francfort/Main, Suhrkamp, 1969, p. 44.Retour

[ 8] Ibid., p. 41.Retour

[ 9] Friedrich Nietzsche : Unzeitgemässe Betrachtungen, erstes Stück, in F. Nietzsche : Werke, Band 1, herausgegeben von Karl Schlechta, Munich, Carl Hanser Verlag, 1954, p. 158. Dans les premières pages de ce texte, on retrouve l’emploi de certains mots (« barbares » pour qualifier les Allemands) et un style fait de pathos et d’invectives dans le droit fil de l’inspiration de la fameuse « Lettre sur les Allemands » de Hypérion.Retour

[ 10] « ...Irr mir im Ohr schallen/Verse von Hölderlin/in schneeiger Reinheit spiegeln/Wolken sich im Urin » (A mon oreille résonnent follement/des vers de Hölderlin/. Dans une pureté neigeuse se mirent/ Les nuages dans l’urine), cité d’après Hölderlin-Handbuch, op. cit., p. 484.Retour

[ 11] W. Borchert : « Das ist unser Manifest », ibid.Retour

[ 12] Peter Rühmkorf : Variation über den « Gesang der Deutschen» von Friedrich Hölderlin, Francfort/Main, Suhrkamp, 1962.Retour

[ 13] Korff est surtout spécialiste de Goethe et promoteur de la notion de « génie ». Robert Minder rappelle qu’en 1940, Korff dédie le troisième volume de son maître ouvrage Geist der Goethezeit aux « héros de notre combat pour la liberté lors de la prise de Paris le 14 juillet 1940 » et poursuit avec une citation de Hölderlin : « Die Schlacht ist unser ;/nun freuest,mein Vaterland, Der stolzen Jugend dich denn/ Herrlich hubst du sie an » (La bataille est nôtre/ Maintenant ma patrie/ Tu te réjouis de ta fière jeunesse/ Tu l’as superbement soulevée), H. A. Korff : Geist der Goethezeit, Bd 3, 1940, Vorspruch und Widmung in Minder, op. cit. Dans les années 50 et 60, Staiger continue à tenir le devant de la scène, ainsi qu’un des émules du George Kreis, Herrmann Pongs, bien compromis avec le nazisme. On se sert jusque dans les années soixante des travaux de germanistes ayant travaillé sur Hölderlin — et sur Goethe — avant 1945 dans les universités allemandes — et françaises.Retour

[ 14] Lazarettpoesie.Retour

[ 15] Bertaux a soutenu sa thèse de doctorat sur Hölderlin et l’a publiée sous le titre : Hölderlin, essai de biographie intérieure. Il publia de nombreux articles en allemand : Hölderlin und die französischeRevolution, Francfort/Main, Suhrkamp, 1969 et Friedrich Hölderlin, Francfort/Main, Suhrkamp, 1979. Ces deux ouvrages n’ont pas paru en français.Retour

[ 16] Pour la bibliographie, très importante en France, on pourra se reporter à : Hölderlin, cahier réalisé par J. F. Courtine, L’Herne, 1989. Pour une approche critique de la position « française » (c’est-à-dire heideggerienne), cf. Geert Lernout : The Poet as a Thinker : Hölderlin in France, Camden House, Drawer,Columbia(South Carolina), 1994. Pour la réception par la germanistique française, cf. Bernhard Böschenstein/Jacques Le Rider (éd) Hölderlin vu de France, Tübingen, 1987.Retour

[ 17] Georg Lukacs : Goethe und seine Zeit, Neuwied-Berlin, 1964, Robert Minder : Hölderlin unter den Deutschen, Francfort/Main, 1968, Pierre Bertaux : Hölderlin und die französische Revolution, Francfort/Main, 1969.Retour

[ 18] Werner Kirchner : Der Hochverratsprozess gegen Sinclair, Francfort/Main, Werner Kirchner, 1969.Retour

[ 19] Peter Weiss : « Notes sur le théâtre documentaire », in Discours... op. cit. pp. 7-8 (Trad. Jean Baudrillard).Retour

[ 20] Ibid. p. 9.Retour

[ 21] Ibid.Retour

[ 22] Jean Laplanche a été intéressé par ce sujet, cf. : Hölderlin et la question du père, Seuil, 1961.Retour

[ 23] La pièce de Lenz, Der Hofmeister, (Le Précepteur 1774, adaptée par Brecht en 1950) donne un aperçu saisissant de ce que pouvait être le traitement des jeunes intellectuels sans argent dans les familles de la petite noblesse ou de la haute bourgeoisie.Retour

[ 24] Celle-ci apparaît comme une femme spirituelle et émancipée dans la pièce de Peter Weiss. C’est elle qui séduit Hölderlin.Retour

[ 25] Hölderlin était un fervent lecteur de Rousseau auquel il a consacré un poème. On se souviendra en outre que l’amour de Julie d’Etange, d’abord élève de Saint Preux, reprend à partir du moment où celui-ci commence à donner des cours à ses enfants.Retour

[ 26] Le poème Kanton Schwyz exprime cet enthousiasme. Pour les luttes politiques du Wurtemberg et l’enjeu que cela constituait pour la France, cf. : Hölderlin Handbuch, op. cit., pp. 14-19.Retour

[ 27] C’est Müller qui établit le certificat médical attestant une « confusion des langues babylonienne » — il mélangeait le patois souabe, le grec et le latin, dans le cadre du procès de haute trahison contre Sinclair.Retour

[ 28] Hölderlin meurt en 1843, la révolte des tisserands qui inspire à Heine, en exil à Paris, le poème Die Weber, éclate en 1844.Retour

[ 29] Jean-Pierre Lefebvre, Anthologie bilingue de la poésie allemande, collection La Pléiade, Gallimard, pp. 1189-1191. Dans une note, J.-P. Lefebvre précise que « Palaksch » était la façon dont Hölderlin disait à la fois oui et non.Retour

[ 30] La « voie particulière » vers la constitution de la nation allemande.Retour

[ 31] « Unter den Talaren der Muff von tausend Jahren », « action » irrévérencieuse à l’encontre de professeurs d’université en toge menée par deux étudiants de l’Université de Hambourg en 1967.Retour

[ 32] Bien que le caractère colonialiste de la bourgeoisie de l’époque apparaisse clairement chez les commerçants francfortois qui fréquentent chez le banquier Gontard, l’époux de Susette.Retour

[ 33] « Frieden den Hütten, Krieg den Palästen » in G. Büchner : der hessische Landbote, Munich, inBüchner/ Werke, dtv Gesamtausgabe, 1965, p. 133.Retour

[ 34] Trotski en exil, trad. de l’allemand par Philippe Ivernel, Seuil, 1971 (pièce jamais représentée en France).Retour

[ 35] Au moment de l’avènement d’Hitler, la famille de Peter Weiss (né en 1916) se réfugie d’abord à Londres, puis à Prague, puis à Stockholm où il réside jusqu’à sa mort. Cf. les deux récits autobiographiques : l’Adieu aux parents (Abschied von den Eltern, Francfort/Main, Suhrkamp, 1961) et Fluchtpunkt, Francfort/Main, Suhrkamp, 1962, en français : Point de Fuite, Seuil, 1968. A propos du traitement de la figure d’hérétique du stalinisme — Trotski —, il y eut une correspondance entre Peter Weiss et E. Ginzburg.Retour

[ 36] Peter Weiss, Rekonvaleszenz, Francfort/Main, Suhrkamp, 1971 (non traduit en français).Retour

[ 37] Relativement peu de choses sur la vie littéraire en R.F.A., si ce n’est la constatation que fait Weiss de son total isolement et de la détestation que lui vouait Günter Grass, qui passa à côté de lui sans le saluer lors de la première de Marat-Sade.Retour

[ 38] Cf. Pierre Bertaux, Hölderlin ohne Mythos, Göttingen, Vandenhoeck und Ruprecht, 1973, pp. 7-8.Retour

[ 39] Notons que la métaphore de Malthus sur « le banquet de la vie » où tous ne sauraient avoir une place date de 1820 (Principes d’économie politique du point de vue de leur application pratique). L’image de la table, couverte d’une nappe d’un blanc éblouissant fait un contraste (implicite) avec les « mines noires » et l’« obscurité » d’où surgissent ceux à qui s’adresse Hölderlin.Retour

[ 40] « L’esprit du monde à cheval », c’est ainsi que Hegel parla de Napoléon lors de la bataille d’Iéna.Retour

[ 41] Hegel meurt en 1831, Schelling en 1854. Selon la logique et la chronologie, la scène devrait donc se passer avant la révolution de 1830 qui eut un impact négatif en Allemagne. Souvenons-nous de Marx : « L’Allemagne qui ne connaît aucune révolution et toutes les restaurations ». (L’Idéologie allemande). Mais Weiss prend des libertés avec l’histoire.Retour

[ 42] Il s’agit de Ödipus der Tyrann et de Antigonä, deux traductions publiées en 1804 par l’éditeur Friedrich Wilmans et qui soulevèrent un tollé général — et excitèrent même les railleries de Goethe et de Schiller (ce sont ceux-là mêmes qui sont sur les marches du théâtre). La Jenaische Allgemeine Literaturzeitung publia une critique de Heinrich Voss qui écrivait : « On croit entendre une folle (Antigone) qui s’apprête à partir à l’asile ». Cf. F. Kaltenbeck : « Hölderlin et le maître », in Pas Tant, revue de la « découverte freudienne », n° 35, septembre 1995, pp. 29-37. Hölderlin n’a jamais publié de traductions de Virgile, mais des odes de Pindare, travail sur lequel Norbert von Hellingrath a fait sa thèse de doctorat envers et contre l’Université allemande !Retour

[ 43] Peter Härtling, Hölderlin, 1976, Martin Walser, « Höderlin entsprechen » (Discours) 1970.Retour

[ 44] Notamment une pièce radiophonique de Stefan Hermlin, Scardanelli, 1969, et une biographie de Gerhard Wolf (le mari de Christa Wolf).Retour

[ 45] « Die bleierne Zeit » est un film de Margarethe von Trotta sur les deux sœurs Enslin, Christiane et Gudrun, souabes et parlant le même dialecte que Hölderlin. Gudrun Enslin (retrouvée morte dans la prison de Stammheim en 1977) récitait à merveille les poésies de Hölderlin — en dialecte souabe. En 1977, Erich Fried, poète juif autrichien exilé à Londres depuis 1933 publia un recueil de poèmes : So kam ich unter die Deutschen (c’est ainsi que j’arrivai chez les Allemands), phrase tirée de Hypérion. Les poèmes décrivent l’Allemagne des années de lutte armée et de répression d’Etat. Peter-Paul Zahl, incarcéré pendant dix ans pour faits de terrorisme, cite souvent Hölderlin.Retour

[ 46] « Das Lama », c’est ainsi que Nietzsche appelait sa sœur, Elisabeth Förster — Nietzsche qui a falsifié en particulier La Volonté de puissance.Retour

[ 47] Françoise Dastur examine la complexité du rapport entre Grèce et modernité chez Hölderlin à partir du fragment « De quel point de vue faut-il considérer l’antiquité ? » (1799) et la première lettre à Böhlendorf. On voit à quel point l’équation nazie est grossière et erronée. Cf. Dastur : Hölderlin. Le retournement natal. Encre marine, 1997, pp. 27-37 notamment.Retour

[ 48] Le mot « nation », souligne François Fédier, vient du latin nasci et désigne l’ensemble des hommes nés sous un même ciel et dont le destin est par conséquent le même. Remarques sur Antigone, 10/18, 1965, p. 169 sq. Cité par Dastur, op. cit., p. 30. Une sorte de théorie stendhalienne des climats ?Retour

[ 49] Hölderlin, « An die Parzen », publié avec treize autres poèmes pour la première fois en 1799 par Neuffer sous le pseudonyme de Hillmar.Retour

[ 50] C’est le titre de son dernier (et monumental) ouvrage, à la fois essai, roman : DieÄsthetik des Widerstandes, Francfort/Main, Suhrkamp, édition en trois volumes, 1975, 1978, 1981. Non traduit en français. Peter Weiss meurt en 1982.Retour

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Nicole Gabriel « « Et si un jour dans un rare sursaut printanier le monde... » », Tumultes 1/2003 (n° 20), p. 143-168.
URL :
www.cairn.info/revue-tumultes-2003-1-page-143.htm.
DOI : 10.3917/tumu.020.0143.