Tumultes 2006/1
Tumultes
2006/1 (n° 26)
146 pages
Editeur
I.S.B.N. 9782841743933
DOI 10.3917/tumu.026.0035
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Politiques de la biologie

Vous consultezLa fabrication du naturel : l’assistance médicale à la procréation dans une perspective comparée

AuteurIlana Löwy du même auteur

CERMES – EHESS

La biomédecine est mondialisée, mais ses applications ne le sont pas. Les techniques d’assistance médicale à la procréation (AMP) constituent une illustration particulièrement saillante de l’importance du local et du national dans l’utilisation des technologies médicales nouvelles. Ces techniques fabriquent, à lalettre, des êtres humains, et en même temps redéfinissent des notions telles que la stérilité ou la parenté. Ce texte se propose de montrer comment une telle redéfinition passe, dans une grande mesure, par le choix des techniques utilisées, par la régulation de l’accès aux services médicaux et par les modalités pratiques de l’utilisation de ces services. Peu de domaines mettent en évidence de façon aussi explicite l’interdépendance entre nouvelles techniques de la médecine et variables socioculturelles, économiques et politiques. Une comparaison entre le statut de l’AMP dans plusieurs pays permet de mieux saisir cette interdépendance.

Une technologie médicale sous haute surveillance : l’AMP en France

2 Le cadre légal de l’utilisation des techniques de l’AMP (assistance médicale à la procréation) en France, fixé par la loi du 24 juillet 1994 (loi n° 94-654), stipule que « l’assistance médicale à la procréation est destinée à répondre à la demande parentale d’un couple. Elle a pour objet de remédier à l’infertilité dont le caractère pathologique a été médicalement diagnostiqué. […] L’homme et la femme formant le couple doivent être vivants, en âge de procréer, mariés ou en mesure d’apporter la preuve d’une vie commune d’au moins deux ans préalablement au transfert des embryons ou à l'insémination ». La révision des « lois de bioéthique » d'août 2004 (loi n° 2004-800) n’a pas touché au principe selon lequel seul un couple hétérosexuel stable pouvait avoir accès à ces techniques en France[1] [1] La loi 2004-800 relative à la bioéthique du...
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.

3 Dans les textes légaux, la procréation médicalement assistée est présentée comme un processus impliquant de manière parfaitement symétrique les deux membres du couple, porteurs du « projet parental ». Le nom de la technique d’assistance à la procréation la plus fréquemment utilisée aujourd’hui, FIV (fécondation in vitro), reflète la même volonté de maintenir la symétrie entre les deux futurs parents. L’acte même de la fécondation, rencontre d’un gamète mâle et d’un gamète femelle, est en effet parfaitement symétrique. Le terme « FIV » gomme en revanche le fait que la « récolte des gamètes » précédant la fécondation en tube à essai, est, elle, hautement asymétrique. La récolte des ovocytes nécessite une stimulation hormonale prolongée, puis leur prélèvement chirurgical (aujourd’hui, le plus souvent par laparoscopie), procédures contraignantes, pénibles, et non sansrisques pour la santé[2] [2] Les femmes se sentent pourtant obligées de taire les...
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. En revanche, dans la grande majorité des cas, la « récolte des spermatozoïdes » n’est qu’un euphémisme pour la masturbation.

4 La fécondation in vitro a été développée comme moyen de traiter les stérilités féminines d'origine tubulaire. Dans ce type de stérilités, les manipulations hormonales et chirurgicales utilisées dans le cadre de la FIV pour le prélèvement des ovocytes ont pu d’abord être perçues comme la continuation des traitements destinés à rendre perméables les trompes. Par la suite, la FIV a également été utilisée pour traiter les stérilités féminines d’origine inconnue, puis, de manière croissante, les stérilités masculines[3] [3] Les stérilités tubulaires ont constitué...
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. Les médecins ont constaté que la fécondation en tube à essai pouvait se faire avec du sperme pauvre en spermatozoïdes viables. En outre, une technique, l’« intracellularsperm injection » (ICSI), développée dans les années 1990, permet, grâce à la sélection et l’injection d’un seul spermatozoïde dans l’ovocyte, d’obtenir des grossesses à l’aide de sperme contenant très peu de gamètes viables. Des hommes définis comme stériles avant l’avènement de l’ICSI en raison d’un nombre insuffisant de spermatozoïdes viables, peuvent, grâce à cette technique, devenir le père biologique de leur enfant ; ce qui permet à certains spécialistes de proclamer la fin des stérilités masculines[4] [4] A. V. Hirsh, « A guide to the practice of andrology...
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. A ses débuts, l’ICSI a pourtant soulevé de nombreuses objections. Dans sonpremier avis publié sur le sujet (mars 1994), le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) émet des réserves sur cette pratique qui peut présenter à la fois des risques pour l'enfant à naître (en raison du remplacement de la « sélection naturelle » du spermatozoïde fertilisant par le choix arbitraire d’un scientifique) et pour la femme, en raison des dangers liés à la procréation assistée. « Le recours à des techniques de micro-injection cellulaire », d’après le texte du CCNE, « est, pour le médecin, une technique thérapeutique inhabituelle, car il soigne l’infertilité de l’homme en faisant subir des traitements à la femme, pourtant féconde. Ces traitements sont lourds, pénibles et comportent des risques pour la femme et pour l'enfant, dont certains ne sont pas encore bien connus. Les “avantages” attendus d’une descendance génétiquement liée au couple ne pourront ainsi être recherchés qu’au prix d’une médicalisation accrue de la fécondation[5] [5] Avis n° 42 du CCNE, Cahiers de Comité consultatif...
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».

5 La question de la légitimité de la manipulation médicale du corps de la femme dans le but de « guérir » un défaut biologique de son partenaire, a complètement disparu par la suite des débats autour de l’ICSI. Ces débats étaient focalisés exclusivement sur le problème des dangers supposés pour l’enfant à naître. En conséquence, l’ICSI ne semblant pas produire un taux plus élevé de malformations fœtales que la FIV « classique », sa diffusion a été très rapide[6] [6] En 1993, l’ICSI a été utilisée dans...
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. Parallèlement, le problème éthique qu’aurait pu poser le traitement de l’infertilité masculine par la manipulation du corps de la femme, a été occulté par les termes utilisés par les experts : « traitement de la femme pourdéfaillance du facteur masculin » ; « thérapie d’un couple infertile » (traité implicitement comme un seul « patient ») ; et même « stimulations ovariennes effectuées sur un couple stérile »[7] [7] Marta Kirejczyk et Irma Van der Ploeg, « Pregnant...
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.

6 Le droit des hommes à avoir un enfant biologique est considéré comme allant de soi. Un des pionniers de la fertilisation in vitro en France, Jacques Testart, a récusé l’insémination artificielle avec donneur, alternative à l’ICSI permettant à un couple composé d’un homme stérile et d’une femme fertile d’avoir des enfants sans passer par la manipulation hormonale et chirurgicale du corps de la femme, au nom de l’intérêt de l’enfant à naître : « Est-il équivalent d’avoir été conçu, même au prix d’artifices extrêmes, par l’homme qu’on appelle papa, ou de procéder à d’autres artifices conduisant à nier définitivement la continuité des générations où l’enfant voudra s’inscrire ?[8] [8] Jacques Testart, Des hommes probables : de la procréation...
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» Pour Testart, « concevoir un enfant par un tiers donneur », c’est « créer délibérément un enfant privé du droit à ses origines ». Les « origines » ici, sont implicitement identifiées à l’ADN de la lignée paternelle, qui, grâce à l’ICSI, n’a plus de limites de perpétuation. Testart jette en revanche un tout autre regard sur les solutions techniques telles que la congélation « préventive » des fragments d’ovaire, qui pourraient permettre dans l’avenir aux femmes ayant dépassé l’âge naturel de la fertilité d’être mères génétiques de leurs enfants. Il condamne sans appel de telles tentatives, et classe les recherches à ce sujet parmi les multiples aberrations de l’AMP[9] [9] Ibid. , p. 240. Sur la cryopréservation des fragments...
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.

7 L’ICSI a été diffusée très rapidement et son utilisation en France est presque aussi fréquente que celle de la FIV « classique » (données de 2002)[10] [10] L’ICSI a été à l’origineen...
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. Avec cette technique, la seule condition, pour un homme auparavant défini comme stérile, de devenir le père biologique d’un enfant, est de trouver une partenaire qui accepte de concevoir par FIV. Ou pour reprendre les termes du professeur David, « dans le problème de la stérilité masculine, cherchez la femme, trouvez la femme[11] [11] Cité par Nicole Athea, « La stérilité,...
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». Des experts affirment que « vu le progrès de la micro-injection, le nombre de couples qui restent stériles après l’ICSIest infime. Le seul obstacle réel est l’âge biologique et chronologique de la femme[12] [12] P. Devorey et C. Thibault, « L’ICSI, progrès...
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». Dans la pratique, l’ICSI devient souvent une méthode de vérification de la « qualité des ovocytes ». Chaque homme, même celui dont le sperme contient un nombre infinitésimal de spermatozoïdes viables, peut tenter de devenir père avec l’aide d'une femme dotée d’ovocytes de « bonne qualité ». En revanche, si la cause d’échec de la FIV est attribuée à la « mauvaise qualité des ovocytes », cela signifie très souvent, dans la pratique, que la femme (si elle se conforme aux règles établies par la loi française) doit définitivement renoncer à la grossesse.

8 La paternité ne peut être que génétique. En revanche, la FIV permet de dissocier maternité génétique et maternité liée à la gestation. En dissociant fertilisation et grossesse, les techniques d’AMP élargissent les notions de fertilité masculine et féminine. Elles permettent notamment à des femmes dont les ovocytes ne sont plus viables, de pouvoir être enceintes grâce au don d’ovocyte. Cette solution pose de nombreux problèmes matériels et éthiques, mais elle est très efficace du point de vue technique : le taux de succès des grossesses obtenues avec les ovocytes d’une donneuse est meilleur que celui obtenu avec les ovocytes d’une femme traitée (différence qui peut s’expliquer par le fait que les donneuses d’ovocytes sont en moyenne plus jeunes que les femmes traitées pour stérilité)[13] [13] Victoria Clay Wright, Laura A. Scheve, Meredith A. Reynolds,...
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. Cependant, le don d’ovocyte est très rarement utilisé en France. Cette technique est difficile d’accès et la loi précise qu’elle est destinée uniquement aux femmes dépourvues d’ovocytes pour des raisons médicales bien précises (défaillance innée, ménopause précoce, traitement anticancéreux)[14] [14] Ces conditions sont explicitées dans l’arrêté...
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. Les femmes supposées infertiles en raison de leur âge — c’est-à-dire, principalement, à cause de la rareté des ovocytes fonctionnels chez les femmes de plus de 40 ans — ne peuvent en bénéficier[15] [15] L’arrêté du 12 janvier 1999 préconise...
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. En outre, en France, une femme reconnue comme « ayant droit » au don d’ovocyte, doit obligatoirement trouver une donneuse — souvent parente ou amie — prête à lui fournir des gamètes (le don de gamètesestanonyme et gratuit).

9 Il n’est pas facile de persuader une femme n’ayant pas elle-même de problème de fertilité, d’entreprendre de nombreux examens médicaux, de suivre un traitement hormonal contraignant et de subir une intervention chirurgicale pénible. Il n’est donc pas étonnant que les donneuses soient rares et que l’attente pour un don d’ovocytes soit très longue, les conditions d’accès étant par ailleurs strictement définies[16] [16] J. Salat-Baroux, D. Cornet, J. Mandelbaum et al. , «...
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. La loi française est construite de telle sorte qu’elle rend le don d’ovocyte extrêmement difficile[17] [17] Marie-Odile Alnot, Hélène Letour Körnich...
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. Le discours officiel légitime cette difficulté par la crainte du développement du commerce d’ovocytes et l’exploitation potentielle des femmes. Or il est possible d’obtenir des ovocytes sans pour autant créer de circuits commerciaux. Il suffit que les femmes soumises à des traitements visant à « récolter » des ovocytes afin de suivre un cycle de FIV, donnent une partie des ovocytes prélevés aux autres femmes (la clinique s’engageant à ce que le partage ne compromette pas les chances de grossesse de la donneuse). En Grande-Bretagne, des cliniques de traitement de l’infertilité (privées, ce type de traitement n’étant couvert que de façon exceptionnelle par le service de santé national), ont mis au point des programmes de « partage des ovocytes ». Les femmes qui donnent une partie de leurs ovocytes sont traitées à moindre coût, une partie importante de leurs dépenses médicales — celles qui relèvent de la collecte des ovocytes — étant payée par le couple ou la femme bénéficiaire.

10 En Grande-Bretagne, le partage des ovocytes évite à des femmes en bonne santé des traitements contraignants, pénibles et risqués ; il limite les dangers de développement d’un marché de gamètes femelles, puisque la receveuse n’achète pas les ovocytes, mais rembourse les dépenses médicales nécessaires pour les obtenir[18] [18] Martin H. Johnston, « The medical ethics of paid egg...
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. En France, une variante de ce programme pourrait être envisagée, qui garderait le principe d’anonymat et de gratuité totale ou partielle du don, tout en permettant d’élargir considérablement le nombre de femmes à pouvoir en bénéficier. Encore faudrait-il en avoir la volonté politique. Or une utilisation plus large du don d’ovocytes risquerait de déstabiliser la définition du « couple en âge de procréer » qui, en France, renvoie à l’image d’un couple hétérosexuel composé d’une femme de moins de 40 ans et d’un homme sans limite d’âge ; elle risquerait aussi de mettre en question les dispositifs de la loi française, qui accordent une préférence à la parenté génétique et préconisent la supériorité reproductive des hommes sur celle des femmes[19] [19] L’arrêté du 12 janvier 1999 préconise...
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Une technologie médicale sur un marché libre : l’AMP aux Etats-Unis

11 La réglementation très rigide de l’AMP en France constitue une exception par rapport à la plupart des pays occidentaux, où elle est moins restrictive. Celles qui n’ont pas le droit de bénéficier des services de l’AMP en France — homosexuelles, femmes seules ou ayant besoin d’un don d’ovocyte — peuvent s’adresser à des cliniques privées en Belgique ou en Grande-Bretagne, à condition d’en avoir les moyens (les « enfants du Thalis » ou « de l’Eurostar »). La législation française n’est véritablement rigide que pour les plus démunis[20] [20] En outre, les demandes d’AMP de couples dont le statut...
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. C’est aux Etats-Unis que la libéralisation de l’AMP est allée le plus loin. L’AMP n’y est que très partiellement réglementée, avec des différences importantes d’un Etat à l’autre. Certains exigent des assureurs privés qu’ils couvrent un certain nombre de traitements ou les dépenses liées à la FIV en fonction d’un plafond pré-établi, d’autres n’exigent aucun remboursement. Le recours à une mère porteuse est autorisé dans certains Etats et rigoureusement interdit dans d’autres[21] [21] D. Milsap, « Sex, lies and insurance : Employer provided...
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. En règle générale cependant,l’AMP aux Etats-Unis est soumise aux même contraintes légales que d’autres pratiques médicales exercées sur des sujets bien portants, telle la chirurgie esthétique. Le législateur s’intéresse avant tout à la compétence des praticiens et au respect des règles de sécurité sanitaire. Les banques de sperme sont des institutions commerciales ordinaires, le don (contre paiement) d’ovocytes est soumis aux règles de l’offreet de la demande ; et dans les Etats autorisant le recours aux mères porteuses, celles-ci — généreusement rétribuées — peuvent s’inscrire dans des agences spécialisées fournissant des services juridiques destinés à établir un contact entre elles et les parents prospectifs[22] [22] Gay Becker « Espoir à vendre : commercialisation...
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. Le traitement de la stérilité est devenu une industrie lucrative et hautement compétitive : les institutions impliquées s’accusent mutuellement de manipuler leurs résultats et d’offrir des conditions financières particulièrement favorables aux « bonnes » candidates, pour pouvoir afficher de meilleurs résultats et attirer davantage de clients. Pour certains spécialistes, l’existence d’un marché privé du traitement de l’infertilité n’est pas un problème mais un avantage, dans la mesure où « la plupart des innovations dans [ce domaine], comme la plupart des innovations dans le domaine de la télécommunication ou de l'informatique, ont été obtenues davantage grâce aux initiatives privées, que par la recherche publique[23] [23] Joseph D. Schulman (fondateur et directeur du Genetics &...
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».

12 Aux Etats-Unis, les femmes seules, les homosexuelles, peuvent concevoir grâce à l’insémination artificielle avec donneur, la FIV ou toute autre méthode d’AMP. Les banques de sperme garantissent la qualité du sperme fourni (bonne viabilité des spermatozoïdes, absence de maladies infectieuses et héréditaires) et, en parallèle, accompagnent leurs produits d’une description détaillée des fournisseurs des gamètes (le plus souvent étudiants d’université), incluant traits physiques, origines ethniques, détails sur les études poursuivies, activités et loisirs. Certains demandent même aux donneurs de fournir un essai autobiographique pour leur permettre de se présenter à leur avantage aux acheteuses potentielles. Les stratégies commerciales des banques de sperme sont axées à la fois sur la vente d’un produit technologique sûr et performant et sur celle d’un rêve : l’homme parfait incarné dans ses gamètes[24] [24] Matthew Schmidt et Lisa Jean Moore, « Constructing...
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. Le remplacement de la personne par ses gamètes a été normalisé au point que certains chercheurs se félicitent du fait que les acheteuses ne cherchent pas améliorer le sort de leur enfant grâce à un capitalde gènes « supérieurs » — en recherchant le sperme d’un mathématicien de génie ou d’un sportif de très haut niveau par exemple — mais choisissent le sperme d’individus correspondant à leur vision du conjoint idéal : le commerce du sperme n’obéit pas aux règles de l’eugénisme, mais plutôt à celles du roman à l’eau de rose[25] [25] F. Allan Hanson, « Donor insemination : Eugenic and...
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13 Par ailleurs, les femmes dont les ovocytes ne sont pas fonctionnels peuvent utiliser les services de donneuses d’ovocytes. La vente d’ovocytes obéit à des règles très semblables à celles qui ordonnent le commerce du sperme. Ainsi le Genetics & IVF Institute (Fairfax Virginia), un des grands centres de traitement de la stérilité aux Etats-unis, fournit sur demande une liste de (centaines) de donneuses d’ovocytes potentielles, disponibles immédiatement et classées selon leur race (asiatique, caucasienne, noire, hispanique) leurs caractéristiques physiques (couleur de la peau, des yeux, des cheveux, taille, poids, corpulence) et leur niveau d’éducation[26] [26] Voir le site de l’institut : http:/ / www. givf. com/ . ...
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. De même, les Fertility Institutes de Los Angeles et Las Vegasproposent une liste de profils de donneuses, incluant des détails concernant les origines ethniques, l’apparence physique, l’éducation, les activités et les loisirs[27] [27] Voir, sur le site de Fertility Institute : http:/ / www. fertility-docs. com/ ...
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. Le don d’ovocyte est une activité contraignante et comportant des risques pour la santé, mais sa rémunération (les tarifs en vigueur aux Etats-Unis sont de 3.000 à 10.000 dollars par ponction) en faitune option attractive, notamment pour les étudiantes, à qui elle permet de financer une partie de leurs frais d’études (très élevés aux Etats-Unis). Un débat animé sur les aspects éthiques de la vente d’ovocytes oppose ceux qui la considèrent comme un exercice du droit à disposer librement de son corps, et ceux pour qui elle peut être assimilée à l’exploitation du corps des femmes[28] [28] Mark V. Sauer, « Exploitation or a woman right »,...
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. Les donneuses elles-mêmes sont conscientes des aspects problématiques du commerce d’ovocytes et utilisent des stratégies qui neutralisent ces aspects, en manipulant par exemple les données biographiques qu’elles livrent pendant les interviews destinées à établir leur aptitude à être donneuse (pour ne pas se sentir totalement démunies face à l’institution médicale) ou encore en présentant leur acte comme une action altruiste, destinée à aider une autre femme (ce qui permet de neutraliser les critiques concernant la vente de leur patrimoine génétique)[29] [29] Anne Pollock, « Complicating power in high-tech reproduction...
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14 Le don d’ovocytes élargit considérablement la période durant laquelle une femme peut devenir mère, l’étendant jusqu’à 55 ans, voire plus. Les mères « d’âge élevé de grossesse »,selon les experts, sont plus exposées que les autres à des grossesses àcomplications, et prennent donc plus de risques pour leur propre santé. En revanche, leurs chances d’être enceintes grâce au don d’ovocyte, de mener leur grossesse à terme et d’accoucher d’un enfant en bonne santé sont comparables à celles des utilisatrices plus jeunes de la FIV[30] [30] M. V. Soner, R. J. Pauldon et R. A. Lobo, « Oocytedonation...
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. Aux Etats-Unis, il est possible de s’éloigner du modèle de « projet parental » français, qui ne peut se réaliser que par un homme et une femme en « âge de procréer ». Les couples de lesbiennes peuvent choisir le partage de la maternité biologique : grâce à la FIV, l’une peut devenir la mère génétique et l’autre, celle qui porte et met au monde l’enfant, les homosexuels mâles pouvant devenir pères grâce aux mères porteuses[31] [31] Elisabeth F. S. Roberts, « Native narratives of connectedness...
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15 L’utilisation des techniques d’AMP n’élimine pas la recherche du « naturel ». Cette recherche passe souvent par la mise en avant de certains éléments de la trajectoire menant à la naissance de l’enfant, tandis que d’autres sont masqués. Certaines des femmes qui doivent leur grossesse à la technologie médicale de pointe, tentent ainsi de gommer la mémoire de ses débuts « high tech » en se tournant vers la médecine douce et en choisissant d’accoucher à domicile[32] [32] Robbie Davis-Floyd, « From technobirth to cyborg babies...
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. Un couple de lesbiennespartageant la procréation d’un enfant,pourra valoriser le lien biologique de chacune avec lui, en mettant en avant la contribution génétique de l’une et celle de l’autre par le biais de la grossesse, tout en effaçant la contribution biologique du père — généralement donneur de sperme anonyme. Ce principe s’applique aussi à des couples de lesbiennes qui ne partagent pas la procréation, mais se contentent de l’insémination artificielle de l’une d’elles[33] [33] F. A. Hanson, « Donor insemination : Eugenic and feminist...
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. Aux Etats-Unis, certains couples utilisant les ovocytes d’une donneuse peuvent choisir d’avoir recours à une parente, ou du moins à une femme de même origine ethnique, pour reconstruire une continuité de filiation symbolique[34] [34] Charis M. Cussins, « Quit sniveling cryo-baby. We’ll...
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. Certains couples ayant recours à une mère porteuse l’associentà leur famille, en lui accordant le rôle de tante honoraire ou d’amie du couple[35] [35] E. F. S. Roberts, « Native narratives of connectedness...
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. Le système derégulation par le marché offre un plus large éventail d’arrangements créatifs de la parenté et une symétrie plus grande entre hommes et femmes, hétérosexuels et homosexuels. Mais d’autre part, cette régulation par le marché et le coût élevé de la plupart des traitements qui lui sont associés, renforce les clivages sociaux et transforme la liberté d’innover — y compris dans le domaine de la parenté — en privilège de classe.

Une technologie médicale au service d’une cause nationale : l’AMP en Israël

16 Israël est sans doute le meilleur endroit au monde où recevoir un traitement AMP,en particulier en cas de ressources financières limitées. Pour des raisons à la fois culturelles (valorisation de la procréation et de la maternité dans la culture juive) et politiques (forte tendance pro-nataliste visant à assurer la continuité de la majorité juive), Israël a adopté une politique très libérale de remboursement des services d’AMP (les Palestiniens citoyens de l’Etat d’Israël peuvent toutefois bénéficier des mêmes services). Une loi de 1995 a ouvert l’accès à l’AMP à toutes les femmes, sans limites de statut civil, d’orientation sexuelle ou d’âge. Les femmes ont droit à un nombre illimité de cycles de FIV financés par le système de santé national d’assurance maladie, cela jusqu’à la naissance de deux enfants[36] [36] Susan Martha Kahn, 2000, Reproducing Jews : A Cultural Account...
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. Le traitement systématique des femmes n’ayant que peu de chances de concevoir grâce à l’AMP se solde par un taux relativement faible de réussite par cycle — 10% pour les femmes de moins de 40 ans, 5% pour celles de plus de 40 ans. En conséquence, tandis que le pourcentage d’enfants nés en Israël grâce à la FIV est environ deux fois supérieur à la moyenne des pays occidentaux (2,1% des naissances en 1996), le nombre de cycles de fertilisation est de 5 à 10 fois plus élevé. La multiplication des tentatives de FIV reflète l’accessibilité du traitement, mais aussi la force des normes sociales, qui exigent de chaque femme qu’elle ait des enfants, coûte que coûte[37] [37] Daphna Birenbaum-Carmeli, « Cheaper that a newcomer...
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17 La politique d’accès quasi-illimité aux services d’AMP a été atténuée en 1999, lorsque le ministère de la santé israélien a imposé des limites d’âge pour l’accès au traitement. Il s’agit toutefois de limites très généreuses selon les critères européens : 45 ans pour un traitement avec les ovocytes de la femme elle-même, 51 ans avec ceux d’une donneuse[38] [38] Judy Siegel Itzkovich, « Israel restricts fertility...
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. En 1998, un débat sur l’accès à l’AMP a conduit la Knesset (parlement israélien) à mettre en évidence l’importance accordée en Israël au droit de toutes les femmes à la maternité et par extension, le malheur de celles qui n’y accèdent pas — vision partagée par les parlementaires des deux sexes et les utilisatrices des services d’AMP[39] [39] Daphna Birenbaum-Carmeli, « Cheaper that a newcomer…...
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. L’accès à l’AMP et notamment la diffusion de l’insémination avec donneur (IAD), a « normalisé » le statut des mères célibataires et homosexuelles. De nos jours, une femme seule/homosexuelle avec un enfant est mieux intégrée dans la société israélienne qu’une femme sans enfants ; ce qui encourage encore le recours à ces techniques.

18 La rencontre entre l’IAD et la loi rabbinique (Halacha) a donné lieu à des dilemmes inédits. Les rabbins ont été, dans leur grande majorité, très favorables à l’AMP. Toutefois, selon la Halacha, si une mère juive mariée a un enfant d’un autre homme que son mari, cet enfant, qualifié de « mamzer », est exclu de la communauté juive. Il ne peut se marier avec un juif de plein droit, mais uniquement avec un autre « mamzer ». L’inceste produit également des « mamzerim ». En revanche, un enfant né d’une mère juive non mariée (et de rapports non incestueux), est juif de plein droit. Pour rendre l’IAD et le transfert d’embryon accessibles aux femmes juives religieuses, les rabbins ont trouvé une solution ingénieuse — l’utilisation du sperme de non-juifs. Ces derniers sont exempts des règles pesant sur les juifs et de ce fait, leur sperme est « sans qualités » selon la loi juive : utilisé par une femme mariée, il ne produit pas de « mamzerim » et n’induit pas non plus de danger d’inceste entre des enfants qui, à leur insu, ont été produits par le sperme du même donneur[40] [40] S. M. Kahn, Reproducing Jews, op. cit. , pp. 64-86. ...
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. Le développement de l’ICSI a réduit la nécessité d’utiliser le sperme d’un donneur à l’intérieur d’un couple marié, sans toutefois l’éliminer totalement. C’est pourquoi les banques de sperme israéliennes maintiennent une classification de leurs échantillons de sperme selon la religion du donneur. Les femmes (juives) non mariées ont ainsi une nette préférence pour un sperme juif, et les femmes mariées, pour un sperme non juif.

19 Un autre problème lié à laHalacha, est l’interdiction religieuse de concevoir des enfants quand la femme est « impure » à cause de ses règles (« nidah »). Or le prélèvement des ovocytes précédant la FIV, provoque souvent des saignements utérins assimilés aux règles. Afin d’éviter la production d’enfants de « qualité inférieure » (« bnei nidah »), les médecins qui traitent les femmes juives religieuses ont élaboré des techniques de prélèvement limitant les saignements visibles. Israël permet et encourage le don d’ovocytes. Dans ce cas, pour éviter la production de « mamzerim », une juive religieuse ne peut accepter le don d’ovocyte d’une femme juive mariée, puisqu’un tel ovocyte, fertilisé avec le sperme de son mari, produirait un enfant adultérin. Les ovocytes les plus recherchés sont ceux des femmes juives non mariées. Ceux des femmes non-juives ne sont pas aussi bien vus, mais il n’y a pas d’interdiction absolue quant à leur utilisation, puisque la plupart des rabbins considèrent celle qui accouche comme la véritable mère de l’enfant à naître[41] [41] Ibid. , pp. 118-133. ...
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20 Cette règle religieuse définissant la femme qui accouche comme la mère, rend a priori problématique le recours aux mères porteuses. Les rabbins se sont pourtant accommodés de l’existence de cette pratique, en la qualifiant de moindre mal. L’utilisation d’une mère porteuse juive conduit à la naissance d’un enfant juif qui sera adopté et chéri par un couple juif. Israël est le seul pays au monde où les mères porteuses ne sont pas seulement tolérées, mais encadrées par une loi spécifique. En outre, elles sont suivies par les services sociaux des hôpitaux publics[42] [42] R. Gagin, M. Cohen, L. Greenblatt, H Solomon & J. ...
suite
. Seuls les couples mariés peuvent utiliser les services d’une mère porteuse. Si le couple est juif, elle doit l’être aussi. Elle doit en outre être célibataire, divorcée ou veuve, pour éviter la naissance d’un « mamzer ». La loi interdit l’insémination d’une mère porteuse par le sperme du père prospectif. L’embryon qu’elle porte doit obligatoirement être produit par la FIV, soit par la fertilisation des gamètes du couple, soit en utilisant les gamètes d’un tiers. La loi a également fixé le taux de compensation de la mère porteuse. Cette compensation, d’environ 10.000 dollars, représente moins du dixième de la compensation accordée aux Etats-Unis. Son montant relativement modeste vise probablement à rendre accessibles les services de mères porteuses aux couples des classes moyennes. Cependant, les mères porteuses — souvent seules avec de jeunes enfants et sans revenus — se recrutent parmi les couches les plus démunies de la population israélienne[43] [43] S. M. Kahn, Reproducing Jews…, op. cit. , pp. 142-144. ...
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21 Les mères porteuses israéliennes, comme celles de Californie, construisent un discoursdans lequel elles mettent en avant leur altruisme. Elles se présentent d’autre part comme un simple instrument qui rend la grossesse d’une autre femme possible, et perçoivent le matériel génétique comme le seul déterminant de l’identité de l’enfant à naître[44] [44] Elly Teman, « The medicalization of “nature”...
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. Elles décrivent la prise d’hormones destinées à favoriser l’implantation de l’embryon comme un signal qui « stoppe »le fonctionnement normal de leur corps, le rend « artificiel » et de ce fait bien adapté pour accueillir un embryon produit par la FIV[45] [45] De même, la prise de distance à l’égard...
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. Cette prise de distance à l’égard de leur propre corps est doublée d’une représentation de l’enfant qui s’y développe comme d’un corps étranger, qui est « eux » et n’a aucun lien avec elles, qui le portent. Cette représentation permet aux mères porteuses d’éviter le stigmate de la « mauvaise mère » qui abandonne son enfant. Par ailleurs, cette position est en contradiction avec la règle de la Halacha, qui définit la femme qui accouche comme la mère. Cette contradiction peut devenir problématique en cas de conflit entre la mère porteuse et les « commanditaires » de l’enfant.

22 La politique étatique d’encouragement de la maternité en Israël rend les techniques d’AMP accessibles à de très nombreuses femmes qui, dans d’autres pays, n’y auraient pas accès en raison de leur âge, de problèmes de santé, de leur statut familial ou par manque de moyens ; mais elle ne gomme ni les différences de classe, ni celles de statut social et fragilise le statut des femmes sans enfant, privées de cette voie royale d’intégration dans les réseaux familiaux et la communauté nationale. L’accès très libéral à toutes les techniques d’AMP favorise l’intensification de l’activité reproductive des femmes juives et plus spécifiquement celle des femmes non mariées. Les règles d’accès à l’AMP en Israël, note Susan Kahn, ouvrent deux voies non traditionnelles de « production » des Juifs : d’une part l’encouragement des femmes seules à avoir des enfants — mesure qui, dans la pratique, s’adresse aux femmes des classes moyennes, et, d’autre part, l’encouragement des femmes seules issues des couches sociales défavorisées à produire des enfants pour les couples plus fortunés[46] [46] S. M. Kahn, Reproducing Jews…, op. cit. , pp. 156-157. ...
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Fabrication du naturel et production des exclusions

23 Les innovations scientifiques et techniques apparaissent toujours dans un « monde plein » et leur trajectoire est façonnée par les institutions, les structures et les normes qu’elles rencontrent. Le « monde plein » dans lequel est apparu l’AMP est,on l’a vu,très différent en France, aux Etats-Unis et en Israël. Il n’est donc pas étonnant que les mêmes innovations — IAD, FIV, ICSI, don d’ovocyte, recours à une mère porteuse — aient également des conséquences très différentes.

24 La France est dotée d’une longue tradition nataliste et d’intervention étatique ayant pour but la production de « bébés de bonne qualité ». Cette tradition est à l’origine de nombreuxacquis sociaux, tels que les services de protection maternelle et infantile, les allocations familiales ou les congés de maternité payés. Elle a aussi généré un « paternalisme d’Etat » et une alliance objective entre l’Eglise et la République pour maintenir la subordination des femmes. La tradition d’intervention de l’Etat dans la procréation naturelle a facilité l’acceptation d’une intervention étatique forte dans la régulation de l’AMP[47] [47] William Schneider, Quality and Quantity : The Quest for...
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. Aux Etats-Unis, les hôpitaux et autres institutions de la santé ont été, dès leurs origines, façonnés par le marché capitaliste. Ainsi les « trustees » qui ont fait construire et géré des hôpitaux ont toujours été recrutés parmi les hommes d’affaires puissants. En même temps, les tribunaux ont été, davantageque le pouvoir législatif, le principal lieu d’établissement de règles concernant les limites du pouvoir médical. Cette double tradition, qui a établi l’importance du marché et des tribunaux dans la gestion des corps sains et malades, a ouvert la voie à une gestion contractuelle des services d’AMP[48] [48] Paul Starr, The Social Transformation of American Medicine,...
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. En Israël, la volonté de produire des enfants parfaits — des « petits Samson » —, réaction liée au rejet par les Israéliens des stéréotypes liés aux Juifs de la diaspora — faibles, maladifs, rachitiques, dégénérés — a produit, à une fréquence particulièrement élevée, un rejet des enfants « imparfaits » par les parents et une densité inhabituelle de centres de diagnostic prénatal, utilisés de manière intensive. Ces développements ont préparé l’explosion des centres d’AMP[49] [49] Meira Wiess, The Chosen Body : The Politics of the Body...
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25 La diffusion des techniques d’AMP a été liée à la redéfinition du « naturel ». En France, la législation sur l’AMP est légitimée par la vision d’une parenté « naturelle », fondée sur l’idée — supposée universellement valable — que l’intérêt du futur enfant implique le droit d’avoir une mère et un père et des liens biologiques avec les personnes remplissant cette tâche sociale. Ces valeurs décrites comme naturelles sont à l’origine de l’inclusion de l’AMP parmi les services fournis par le système de santé étatisé ; elles sont à la base de la règle selon laquelle seul un couple stable composé d’« un homme et une femme en âge à procréer » ont droit à l’AMP. Or, comme le remarque Judith Butler, à propos du dénidu droit des homosexuels à accéder aux techniques reproductives, « c’est considérer que la norme sociale, certes dominante, mais contingente, est une vérité éternelle[50] [50] Dominique Simonnet, Interview avec Judith Butler, L’Express,...
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». Les lois et règlements qui encadrent l’accès à l’AMP en France reproduisent la perception « naturelle » de la fertilité féminine comme fragile et limitée dans le temps et celle de la fertilité masculine comme stable et illimitée, ils dévalorisent la maternité d’une femme seule ou homosexuelle et favorisent l’attribution de la responsabilité des échecs de la conception à la femme.

26 Aux Etats-Unis, la réglementation très libérale de l’AMP repose sur une vision beaucoup plus flexible de la parenté et sur d’autres valeurs, également perçues comme universellement valables, telles qu’une large étendue de choix de vie, la possibilité de disposer de son corps et la liberté de commerce et d’entreprise. L’application de ces principes aboutit cependant à une corrélation directe entre l’éventail de choix de traitements offerts et les revenus, et la condamnation à une stérilité « naturelle » des moins fortunés. La richesse créative des liens inédits de parenté produits grâce à l’AMP, avec son potentiel de subversionde certaines normes tenues auparavant pour « naturelles » (parenté des couples homosexuels, conception rendue accessible aux femmes dépourvues d’ovocytes actifs…) est ancrée dans une naturalisation non problématique de l’économie libérale et du principe de commercialisation des parties du corps.

27 Les techniques médicales en vigueur en Israël favorisent simultanément deux perceptions contradictoires du « naturel » : l’accentuation du rôle de l’ADN parental et la négation de la contribution du corps de la femme enceinte dans le cas des mères porteuses, d’un côté ; l’effacement total de la contribution du matériel génétique d’un des parents dans le cas d’une fertilisation avec le sperme d’un non juif, de l’autre. La généralisation de l’AMP a élargi la définition de la parenté « respectable », les femmes seules et homosexuelles pouvant y accéder ; certains couples peuvent devenir parents grâce à une mère porteuse. Cet élargissement repose sur une combinaison inédite — et créative — des valeurs du judaïsme orthodoxe, formé à travers la diaspora, le nationalisme israélien, le conflit avec les Palestiniens. L’extension du droitde procréation des femmes et des couples est indissociable du renforcement de l’association étroite entre règles de laHalacha et lois séculaires de l’Etat d’Israël. Leur combinaison dans le cadre de la réglementation de l’AMP, renforce la naturalisation de la cohésion ethnique, ancrée dans des « liens dusang » d’un type très particulier : le seul sang qui compte étant celui du cordon ombilical qui relie un fœtus au placenta d’une mère juive.

28 La science a pu être présentée comme une « vue de nulle part », qui se situerait en dehors de la société et de l’Histoire, et de ce fait serait capable de produire des connaissances universellement valables[51] [51] Herbert Buterfield, The Origins of Science, New York, Collier...
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. Les critiques de ce point de vue affirment que les porte-parole autoproclamés d’une « vue de nulle part » — c’est-à-dire les représentants des paradigmes dominants — aspirent en fait à imposer aux autres leurs idées et, partant, uneperspective partielle[52] [52] Par exempleSandra Harding, The Science Question in Feminism,...
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. La naturalisation de certaines entités et valeurs et la représentation des points de vue qui s’y opposent comme aberrants et monstrueux, relève d’une stratégie classique des dominants ; et la contestation de cette naturalisation, un des principaux domaines de lutte des dominés[53] [53] Homi K. Bhabha, The Location of Culture, Londres, Routledge,...
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29 La fabrication des humains grâce à l’assistance médicale à la procréation passe par la naturalisation de certaines entités — hétérosexualité, valence différentielle des sexes, économie capitaliste, valeurs partagées d’un groupe ethnique. Cette naturalisation construit en même temps des exclusions : en France, homosexuelles, femmes seules ou plus âgées qui désirent des enfants ; aux Etats-Unis, individus qui ne parviennent pas à réaliser le « rêve américain » de réussite matérielle (considérée par certains comme un signe manifeste de la bienveillance divine) ; en Israël, femmes juives qui ne produisent pas d’enfants pour la nation. Avec, toutefois, la persistance d’éléments qui, sans être « universels », sont très largement partagés dans nos sociétés : la discrimination ouverte ou cachée des personnes au bas de la hiérarchie sociale et la consolidation du lien entre reproduction et corps des femmes.

 

Notes

[ 1] La loi 2004-800 relative à la bioéthique du 6 août 2004, reprend (article L-2141-2) tels quels les termes de la loi de 1994, qui limite l’accès à l’assistance médicale à la procréation aux couples hétérosexuels stables. Retour

[ 2] Les femmes se sentent pourtant obligées de taire les souffrances physiques liées à la FIV, une femme étant censée devoir « tout faire » pour être mère. Seules celles qui ont renoncé à leurs tentatives de grossesse grâce à la FIV se sentent capables d’apporter leur témoignage sur la douleur (selon elles, considérable), qui fait partie du parcours de la FIV. Voir Orly Benjamin et Hila Ha'elyon, « Rewriting fertilization : Trust, pain and exit points », Women Studies International Forum, 2002, 25(6), 667-678.Retour

[ 3] Les stérilités tubulaires ont constitué la totalité des cas pour lesquels la FIV a été préconisée, pendant les deux premières années d’introduction de cette technique en France (1982-83), mais seulement 36% en 1992. La même année, 21% des FIV ont été justifiées par des stérilités masculines. Cahiers du Comité consultatif national d’éthique, octobre 1994, n° 1.Retour

[ 4] A.V. Hirsh, « A guide to the practice of andrology in the assisted conception unit », dans P. A. Rainsburg et D. A. Vinker (eds.), Practical Guide to Reproductive Medicine, Londres : The Pantheon Publishing Group, 1997, pp. 179-212. Retour

[ 5] Avis n° 42 du CCNE, Cahiers de Comité consultatif national d’éthique, 1994.Retour

[ 6] En 1993, l’ICSI a été utilisée dans 1,4% des FIV réalisées en France. Elle en représente 7,7% en 1994, 20,3% en 1995 et 35,1% en 1996. Elle s’est stabilisée depuis au niveau de 40% environ des FIV. F. Thépot et la Fédération nationale des CECOS, « Bilan 1997 de l’assistancemédicale à la procréation avec un tiers donneur », Conception, Fertilité, Sexualité, 1998, 28(7-8), pp. 393-398.Retour

[ 7] Marta Kirejczyk et Irma Van der Ploeg, « Pregnant couples : Medical technology and social construction around fertility and reproduction », Reproductive and Genetic Engineering, 1992, 5(2), pp. 113-124. Retour

[ 8] Jacques Testart, Des hommes probables : de la procréation aléatoire à la reproduction normative, Paris, Seuil, 1999, pp. 126-127. En italique dans le texte.Retour

[ 9] Ibid., p. 240. Sur la cryopréservation des fragments d’ovaire, voir par exemple H. Newton, Y. Aubard, A. Rutherford et al., « Low temperature storage and grafting of human ovarian tissue », Human Reproduction, 1996, 11(2), pp. 1487-91 ; M. S. Opsahl, E. F. Fugger, R. J. Sherins et J. D. Schulman, « Preservation of reproductive function before therapy for cancer : New options involving sperm and ovary cryopreservation », Cancer Journal, 1997, 3(4), pp. 189-191.Retour

[ 10] L’ICSI a été à l’origineen 2002 de la moitié environ des naissances par FIV (10.688 grossesses ont été obtenues par FIV classique, 9642 par ICSI). Rapport FIVNAT 2002, http://perso.wanadoo.fr/fivnat.fr/bilan2002deb.htm. Retour

[ 11] Cité par Nicole Athea, « La stérilité, une entité mal définie », dans J. Testart (dir.), Le Magasin des enfants, Paris, François Bourin, 1990, pp. 37-71.Retour

[ 12] P. Devorey et C. Thibault, « L’ICSI, progrès technique de l’année 1995 », Gyneco-Obstetrique, 1996, 344, pp. 4-7.Retour

[ 13] Victoria Clay Wright, Laura A. Scheve, Meredith A. Reynolds, et Gary Jeng, « Assisted reproductive technology surveillance — United States, 2002 », 2005, Center for Disease Control, MMWR Surveillance Summaries, 54 (SS02), pp. 1-24.Retour

[ 14] Ces conditions sont explicitées dans l’arrêté du 12 janvier 1999, « relatif aux bonnes pratiques médicales et biologiques en assistance médicale à la procréation », Journal Officiel du 28/2/1999, p. 3061.Retour

[ 15] L’arrêté du 12 janvier 1999 préconise que les femmes de plus de 38 ans ne puissentêtre prises en charge que dans le cas où la fonction ovarienne a été jugée satisfaisante. Retour

[ 16] J. Salat-Baroux, D. Cornet, J. Mandelbaum et al., « Le don d’ovocyte après les lois de la bioéthique », Bulletin de l’Académie de Médecine (Paris), 2001, 185(2), pp. 373-384 ; Laurence Tain, « Refus des médecins, abandon des couples : quel contrôle pour la pratique de procréation assistée ? », Sciences Sociales et Santé, sous presse. Retour

[ 17] Marie-Odile Alnot, Hélène Letour Körnich et FrédériqueKuttenn, « Aspects juridiques du don d’ovocytes », Contraception, Fertilité et Sexualité, 1997, 25(7-8), pp. 657-659.Retour

[ 18] Martin H. Johnston, « The medical ethics of paid egg sharing in the UK », Human Reproduction, 1999, 14(7), pp. 1912-1918 ; E. Blyth, « Patient experience of an “egg sharing” programme », Human Fertility, 2004, 7(3), pp. 157-162. Retour

[ 19] L’arrêté du 12 janvier 1999 préconise que les femmes de plus de 38 ans ne doivent être prises en charge que dans le cas où la fonction ovarienne a été jugée satisfaisante. Dans la pratique, beaucoup de centres d’AMP en France prennent en charge les femmes jusqu’à 40-42 ans. Retour

[ 20] En outre, les demandes d’AMP de couples dont le statut socioéconomique estfaible sont plus souvent rejetées que celles des couples dotés d’un statut plus élevé. L. Tain, « Refus des médecins, abandon des couples », op. cit.Retour

[ 21] D. Milsap, « Sex, lies and insurance : Employer provided health insurance coverage of abortion and infertility services », American Journal of Law and Medicine, 1996, 23(1), pp. 57-62 ; Maura A. Ryan, Ethics and Economics of Assisted Reproduction : The Cost of Longing, Washington D. C., Georgetown University Press, 2001.Retour

[ 22] Gay Becker « Espoir à vendre : commercialisation et consommation des techniques d’assistance médicale à la procréation aux Etats-Unis », Sciences Sociales et Santé, 2000, 18(4), pp. 105-126. Pour un exemple de service fourni par les mères porteuses, voir par exemple http://www.fertility-docs.com/ surrogates.phtml. Retour

[ 23] Joseph D. Schulman (fondateur et directeur du Genetics & IVF Institute, Virginie, un des plus grands centres consacrés au traitement des infertilités), « The good old days and the millenium », Genetics & IVF Institute, 1999 (publication sur le site Internet de l’institut).Retour

[ 24] Matthew Schmidt et Lisa Jean Moore, « Constructing a “good catch”, picking a winner : The development of technosemen and the destruction of the monolithic male », dans Robbie Davis-Floyd et Joseph Dumit, Cyborg Babies : From Techno-Sex to Techno-Tots, New York et Londres, Routledge, 1998, pp. 21-39.Retour

[ 25] F. Allan Hanson, « Donor insemination : Eugenic and feminist implications », Medical Anthropology Quarterly, 2001, 15(3), pp. 287-311.Retour

[ 26] Voir le site de l’institut : http://www.givf.com/.Retour

[ 27] Voir, sur le site de Fertility Institute : http://www.fertility-docs.com/ egg_donors.phtml.Retour

[ 28] Mark V. Sauer, « Exploitation or a woman right », British Medical Journal, 1997, 314, pp. 1403-1405 ; Kenneth Baum ; « Golden eggs : Toward a rational regulation ofoocyte donation », Brigham Young University Law Review, 22 février 2001, pp. 107-166 ; Thomas J. Papadimos & Alexa T. Papadimos, « The student and the ovum : The lack of autonomy and informed consent in trading genes for tuition », Reproductive Biology and Endocrinology, 2004, 56(2), pp. 1447-55 : Bonnie Steinbock, « Payment for egg donation and surrogacy », The Mount Sinai Journal of Medicine, 2004, 71(4), pp. 255-264. Retour

[ 29] Anne Pollock, « Complicating power in high-tech reproduction : Narratives of anonymous paid egg donors », Journal of Medical Humanities, 2003, 24(3/4), pp. 241-263.Retour

[ 30] M. V. Soner, R. J. Pauldon et R. A. Lobo, « Oocytedonation to women of advanced reproductive age ; Pregnancy results and obstetrical outcomes in patients 45 years and older », Human Reproduction, 1996, 11(3), pp. 2540-43.Retour

[ 31] Elisabeth F. S. Roberts, « Native narratives of connectedness : surrogate motherhood and technology », dans R. Davis-Floyd et J. Dumit, Cyborg Babies…, op. cit., pp. 193-211. Certaines mères porteuses sont fières d’aider à créer des familles non-conformistes. Ginia Bellafante, « A niche for surrogate mothers : gay couples », New York Times, 28 mai 2005. Retour

[ 32] Robbie Davis-Floyd, « From technobirth to cyborg babies : Reflexions on an emergent discourse of a holistic anthropologist », dans R. Davis-Floyd et J. Dumit, Cyborg Babies…, op. cit., pp. 255-282.Retour

[ 33] F. A. Hanson, « Donor insemination : Eugenic and feminist implications », op. cit.Retour

[ 34] Charis M. Cussins, « Quit sniveling cryo-baby. We’ll work out which one’s your mamma », dans R. Davis-Floyd et J. Dumit, Cyborg babies…, op. cit., pp. 40-66.Retour

[ 35] E. F. S. Roberts, « Native narratives of connectedness », op. cit.Retour

[ 36] Susan Martha Kahn, 2000, Reproducing Jews : A Cultural Account of Assisted Reproduction in Israel, Durham, Duke University Press, 2000.Retour

[ 37] Daphna Birenbaum-Carmeli, « Cheaper that a newcomer : on social production of IVF policy in Israel », Sociology of Health and Illness, 2004, 26(7), pp. 897-924. Pour comparaison, en France, le taux de réussite moyen par cycle est de 30% environ. Voir le site de FIVNAT, http://perso.wanadoo.fr/fivnat.fr/bilan2002/bilan2002deb.htm.Retour

[ 38] Judy Siegel Itzkovich, « Israel restricts fertility treatments », British Medical Journal 1999, 318, pp. 688-689.Retour

[ 39] Daphna Birenbaum-Carmeli, « Cheaper that a newcomer… », art. cit. D. Birenbaum-Carmeli remarque que la discussion à la Knesset a été entièrement focalisée sur le triste sort de la femme stérile. Personne n’a mentionné le fait que la moitié des stérilités est d’origine masculine. Retour

[ 40] S. M. Kahn, Reproducing Jews, op. cit., pp. 64-86.Retour

[ 41] Ibid., pp. 118-133.Retour

[ 42] R. Gagin, M. Cohen, L. Greenblatt, H Solomon & J. Itskovitz-Eldor, « Developing the role of social worker as coordinator of services as the surrogate parenting center », Social Work and Health Care, 2004, 40(1), pp. 1-14.Retour

[ 43] S. M. Kahn, Reproducing Jews…, op. cit., pp. 142-144.Retour

[ 44] Elly Teman, « The medicalization of “nature” in the “artificial body” : surrogate motherhood in Israel », Medical Anthropology Quarterly, 2003, 17(1), pp. 78-98 ; S. M. Kahn, Reproducing Jews…, op. cit., pp. 152-160 ; Elisabeth F. S. Roberts, « Native narratives of connectedness : surrogate motherhood and technology », op. cit. Retour

[ 45] De même, la prise de distance à l’égard de son propre corps, décrit comme « instrument » ou « machine », est un des moyens fréquemment utilisés par les femmesqui subissent une FIV, afin de supporter la douleur et le malaise liés aux traitements. Orly Benjamin et Hila Ha’elyon, « Rewriting fertilization : Trust, pain and exit points », op. cit.Retour

[ 46] S. M. Kahn, Reproducing Jews…, op. cit., pp. 156-157.Retour

[ 47] William Schneider, Quality and Quantity : The Quest for Biological Regeneration in Twentieth Century France, Cambridge, Cambridge University Press, 1990 ; Alisa Klaus, Every Child a Lion : The Origins of Maternal and Infant Health Policy in the United States and France, 1890-1920, Ithaca, Cornell University Press, 1993 ; Anne Carol, Histoire de l’eugénisme en France, Paris, Seuil, 1995 ; Alain Druard, L’eugénisme en questions : l’exemple de l’eugénisme « français », Paris, Ellipses, 1999.Retour

[ 48] Paul Starr, The Social Transformation of American Medicine, New York, Basic Books, 1982 ; Charles Rosenberg, The Care of Strangers : The Rise of American Hospital System, New York, Basic Books, 1987 ; Rosemary Stevens, In Sickness and in Wealth : American Hospitals in the Twentieth Century, New York, Basic Books, 1989.Retour

[ 49] Meira Wiess, The Chosen Body : The Politics of the Body in Israeli Society, Stanford, Californie, Stanford University Press, 2002.Retour

[ 50] Dominique Simonnet, Interview avec Judith Butler, L’Express, 6 juin 2005.Retour

[ 51] Herbert Buterfield, The Origins of Science, New York, Collier Books, 1962. Voir aussi, Thomas Nagel, The View From Nowhere, Oxford, Oxford University Press, 1986.Retour

[ 52] Par exempleSandra Harding, The Science Question in Feminism, Ithaca, N.Y., Cornell University Press, 1986 ; Helen Longino, Science as Social Knowledge : Values and Objectivity in Scientific Inquiry, Princeton, Princeton University Press, 1990. Retour

[ 53] Homi K. Bhabha, The Location of Culture, Londres, Routledge, 1994 ; Robert Young, Colonial Desire : Hybridity in Theory, Culture and Race, Londres, Routledge, 1995.Retour

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Ilana Löwy « La fabrication du naturel : l'assistance médicale à la procréation dans une perspective comparée », Tumultes 1/2006 (n° 26), p. 35-55.
URL :
www.cairn.info/revue-tumultes-2006-1-page-35.htm.
DOI : 10.3917/tumu.026.0035.