VST - Vie sociale et traitements
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I.S.B.N.en cours
48 pages

p. 3 à 3
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À l'affiche

no 69 2001/1

2001 Vie Sociale et Traitements À l’affiche

À l’affiche

Serge Vallon
 
De Samia à Salam. Le cinéma fait son immigration culturelle
 
 
Deux films récents : Samia, un long métrage de Bernard Faucon et Salam, un court métrage de Souad El Bouati (nominé aux Césars du cinéma français) ont rencontré un succès mérité auprès du public.
Ils illustrent pourtant des perspectives très différentes et peut-être contradictoires sur la vie et le destin des sujets immigrés, venus dans les deux films d’Afrique du Nord.
Dans Samia, la révolte d’une jeune fille adolescente, qui veut sortir de chez elle et avoir une vie scolaire et sentimentale extérieure, met sous tension le système familial. La famille, microcosme protecteur et conservateur, veut préserver les valeurs et habitudes du passé. « Ici tu es au bled, si dehors tu es en France ! » s’entend dire la jeune fille. Le frère aîné, projeté à la place d’un père affaibli, se fera le défenseur de plus en plus violent de la tradition. Celle-ci voudrait maintenir la femme au dedans, dans une inégalité fondamentale des sexes. L’escalade des défis de Samia et de la répression fraternelle auront une issue. La mère arbitrera enfin, dans une dernière séquence de départ en vacances en Algérie, pour le droit de ses filles à vivre désormais autrement ; autrement qu’elle-même.
On sait qu’en d’autres circonstances, le terme en aurait pu être un mariage forcé et reclus avec un inconnu venu du pays. Pire encore le sacrifice vital de la jeune fille. Une évolution douloureuse et crispée est donc possible entre les générations. Les acteurs, amateurs pour la plupart de la région de Marseille, sont excellents. Le tournage en gros plans serrés communique l’étroitesse physique et culturelle de la vie familiale et l’intensité affective des liens d’amour ou de répulsion.
Dans Salam, un homme âgé s’apprête à quitter son foyer d’immigrés et la France, pour un retour ultime au pays : le Maroc de sa jeunesse. Le premier plan du film montre deux amis accompagnant le cercueil d’un des leurs qui sera enterré là-bas. L’un reste auprès de sa fille devenue adolescente (un joli plan montre les chaussons de bébé qui vont être remplacé par une main de Fatma, métaphore du passage à l’être femme), l’autre – le héros – reste face à sa solitude et son vieillissement. La fin du film, ambiguë car elle répète le plan d’ouverture, laisse la décision suspendue. Va-t-il partir et boucler son exil ? Va-t-il rester et consommer son exil d’une autre façon.
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Samia et Salam avec des moyens et ambitions différentes nous montrent un autre visage de l’immigré. Il n’est pas ici affronté « aux Français », voire au monde, comme dans l’exaspération-exclusion de La Haine de Mathieu Kassovitz. Il est confronté aux contradictions de son identité d’émigré-immigré, comme le montrait le magnifique América, América d’Elias Kazan : Douleur du déracinement et nécessité de conserver un lien avec ses origines, nécessité de s’intégrer et difficulté de s’insérer dans sa terre d’accueil.
Samia joue sur le clivage entre le dehors et le dedans de la famille. Intégration, exagérée dans son mimétisme, et particularisme, exagéré dans son conservatisme social et religieux, s’incarnent dans l’affrontement des héros, alimenté par la faiblesse des tiers naturels que sont les parents.
Salam est plus subtil. Le court-métrage de Souad El Bouati saisit la déchirure intime de l’exilé. Cet écart qu’il ne peut reprocher à personne, ni partager avec beaucoup car il est fait de son désir d’être devenu un autre. Même s’il s’est caché derrière l’alibi d’une vie entre parenthèses, sa vie a été ce passage entre deux cultures, deux appartenances. Il n’aura pas d’autre vie ; la vraie vie n’est pas avant ni après. Ceux qui croient revenir, avec satisfaction affichée et parfois arrogance, découvrent à leurs dépends que le pays qu’ils ont quitté n’est plus là. Non seulement parce qu’il a évolué mais surtout parce que c’était le pays de leur jeunesse enfuie.
Les pratiques ethnopsychiatriques restitutives, comme celle popularisée par Tobie Nathan, échouent dans leur rêve intégriste de retour aux racines culturelles. Elles réussissent cependant à mettre des mots, au plus près d’idiotismes subjectifs qui permettent de socialiser un mal-être ou un délire inintelligible, car il se veut « intraduisible » dans sa demande même de reconnaissance.
Fethi Benslama, dans un article publié par la revue Méandres, indique bien la difficulté : « Être étranger n’est pas une qualité ou un statut, mais plutôt une pluralité d’états, non par rapport à une identité, mais à des positions changeantes où la seule étrangeté est celle que l’on conquiert par rapport à soi. » Le cinéma, animation de figures absentes, nous y aide parfois.
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