VST - Vie sociale et traitements
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I.S.B.N.en cours
48 pages

p. 33 à 34
doi: en cours

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Praticables

no 69 2001/1

2001 Vie Sociale et Traitements Praticables

Art et thérapie en CATTP

I. Audrin J. Andriamananaivo Maillard art-thérapeute CATTP Les Forsythias (83)
« La thérapie ajoute à l’art le projet de transformation de soi-même. »
(Jean-Pierre Klein)
 
L’art et la thérapie : généralités
 
 
L’art et la thérapie, il s’agit là de deux domaines bien distincts. Cependant, il semblerait qu’il existe bien des ponts et des passerelles les unissant.
L’art-thérapie c’est pour nous le fait de faire sortir ses conflits, de les amener vers l’extérieur. L’œuvre d’art prendra la place du langage verbal. Chez certains, elle sert de révélateur en permettant de s’ouvrir, elle permet de faire des mouvements tout à fait inespérés et inattendus.
La rencontre peut être spectaculaire. Et même si cette rencontre est plus réservée, il existe le plus souvent, une mouvance, une ébauche vers ailleurs et autre chose. Ce petit rien surgit et émerge d’on ne sait où et c’est le point de départ.
L’art peut permettre de communiquer et d’ouvrir la voie au processus thérapeutique, c’est un accès tout à fait privilégié à l’inconscient. D’ailleurs l’art et la créativité sont très intimement liés. Cette créativité qui stimule l’imaginaire souvent défaillant, rétablit l’estime de soi et les capacités d’adaptation. De plus elle renforce le développement de la personnalité ou l’aide à se reconstituer.
 
L’art-thérapie aux Forsythias
 
 
Depuis trois ans, maintenant notre CATTP a fait peau neuve. Nouveau lieu, avec un accès direct et facile, bâtiments neufs et aérés, grande salle d’activité, mais surtout un personnel nouveau, dynamique, heureux de s’investir dans un nouvel espace, qui les amène a repenser les orientations du soin, ainsi que la place des patients et le rôle des soignants.
Chaque CATTP a des orientations de soins qui lui sont particulières. Le nôtre, tout d’abord centré vers l’intérieur, essaie peu à peu d’élargir ses activités et d’ouvrir ses portes sur l’extérieur, sur la cité.
Les modalités du soin sont constamment évolutives et à changer souvent car elles s’usent et s’abîment.
C’est aujourd’hui de l’art-thérapie dont nous avons décidé de parler au travers de notre fonctionnement, de notre expérience.
L’art-thérapie dans notre atelier intéresse trois groupes de cinq patients avec pour rythme une séance hebdomadaire de trois heures avec une pause d’un quart d’heure. Nous insistons dès le départ sur l’engagement des patients, à savoir, qu’une fois qu’ils ont pris la décision de venir, ils doivent venir. Nous les attendons.
Cet atelier n’est en aucun cas arbitraire. Chaque patient est libre de choisir et de participer mais s’il le décide il doit obéir à une certaine loi et ne doit en aucun cas, sortir du cadre imposé.
En s’inscrivant dans cet atelier, en acceptant les règles, il s’engage dans un processus de changement.
La séance de travail est précédée par un accueil, animé par une infirmière qui prépare café, thé ou jus de fruits. C’est dans cette convivialité que naîtra une discussion dont les thèmes pourront être très différents. Temps très important ou chacun se retrouve face à l’autre.
Les patients entrent ensuite dans l’atelier animé par une art-thérapeute qui met à la disposition de chacun la matière. Ils vont aller vers ces matières et après un certain temps de latence, qui peut être court chez certains, beaucoup plus long chez d’autres, un véritable travail en profondeur s’opère. Passer le seuil de l’atelier ne signifie pas que les patients puissent accéder immédiatement à l’expression picturale. Des langages bien différents vont être sollicités. C’est l’art-thérapeute qui propose et fait des suggestions. C’est elle qui donne des consignes, c’est elle qui les aide à construire un projet qui leur permettra de formuler des demandes.
Son rôle consiste également à stimuler, à rassurer, à valoriser, et à transmettre des techniques.
Dans cet atelier, les notions d’esthétisme n’ont pas grande valeur. Les dessins, les peintures, les collages, les poteries, font appel essentiellement à la créativité et relèvent de l’imaginaire et de sa mise en forme. Il y a donc production d’un objet, d’une image pouvant ainsi conduire le patient vers une renarcissisation.
Il s’agit là d’un travail en groupe et non de groupe. Les échanges, le lien, et le partage existant entre les membres dynamisent le travail et aide chacun d’eux à trouver sa place. Cette activité dure trois heures. Certains ne parvient pas encore à occuper tout cet espace, d’autres en revanche, manquent de temps et voudraient que l’activité continue dans la journée.
Quel que soit leur état d’esprit, leur pathologie ou leur problème, ils semblent tous apprécier le moment privilégié qui est celui de la pause. Il est un véritable moment de partage et de communion. Les liens se tissent, les mots se disent et les actions suivent. Chacun apporte sa participation. Même les plus réfractaires, les plus hostiles, peu à peu pénètrent dans cet espace.
Lorsqu’il y a l’opportunité d’une exposition il existe là un moment très privilégié. Les patients soumettent leurs œuvres au regard de l’autre et à la critique. Ce que nous pouvons regretter c’est que ces expositions ne se font généralement pas dans un espace banalisé. Tout l’intérêt serait de montrer des œuvres produites par des inconnus et non un art exécuté par un « malade » ou un « fou ».
Dans notre CATTP il n’y a pas de vente. On ne crée pas pour vendre mais simplement pour la création, pour donner du sens. Peut être faudrait-il que nous nous penchions sur l’apport bénéfique tant est importante la valeur sociale que représente l’achat d’une œuvre par un particulier.
C’est dans cet espace que se construisent de véritables œuvres d’art connues ? reconnues ? tout cela n’est que du subjectif…
Cette activité est un engagement dans un processus thérapeutique ce qui signifie qu’il existe un début, un développement et une fin. Sommes-nous, nous soignants, réellement aptes à décider que l’activité doit cesser pour tel ou tel patient ? Nos critères d’exclusion sont-ils bons ? Cependant, ils sont là, à la porte, les autres… Ceux qui attendent qu’une place se libère…
 
Monsieur J
 
 
Monsieur J est un patient pour qui l’indication du CATTP ne paraissait pas vraiment évidente. Ce patient, âgé de vingt-sept ans, était hospitalisé depuis l’âge de dix-huit. Le travail d’accompagnement que nous devions faire nous paraissait véritablement insurmontable d’autant plus que celui-ci, après de nombreux essais en hôpital de jour, refusait catégoriquement d’y retourner. Nous l’avons donc intégré dans notre CATT, avec, je dois l’avouer, peu de conviction.
Pendant plus de six mois, Monsieur J s’opposait totalement à ce que lui demandait de faire l’art-thérapeute. Il faisait un petit dessin en quelques minutes et restait inactif le reste du temps. Ses dessins étaient répétitifs dans la forme, la couleur et ce pendant des mois. Il parlait tout haut, interrompait tout le monde.
Puis, petit à petit, il a fait plus de dessins avec davantage de technique (pastel, aquarelle). Ses dessins, d’après modèle, sont devenus plus ressemblants. Il est devenu plus silencieux. Au moment de la pause il a amené des gâteaux, en a offert ; il lui arrivait même de laisser son paquet sur la table afin que chacun puisse se servir (alors que pendant plusieurs mois Monsieur J ne voulait pas participer à la pause. Il préférait s’isoler avec ses monologues.)
Peu à peu, sa participation au groupe s’est accentuée. Les dessins qu’il exécute aujourd’hui sont de techniques complexes et bien faits. Son adhésion est devenue totale. Sa participation à l’atelier lui est devenue indispensable… Il aura fallu deux ans pour que s’opère un tel changement, deux ans pour qu’émerge chez lui une envie de retrouver les autres, une envie de communiquer, une envie de sociabilisation.
Pendant les entretiens, il parle beaucoup de ce qu’il fait à l’atelier, il raconte sa façon de faire, ses impressions et il parle de l’ensemble du groupe.
Il vit chez ses parents. Sa vie semble s’être organisée autour de l’atelier, de son entraînement au football, de ses promenades au village. Il s’organise et semble heureux de ça… L’hôpital lui paraît très loin !
 
Monsieur G
 
 
Patient âgé de cinquante-six ans, il a connu sa première hospitalisation à l’âge de dix-huit ans pour syndrome dépressif. Ces épisodes dépressifs se sont succédé et ses sont rapprochés. De nombreuses hospitalisations ont rythmé sa vie, marquées par une grande culpabilité, des idées de ruine, des idées de mort, « je suis un fardeau pour la société ».
Monsieur G a tout de même réussi à se marier, il a eu quatre enfants, a monté une entreprise de nettoyage mais n’a pu l’assumer. Le couple n’a pas résisté (c’est sa femme qui a repris l’entreprise). La rupture avec femme et enfants a été très difficile.
C’est à ce moment que Monsieur G est venu nous voir au CMP. Sa culpabilité par rapport à ses enfants l’étouffait. « Je les ai laissé tomber, tout comme mon père l’avait fait pour mon frère et moi. »
Après de nombreux entretiens, Monsieur G a enfin accepté de participer à une activité et pourquoi pas l’art-thérapie ? (Il avait déjà fait plusieurs années aux Beaux-Arts dans sa jeunesse.)
Après quelques semaines d’adaptation, une grande difficulté à participer à l’accueil, une émotivité exacerbée, accompagnée d’une crainte de l’autre, Monsieur G a trouvé sa place, se révélant un artiste exceptionnel. Toutes ses peintures, ses poteries et ses dessins sont à nos yeux de véritables œuvres d’art.
Deux ans ont passé, Monsieur G nous a quitté. Il a ouvert une galerie dans laquelle les artistes de tout horizon peuvent venir exposer. Afin de faire vivre cette galerie, il donne quelques cours de dessin et de peinture. Même s’il passe encore par des hauts et des bas, il vit, il a repris espoir, il a de nouveaux contacts (amicaux) avec sa femme et surtout il voit ses enfants régulièrement.
Dans les expériences, dont nous sommes les témoins depuis deux ans, il nous apparaît tout à fait indiscutable que le mieux être de certains patients est à attribuer, entre autres, aux pratiques de l’art-thérapie.
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