VST - Vie sociale et traitements
érès

I.S.B.N.en cours
48 pages

p. 43 à 44
doi: en cours

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Courrier

no 69 2001/1

 
Pour une politique citoyenne de santé mentale
 
 
Une définition de la Santé Mentale ne se réduit ni à la question que pose aux Pouvoirs Publics la gestion de la folie, ni aux traitements de troubles psychopathologiques par des professionnels de la psychiatrie, ni davantage à une souffrance morale explicite prise en compte par les professionnels du champ social, assistante sociale, éducateurs, infirmiers, médecin généraliste, gynécologue, psychothérapeute, psychanalyste… Ces différentes approches ne recouvrent que très partiellement le Mal-Être des populations. Il n’y a pas de définition usuelle du Mal-Être. Tout au plus trouve-t-on dans le dictionnaire courant celle du Bien-Être qui a un double sens : celui d’une « disposition agréable du corps et de l’esprit », mais aussi celui d’une « situation financière qui permet de satisfaire les besoins essentiels ». À prendre le contre-pied de cette définition, on voit donc bien que le Mal-Être a une double dimension : intérieure et économique. Nous sommes bien obligés de reconnaître que nous ne parvenons pas à traiter ces deux aspects de façon simultanée. Ainsi tente-t-on ici de « psychiatriser » la misère, faute d’autres perspectives. Là, au contraire, attribue-t-on des secours financiers, certes nécessaires, mais en passant à côté de difficultés d’une autre nature dont la prise en charge permettrait précisément aux intéressés de retrouver un équilibre.
On comprend donc l’impérieuse réussite d’articuler le social et le médical à la fois pour poser le diagnostic partagé des situations et définir ensemble une action.
À première vue, les relations entre le travail social et la psychiatrie de service public sont de nature très diverse, selon les endroits, et selon les personnalités des interlocuteurs : indifférence mutuelle dans certains cas, mépris, voire agressivité réciproque dans d’autres, mais de plus en plus, recherche de synergies, et efforts pour travailler ensemble.
L’actualité de la psychiatrie publique est faite d’une baisse spectaculaire du nombre de lits d’hospitalisation, et du basculement d’un nombre croissant de « patients » vers des structures sociales et médico-sociales, que ce soit par des projets d’insertion, ou pour des prises en charge plus adaptées et souvent moins coûteuses que l’hôpital (maisons d’accueil spécialisées, foyers…). On peut comprendre que les professionnels de la psychiatrie y voient une dissolution administrative de la maladie mentale dans le handicap, qu’ils vivent ce changement sur le mode de la perte. À l’inverse du côté du secteur social, on a vu se développer la crainte des effets non maîtrisables d’une immigration institutionnelle des malades mentaux, des intrusions du monde hospitalier, et ceci d’autant que la psychiatrie a une mauvaise image de marque.
Le manque de cohérence entre le social et le médical fait apparaître une frange de population errante, composée « d’accidentés de la vie » qu’aucun dispositif de santé mentale n’appréhende dans sa singularité, et qui n’arrête pas de tourner dans le manège des circuits assistantiels : foyers, lieux de vie, prisons, hôpitaux, etc. (syndrome de la porte tournante). Ce phénomène désespère les professionnels impliqués, mais impuissants. C’est pourquoi de nouveaux outils conceptuels sont nécessaires qui réunissent dans une nouvelle approche institutionnelle le médical, le psychologique et le social.
Contrairement à l’idée qui fonde l’ensemble de notre dispositif de protection sociale, il faut faire le deuil des supposées populations-cibles. D’abord parce que les mouvements des personnes en difficulté s’accélèrent entre les institutions, voire dans leurs marges. Ensuite, parce que les profils « cliniques » sont polymorphes : des intrications et balancements entre des difficultés familiales, sociales et économiques, des perturbations psychologiques qui relèvent parfois de la psychiatrie, des déficiences diverses aussi bien physiques que mentales.
Une véritable politique citoyenne de santé mentale consiste par conséquent à promouvoir de façon large une prise en compte du Mal-Être des gens, tant au niveau de l’individu que de la famille et du groupe social. Une politique de santé mentale ainsi conçue suppose d’associer aux professionnels du champ sanitaire, le secteur social et médico-social, les réseaux ville-hôpital, en fonction de problématiques spécifiques (par exemple prévention et traitement des conduites de violence privée) et le tissu associatif.
L’éventail des problèmes justifie bien sûr que praticiens et professionnels du social créent ensemble les conditions permettant de traiter le Mal-Être à travers des structures qui n’appartiennent ni au médical, ni au social. Peut-être est-ce cela qu’on appelle l’innovation sociale. Dans ce cadre se pose bien évidemment la question d’autres liens pertinents entre le médical et le social. Ils impliquent une construction collective susceptible d’ouvrir le champ des possibles. Le phénomène le plus intéressant est le mouvement de fond qui traverse toutes les structures, à savoir la recherche de partenariats formalisés par des conventions, de mise en réseau entre des équipes de secteur psychiatrique et des institutions sociales (CHRS notamment) et médico-sociales (IME, CAT, Foyers, MAS…). Certes, l’évolution des pratiques ne se résume pas à la signature de conventions. Le travail en réseau suppose que les différents professionnels de chacune des filières (infirmières, médecins, psychologues, éducateurs spécialisés, assistants de service social, enseignants…) se connaissent, apprennent à travailler ensemble, coordonnent leur action autour de projets communs. S’il faut un cadre réglementaire pour pérenniser les collaborations et dépasser les seules empathies entre intervenants, il importe surtout que soit pensée la coordination des actions, que les niveaux de travail en commun soient parlés et sans cesse interrogés, que la rencontre soit aussi celle de cultures différentes, et donc que des formations transversales soient mises en place.
Pour y parvenir, il faut maintenant inventer, à partir de nouvelles stratégies sociales de nouvelles logiques institutionnelles permettant d’articuler les champs du sanitaire, du juridique et du social, et ainsi de traiter le Mal-Être par l’innovation sociale. L’affaire n’est pas simple et tout cela ne peut se faire sans une éthique personnelle et professionnelle forte des intervenants, quelle que soit leur planète.
ROLAND BROCA, HÉLÈNE CORNIÈRE, PIERRE BENGHOSI, VINCENT DAUSSY, MARCEL JAEGER, JACQUES LADSOUS, ANNIE-FRANCE LE PAPE, PIERRE SADOUL, RENÉ SIMONNET
 
Communiqué de presse du Mouvement National des Étudiants Travailleurs Sociaux
 
 
À l'issue de l'assemblée générale des étudiants travailleurs sociaux qui a regroupé le 6 janvier à Paris des représentants de centres de formation (35 instituts de formations, toutes les régions présentes) des filières de l'éducatif et du social et quelques étudiants des filières sanitaires, les étudiants (éducateurs spécialisés, éducateurs de jeunes enfants, moniteurs éducateurs, conseillers en économie sociale et familiale, assistants sociaux et animateurs) ont voté une plate-forme commune de revendications.
Face aux manques de financement, d'anticipation, d'organisation et de clarté de la part des pouvoirs publics concernant les conditions dégradées des formations et l'absence de réponses suffisantes depuis plus de dix ans, un mouvement de protestation a été décidé. Il débutera le 29 janvier 2001 par une manifestation nationale à Paris et simultanément par des actions locales de revendication dans les départements.
Les revendications communes des étudiants travailleurs sociaux concernent la reconnaissance des diplômes au nombre d'années d'études effectuées, la création d'un revenu minimum de formation, sur critères sociaux, une mobilisation d'ensemble des institutions contre la pénurie de stage et la création d'un fonds spécifique d'indemnités de frais de stages, la clarification des politiques concernant le développement des logiques de mission au détriment des métiers, l'application de la loi contre les exclusions concernant la représentation des étudiants dans les centres de formation.
Les étudiants réunis en mouvement national appellent les professionnels de leurs filières à la mobilisation pour soutenir leurs revendications étudiantes en soulignant que les problèmes concernant les conditions des formations porte préjudice à l'ensemble des professions.
MOUVEMENT NATIONAL DES ÉTUDIANTS TRAVAILLEURS SOCIAUX
Contact : Agnès, 0142555053 Rudy, 0681626342 Vanessa, 0661194169 Boîte aux lettres – Caramail – http ://www. caramail. com
 
Paul Balvet (1907-2001)
 
 
Un battant de la révolution psychiatrique du juste-après-guerre nous quitte à son tour. Très lié au groupe qui fit naître la branche “psy” des Ceméa, Le Guillant, Daumezon, Bonnafé… il avait déjà clamé en pleine Occupation, à un congrès en octobre 42 à Montpellier, contre la misère et l’aliénation des malades internés en hôpital psychiatrique. Clameur plutôt solitaire et profanatrice, puisque Balvet trouvait bien inopportunes les successions de communications “scientifiques”, traditionnelles dans ce genre de rencontres, et cela au milieu d’une détresse “urgente”, silencieusement accusatrice. Il fut désaliéniste à souhait, contestant la structure asilaire, cet univers parcimonieux, méticuleusement réglementé. Et le voilà donnant la parole aux malades, aux soignants, suscitant de nouveaux rapports interpersonnels. Avec les amis plus haut cités, il contribua aux mesures prises par le Ministère, dont ils étaient devenus les conseillers techniques. Une circulaire, célèbre en son temps, la circulaire n° 148 en 1952, enjoignant des changements tout simples à mettre en œuvre dans tous les établissements : vêture, objets personnels, hôtellerie, respect de l’état civil des malades femmes… Les stages des Ceméa consacrés aux infirmiers venaient à point pour donner envie de vitaliser ces malheureux services, y insuffler liberté, créativité et fantaisie. On a pu voir le Dr Balvet en pleine action, tout au long des étapes que parcourut la psychiatrie durant les années 50-80. Pour ses internes, ses stagiaires, tous ceux qui le côtoyaient, son humour, sa culture, sa capacité d’indignation, son souci du vrai, sa perception de la souffrance toujours teintée d’espérance, auront fait de lui un éveilleur remarquable. Dans notre discipline, avec les progrès apparaissent en même temps d’autres risques d’aliénation, de rejet. Espérons que d’autres “battants” sauront à leur tour élever la voix !
Dr PAUL BROUSSOLLE
Lyon (69)
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