VST - Vie sociale et traitements
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I.S.B.N.en cours
48 pages

p. 48 à 48
doi: en cours

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Humeur

no 69 2001/1

 
Il s’appelait Élisat…
 
 
Un ami à moi, psychiatre de secteur et un tantinet idéaliste bien que médecin-chef (au fait, pourquoi « bien que » ? ceci ne pourrait-il expliquer cela ?), s’est lancé bille en tête, voilà une quinzaine d’années, dans la prise en charge des toxicomanes et autres addictés (causons moderne !) à des produits plus ou moins licites et, dans l’ensemble, plutôt moins que plus. Vaste programme vu que, dans notre beau département essonnien, il est toujours le seul psychiatre de service public à s’intéresser à ces drôles d’animaux que la plupart des CMP et des secteurs ont comme une tendance à ignorer superbement voire à rejeter au nom de leur très fâcheuse image de marque. Bref, ayant fait son trou dans ce domaine, il reçoit désormais à sa consultation, secondé par un unique infirmier de secteur psychiatrique ancien modèle, un peu plus de 200 consultants annuels dont près d’une centaine bénéficient (?) d’un traitement dit de substitution. Ce qui fait pas mal de boulot, vu qu’il récupère tous ceux dont ses collègues des secteurs environnants ne veulent pas, et ça lui bouffe beaucoup de temps et d’énergie, prélevés sur son activités sectorielle dite « normale ».
Étant rêveur comme c’est pas permis, il s’est mis en tête de travailler « en réseau » comme on dit de nos jours, s’est (avec l’ISP suscité) intégré au réseau ville-hôpital départemental en toxicomanie, a mis en place un partenariat avec l’hôpital général de son secteur, les CSST (Centres de Soins Spécialisés en Toxicomanie pour ceux qui ne sauraient pas) du département, les divers intervenants médico-socio-éducatifs de son coin (ça s’appelle, dans le jargon local, un « groupe de proximité ») et tente, assez vainement il faut le dire, d’intéresser ses collègues à l’accueil, l’accompagnement et le soin à ces patients (pas tant que ça !) un peu dérangeants. En d’autres termes, il commence à être un tantinet débordé par ce qu’on désigne d’habitude par « la demande et les besoins ».
Or, miracle, une circulaire ministérielle de 1996 a créé des équipes de liaison en toxicomanie financées par les fonds idoines de l’État. Mon collègue et ami a donc sauté sur ce qu’il estimait être une occasion à saisir pour produire un projet d’Équipe Intersectorielle pour l’accueil, l’accompagnement et le soin aux toxicomanes, alias « ÉLISAT ». Elle vise à assurer, outre la prise en charge, la formation/information des structures psychiatriques, l’aide technique aux équipes au sein de l’établissement hospitalier (EPS, BD), la mise en place de co-thérapies, la coordination et la mise en lien des divers intervenants médico-sociaux de la desserte. Intentions certes éminemment louables mais qui se heurtent depuis quatre ans à une menue difficulté : le refus opposé par les autorités dites de tutelle au financement de cette activité évidemment éminemment coupable.
En clair :
– Le projet est soutenu, appuyé et présenté comme une priorité par les équipes spatialisées du département, par la DDASS et par la direction de l’établissement psychiatrique.
– Il correspond à une nécessité car couvrant tout le centre du département, autrement dépourvu de structures spécifiques.
– Il se heurte à un refus têtu de la DRASS de le prendre en compte dans les financements régionaux avec, pour arguments :
– La psychiatrie de secteur ayant dans ses tâches statutaires la prise en charge des toxicomanies, pas question de lui refiler un fifrelin supplémentaire pour ce pour quoi elle est déjà payée.
– Un vulgaire CMP qui veut ou voudrait fonctionner comme un CSST, c’est scandaleux, pas sérieux et ce projet émane de petits rigolos.
– De toute façon, il n’entre pas dans les cadres (con) sacrés car les équipes de liaison (dites « ECIMUD ») sont strictement réservées aux hôpitaux généraux et ne peuvent exister que dans un cadre strictement intra-hospitalier.
– Financer une structure de ce type ne pourrait que déresponsabiliser les autres secteurs vis-à-vis de la prise en charge de ce qu’on nomme désormais les « conduites addictives ».
Le ministère de la Santé, contacté, répond fort aimablement qu’en l’espèce, la DRASS n’a rien à dire mais que c’est la DDASS qui peut déterminer la dévolution des crédits. La DDASS, pour sa part, argue de ce qu’elle n’y peut rien et que l’obstacle se situe à la DRASS. Dans le style « jeu de ping-pong et renvoie-moi la balle », on fait difficilement mieux. Argument ministériel supplémentaire : les consultations fonctionnent, les toxicomanes sont (bien) soignés, c’est donc pas la peine de rajouter des moyens (mais alors la coordination, la formation/information, la mise en lien, non assurées faute de temps, de personnes et de disponibilités, ça passe à l’as ?).
Mon collègue et néanmoins ami en est donc là, avec cette donnée complémentaire : s’il avait pris sa retraite, comme normalement prévu, au début de cette année 2000, tout le travail peu à peu mis en place depuis 1985 se serait cassé la figure, faute de médecin susceptible de prendre le relais. Comme il est parfaitement maso, il joue les prolongations jusqu’en 2003, mais après ?
Si rien ne change, il n’y aura jamais que 200 toxicomanes ou ex-toxicomanes dont une bonne centaine sous traitement de substitution, sur le carreau, faute de tout relais à la prise en charge et à la prescription. Mais soyons optimistes, la DDASS, à n’en point douter, trouvera une solution !
Quand on pose à mon collègue et ami la question de cette situation abracadabrantesque (causons présidentiel), il répond simplement : « Je commence à me sentir bien fatigué… ».
LE PETIT ÉTAMPOIS
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