VST - Vie sociale et traitements
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I.S.B.N.en cours
48 pages

p. 6 à 7
doi: en cours

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Bloc-notes

no 69 2001/1

 
Une société paradoxale
 
 
Vraiment cette période que nous vivons de transition d’un siècle à l’autre se trouve marquée par des signes de contradiction dans de nombreux domaines.
Ainsi de plus en plus de gens s’enferment chez eux, dans un souci de sécurité illusoire, mais qui apaise leur sentiment d’insécurité, car c’est bien ce dernier qui est exacerbé chez nos contemporains. Certes il y a de la violence dehors, et le rapport du CSTS sur la violence (2 février 2001) le montre bien. Mais cette violence n’est ni plus forte ni plus marquante qu’à d’autres périodes de notre histoire.
 
Les cafés
 
 
En même temps se multiplient les occasions de se retrouver ensemble, de célébrer ensemble autour d’un événement, d’un anniversaire, d’un sujet de discussion. Exemple : les cafés « éthique », « philosophique », « pédagogique », « littéraire », « technologique »… qui se multiplient. Dans le dernier trimestre 2000 j’ai été appelé comme « discutant » à Créteil, sur le thème de l’éthique du travail social (septembre 2000) et à Caen sur le thème de la pédagogie de Janusz Korczak (décembre 2000). Chaque fois, une vingtaine de personnes se retrouvent pour partager ensemble une conversation et une réflexion. Alternance entre vie privée et vie publique.
Qu’y a-t-il de commun entre ces cafés, la célébration d’anniversaire et les rave-parties : le besoin de retrouver les autres et de partager, la recherche de rites [1] où se mélangent les anciens et les nouveaux, les plaisirs maîtrisés et les plaisirs risqués.
 
Association 1901
 
 
À Nancy (29 janvier 2001) c’est cette bonne vieille association 1901 et son centenaire qui rassemble des associations sociales. Souvent concurrentes et en compétition sur les actions, elles se retrouvent pour se reconnaître une même origine : celle de la liberté d’être ensemble. Liberté surveillée, diront certains, car les statuts-type et les contrôles viennent enfermer la liberté dans des cadres précis. Liberté dont nous ne savons pas profiter, diront d’autres, car rien ne nous empêche d’utiliser la loi de tout autre façon. Mais la vieille dame s’est entourée d’une série de protections dont certaines sont plus étouffantes que libératrices, et nous ne savons plus toujours reconnaître l’accessoire de l’essentiel.
 
Le jour et la nuit
 
 
En célébrant la nuit (24 novembre 2000), les Compagnons [2] attirent notre attention sur ce grand vide – également paradoxal. C’est souvent la nuit que les angoisses des angoissés, les misères de ceux qui sont en marge, sont les plus importantes, les plus douloureuses. Et cependant, les structures d’accueil et d’aide, si nombreuses le jour, sont pour la plupart dans le silence et l’absence. Chacun chez soi ! Et ceux qui n’ont pas de « chez soi » digne de ce nom, ceux-là sont terrassés par la fatigue et oublient tout jusqu’à parfois en mourir. Ou ils repassent dans leur tête le cinéma de leur vie manquée, en cherchant vainement une paix qui ne veut pas venir. Une lumière, une voix, un espace sont tout à coup des éléments qui rompent une solitude :
« Amour lumière, désamour solitude. J’oscille de l’un vers l’autre tel le balancier d’une horloge, sans pouvoir m’arrêter, sinon de vivre. Lorsque je vois le vide, je suis le vide. La solitude, j’ai mal et j’ai peur. Lorsque je me sens bien, je suis la joie et la présence. J’ai une autre vision du monde. La solitude triste c’est lorsque mon regard ne voit que le vide. La solitude sereine c’est lorsque je me rappelle qu’au-delà des apparences il est une présence que j’oublie parfois. »
(Béatrice, Poèmes de la nuit, éd. Cana).
 
Besoins, formation, initiatives
 
 
Ce n’est pas donné à tout le monde de veiller lorsque beaucoup dorment. Et pourtant le social peut-il se satisfaire d’horaires de bureau, de présence administrative ? N’est-il pas fait pour être auprès des personnes quand tout semble avoir disparu ? On a besoin d’« accompagnant », de gens qui soient capables de partager quand cela est utile. Et qui choisit l’heure de l’utilité ?
Dans la mission que j’ai faite à l’Île Maurice (octobre 2000) dans les structures d’accueil des personnes âgées, j’ai vu des dépôts de marchandises humaines, j’ai vu aussi des trésors d’imagination pour rompre les processus de déclin. Le nouveau membre de la Sécurité sociale veut aller dans cette direction en favorisant la formation.
Mais la formation ne pourrait rien sans la motivation. Il faut former, toujours mieux former, mais il faut vouloir, toujours plus vouloir, aider vraiment les gens à donner un sens à leur vie. Ce qui suppose des dirigeants capables de choisir le risque de l’aventure humaine, contre la tranquillité d’une gestion ordinaire (ADESAL [3], Metz, 30 novembre-1er décembre), des gens capables d’écouter et d’entendre les humeurs profondes des uns et des autres, dans le vacarme du monde contemporain (CNLAPS [4], 28 novembre).
 
L’École libanaise du Travail social
 
 
L’École libanaise de Travail social l’a bien compris, qui nous a fait venir à Beyrouth fin décembre pour aider au lancement d’une école d’éducateurs. Cette troisième spécialité s’ajoutera à celle des assistants de service social, et à celle des animateurs sociaux. Ainsi seront réunis dans un même esprit les trois principaux acteurs professionnels du Travail Social. C’est une simplicité à laquelle notre pays pourrait bien revenir au moment où il propose un schéma national des formations sociales, même si l’abondance des statuts qui s’est constituée dans une historicité dont il faut bien tenir compte, ne facilite pas la simplification des rôles et des professions.
 
Revenir à une éthique pour tous
 
 
C’est l’occasion ou jamais dans tous les cas de revenir à une éthique pour tous qui soit une véritable référence, et une occasion permanente de débats face à l’évolution même de la société. C’est ce que propose le rapport du CSTS « Éthique des pratiques sociales et déontologie des travailleurs sociaux » adopté le 2 février 2001.
« Pour se former à l’éthique, le sujet en formation se doit d’intégrer deux impératifs essentiels : – Une exigence de décentrement de son propre univers, de mise à distance de ses représentations, de ses valeurs, de ses idéaux, nécessaire à la prise en compte de l’altérité. – Une exigence d’implication passant d’une part par l’exposition de soi au risque de remise en cause de ses normes et de ses valeurs par ses pairs ou par ses formateurs, et d’autre part par l’engagement dans un positionnement le plus souvent critique à l’égard du fonctionnement des institutions. Le champ de l’éthique n’est pas celui de la neutralité, il est celui du conflit… »
 
NOTES
 
[1]Le Temps des rites, J.-F. Gomez, éd. Desclée de Brower.
[2]Compagnons de la nuit, 15, rue Gay-Lussac, 75005 Paris.
[3]L’ADESAL est une association de directeurs d’établissements diplômés de l’ENSP.
[4]Le CNLAPS est le Comité national des associations de prévention spécialisée.
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[1]
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[2]
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[3]
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[4]
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