VST - Vie sociale et traitements
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I.S.B.N.en cours
60 pages

p. 3 à 3
doi: en cours

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Livres et revues

no 70 2001/2

 
SUD-NORD, Folies et cultures, Revue internationale, N° 14 Algéries
 
 
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La dernière livraison de la revue Sud-Nord, animée par Michel Minard et Edmond Perrier, est consacrée à l’Algérie, aux Algéries. Le pluriel est important car il oblige à penser que nos représentations de l’Algérie d’aujourd’hui et de hier, doivent être multiples et donc critiques.
Ce qui encourage à dire et à témoigner malgré la peur, l’interdit de penser, les contradictions d’une nation née dans la guerre coloniale et convulsée par un guerre civile qui ne s’avoue pas. Ce numéro vise à atténuer la difficulté de décrypter la réalité algérienne.
La préface souligne l’écart entre les jugements racistes de la psychiatrie coloniale d’Antoine Porot qui attribue à l’indigène « une mentalité primitive » (« la vivacité de leur émotions…, l’indigence de leur activité intellectuelle leur font vivre surtout le présent, comme les enfants », dans Manuel alphabétique de psychiatrie) et ceux de Frantz Fanon, psychiatre iconoclaste et combattant anticolonialiste : « Je pense qu’il serait bon que certaines choses soient dites. » (Peau noire, masques blancs). Le numéro de Sud-Nord donne ainsi la parole depuis Alger, au psychanalyste Noureddine Toualbi, à l’écrivain Djilali Kellas, à l’anthropologue Mahfoud Bennoune, au linguiste Mohamed Lakhdar Maougal, à la psychiatre Houria Chafaï-Salhi (Blida), comme à Ahmed Amiri ou Youcef Hadj Ali, à Moïse Benadiba (Marseille), au philosophe Francis Janson, à Bernard Doray et d’autres encore. Une synthèse historique très bien venue, signée par Julien Rocherieux, permet au lecteur français de s’orienter dans l’évolution de l’Algérie depuis l’indépendance de juillet 1962 et ses confiscations successives, jusqu’à « la seconde guerre d’indépendance » née dans les émeutes d’octobre 88, qui passé l’éphémère « printemps d’Alger », enfonce le pays dans la crise.
Il est encore possible pour les intellectuels de penser dans la proximité du chaos, ainsi le linguiste, étudiant le Coran y découvre des représentations systématiquement victimaires de l’enfant et s’interroge sur le poids des mythes culturels fondateurs qui situent le mal et la violence, les légitiment ou les entretiennent dans l’impossibilité d’un pardon ou d’une « concorde civile ». Le dossier Fanon prolonge cette réflexion. B. Doray honore la belle biographie publiée par Alice Cherki, psychanalyste qui a travaillé avec Fanon et milité aussi aux cotés du FLN. Le dossier permet de relire des textes de Janson, un témoignage de Tosquelles qui l’a formé à Saint-Alban. Le dossier redessine la figure de Frantz Fanon, médecin noir né en 1927 à Fort de France, mort précocement de leucémie en 1962, psychiatre hanté par le racisme et les traumatismes coloniaux et héraut de la lutte tiers-mondiste, particulièrement celle de l’Algérie. Il y a travaillé à l’hôpital de Blida, aidé par Jacques Azoulay, tentant des « sociothérapies » originales jusqu’à son expulsion politique. Il reprendra son œuvre psychiatrique à Tunis, puis se consacrera à la lutte politique auprès du GPRA, gouvernement provisoire algérien. Il permet aussi de retrouver l’écrivain derrière l’analyste politique et le militant, et de ne pas idéaliser l’appui inconditionnel mais non aveugle, qu’il a apporté au mouvement de libération. À vst, Jacques Ladsous, vétéran des Ceméa d’Algérie, pourrait ajouter son témoignage.
Sous-estimé en France (malgré l’appui de Sartre) et partiellement oublié en Algérie par un nationalisme islamiste et chauvin, Fanon apparaît comme une conscience incandescente du tiers-monde : celui des opprimés et des oubliés, « les damnés de la terre » de son dernier livre. À l’heure ou la France semble retrouver la mémoire (coupable pour la République) d’une guerre sale et d’une logique coloniale, Sud-Nord fait œuvre utile : les logiques de terreur et de sectarisme n’ont pas étouffé toute pensée et toute action humanisante.
Serge Vallon
 
Animer un atelier de réminiscence avec des personnes âgées, Arlette Goldberg, Éd. Chronique sociale, 2001
 
 
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Arlette Goldberg présente une méthode de prises en charge des personnes démentes, élaborée à partir d’ateliers menés dans plusieurs pays européens autour de la notion de réminiscence. Différente du rappel du cognitivisme qui inspire des méthodes rééducatives type Ateliers mémoire, différente de la remémoration selon Freud qui constitue un des leviers de l’analyse, la réminiscence se définirait mieux à partir de la littérature. Georges Pérec dans Je me souviens, dont un extrait figure en épigraphe du livre, explore cette dimension : évoquer des souvenirs personnels qui en viennent à reconstituer un paysage familier à ses contemporains et, ce faisant, les amener, à leur tour, à se livrer au plaisir de la réminiscence. Le jeu consiste à se reconnaître dans les souvenirs de l’auteur, à y apporter les siens. Des liens se créent ainsi sous le signe de la connivence. Arlette Goldberg fait la même proposition à des sujets déments, en se faisant aider de leurs proches, et en ayant recours aussi aux objets, à l’expression corporelle. Ce qui est recherché c’est de revivifier ce qui reste d’une trame psychique trouée par la maladie, de donner l’occasion de se reconnaître encore dans les souvenirs d’un autre, de soutenir le sujet en lutte contre sa propre dissolution.
S’agissant de la prise en charge des personnes démentes, les propositions autres que médicales sont rares et donc précieuses. Celles d’Arlette Goldberg doivent intéresser tous ceux qui travaillent dans ce domaine.
Richard Colombani
 
Psychotrotte, Marie-Hélène Uguen, coll. Latitude Ouest dir. par Hervé Jaouen Éd. Ouest-France
 
 
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« J’avais atterri dans un endroit dont j’ignorais l’existence, enfin, pas totalement. Je l’avais parfois frôlé en passant et avais entendu des cris inhospitaliers qui lézardaient les murs. Je n’en savais pas plus. J’appris et je connus bien malgré moi. Ça m’a bien entamée. Un collègue encore plus mal assimilé que moi appelait ce service “le trou du cul du bout du monde”. Ce n’était pas vulgaire, c’était du réel en pleine face… Situé près de la centrale des cadres, des sous-cadres, des programmeurs et des analystes des données humaines, cet endroit restait refoulé. Un service hors communication. »
Infirmière dans un hôpital psychiatrique, Emma Cher déprime et va de psy en psy se faire, comme elle le dit si bien, « désintriquer les neurones ». Son mari lui propose de partir quinze jours à la montagne, pour décompresser. Elle accepte et s’impose pendant ce séjour une sorte de devoir de vacances, une psychotrotte à l’intérieur d’elle-même.
Journal, paradoxalement plein d’allégresse, d’une déprimée, ce livre est aussi une description sans concession de l’univers psychiatrique.
 
Raison et Folie, Marie-Noëlle Danjou, coll. Psychanalyse et Civilisations dir. par Jean Nadal, Éd. L’Harmattan
 
 
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L’auteur a vécu le fait psychotique, précipitée dans un épisode délirant par la découverte d’un mensonge parental. Elle l’élabore avec son expérience professionnelle en psychiatrie et ses lectures de textes philosophiques et littéraires. Raison ou Folie, l’expérience est celle d’un virage. Marie Noëlle Danjou le perçoit et le lit dans l’œuvre du philosophe : Descartes, Rousseau (qui lui-même qualifie ses Confessions de « délire »), comme Heidegger ou Kierkegaard sont convoqués pour éclairer cet instant. Est-il celui d’un choix ? Choix de la névrose, choix de la psychose ? Elle défie ainsi l’aphorisme de Michel Foucault « la folie c’est l’absence d’œuvre ! ». Elle laissera ouverte la question en plaidant pour une plus grande tolérance vis à vis de ce que nous ignorons et qui nous échappe. Ce livre témoignage glisse des confidences sous les citations savantes.
Serge Vallon
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