VST - Vie sociale et traitements
érès

I.S.B.N.en cours
60 pages

p. 49 à 51
doi: en cours

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Point de vue

no 70 2001/2

2001 Vie Sociale et Traitements Point de vue

Une nouvelle ambition pour les villes

de nouvelles frontières pour les métiers

Le rapport de Claude Brévan et Paul Picard fait l’analyse des liens historiques entre le travail social et le développement social, ainsi que des malentendus qui se sont introduits dans la mise en œuvre du développement, les rapporteurs, reprenant d’ailleurs les arguments du rapport du Conseil supérieur du travail social sur l’intervention sociale d’aide à la personne, montrent ce que le concept d’intervention apporte de nouveau (« Du travail social à l’intervention sociale ») et développent ce que les deux approches peuvent ensemble apporter au projet de développement (« Approche individuelle et approche collective »), ce qui les amène à conclure dans leurs propositions : « Travail social et politique de la ville : un rendez-vous renouvelé à ne pas manquer. » (J. L.) Voici quelques extraits pour le lecteur de VST.
 
Du travail social à l’intervention sociale
 
 
Dans ce contexte nouveau, le succès de l’utilisation de la notion d’intervention sociale, en lieu et place de celle de travail social, est significatif. Il traduit de plus en plus l’appel à des agents qui n’ont pas le profil professionnel des travailleurs sociaux classiques. Mais il exprime aussi la transformation des modalités et des référents identitaires des professionnels du social face à l’émergence de nouveaux métiers aux contours incertains [1].
Dans les années 1970, le terme de travailleurs sociaux englobait l’ensemble des professionnels diplômés qui apportaient des réponses aux gens en difficulté, des assistants de travail social aux éducateurs spécialisés, en passant par les animateurs, les conseillères en éducation sociale et familiale, les travailleuses familiales, etc.
Aujourd’hui, la généralisation de l’emploi du terme « intervenants sociaux » modifie cette représentation. Elle peut même laisser à entendre que les travailleurs sociaux classiques ne remplissent pas de manière satisfaisante leur fonction sociale, qu’ils sont insuffisamment efficaces et que, dès lors, la société a besoin de nouveaux venus, des intervenants sociaux, présentant des profils nouveaux et mettant en œuvre d’autres manières de faire : moins individuelles et plus territoriales, moins à long terme et plus dans l’urgence, moins psychosociales et plus institutionnelles.
Il faut peut-être reconnaître, à ce sujet, la part qui peut revenir à la politique de la ville dans cette critique implicite du travail social. Car les textes fondateurs de la politique de la ville ont pu mettre en doute, par certains de leurs propos, l’efficacité du travail social traditionnel pour sa contribution à la dé-marginalisation de territoires entiers. Cette critique a probablement été une étape nécessaire, à un moment donné, mais dont on a tiré des conclusions trop hâtives. Car, entre l’analyse peut-être polémique, mais surtout incitative à des améliorations, et l’affirmation que le travail social devait être totalement repensé parce qu’il ne servirait à rien dans sa dimension traditionnelle, il y a un pas qui a été trop rapidement franchi par certains.
La notion d’intervenant social est quelquefois contestée dès lors qu’elle sous-tend implicitement cette critique, tout en confirmant la pertinence de l’usage de celle d’intervention sociale. Dans ce cas, on fait une distinction entre l’intervention sociale et les professions de l’intervention sociale, car beaucoup de gens peuvent faire de l’intervention sociale, sans être pour autant des professionnels de celle-ci. Autrement dit, le champ de l’intervention sociale est plus large que celui des professions spécialisées dans l’intervention sociale ou des travailleurs sociaux.
 
Approche individuelle et approche collective du développement : un même projet
 
 
La logique de développement social mise en œuvre dans la politique de la ville n’est pas antinomique de celle de travail social centré sur les personnes, avec une perspective de réparation ou de promotion individuelle. Bien au contraire, les deux se complètent et doivent pouvoir s’articuler dans un projet d’ensemble commun. Car si la politique de la ville travaille beaucoup autour de l’idée de projet collectif, celui-ci n’est pas en opposition avec le travail individuel. Il y a une continuité entre l’action individuelle d’aide, de soutien, de rattrapage, de remise à niveau et le développement collectif. Si on ne se préoccupe que de développement collectif et qu’on se situe exclusivement dans une logique d’offre de projets et de services, on laisse sur le bord du chemin toute une partie de la population : les plus défavorisés. Il est donc primordial d’accompagner ces personnes vers les projets collectifs, tout comme la conception des projets collectifs doit s’appuyer sur le repérage des besoins des personnes concernées.
Ce rappel théorique peut paraître anachronique, cas ses fondements structurent depuis longtemps les principes de l’action sociale globale et du développement social. Pour autant, en dépit de ces modèles d’action anciens, et maintes fois rappelés au cours du temps, le clivage reste tenace entre d’une part l’action individuelle et d’autre part l’action collective. Il importe donc de s’interroger sur les raisons de sa persistance.
Si les travailleurs sociaux intervenant auprès des personnes et des familles dans les quartiers sont confrontés, à l’échelle individuelle, aux mêmes problèmes que ceux que les processus et procédures de développement social entend aborder à un échelon collectif et territorialisé, encore faut-il que les professionnels impliqués dans la mise en œuvre de ces deux approches maîtrisent et comprennent ces logiques différentes et trouvent des outils communs qui leur permettent, dans leur travail quotidien, de passer facilement d’une logique à l’autre. Ce qui suppose des adaptations des pratiques anciennes, développées à un moment où le travail social était presque exclusivement centré sur des publics plus que sur des territoires. On pense notamment au partage de l’information et des difficultés rencontrées par rapport à des références déontologiques, mais aussi à la capitalisation des informations individuelles dans un projet collectif et territorial.
Cette question, si elle interroge la professionnalité des travailleurs sociaux, c’est-à-dire leurs compétences et la mise en œuvre de ces compétences, oblige aussi à interroger la « professionnalité » des employeurs, si on s’autorise ce terme. En effet, les évolutions du travail social se traduisent notamment, on l’a vu précédemment, par le fait que la logique institutionnelle tend aujourd’hui à s’imposer à la référence professionnelle. Il ne suffit donc pas que les travailleurs sociaux aient les compétences et la volonté nécessaire pour faciliter le travail de complémentarité avec le développement social, encore faut-il que leurs employeurs, notamment les conseils généraux, les villes et les associations, partagent les mêmes perspectives et le traduisent par une organisation du travail qui le permette.
Il est d’ailleurs significatif de constater que les travailleurs sociaux, après leur formation initiale, s’orientent souvent vers des formations supérieures (diplôme supérieur du travail social, maîtrise de sciences et techniques dans le domaine de l’intervention sociale, DESS ou DEA), moins pour gravir les échelons de la promotion sociale ou de la carrière que pour s’adapter aux changements par une meilleure compréhension des enjeux sociaux actuels. Mais les compétences ainsi acquises ne peuvent pas toujours être mises en œuvre en raison de la division du travail au sein de l’organisme qui les emploie.
Les deux logiques (approche individuelle, approche collective et territoriale) n’étant pas antinomiques mais complémentaires, faut-il pour autant spécialiser les travailleurs sociaux, les uns étant consacrés au travail individuel, les autres au travail collectif ? Les différences qu’il peut y avoir dans la mise en œuvre des méthodologies peut éventuellement plaider en faveur de cette solution. Mais, ce serait consacrer et légitimer la coupure entre les deux approches qu’il faut pouvoir rassembler dans un projet à la fois commun et différencié. Il ne faut pas confondre la spécialisation des fonctions, qui est nécessaire, et celle des formations initiales et continues. C’est pourquoi, nous plaidons davantage pour des formations communes aux deux approches, des spécialisations dans les fonctions avec, dans la carrière d’un travailleur social, des possibilités de passerelles entre les fonctions.
La dichotomie entretenue entre le travail social auprès des personnes et l’approche collective a une incidence négative sur l’image même des travailleurs sociaux. Le travail mené individuellement au quotidien avec des personnes est peu visible. Il ne se donne d’ailleurs pas à voir pour des raisons éthiques et déontologiques évidentes. Du coup, il est perçu comme obscur, laborieux et sans gloire. Par contre, l’action collective se donne plus facilement à voir, elle permet la publicité et la promotion de ses concepteurs et de ses opérateurs. En outre, les professionnels du développement collectif jouissent d’une image de nouveauté et de modernité, nouveauté toute relative lorsqu’on se rappelle l’histoire du travail social communautaire des années soixante-dix. On aboutit donc à un jugement de valeur injustifié : ceux qui se réclament du développement collectif ont une image positive de « développeurs », alors même que leur action se révèle plus médiatique qu’efficace à terme si elle n’est pas sous-tendue par le travail social individuel qui lui est moins valorisé.
 
Travail social et politique de la ville : un rendez-vous renouvelé à ne pas manquer
 
 
[…] Organiser, à l’initiative du ministre délégué à la Ville, une conférence annuelle consacrée au développement social, qui concentrera ses travaux sur l’action sociale territorialisée. Elle pourrait être une déclinaison d’une conférence annuelle de l’intervention sociale, placée sous la présidence du Premier ministre, permettant de réaffirmer l’unité du travail social, son caractère de service public et de lui fixer des objectifs.
Réformer les codes de la Famille et de l’Aide sociale pour adapter et refonder les missions de la prévention spécialisée et engager une réforme du Conseil technique de la prévention spécialisée, permettant la participation du ministère de la Ville à cette instance.
Rechercher un parrainage, par des professionnels qualifiés, des emplois-jeune exerçant leur activité dans le secteur de l’accompagnement social, en particulier pour ceux qui souhaitent s’orienter vers les métiers du travail social.
Compléter les programmes officiels de la formation initiale des travailleurs sociaux afin d’inclure le développement social urbain. Encourager les stages pratiques auprès des professionnels de la politique de la ville, avec agrément des DRASS et consultation des sous-préfets à la ville.
Inciter les organismes de formation continue des différents secteurs de l’État, le CNFPT et les écoles de formation des travailleurs sociaux à organiser des stages de formation permanente à l’approche territoriale et à l’approche sociale dans le développement des territoires.
Mettre en place un système de validation nationale des formations et des qualifications d’ingénierie sociale appliquées au développement social urbain, sous l’égide conjointe de la Direction de l’Action sociale et de la Délégation interministérielle de la Ville, en lien avec l’Éducation nationale et les écoles de formation des travailleurs sociaux.
Expérimenter sur des sites choisis parmi les territoires de la politique de la ville, en liaison avec le Conseil supérieur du Travail social, l’Assemblée des départements de France, la CNAF et différents partenaires, une démarche visant à élaborer un projet social de territoire, en sollicitant l’ensemble des travailleurs sociaux (Service social départemental, CCAS, CAF, CPAM, secteur associatif), dans une logique de décloisonnement […].
 
NOTES
 
[1]Cf. recherche menée par la MIRE.
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Cf. recherche menée par la MIRE. Suite de la note...