VST - Vie sociale et traitements
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I.S.B.N.en cours
60 pages

p. 6 à 7
doi: en cours

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Le bloc-notes

no 70 2001/2

2001 Vie Sociale et Traitements Le bloc-notes

Le bloc-notes

Jacques Ladsous Jacques Ladsous est Vice-président du Conseil supérieur du travail social
 
Droits de l’Homme - Droits de l’Enfant - Violence
 
 
Il est curieux de constater comment le discours des droits et celui de la violence montent parallèlement dans notre société actuelle. Il n’y a jamais eu, me semble-t-il, autant d’associations et d’organismes pour promouvoir les droits et observer de quelle manière ils sont possédés, utilisés, déviés, détournés, contournés, divisés : observatoire de la pauvreté, observatoire de l’aide sociale, observatoire des droits de l’enfant, observatoire des prisons, observatoire des usagers, observatoire de la maltraitance… Et les numéros verts d’appels gratuits, pour tous ceux qui ont à demander ou à dénoncer sont également multiples et pas forcément toujours bien utilisés.
Mais en même temps, la loi du plus fort reste apparemment une loi universelle. Loi du marché qui permet aux laboratoires de dénoncer la fabrication par les pays pauvres des médicaments génériques qui luttent contre le Sida. Loi des marchands d’armes qui contredit les efforts de l’ONU. Loi des dictateurs, propagateurs des massacres au nom des purifications ethniques…
On s’étonne de la violence dans les rues, dans les esprits, chez les jeunes… et les colloques, les rapports, les conciliabules sur la lutte contre la violence n’ont jamais été si nombreux. Peut-on conjurer par la parole, par des dispositifs, les conséquences d’une domination mondiale des marchands ? Il y a des jours où j’aurais envie de quitter mon sourire bienveillant et de laisser aller ma colère. Fermant provisoirement ma porte à ceux qui s’y pressent, je reprendrais ma petite valise des premiers jours de ma vie d’homme, quand j’étais au maquis, et j’irai planquer mes engins chez les Danone, Mark & Spencer et autres Michelin, et j’attendrai que cela saute pour réveiller les consciences. Mais je sais que le bruit s’éteindrait vite dans le chuchotement des affaires et que le fil se tendrait à nouveau qui sépare ceux qui vont très bien… de ceux qui ne savent pas où poser leur tête.
Beaucoup de bruit pour rien. La violence ne résout rien : nous le savons. Mais parfois, cela soulage tellement… au moins quelques secondes.
En attendant, le rapport du CSTS sur la violence vient d’être discuté le 2 février 2001. Et s’il fait la part nécessaire des constats, il donne aussi des pistes pour prévenir, contourner, apaiser.
Il y a dans le regard des éclats qui font peur, qui alertent et inquiètent. Il y a aussi des lueurs qui entendent, comprennent et reçoivent l’autre. Sans être suspect d’angélisme, on peut toujours éviter le corps à corps et la loi du talion.
 
Bien-être, mal-être
 
 
La croissance a repris. Les nantis respirent. Leurs craintes se dissipent. Du coup, le mal-être des autres ne les intéresse plus. Dans la peur d’y passer, ils exprimaient quelques compassions. Aujourd’hui, ils retrouvent le bien-être de leur égoïsme.
Et su pourtant ce n’était pas cela le bien-être, mais le plaisir d’être avec les autres, au milieu des autres, en pais, en partage ? Je parle avec émotion des bains de pied des SDF, imaginés, distribués par les Compagnons d’Emmaüs (5 mars). Le SDF est souvent obsédé par ses pieds. C’est sur eux qu’il se déplace, et les longues marches errantes les font souffrir, surtout que les chaussettes sont souillées et les chaussures souvent déformées. Prendre le temps d’un bain de pied où l’eau tiède vient apaiser les tensions, où le sel supprimé les rougeurs, où l’odeur forte des fatigues accumulées fait place aux parfums des gels adoucissants. Dans ce bien-être, un instant retrouvé, on peut se laisser aller, parler, raconter sa galère et ses rêves, retrouver la parole et le partage.
Le travail social est fait de plein de ces petites choses : plaisir de l’eau, goût du café-crème, odeur du pain grillé, lumière du feu dans le soir, toutes sensations, tous instants de bien-être qui chassent, quelques minutes, les angoisses du lendemain. Ces partages peuvent border les chemins de vie.
 
Stabilité, émergences
 
 
Les municipales (10 et 18 mars) témoignent d’une grande stabilité, si l’on excepte les alternances les plus spectaculaires, historiques parfois, qui montrent qu’en démocratie, rien n’est jamais arrêté et que les élus ont bien tort parfois d’être tellement sûrs de leur succès qu’ils sont indifférents à la conduite d’une campagne. Il vient un moment où le manque d’informations et d’explications conduit au divorce. C’est vrai aussi en travail social. Car, en face de cette stabilité, on voit, ça et là, des manifestations particulières : des groupes de jeunes s’organisent et disent à leur manière ce qu’ils pensent de la conduite des affaires publiques. Qu’importe qu’ils aient réussi ou échoué dans l’élection ! L’important c’est ce courage, cette volonté qu’ils ont eus de présenter les choses sous des aspects nouveaux et dans des formes peu académiques. On disait les jeunes absents ! Et si leur langage ne se suffisait plus du nôtre, devenu trop conventionnel ? C’est vrai aussi en travail social où se contredisent les envies de faire et les prudences des cadres (cf. Témoins et Solidaires, 21 ter rue Voltaire, Paris 11e, 06 81 93 05 15). Un cadre ? C’est fait pour donner des repères certes, mais aussi pour mettre en valeur ce qui est à l’intérieur. Combien de jeunes sortent de formation gonflés à bloc, ayant retroussé leurs manches pour aller au devant de l’autre, tel qu’il est, que cet autre soit enfant, adolescent, adulte, bien portant et sain d’esprit ou mal fichu et paumé, plein de sourires et de bisous collants ou les dents serrées, prêt à mordre… Et voilà que les repères sont tellement rapprochés qu’ils se transforment en prison, que leur enthousiasme s’y cogne et que leur désir de faire avec se heurte à la prudente monotonie des journées. On parle d’une réforme du Certificat d’aptitude à la formation des directeurs d’établissements spécialisés (23 mars, Nantes). Tant mieux ! Mais pressons ! Nous n’avons ni le droit ni le temps de laisser se gâcher les talents.
 
Prise en charge, prise en compte (ANAS, 4 avril)
 
 
Encore faut-il que les humains ne soient pas considérés comme des objets. Lumineux, les propos de Patrick Viveret dans ce colloque de l’ANAS (Association nationale des assistants du service social) consacré à une réflexion sur dépendance et autonomie. À la Cour des Comptes, où il est chargé de mission, Patrick s’interroge sur la richesse, la production de richesse. Et il constate que cette richesse, analysée par les comptables, est une richesse basée sur la détérioration, la destruction et l’activité qu’elles produisent. Le PIB n’intègre l’eau comme richesse qu’à partir du moment où, polluée, elle nécessite une activité pour la rendre potable. Vivendi fait sa fortune là-dessus. Pas étonnant que cette firme s’intéresse à la santé, ou plus exactement à l’activité nécessaire pour combattre la maladie. Car si l’on consacre 800 milliards au traitement des maladies, on en consacre seulement 17 à la prévention (un peu plus de 2 %). L’homme n’est intéressant que comme charges. Sa prise en charge l’introduit dans les comptes de la nation. Mais qui prendrait en compte l’homme sain, l’eau potable naturelle, l’action des bénévoles ? Tout cela ne produit que du bien-être, cette richesse non comptabilisable qui ne provoque que des satisfactions morales. Que les travailleurs sociaux se rassurent ! Jamais ils ne disparaîtront. Leur travail produit de la richesse. Il répare ce qui se casse. Mais s’il s’avérait que ce travail contribue à changer les manières de vivre et de soigner, les manières d’être de la société des marchands, alors, oui ! ils auraient à craindre pour leur existence. Nous sommes dans la civilisation du BIEN et non pas celle du LIEN. Ce lien n’est qu’un alibi qu’on nous propose pour calmer nos émois. Et pourtant ! Qu’y a-t-il de plus beau que d’accomplir un ouvrage, une œuvre ? Pour nous affranchir de la dépendance, Patrick nous propose de devenir des « œuvreurs sociaux », des créateurs d’œuvres, des créateurs de créateurs ! Comme j’entends bien cet appel ! Il rejoint ce que nous disions autour du métier, de la profession, ces deux notions qui comportent l’idée d’un ministère, d’une mission à remplir, et qui se distinguent de l’emploi, pâle description d’une tâche qui pourrait bien ne plus avoir de sens (Tours, Promofaf, 20 mars).
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