2001
Vie Sociale et Traitements
Courrier
Non à la stérilisation
La stérilisation, bien qu’illégale, est pratiquée en France. La stérilisation de personnes handicapées ne se justifie que rarement et souvent faute d’étudier des moyens contraceptifs adaptés aux personnes handicapées. La stérilisation est souvent vécue comme un véritable traumatisme et constitue une atteinte inacceptable à l’intégrité physique et à la dignité de ces personnes. Comment des hommes et des femmes peuvent-ils envisager et mettre en œuvre le fait de mutiler quelqu’un ? Et qui plus est, pas n’importe où, dans sa capacité de reproduction, pas n’importe comment en lui imposant, contre sa volonté. Face à cela on a peu honte d’être humain et l’on se demande comment cela est et a été possible – dans l’esprit des responsables – pour le bien des jeunes femmes, voire pour leur permettre l’accès à une vie sexuelle. Quelle vie sexuelle suppose-t-on à ces jeunes femmes dès lors qu’on leur suppose l’irresponsabilité totale ? Comment mettre sur le même plan stérilisation forcée et contraception ?
Nous pensions ce temps révolu. Les lois eugéniques qui permettaient de tels agissements semblaient caduques et rappelaient par trop le nazisme. Pourtant des démocraties peuvent proposer (sous quelles pressions ?) la légalisation de la stérilisation « eugénique » de personnes handicapées mentales. C’est le cas, en France, aujourd’hui par les articles 19 et 20 de la loi relative à l’interruption volontaire de grossesse et à la contraception adoptée à l’Assemblée nationale le 5 décembre 2000. Le texte de loi se veut rassurant. Le juge des tutelles entend les parents et/ou le tuteur et recueille l’avis d’un comité d’experts et le consentement de la personne handicapée est recherché. C’est méconnaître que :
- – la notion de handicap mental ne repose pas sur des critères fiables et recouvre des catégories de personnes hétérogènes ;
- – la représentation des personnes par les tuteurs/curateurs est problématique ;
- – le consentement qui n’est, en pratique, presque jamais la recherche d’une prise en compte de la personne ;
- – les conséquences psychologiques pour ces personnes et leur devenir affectif et social sont très graves…
Nous sommes tout à fait opposés à cette loi discriminante portant atteinte, une fois encore sous couvert de protection, aux droits les plus fondamentaux des personnes étiquetées handicapées mentales.
Il nous semble tout à fait dangereux d’ouvrir la porte à la banalisation d’une pratique mutilante pour la personne, alors même que nous pouvons faire la preuve de l’absence de prise en compte des personnes handicapées, du non respect de leur dignité et de leurs droits.
Nous lançons un appel pour qu’une large réaction puisse s’exprimer et que se tienne un débat citoyen, tout débat ayant été étouffé par le fait de noyer la légalisation de la stérilisation des personnes handicapées mentales dans une loi sur l’IVG, au demeurant « progressiste » au regard du droit des femmes.
MARTINE DUTOIT
Fédération française de santé mentale
Rencontres nationales Vidéo en santé mentale
Pour la deuxième année consécutive, quelque 200 professionnels et usagers de la santé mentale se sont retrouvés les 23 et 24 novembre 2000 à l’Auditorium de l’Hôtel de ville de Paris, pour un travail d’échange et de réflexion centré sur les productions vidéo réalisées dans un cadre institutionnel.
Des rencontres sont nées d’un partenariat entre trois structures : l’EPS de Maison-Blanche, l’association l’Élan retrouvé et les Ceméa. Elles sont un temps et un lieu de rencontre, réunissant les patients et les soignants impliqués dans une pratique collective de la vidéo. Elles sont également ouvertes à toute personne ou groupe intéressés par la question que pose l’utilisation d’un médiateur tel que l’image en psychiatrie, et plus largement dans le champ de la santé.
L’originalité de cette manifestation est la présence conjointe des patients et des soignants lors de la présentation de leur travail et de l’échange qui suit.
Les productions que nous avons vues – 13 films ont été diffusés – nous ont montré le temps consacré à la réalisation (de quelques semaines à de longs mois) à construire ensemble le projet, à peaufiner les plans et le séquences.
Le groupe soignants-soignés cherche ensemble, invente tâtonne, discute, des liens se tissent entre les participants, l’aventure se tricote. La dimension collective permet d’élaborer un objet commun au générique duquel chacun peut inscrire son nom, et c’est à cette reconnaissance du sujet que ces rencontres nationales nous invitent.
Ces rencontres contribuent au décloisonnement des pratiques et tentent de rompre avec le risque toujours présent de l’isolement.
Chaque groupe est venu parfois de fort loin – même hors frontière (Belgique, Italie) – présenter son film et en débattre, animé par l’envie de dire, de montrer sa production. Tout au long de ces journées, les groupes réunissant patients et soignants ont témoigné de leur parcours collectif, du tracé de leur cheminement commun pour sortir de l’institution et aller à la rencontre du monde, de ses réalités.
Rendez-vous est pris pour les Troisièmes Rencontres ; elles se dérouleront du 22 au 24 novembre à Paris.
Contacts : Annie-France Le Pape, Robert Albert, Ceméa, 24, rue
Marc-Seguin, 75018 Paris Cedex 6. Tél. : 01 53 26 24 24.