VST - Vie sociale et traitements 2001/3
VST - Vie sociale et traitements
2001/3 (no 71)
60 pages
Editeur
I.S.B.N. encours
DOI 10.3917/vst.071.0058
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Les désarrois nouveaux du sujet, dirigé par Jean-Pierre Lebrun, coll. Point Hors Ligne Érès


Après son retentissant Un Monde sans limites (Érès, 1997) Jean-Pierre Lebrun, psychanalyste à Namur en Belgique, revient sur les débats provoqués par son essai de psychanalyse du lien social contemporain. L'errance, la violence, la victimisation, la mort, les techniques de procréation assistée, etc., reçoivent le témoignage des psychanalystes qui osent s'y impliquer en essayant de préserver des espaces de paroles propices à des évolutions subjectives : Gérard Amiel, Laurence Croix, Claude Jamart, Anne Joost de Beerst, Jacqueline et Jean-Paul Hiltebrand, Françoise Petitot, Guy Leres… pour en citer quelques-uns. Ce n'est pas toujours possible. Les impasses et les espoirs de notre modernité sont ainsi mis en valeur. La longue introduction de J.-P. Lebrun dans une langue claire et précise, éclaire bien ces enjeux. Les mécanismes névrotiques classiques comme l'hystérie ne rendent pas compte de positions psychologiques où le processus de subjectivation est empêché, notamment par la crise de la fonction paternelle et son appareillage symbolique. Défis au psychanalyste d'aujourd'hui. Souhaitons que le débat continue et dépasse les cercles professionnels !

2 SERGE VALLON

L’Avenir des tutelles, Analyses, fondements et prospectives, Par un collectif d’auteurs sous la responsabilité de Monique Sassier et L’UNAF, Préface de Élisabeth Guigou, Dunod, 224 pages.

3 Voilà un livre documenté qui vient à son heure. Il vient à son heure, car depuis que les personnes majeures en difficulté, ne sont plus incapables mais protégées, il est évident que le sens du mot tutelle s’est modifié, et que la tutelle requiert de celui qui l’exerce une autre manière de percevoir celui qu’il protège. Il vient à son heure, car les droits des personnes en question, si limités en soit l’exercice, n’en continuent pas moins à exister, et qu’il ne saurait seulement s’agir d’une mesure administrative, comme cela pouvait être perçu auparavant, mais d’une mesure aux contours changeants dont ceux qui se préparent à l’exercer doivent être conscients. Un livre documenté car il ne se contente pas de dresser un état du présent. Il situe le point actuel dans une histoire (espace temps) et dans une géographie (espace européen) où les points de repère ont besoin d’être précisés. Ainsi que le souligne Monique Sassier dans son avant-propos, il s’agit de contribuer à une réflexion approfondie pour reformer la protection juridique des majeurs. « Réfléchir pour agir, agir et produire de la pensée, tel est l’enjeu… Notre société moderne ne se satisfait plus de principes, elle exige que les pratiques de droit soient transparentes, qu’elles ouvrent de possibles recours… Le malade ne se réduit pas à sa maladie, non plus que le majeur protégé aux incapacités relatées dans l’expertise qui accompagne la décision de protection. Chaque être humain est une personne, et c’est cette personne qui est au centre des préoccupations de cet ouvrage comme elle a été au centre des préoccupations des participants aux assises de la tutelle dont l’ouvrage est issu. Il rejoint ainsi les préoccupations du Conseil supérieur du travail social, ainsi que celle de tous ceux qui veulent, contre les routines et les habitudes donner du sens aux affirmations de la loi. Dignité, liberté, autonomie, responsabilité, on va retrouver sous chaque plume, celle des psychiatres comme celles des magistrats, celle des sociologues comme celle des professionnels du social, ce souci de ne pas les nommer sans chercher leur application dans la vie pratique. Car à quoi bon définir des politiques si l’on ne change pas les manières de faire et les habitudes de vie. Madame Élisabeth Guigou ne n’y trompe pas qui, dans sa préface, affirme que « ce travail, fruit d’une approche profondément humaniste, pragmatique et moderne constitue une base essentielle pour la réflexion et l’action gouvernementales ». J’ajouterai que pour le travailleur social que je suis, il est aussi une référence pour le quotidien des actions.

4 JACQUES LADSOUS

La psychanalyse avec Nicolas Abraham et Maria Torok, Ouvrage collectif publié sous la direction de J.-Cl. Rouchy, Éd. Érès.

...


5 Dans les sciences comme dans l’art il y a peu de créateurs, même s’il y a beaucoup de bons techniciens. La psychanalyse n’échappe pas à cette remarque générale. À côté de Freud, Ferenczi ou Mélanie Klein furent ces créateurs, ouvrant des échappées théoriques et cliniques. Ensuite il y eut Lacan, bien sûr, avec son objet « a », Winnicott et son espace potentiel, Bion avec ses particules alpha, et aussi Nicholas Abraham et Maria Torok, venus de Hongrie, survivants des catastrophes du nazisme et du stalinisme. On doit à ce couple indissociable la transmission de l’œuvre de Ferenczi et le renouvellement théorique de la clinique du traumatisme. Ils ont installé au cœur du processus subjectif inconscient les avatars de l’introjection, le poids des deuils et des événements non assimilés devenus des « fantômes » psychiques et des « cryptes » pathogènes.

6 On se souvient du Verbier de l’homme aux loups (Aubier) montrant le palimpseste des langues affectant le patient de Freud et leur décryptage patient. Ces découvertes passionnantes et fécondes furent rejetées par l’institution psychanalytique : aussi bien par les sociétés proches de l’IPA auxquelles ils appartenaient que par le courant lacanien. Peut-être Lacan obnubilé par la maîtrise de son école a-t-il méconnu ou craint une œuvre indépendante, prenant pleinement en compte le poids du langage sur les formations inconscientes.

7 N. Abraham était proche des philosophes (comme Derrida) dont il avait la formation. Il tenta une confrontation avec la phénoménologie de Husserl, confrontation peut-être vaine comme celle de Lacan avec Heidegger. C’est ce que rapporte Christian Delacampagne dans un article incisif sur les rapports entre philosophie et psychanalyse. L’essentiel du recueil est consacré à des témoignages comme ceux de René Major et de Judith Dupond, et à des exposés montrant la fertilité des pratiques analytiques inspirées par cette « clinique du fantôme », vulgarisée parfois comme celle des secrets de famille (tout secret n’est pas traumatique). Comment les citer sans être injuste ? Par exemple la regrettée Danièle Broda, Barbro Sylwan, Nicolas Rand, Eva Brabant, Serge Tisseron, Philippe Réfabert, etc. Comment ne pas évoquer le dialogue d’Abraham et Torok avec la littérature, comme la suite offerte à Shakespeare pour Hamlet ! Grâce à eux, un « courant ferenczien » reste vivace en France. On leur doit les idées précieuses comme le psychisme qui est affecté au-delà de l’enfance (avant dans la généalogie, et après dans la vie adulte), comme les traumatismes qui ne sont pas que sexuels. Avec Abraham et Maria Torok on peut ainsi penser qu’à l’opposé de « l’incorporation traumatique » la dynamique nécessaire de « l’introjection » peut se continuer tout au long de la vie.

8 SERGE VALLON

Risque, responsabilité, éthique dans les pratiques gérontologiques, Jean-Jacques Amyot, Alain Villez, Dunod, collection Action sociale, 224 pages.

9 La durée de vie s’allonge considérablement. Et nous nous demandons parfois ce qu’il va advenir des « vieux ». Nous avons inventé le 3e âge : plein de libertés, de voyages, d’inédits. Et puis vient le 4e âge. Si nous ne voulons pas être hypocrites, il faut bien que nous nous disions que les vieux nous posent problème. Nous voudrions qu’ils se laissent conduire comme des enfants dans des lieux que nous préparons pour eux et où ils seraient en sécurité. Mais voilà, ils ont d’autres envies, ils ont des droits, et leur dignité leur défend d’accepter l’assignation à résidence comme la solution à leur fin de vie. Et puis, il ne se ressemblent pas les uns, les autres, n’ont pas les mêmes envies, les mêmes désirs, les même forces. Devant ces problèmes, il est normal que la Fondation de France dont le programme « personnes âgées » est l’un des plus anciens au sein duquel le thème de la dignité a toujours été présent, ait eu envie de lancer une action de recherche et d’analyse des pratiques qui permette de répondre à certaines questions fondamentales, entre autres : le choix de lieu de vie, la liberté d’aller et venir, la gestion de l’argent, la composition et le rythme des repas, le désir ambivalent de communication, etc. Huit groupes nationaux pluridisciplinaires ont échangé leurs réflexions autour de ces thèmes et d’autres encore. Ce livre est une des matières de leur réflexion. Il s’interroge sur les affirmations fortes de respect, de dignité, de liberté, et sur les pratiques des suivis à domicile et des lieux d’accueil. Les institutions sont-elles capables de prendre des risques avec les consignes administratives et financières qui leur sont transmises ? Sont-elles en situation de prendre leurs responsabilités, sans laisser-aller, mais sans consolidation des habitudes de travail ? Comment se forme le personnel ? De quelle manière ceux et celles qui le constituent ont-ils une représentation de la personne âgée ? Comment peut-on cultiver l’originalité dans une action qui doit bien pouvoir s’organiser ? Les pratiques sécuritaires laissent-elles de la place à une possible fantaisie ? On pourrait être tenté de faire un tableau des paradoxes auxquels sont confrontés les professionnels vis-à-vis des usagers : la gestion du temps, la confrontation des habitudes, la personnalisation de la relation, l’approche attentionnée du corps, la compréhension diversifiée des difficultés, etc.

10 Faut-il s’adapter à chacun, ou demander à chacun de respecter le cadre constitutionnel ? Il n’y a pas de réponses toutes faites, mais une démarche qui consiste à ne jamais rien entreprendre, ni éventuellement exiger, sans en avoir parlé ensemble. Ce sont finalement les espaces de communication réciproques et ouverts qui facilitent une démarche éthique où chacun repère les limites du possible. Facile ? sans doute pas ! Possible ? oui ! puisque certains professionnels l’affirment. En tous les cas, c’est une porte à ne pas manquer.

11 JACQUES LADSOUS

Éducation populaire, Le Tournant des années 70, Dir. Geneviève POUJOL, Éd. L’Harmattan

...


12 L’éducation populaire, après l’effervescence de mai 1968, subit l’éloignement discret des politiques publiques qui se tournent vers le « socioculturel ». La loi de 1971 sur la formation va pousser la professionnalisation des animateurs. Diplômes et filières vont institutionnaliser les associations. Celles-ci, normalisées et parfois instrumentées par l’État, vont devenir des organismes autant que des associations provoquant une crise du militantisme traditionnel. Si la diversification locale a pu avoir du bon, en rapprochant les décideurs politiques des prestataires socioculturels, elle a aussi provoqué des confusions de biens sociaux (associations « para-municipales ») et un rétrécissement des enjeux. Les logiques myopes de l’insertion économique dominent les logiques de l’éducation à la citoyenneté. Ce riche dossier fait le point et accumule les informations de cette histoire récente qui se prolonge aujourd’hui.

 

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

« Livres et revues », VST - Vie sociale et traitements 3/2001 (no 71), p. 58-59.
URL :
www.cairn.info/revue-vie-sociale-et-traitements-2001-3-page-58.htm.
DOI : 10.3917/vst.071.0058.