VST - Vie sociale et traitements
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I.S.B.N.en cours
60 pages

p. 6 à 7
doi: en cours

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Bloc-notes

no 71 2001/3

2001 Vie Sociale et Traitements Bloc-notes

Bloc-notes

Jacques Ladsous Jacques Ladsous est Vice-président du Conseil supérieur du travail social
 
L’Éducation populaire d’où je suis né
 
 
13 mai 2001. Rencontres autour du Premier Concerto pour piano de Tchaïkovski, Grigny, Gymnase du Labyrinthe, Essonnes. Je vous ai raconté en son temps ce superbe sursaut d’un groupe d’habitants de Grigny (La Grande-Borne) qui ont su trouver la force de résister à la dérive sociale d’une population paupérisée qui se sentait abandonnée par les professionnels du social, et qui sombrait dans l’endettement avec son accompagnement d’expulsions et de misères. Ayant su mobiliser la population, la municipalité et certaines administrations, ce groupe a réussi à stopper le naufrage, et loin de rester sur la défensive, ses membres ont voulu profiter de ce lien retrouvé pour le consolider autour de rencontres festives. Dominique Rouits, chef d’orchestre de Massy, les a sensibilisés autour de la musique. Mais, écouter c’est bien ! Faire, c’est mieux ! Nous avons tous un instrument utilisable : la voix. Une chorale s’est créée. Alors, au cours de cette 3e rencontre musicale, entendre une chorale où se mêlent blancs, noirs, arabes, chanter ensemble… en latin l’Ave Verum de Mozart, en arabe un chant algérien, en créole une complainte que connaissent tous les peuples du monde, accompagnés d’un orchestre professionnel, cela crée un moment d’émotion intense que j’aimerais pouvoir communiquer à tous les professionnels qui font la grimace devant l’activité éducative. « Chanter ensemble, a dit l’un des choristes, cela était pour nous l’occasion de nous découvrir les uns les autres… » Le lien retrouvé, c’est cela l’éducation populaire d’où je suis né.
 
Qu’est-ce que c’est que ce cirque ?
 
 
16 juin 2001, Paris. C’est la dernière création du Théâtre du Fil, une pièce qui mêle la réalité et l’imaginaire, le spectateur et l’acteur, le drame et la légèreté. Une pièce qui est bien de notre temps quand on voit la façon dont les responsables politiques se laissent prendre à la dialectique des anecdotes au lieu d’aborder réellement un débat sur les problèmes de fond.
Guy Rétoré avait choisi cette troupe et cette pièce pour faire ses adieux au TEP. Voulait-il symboliser de cette manière les soubresauts entraînés par son départ ? La salle était comble, le succès fut grand. Il paraît que nous sommes entrés depuis le début du mois dans l’année du cirque. Quel symbole ! Alors que dans cette même année doivent aussi avoir lieu les élections présidentielles et législatives ! Mais le cirque c’est aussi le risque, le rêve, l’audace, l’espoir, l’humour. C’est dans cet esprit que pour le Forum sur la santé mentale, nous demanderons au Théâtre du Fil de présenter quelques scènes sur l’Esplanade du Trocadéro, le 9 octobre à 19 heures.
 
Fin du IVe Conseil supérieur du travail social
 
 
18 juin 2001. Un fois de plus, ce Conseil aura bien travaillé. D’une part parce qu’il aura donné du poids à certains textes législatifs qui ne sont rien si les acteurs ne leur donnent vie et développement. Il faut une volonté politique pour leur permettre les retentissements que l’on en attend, et depuis la décentralisation, la volonté politique n’est pas la même d’un territoire à l’autre. C’est un progrès de la démocratie, mais c’est aussi une arme redoutable entre les mains des conservateurs et un facteur de déséquilibre de l’autorité de l’État.
D’autre part parce qu’il aura contribué à clarifier et approfondir les problèmes en suspens dans le monde social : l’éthique, la violence, les nouvelles technologies.
Ces trois rapports sont disponibles auprès des éditions de l’École nationale de la Santé publique, à Rennes, ou dans les librairies sur commande. Je suis témoin de la profondeur et de la richesse des débats qui ont permis cette élaboration. D’autres sujets attendent le prochain Conseil autour des usagers, de la santé, de la sexualité. C’est Madame Guigou et son entourage qui feront les choix utiles. Madame Guigou est venue remercier le Conseil de son travail. Elle a dit tout l’intérêt qu’elle y portait et la riche matière de nos réflexions pour le développement du travail social dans une direction où le débat démocratique permet toutes les discussions. Reconnaissance de la parole des professionnels, mêlée à celle des associations et des administrations territoriales et nationales.
J.-Michel Belorgey s’est adressé à nous pour faire sans complaisance, mais sans critique acerbe, le point sur le travail associatif. Lui aussi a souligné que le social ne pouvait pas vivre hors du débat démocratique. Le prochain Conseil aura à porter cette responsabilité. Dans le monde d’aujourd’hui, ce n’est pas toujours facile, mais cela a du sens. Quand la parole circule, la violence recule. Le cri n’est que l’avortement de la phrase, le point d’orgue d’une communication qui s’étouffe.
 
Du bon usage de la parole
 
 
Justement, quatre manifestations ont montré dans ces dernières semaines, combien la parole permettait d’exprimer des sentiments profonds, et notamment ceux des gens qui nous concernent et qu’on appelle les usagers.
4-5 mai, Paris, École de la Magistrature. Les militants d’ATD-Quart Monde parlent de la justice. Ils disent comment ils entendent et comprennent les mots prononcés. Ils disent leur impuissance à entrer dans le dialogue qui s’établit entre ceux qui ont pouvoir de juger et ceux qui sont là pour les aider à faire entendre leur voix. Comment peut-on être acteurs, lorsque ceux qui ont des rôles principaux parlent une langue étrangère, discutent d’eux sans qu’ils puissent réellement s’y retrouver ?
20 juin, Paris, assemblée générale des Compagnons de la Nuit. Un jeune éducateur explique pourquoi, depuis quelque temps, le programme comporte une fois par mois une revue de presse. Possibilité pour un journaliste de venir dialoguer avec le public de la maquette des événements principaux. Possibilité de commenter l’actualité, de replacer ce qui est anecdotique dans une chaîne, celle de la vie sociale, de laquelle certains se sentent exclus, mais à laquelle ils ont besoin de se raccrocher.
9 mai, Lyon, université Lumière, CRHES (Collectif de recherches sur le handicap et l’éducation spécialisée). Les valeurs morales portées par le social peuvent-elles s’accommoder du laxisme, de l’indifférence, de la condamnation sans appel, de la démission collective ? L’éthique nous rappelle que nous travaillons avec des hommes, et au milieu d’eux. Que le beau, le bien se recherchent en permanence pour tous. Que l’exclusion est un dysfonctionnement social qui montre la dissolution des esprits. Que la différence est riche, que l’expérience n’a pas de limites, qu’il nous faut rester « passeurs d’avenir ».
28 avril, Paris, Témoins et Solidaires. Les jeunes professionnels s’ankylosent dans les structures qui enferment la parole. Ils ont envie de pointer ce qui dysfonctionne, l’hypocrisie des affirmations sociales, l’indifférence des chefs, le silence des usagers. Mais ils ne veulent pas se couper pour autant de l’histoire de ceux qui ont développé le travail social. Retrouver le message qui court à travers les progrès, et lui redonner force et vie. Ne pas se réfugier dans l’histoire pour ignorer le présent. Ne pas exalter le présent sans rechercher ses bases et ses fondements.
Pont entre les générations, entre les acteurs, leur mouvement se veut à la vois défenseur de valeurs et porteur d’initiatives. Parler, écrire, échanger, partager. « Témoins et solidaires. »
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