VST - Vie sociale et traitements
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I.S.B.N.en cours
60 pages

p. 60 à 60
doi: en cours

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Humeur

no 71 2001/3

 
Formation continue des médecins : encore un apostolat !
 
 
Nous recevons de temps à autres (nous, c’est-à-dire les psychiatres des hôpitaux plus ou moins chefs de service, car on ne prête qu’aux riches) et même assez souvent, des offres de formation émanant d’organisme divers et souventes fois huppés. Elles coûtent généralement plutôt cher, sont (très) rarement cliniques et ont trait le plus souvent à la gestion moderne et raisonnée ou au cadre légal de notre exercice : il est vrai qu’en ces temps d’informatisation à outrance, de scientificité exacerbée et de recherche passionnée de toutes les économies possibles, on ne saurait trop inciter ces ringards de médecins (qui croient encore – mais si, il en reste quelques-uns – aux vertus du dialogue, du contact, du travail en équipe pluridisciplinaire, de l’analyse des situations, à la pratique en réseau, au secteur, aux thérapeutiques institutionnelles), qui demeurent obstinément rétifs aux charmes pourtant infiniment séducteurs de la « science psychiatrique » (kekséksa ?), aux vertus immarcescibles et aux attraits pourtant évidents du codage informatique ou du diagnostic par internet.
Or j’ai reçu, voilà sept jours à peine, une offre de formation à moi transmise très officiellement par ma bienveillante, aimable et attentive administration qui veille à la mise à jour de mes compétences comme au lait sur le feu.
Il s’agissait d’entendre causer, brillamment sans nul doute et aussi pertinemment que faire se peut, des médicaments génériques : que sont-ils ? qu’en faire ? à quoi ça sert ? etc. Ayant lu, avec l’attention que je réserve toujours à ce genre de littérature éminemment instructive et génératrice de progrès, le programme de la formation en question, étalée sur rien moins qu’une pleine journée, je suis tombé sur la liste des Gentils Organisateurs ou, comme on dit en bon franglais courant, les sponsors. C’étaient, ô surprise, des laboratoires pharmaceutiques fabriquant, comme par hasard, les dits génériques. Très bien, me dis-je (ou plutôt OK, toujours en franglais courant), ce sont eux qui payent, donc ce doit être gratuit ou à peu près. D’où détour vers le bulletin d’inscription idoine et adéquat et, là, j’en reste comme deux ronds de flan : cette « formation » dûment sponsorisée, à teinte de publicité rédactionnelle au moins autant que d’information objective, coûtait la bagatelle de 9 200 F (neuf mille deux cents francs) (je n’ai pas jugé bon de vérifier si le déjeuner était compris dans le prix de l’inscription), record de cherté allégrement battu…
Ça me semble ouvrir tout de même la voie à quelques réflexions :
  1. 9 200 F pour un truc complètement sponsorisé par les labos, c’est quand même un tantinet onéreux, surtout pour une seule journée et, pour tout dire, ça sent l’arnaque : il se trouve que je continue à m’occuper d’une association que j’ai créée jadis pour les soignants travaillant dans/avec les hôpitaux généraux et que nos sessions de formation annuelles reviennent, tout compris, aux environs de 3 000 F pour une semaine !
  2. les organismes dits de formation continue n’auraient-ils pas comme une propension à considérer leurs éventuels clients comme de simples cochons de payants ?
  3. comme me le disait un infirmier de mon service : « les génériques, on les paye peut-être moins cher mais il faut bien qu’ils payent »
  4. sachant que, dans notre établissement, tout médecin normalement constitué dispose royalement pour sa formation théoriquement obligatoire (soit 15 jours ouvrables par an), et pour toute l’année, de la somme pharamineuse de 2 500 F, j’ai comme une tendance maligne à estimer qu’on se moque un peu du monde…
Moralité : y en a pas car, comme le chantait feu Mouloudji, tout fout le camp… !
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