2001
Vie Sociale et Traitements
Humeur
Humeur
Le Petit Étampois
Le stress du psy, nouvelle entité nosographique
Les Américains qui, comme chacun sait, sont friands de recherches en tous genres, y compris les plus improbables, se sont avisés de se pencher sur le triste sort de leurs confrères psychiatres et psychothérapeutes de tous poils. À l’issue d’une étude de rien moins que dix ans, récemment publiée dans le très sérieux American Journal of Psychiatry, ils viennent de démontrer, scientifiquement et preuves statistiques à l’appui, que le suicide d’un patient est pour eux un traumatisme psychologique qu’ils ont du mal à surmonter.
La recherche montre en effet qu’il s’agit d’une expérience des plus déstabilisante, pouvant parfois affecter le praticien durant tout le reste de sa vie : colère, doute, sentiment de culpabilité, remords, minent inéluctablement sa santé mentale, provoquant des cauchemars, une anxiété extrême, pouvant même l’amener à rejoindre dans l’au-delà son patient disparu. Bref le stress, la déprime et autres calamités, dûment attestées par les items indiscutables du DSM IV R.
Pleurons donc sur les malheurs de nos infortunés collègues et réfléchissons un peu aux conséquences. Le soignant devient malade, donc soigné, au risque de mettre à son tour son psy dans la très pénible situation qu’il connaît lui-même. Sachant que, à en croire l’enquête, 50 % des psys américains risquent de présenter un jour ou l’autre le syndrome mélancoliforme en question on peut, en toute logique mathématique et au nom du cartésianisme exacerbé qui fait le charme et le renom de la psychiatrie française, estimer qu’à plus ou moins long terme, les 50 % demeurés sains d’esprit vont être amenés à traiter les 50 % atteints. Mais il y a de fortes chances pour que la moitié d’entre eux frappés à leur tour, s’en remettent aux bons soins des 25 % restés « normaux » qui, à leur tour, etc. Car chacun sait que les chiffres ne mentent pas.
Soit. Mais il viendra bien forcément un jour où le dernier psy indemne traitant le dernier psy malade sera atteint à son tour. Et alors, qui le soignera ?