VST - Vie sociale et traitements 2002/1
VST - Vie sociale et traitements
2002/1 (no 73)
56 pages
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DOI 10.3917/vst.073.0012
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Dossier : Santé citoyenne

Vous consultezPassages, lieux et postures

La santé mentale avec Deligny

AuteurJean-Marc Antoine du même auteur


« Le principe de cette action est dans la volonté d’un être libre. »Jean-Jacques Rousseau

Après le rapport d’Éric Piel et de Jean-Luc Roelandt, tous les deux membres de l’ASEPSI et pour le second, membre des Ceméa, le film de Jacques Lin, La Vie de radeau donnant à voir ce que Fernand Deligny avait impulsé dès juillet 1967 avec son installation à Monoblet, qu’il nous soit permis de parler à partir d’Armentières.

2 Ville d’où Fernand Deligny nous parle de son itinéraire de visionnaire, de libertaire, de donneur de sens à son agir et d’où Jean-Luc Roelandt a construit dès cette période une pratique sociale en psychiatrie permettant de fermer des services en offrant dans la ville les structures adaptées et une reconnaissance de droit à la différence dans la cité pour que ces fermetures ne provoquent une rupture de soins comme ce fut le cas dans bon nombre d’expériences étrangères.

3 Ce qui donne un crédit particulier au rapport Piel-Roelandt, c’est que les propositions reposent sur des politiques d’expériences. Celles que des membres de notre association, même avant sa création étant donné nos militantismes politiques, réclamaient la mise en place. N’étions-nous pas dans les groupes chers à Michel Foucault comme les groupes : Groupe information asile, Groupe information prison ?

4 Pour ce qui est de ce rapport intitulé « De la psychiatrie vers la santé mentale », il est avant tout un rapport de psychiatres s’adressant aux psychiatres et aux professionnels de la psychiatrie. Ceci dans la mesure où ce rapport a fait peu de cas des professionnels des secteurs médico-social et social. Il s’agit d’un rapport de psychiatres pour des psychiatres.

5 Nous pensons que les résistances, les réserves viendront plus de leurs confrères qui dans leurs propositions mises en avant dans ce rapport, devront modifier certains de leurs acquis, leurs comportements, leurs suffisances, leurs attitudes, leurs certitudes afin de mettre leurs compétences au service de ceux qui souffrent de difficultés intra-psychiques. Certains psychiatres savent mieux parler du psychotique qu’au psychotique et à son entourage.

Des blessés du symbolique

6 Le discours c’est, comme nous l’a enseigné Jacques Lacan, le social, c’est-à-dire aller vers le psychotique. Il s’agit donc de définir un repositionnement social et mettre les compétences au service de ceux qui souffrent, de ceux qui sont des blessés du symbolique.

7 Ce rapport ouvre enfin le débat sur l’avenir de la psychiatrie en France et sur le passage d’une politique de psychiatrie à une politique pour la santé mentale. Saisissons cette opportunité.

8 Les professionnels du secteur social devraient s’emparer de ce rapport pour exiger des responsables de la santé publique de favoriser la mise en forme des propositions. Ne sont-ils pas en attente depuis plus de vingt ans de modifications des pratiques psychiatriques marquées par une éthique respectueuse du sujet en souffrance et de ses proches (famille, conjoint, professionnels de l’action sociale et de l’enfance).

9 Nous ne savons pas comment se considèrent les professionnels de la psychiatrie, mais au niveau du champ social et médico-social, les professionnels se considèrent à la fois comme des usagers et des aidants des politiques pour la santé mentale.

10 Fernand Deligny et Jean-Luc Roelandt, chacun d’eux parlant d’Armentières, nous parlent de changements et nous permettent aujourd’hui de réfléchir à l’articulation indispensable entre le sanitaire et le social auxquels il convient d’ajouter l’éducation nationale et la justice pour jeter les bases de la détermination d’une politique pour la santé mentale.

11 Deligny était unique.

12 Deligny était pour la prise en compte singulière de l’individu.

13 Deligny ne voulait pas qu’on se revendique de lui.

14 Deligny vivait, mais ne conceptualisait pas.

15 Deligny partageait sa vie avec ceux avec qui il vivait ?

16 Deligny trouvait, grâce à l’écriture, un refuge qui le sauvait de lui-même.

...


17 Deligny parlait, mais nous ne savions pas toujours à qui il s’adressait, car dans le fond de sa voix il y avait chantonnement.

18 Deligny était rencontré, mais il ne se déplaçait pas.

19 Deligny s’est fâché avec Jean Oury, Félix Guattari, mais a su en conserver l’estime et l’amitié, ce qui lui a permis de s’installer avec leurs soutiens dans les Cévennes en dehors de tout conflit. Ce qui permet l’installation à Graniers en juillet 1967.

20 Deligny ne partageait pas les positions de Maud Mannoni et éprouvait de l’estime pour Françoise Dolto. Il était concerné par « le cas Dominique ».

21 Deligny laissait place à l’agir, à la spontanéité.

22 Deligny c’était la mise en place d’un réseau rhizome, cher à Deleuze et Guattari.

23 Nous souhaitions réfléchir de la ruralité, nous y sommes parvenus en parlant de la vie, des lieux où l’on vit, des lieux-de-vie.

24 Même s’il n’y avait pas de praticiens de lieux-de-vie dans notre groupe, tous les participants connaissaient leurs existences, le rôle de pionnier de Fernand Deligny et les pratiques sociales en lieux-de-vie dont certains les intègrent dans leurs modes à être dans leurs pratiques professionnelles.

Le silence, une affirmation de l’écoute

25 Actuellement tout est parole, ce qui signifie qu’en dehors de la parole il n’existe pas de moyens d’expression de difficultés, de souffrances ou qu’il n’existe pas de demande, le verbe étant devenu l’indispensable support à l’expression.

26 Le silence, ce moment où les mots ne sont pas nécessaires pour exprimer une demande, n’est pas sans rappeler ce que nous rapportent les acteurs sociaux qui interviennent auprès des sans-abris dont leurs seules présences dans cette aire est suffisamment révélatrice d’une situation pour que le verbe ne soit pas inquisiteur et que le silence soit la confirmation d’une demande, même si une parole dans cette situation ne peut être posée, ou que la langue parlée est méconnue dans son sens et son symbolisme.

27 Le silence c’est aussi la possibilité de lire dans les yeux de l’autre. C’est un moment de partage, de communion au cours duquel se construit une relation de qualité.

28 Le silence donne du sens au non verbal et démontre aussi combien nommer peut enfermer. Le silence fait aussi partie de ces moments de rencontres, de partages où le moindre geste fait signe et donne du sens à la situation.

29 Ce mode d’intervention démontre que nous n’avons pas besoin de parler la même langue pour ne pas se comprendre, pour ne pas décoder une demande.

30 Ces attitudes d’écoute, de silence, sont peut-être à rapprocher de celles des intervenants auprès des malentendants ou muets qui utilisent d’autres signes que ceux usités habituellement pour communiquer.

31 Écouter les silences et les bruits de la vie nocturne nous en apprennent beaucoup pour élaborer une relation d’entraide.

L’indisponibilité, l’affirmation d’une écoute

32 Nous ne manions pas les paradoxes avec ce titre. La disponibilité ne peut être permanente pour être structurante. La disponibilité existe parce qu’elle a son contraire qui est dû à l’organisation de la vie de chacun d’entre nous, quoi que nous soyons dans la vie.

33 L’indisponibilité est structurante parce qu’elle signifie un cadre, des limites dans lesquels une écoute peut être offerte. L’indisponibilité est un positionnement constructif qui empêche les confusions des rôles et démontre qu’il y a une place pour tout, pour tous à des moments convenus.

34 La disponibilité permanente reviendrait à une indisponibilité. L’indisponibilité nécessite parfois chez les référents sociaux une certaine réticence qui est une marque de respect, qui s’oppose à l’ingérence et qui renvoie le sujet à ses propres potentialités.

35 Ce regard particulier posé par l’indisponibilité permet l’observation de certains moments de solitude qui offrent à un sujet de réfléchir sur lui-même, d’être en même temps dans un groupe et en même temps de s’en extirper.

36 Dans ces lieux de reconstruction psychique, il ne doit pas y avoir de confusion entre activité et activisme. Tous les moments de la journée ne doivent pas être occupés par différentes activités qui viendraient s’opposer à tout travail personnel.

37 Il s’agit bien dans ces lieux de travailler sur le sens de ce qui se fait ou ne se fait pas, sur le manque, le désir, le plaisir. C’est cela qui fait partage mais nécessite de la part des personnels des retenues, de penser au sens de leurs gestes, de leurs attitudes et de leurs mots. Penser avant, pendant et après.

38 Cela exige une grande qualité de présence qui impose une posture :

  • d’être la, sans ingérence, sans indifférence ;
  • d’offre et de respect.

Il s’agit bien là d’une posture pédagogique.

39 La permanence et la régularité d’une attention créent les possibilités d’une rencontre et celle-ci peut favoriser des changements permettant une existence en moins grande souffrance ou difficulté. C’est de cette rencontre que pourront s’élaborer des processus psychiques permettant un travail sur les traumatismes enfouis et une certaine résolution.

L’évaluation

40 Il y a un bien-fondé évident pour évaluer la pratique sociale, mais cette évaluation avec des autistes, des psychotiques ou des personnes en situation de détresse psychique apparaît essentielle plus pour se rendre compte du travail effectué que pour rendre des comptes.

41 Il conviendrait, en sciences sociales, que l’évaluation de la pratique ne réside pas dans des qualifications techniques car celles-ci provoquent une certaine désincarnation de l’objet de la pratique sociale.

42 Les éducateurs comme techniciens de la relation, les infirmiers avec les techniques de soins infirmiers. La relation d’entraide se résumerait-elle à une technique ?

43 Si l’évaluation paraît indispensable, elle ne peut être contenue dans un quelconque schéma programmé qui ne peut intégrer les formes d’expression d’une demande quand celle-ci n’est pas explicite ou qu’elle prend des formes paradoxales.

44 Les acteurs de santé peuvent très bien ne pas disposer d’un diplôme professionnel et être d’excellents professionnels. Le professionnalisme dans la relation d’entraide réside avant tout dans une position éthique et avec des règles déontologiques.

45 Dans cette pratique sociale, il ne s’agit pas de prendre en charge – ce qui, dans notre société est toujours assimilé à un coût social, un coût économique, la fameuse prise en charge –, mais de prendre en compte.

Projet

46 Cela correspond mieux au respect d’un projet individualisé qui est un projet de vie qui consiste à avoir une place à l’endroit où l’on veut vivre, s’établir, un endroit à être. Ces lieux où l’on vit, où l’on est, c’est pour ceux qui y vivent : se rendre disponible à ce qui arrive et cela nécessite pour tous une rigueur de l’attention… à l’autre, aux autres.

47 Cette disponibilité marquée de l’indisponibilité est une prise de risque structurante pour les sujets en difficulté et exige de la part des professionnels une réflexion permanente sur le sens de leurs interventions.

48 Le projet, c’est une prise de risque partagée, alors que nous sommes dans une société d’assurances, des coûts, des réglementations où l’esprit de la loi, cher au baron de la Brède Charles de Montesquieu, disparaît au profit d’une application sans discernement.

49 Nous sommes dans une société judiciarisée, de précaution, où toute initiative est condamnée, parce qu’elle représente un risque. Le risque de l’incertitude, le risque du changement.

50 Nous sommes dans une société sans débats, de dépendance à l’État et dans laquelle sont confondus causes, conséquences et, moyens et objectifs.

51 Les acteurs sociaux souffrent de cela qui est issu de la confusion des genres et des statuts qui fait parfois qu’ils se prennent pour ce qu’ils ne sont pas. Ceci correspond à une absence de leur spécificité et cette souffrance provient aussi du fait qu’ils ne se reconnaissent pas eux-mêmes dans cette spécificité. Cette difficulté provient aussi du fait qu’ils ne s’autorisent pas à être ce qu’ils sont, et ce qu’ils ont choisi d’être, pour diverses raisons, de leur positionnement social.

52 Aujourd’hui, dans notre société, il faut être consensuel. Il y a bien une confusion de genre. Le consensus dans une stratégie politique est un moyen pour parvenir à un objectif, or aujourd’hui il est devenu l’objectif.

53 Nous sommes actuellement dans une société confusionnelle, c’est la raison pour laquelle il n’existe pas de débat politique préalable à l’organisation de la cité. Il n’y a pas de confrontation, comme si tous conflits devaient être épargnés. Les mouvements sociaux ou d’idées, de respect des droits des personnes (abolition de la peine de mort, vingt ans cette année) nous ont appris que c’était de la résolution des conflits que des politiques pouvaient être déterminées, donc après un débat que des choix pouvaient être effectués.

54 Aujourd’hui, où sont les débats sur l’organisation sociale ? Même pour l’OMC[1] [1] Organisation mondiale du commerce. ...
suite
‚ il n’y a pas débat. Il y a une politique du fait accompli qui génère une certaine résistance, mais de débat il n’y a pas.

55 Dans cette société de précaution, il n’y a plus débat, il n’y a plus cette légère dissidence qui est garante d’une éthique professionnelle. Où sont les actes de résistance pour que le changement devienne possible ?

56 Lucien Bonnafé nous dit toujours qu’il faut résister à toutes formes de technostructures pour que la dimension de l’humain soit garantie.

57 Lucien Bonnafé peut nous le dire, nous devons l’entendre, lui, ce fils d’aliéniste de la Lozère, aliéniste lui-même, comme il se définit, ayant engendré des aliénistes ; à poser toute sa vie des actes de résistance, que ce soit avec les surréalistes, avec les réfugiés de la guerre d’Espagne, contre l’occupant après 1940 ou dans son militantisme pour transformer les rapports de la psychiatrie avec son sujet. L’acte de résistance pour lui consistait à venir en aide au sujet qui souffre. Lucien Bonnafé a toujours été un rebelle, c’est en cela qu’il nous a beaucoup appris dans la transmission de son expérience de sa vie.

58 Georges Daumezon nous disait aussi la même chose dans son article « Le poids des structures », paru en 1952 dans la revue Esprit.

La formation

59 Où est l’humain, sinon rangé dans des techniques d’apprivoisement pour mieux le normaliser. Les mots de Bonnafé aident à résister à la formatation que dispensent les écoles de formation, que ce soit aussi bien celle de la Santé publique de Rennes et ses satellites que celles qui s’adressent à des futurs intervenants sociaux.

60 Ce sont dans ces lieux que sont enseignées les techniques multiples qu’il est indispensable de désapprendre pour être en échange avec l’humain en souffrance. Comment peut-on, pour un sujet en souffrance, apprendre à être un sujet transitionnel, cher à D. Winnicott ? Henri Michaux nous avait dit qu’il fallait apprendre avec retenue, parce qu’il fallait toute une vie pour désapprendre.

61 Nous sommes arrivés dans un monde où la technique de quelque discipline que ce soit prime sur l’humain. Nous sommes dans des dichotomies psychiques qui rappellent les dissociations psychotiques. Ces techniques sont la preuve d’une désincarnation du travail social qui est rangé dans le registre des techniques, ce qui en dit long sur la considération de l’humain.

62 N’assistons-nous pas à un développement de l’esprit scientiste au travers de technosciences qui considèrent l’humain comme un objet qu’on peut formater, dépouiller à volonté et reconstruire suivant un certain barbarisme ?

63 Mais où sont donc passées les sciences de l’homme, la sociologie, la philosophie, la psychologie, l’anthropologie, la psychanalyse, l’ethnologie ? N’y a-t-il pas l’absolue nécessité de rester ancré au principe d’humanité ? Quel sera le monde de demain, celui du clônage ?

64 Il nous faut sortir de nos amnésies, surdités et cécités sélectives. Affirmons, démontrons que l’humain est digne d’intérêt et qu’un monde où l’argent est roi doit consacrer à tout humain en difficulté les attentions nécessaires que requiert sa situation.

65 De la ruralité dont il devait être question, nous en étions-nous éloignés ?

66 N’existe-t-il pas des terres d’élection, des lieux pour réaliser, se réaliser, des lieux pour prendre le temps, avoir le temps, de donner du temps au temps ? C’est dans cet endroit que peut-être la ruralité se situe, un espace où la terre, le ciel, la plaine, les montagnes et les odeurs ont leur importance, car elles donnent un cadre, favorisent une ambiance.

67 Le citadin, Tony Lainé a souhaité l’ouverture de petites maisons avec un jardin, parce que dans un jardin il y a de la vie, la marque des saisons, un jardin c’est la vie.

68 Ces petites maisons peuvent être des “a” siles avec ce petit “a” pour garder le sens de Deligny. Ce petit “a” qui offre la possibilité d’habiter là, de résider, de s’approprier l’habitat, un ancrage et une digue protectrice à la fois.

69 Nous vous livrons cette phrase de Fernand Deligny qui, parlant de ceux avec lesquels il partageait l’existence, disait : « Faire comme s’ils n’étaient pas là, mais s’ils n’étaient pas là, je ne serais pas là. »

70 C’est-à-dire qu’il n’avait pas de projet pour d’autres. Il n’y avait chez lui aucun désir pour un autre, pas d’ingérence, mais par contre, il offrait à d’autres qui désiraient habiter avec lui de le rejoindre. Il les acceptait dans ce qu’ils étaient.

71 Il y a bien à cet endroit, un acte posé de reconnaissance réciproque, celui de vivre avec l’autre dans un espace de partage.

72 Ce vivre avec, ce vivre ensemble est un projet politique qui doit nous guider dans la mise en place des lieux-de-vie, avec des praticiens sociaux non désireux pour d’autres et favorisant par leur posture sociale une intégration sociale de personnes en difficulté qui sont avant tout des citoyens de plein droit de notre société.

Mettre l’humain au centre de nos réflexions

73 Dans ce projet politique, il y a bien la possibilité d’être différent sans indifférence et ingérence, en agissant suivant les principes républicains, c’est-à-dire en respectant cette devise ornant les frontons de nos mairies : Liberté, Égalité, Fraternité.

74 Nous pensons qu’il faut cesser de réfléchir en termes de structures et mettre l’humain au centre de nos réflexions en l’associant, afin que ses besoins puissent trouver une satisfaction. Il s’agit là d’un positionnement de citoyenneté.

75 Pour nous, acteurs sociaux, nous ne devons plus agir sous différentes formes de confiscation du désir, en cerclant le sujet en difficulté de nos réponses en fonction de nos connaissances toutes relatives vis-à-vis de l’humain.

76 Nous avons toujours à apprendre de celui que nous rencontrons.

77 Ces confiscations sont des formes de totalitarisme et nous savons que celui-ci empêche de penser. Penser oblige à changer, donc à nous interroger sur nos pratiques.

78 La définition d’un projet d’une politique pour la santé mentale est un projet ambitieux et nécessite aussi bien la participation de tous, que de renoncer à certaines de nos certitudes sur ce qui est bien pour l’autre, alors que nous ne savons pas ce qui est bien pour nous.

79 La définition d’un projet d’une politique pour la santé mentale est trop importante pour être laissée à la réflexion des psychiatres dont la spécialité est de traiter les dérangements psychiques. C’est une affaire de citoyenneté et ce n’est que dans un mouvement de citoyens qu’elle pourra prendre forme.

80 La définition d’une politique pour la santé mentale nécessite que tous les acteurs sociaux, ceux de la prévention, du social, du judiciaire, de l’éducation, du médico-social et du soin coopèrent.

81 La santé mentale, c’est prendre en considération les besoins des composants d’une société mosaïque, constituée de métissages, d’exils, d’insularités, de nomadismes et de sédentarismes et de classes sociales. Les réponses sont avant tout sociales et non médicales, elles prennent leurs fondements dans les sciences de l’homme telles l’anthropologie, l’ethnologie, l’éthologie, la philosophie, la psychiatrie, la psychologie, la psychanalyse, la sociologie.

82 La santé mentale ce n’est pas, comme nous le voyons poindre, un changement d’appellation où la psychiatrie serait appelée à délaisser ses vieux oripeaux pour rentrer dans du prêt-à-porter. Si cela se concrétisait, nous assisterions une nouvelle fois à une confiscation de la démarche citoyenne pour maintenir sous un nouveau label l’encerclement du sujet dans ses symptômes ; c’est aussi le renforcement du morcellement du sujet en difficulté, alors que ses besoins nécessitent une approche globale diversifiée.

83 Ce morcellement trouve sa confirmation par des politiques budgétaires symptomatiques qui souvent favorisent plus un abandon qu’une prise en compte spécifique (exemple : les politiques en directions des toxicomanes, des personnes présentant une problématique alcoolique, ou celles porteuses du VHC, du VIH ou développant le Sida, etc.).

84 Une politique pour la santé mentale nécessite, au niveau de l’État, l’impératif de coordonner l’organisation de ses services : éducation nationale, justice, environnement, social et sanitaire. Pour ces deux derniers, ce ne sont pas les Agences régionales hospitalières, qui sont des technostructures, qui favoriseront la mise en place de nouvelles politiques pour la santé mentale.

85 Il faut donc la mise en place d’une coordination des services de l’État avec les associations impliquées dans des dispositifs de citoyenneté, permettra la suppression de certaines féodalités, intolérables dans un état républicain, qui sont des fléaux à tous changements favorisant une articulation entre le sanitaire et le social, jetant les bases d’une politique pour la santé mentale.

 

Notes

[ 1] Organisation mondiale du commerce.Retour

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POUR CITER CET ARTICLE

Jean-Marc Antoine « Passages, lieux et postures », VST - Vie sociale et traitements 1/2002 (no 73), p. 12-17.
URL :
www.cairn.info/revue-vie-sociale-et-traitements-2002-1-page-12.htm.
DOI : 10.3917/vst.073.0012.