2002
Vie Sociale et Traitements
À l'affiche
À l'affiche
L’autisme, une énigme. Un album de photographies de Olivier Ménanteau et de textes de Philippe Forest aux éditions Actes Sud.
Il est dommage que l’on ne puisse reproduire les photos prises à l’hôpital Barthélémy-Durand d’Étampes, dans le pavillon des Acacias où sont pris en charges des patients affectés de syndromes autistiques sévères. Hubert Bouvry, le médecin chef de service, explique que l’accueil des deux artistes – le photographe et l’écrivain – fait partie d’une bénéfique politique de diversification et d’ouverture aidée par la Fondation de France. Les photos ont saisi des instants quotidiens, à l’atelier, dans la salle à manger, en réunion. Les patients y montrent des postures contrariées et contraintes mais aussi parfois des regards qui s’échappent et viennent droit vers l’objectif ! Surprise de la présence chez ces éternels absents. On citera une photo d’Olivier Ménanteau montrant comme un fantôme la même silhouette glissant devant le poste de télévision. Où est-il celui-là ? Fernand Deligny utilisait l’infinitif à propos des autistes, par respect pour un sujet représenté seulement par son acte. Le riche et beau texte de Philippe Forrest fait le point des représentations contradictoires et des ambitions thérapeutiques – souvent vaines – dont les autistes font l’objet. Il se fait le chroniqueur pudique et fidèle, à sa manière d’étranger, des visites au service psychiatrique. On se souviendra de sa référence ultime à un poème de Rimbaud invoquant des « âmes sentinelles » : sentinelle « faisant face à l’énigme indéchiffrable, à l’énigme bouleversante du monde ». Dans une intéressante postface, Philippe Forrest, auteur d’essais (Sollers, Kenzaburo Oe, etc.) et de romans remarqués (L’Enfant éternel, Toute la nuit, chez Gallimard) commente le rapport de l’écrivain à un travail de commande. Ainsi faisaient les peintres – l’avait-on si vite oublié ? Rembrandt et Vélazquez, comme Rubens, Géricault et d’autres. Comment Rembrandt réussit-il à peindre cette Leçon d’anatomie par exemple ? « En cherchant en lui – et sans l’avouer, sans même peut-être le savoir tout à fait – la matière avec laquelle il exprimera le drame étranger dont le désir d’un autre l’a fait témoin vaguement effaré. » Cette belle formule pourrait guider le clinicien confronté à la folie sans phrase.
S.V.
Doux songes et autres racontars
Chaque année a lieu la fête du livre, au début du printemps. Des adultes ont proposé à des adolescents de Bron et de Lyon, un atelier de bandes dessinées. Aidés par un scénariste, Pierre Verjola, ils ont écrit des scénarios sur le thème de « Vérité et Mensonge ». Le travail a duré plusieurs mois, sinon toute une année. Les scénarios sont bien les leurs : doit-on mentir à ses parents, les adultes sont-ils menteurs (ex : « La famille faux-cul »), peut-on abuser de la vérité ? Vérité et mensonge, c’est cool comme thème ! Les étudiants d’une école d’art (École Émile-Cohl) ont fait les dessins, en tandem avec les ados. Cela donne un album bien plaisant avec sa variété de graphismes. Parfois la même histoire est racontée deux fois. Le style du dessin fait que ce n’est pas la même et que du coup on revient à la précédente pour le plaisir. On peut se procurer l’album – subventionné par des mécènes – à la Ferme du Vinatier, 95 Bd Pinel, 69677 Bron. Au fait, tout ce temps, certains ados étaient soignés au service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent du 8e, chez le Dr Boudart. Ils n’ont pas l’air d’avoir des entonnoirs à l’envers sur la tête et dans la rue on pourrait les confondre avec d’autres adolescents. Tant pis, on leur dit quand même : Chapeau ! les gars et les filles !
VST