VST - Vie sociale et traitements
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I.S.B.N.en cours
60 pages

p. 60 à 60
doi: en cours

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Humeur

no 74 2002/2

2002 Vie Sociale et Traitements Humeur

Tolérance ? Il y a des maisons pour ça…

Le petit Étampois
Un mien confrère et ami (car ce n’est pas pour me vanter, mais j’ai des confrères qui sont aussi des amis), qui siège à la CME de notre vénéré et vénérable établissement, m’a raconté qu’il avait récemment connu quelques menues difficultés avec l’un de ses confrères (et néanmoins ami) à propos non pas de bottes mais de vulgaires Arabes. N’avait-il pas imaginé, avec deux de ses collègues, qu’il serait séant et de bon goût de fournir une aide à la Santé mentale à cette engeance qui occupe indûment la Palestine […].
Mon ami et ses collègues proposèrent donc, dans leur candeur naïve, et en exposant à quel point ces sectateurs de Mahomet étaient vilipendés, persécutés, déshérités, qu’on leur permit de leur porter assistance en accueillant dans leur établissement des confrères en étant issus, en quête de spécialisation en psychiatrie. Le prétexte, à vrai dire fort mince, de cette requête était que les Arabes de Palestine et autres lieudits, subissaient de telles vexations, avanies et persécutions que leur santé mentale s’en trouvait fort compromise, qu’ils étaient au bord de la démence et qu’il serait bienvenu, aux noms de l’Humanité et de la Coopération réunies, de leur fournir quelques médecins susceptibles d’accoiser leurs humeurs peccantes et de pacifier leurs rancœurs.
Ce projet aberrant fut exposé un beau jour, urbi et orbi, à la CME de l’établissement dont le directeur, sans doute en proie à un égarement passager, faisait profession de l’approuver hautement. Il comportait donc la perspective de la venue dans notre beau pays, aux frais de l’État en même temps que des contribuables, de rien moins que six soi-disant docteurs en quête de légitimité psychiatrique. Dieu, Bouddah, Jehovah, Vishnou et Allah en soient loués, la ruse était trop grossière pour passer aisément. L’un des bons confrères (et néanmoins ami) de notre correspondant, psychiatre pour enfants de profession, de religion psychanalytique et israélite à la fois, se fit un plaisir mais aussi un devoir de battre en brèche ces intentions coupables. Il était, il est vrai, une sorte de justicier qui, dans le passé déjà, avait vaillamment combattu toute perspective de collusion palestino-gauloise. Flamberge au vent, nouveau saint Georges terrassant le dragon, il pourfendait inlassablement, en tous temps et en tous lieux, les vils comptenteurs de la judéité triomphante, se répendant en plaintes, récriminations et sanglots sur le triste destin de son peuple qu’un vaste complot international voulait rayer de la surface de la planète et de la terre de ses lointains ancêtres. Il apostropha donc la trinité des fautifs (car ils étaient trois pêcheurs), montrant lumineusement à quels excès leur zèle fascisant les entraînait, les proclamant coupables d’antisémitisme et de racisme exacerbés ainsi que de crypto-nazisme délirant, en faisant rien moins que des suppôts de Satan et des disciples attardés de feu Adolf Hitler. Bref, il porta le fer dans la plaie et, ce faisant, dénia à l’avance toute contradiction.
On aurait certes pu lui rétorquer que les Arabes étaient des Sémites au même titre que les Juifs et que, dès lors, la question se posait de qui, dans l’histoire, était le plus antisémite car, dans son discours, plus antisémite que lui tu meurs… Cependant la trinité satanique qu’il attaquait de front fut tellement prise de court par cette argumentation sans réplique, qu’elle se tint coite et en resta sans voix, de même que ses très rares partisans. Car il faut bien avouer que, quoi qu’aient pu en penser les uns et les autres, nul n’éleva si peu que ce fut la voix pour soutenir une cause à dire vrai peu défendable. Comme quoi, ainsi que l’affirme le proverbe brionnais, « si vérité fait foi, grande gueule fait loi ».
Cela étant, et nonobstant cette harangue enflammée qu’ils jugèrent (sans doute à tort car il ne faut pas donner les verges pour se faire fouetter) empreinte de fausseté et de passion coupable, nos trois fauteurs de désordre et suppôts d’anarchie persistèrent et signèrent : ayant, envers et contre toute vraisemblance, réussi à soudoyer le directeur de l’établissement (mais sans doute, à en croire leur contempteur, grâce aux larges subsides de la “Caisse du Terrorisme”, donc du consulat de France à Jérusalem) et le président (pourtant israélite) du conseil d’administration, ils eurent le front de faire venir dans leurs services les six médecins arabes, bons pères et bons époux mais terroristes en puissance, faisant fi de toutes les précautions, pourtant bien nécessaires que le Justicier avait adjuré le directeur de prendre et qu’aurait exigé cette mesure dans les circonstances que nous connaissons : ni fouille au corps quotidienne, ni vérification pointilleuse de leur état-civil, de leur qualité, de leurs motivations, de leurs opinions politiques, non plus que nulle déclaration sur l’honneur (mais les Arabes ont-ils seulement un honneur ?) de ne point perpétrer de crimes de sang dans l’enceinte de l’hôpital, cette absence de mesures, pourtant minimales, faisant la preuve d’une naïveté et d’un laxisme éminemment regrettables. Le ver était donc dans le fruit et le loup dans la bergerie.
Rendons à César ce qui appartient à Allah : à ce jour, soit quelques mois plus tard et nonobstant l’alarmiste Cassandre, aucun cas d’anthrax ou de peste bubonique n’est encore apparu dans l’établissement, aucune bombe n’a été découverte, aucun terroriste armé ou explosif n’a semé la terreur et aucun Boeing n’a encore tenté de transformer en champ de ruines les superbes immeubles de notre Établissement Public de Santé.
Heureux lecteurs de VST et des autres magazines bien de chez nous, ainsi que le faisait naguère un matutinal chroniqueur de nos ondes nationales, dont j’espère qu’il voudra bien me pardonner pour l’avoir ainsi plagié, je vous souhaite tout le bien car nous vivons une époque tolérante et moderne.
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