VST - Vie sociale et traitements
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I.S.B.N.en cours
56 pages

p. 51 à 52
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Courrier

no 77 2003/1

2003 Vie Sociale et Traitements Courrier

La maladie des mouches audiovisuel et santé mentale

Lucien Bonnafé
Décidément, la carence poétique qui imprègne nos faiseurs de mentalités est grave. Je suis toujours habité par la parole de Char : « Il y a dans tout être, on le sait, deux gouttes d’Ariel, une goutte de Caliban, plus une parcelle d’un amorphe inconnu susceptible de devenir diamant si Ariel persévère, ou, si Ariel démissionne, maladie des mouches.
Questionnaire maladroit et peu clair, objectera-t-on. Mais c’est de vous, adversaires ou sympathisants, que questionnaire et réponses attendent un jet de lumière ou tout au moins de franchise. »
Et voyez que ma « nature » a inspiré le rêve que voici.
Un groupe d’explorateurs des bas-fonds de la « nature » humaine, s’étant constitué en fonction des « originalités » qu’ils se reconnaissaient mutuellement, avait invité les auteurs des réussites les plus accomplies, quant à l’audience de leurs productions chez les enfants d’ici et maintenant, y compris hors de notre hexagone.
L’hypothèse qu’il y avait dans ces réussites des facteurs d’efficacité qui étaient à cultiver était que des savoirs sur Bécassine, les Pieds nickelés… et Lucky Luke pouvaient être très approfondis. On avait à résister à l’opinion assez courante que les auteurs de ces réussites n’étaient pas conscients de ce qui, au fond, animait leur succès. Que cette « conscience » soit à travailler par approfondissements et ratures fut position de méthode appliquée en fait.
« Imprégnation » était le contenu affiché du sens de la recherche.
On pouvait dire aussi : l’épidémiologie de la maladie des mouches.
Celle-ci était devenue une pandémie. Dans le troufignon des sujets atteints étaient inhibées les facultés de piger le « ça porte à rigoler » devant les dérapages de son semblable dans des conneries malfaisantes ?
Puisque images et faire avec les images sont plus que jamais en jeu, quant aux effets Caliban et Ariel, avec, présenté par une ex-rebelle convertie côté conservateur (Mme Kriegel), les incitations à, « avec tact », est-il précisé, « surveiller et encadrer la consommation audiovisuelle de leurs enfants ».
Ça émerge fort devant qui a consacré une part importante de sa vie à associer autant que possible de contemporains pour traiter avec plus d’intelligence que l’ordinaire répressif l’enfance en danger moral, délinquante, dangereuse, etc., comme fond de la problématique de santé mentale. Dans la recherche incessante, entre professionnels de santé mentale et avec beaucoup d’autres, les questions de réciprocité ont pris les tournures les plus multiples et ouvertes.
Dans un monde où fonctionnent à un niveau vertigineux l’occlusion des potentiels de concorde, avec l’exaltation des potentiels de discorde, les emprises des effets de réciprocité dans toutes intolérances qui submergent le monde ont infiltré cette zone de base des tolérances humaines qui fonctionne entre géniteurs et engendrés. Et les intolérants chez les avides de directions des esprits manipulent leur vision de la violence pour maîtriser les menues affaires plus ou moins violentes entre ceux qui supportent mal l’inflation de violence qui fait l’air d’ici et maintenant.
Mais il reste que le poète et martyr Robert Desnos nous a dit le plus vrai, avec :
« Ce cœur qui haïssait la guerre, voilà qu’il bat pour le combat et la bataille.
Ce cœur qui ne battait qu’au rythme des marées, à celui des saisons, à celui des heures du jour et de la nuit
Voilà qu’il se gonfle et qu’il envoie dans les veines un sang brûlant de salpêtre et de haine. »
Pour qui ne veut entendre la violence qu’au sens de résistance, il y a bien motif de résister aux directeurs d’idées reçues qui prônent quelque retour aux positions autoritaires et « restaurer cette ancienne autorité sans tirer les leçons de sa faillite ».
Concours de circonstances : pendant que je continuais à vagabonder sur un usage des grandes images pour Ariel contre Caliban, pour enrayer la pandémie de « maladie des mouches », tombent, en derniers mots du Monde diplomatique de 2002, daté janvier 2003, les réflexions du pertinent connaisseur des misères de l’enfance qu’est Serge Tisseron/ Dans le commentaire sur une certaine vision de la violence que je viens de citer, il écrit : « Madame Kriegel fustige les héros hors-la-loi, oubliant que Robin des Bois, Peter Pan, ou Zorro en faisaient déjà partie, et que les résistants de 1939-1945 étaient eux-mêmes dans cette situation. »
On ne saurait mieux dire. Ce monde d’ici et maintenant se montre grand exhibitionniste de sa violence dans les antinomies réciproques entre écraseurs du « mal ». Ça tient le haut du pavé et ça fait imprégner par ça les mentalités, dès en bas âge et en exaltant les réciprocités d’intolérances. La profondeur où il faut s’y aventurer pour imprégner les esprits de résistance à cette submergeante contamination par la maladie des mouches est notre commun problème, notre incitation à user de notre droit d’association pour résister au mieux.
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