VST - Vie sociale et traitements
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I.S.B.N.en cours
56 pages

p. 52 à 52
doi: en cours

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Courrier

no 77 2003/1

 
Je rêverais d’une société qui se voudrait terre d’asile pour combattre l’exil du fou…
 
 
Dans La Fête prisonnière, film réalisé par Mario Ruspoli à l’hôpital Saint-Alban, un patient se promène dans le bal annuel en disant : « Je n’ai personne au monde. Je suis seul. Je suis peut-être un peu fou, si l’on veut. Mais je me demande vraiment s’il existe des fous, s’il y a des malades mentaux partout. Je ne crois pas. Ils sont peut-être oubliés du monde, délaissés par tout le monde ».
 
Préambule étymologique
 
 
Asile : xive siècle du latin asylum : a privatif et sulan : piller, dépouiller.
Première définition : lieu inviolable où se réfugie une personne poursuivie.
Citoyen : xiie siècle de citein en vieux français et xvie siècle de concitoyen : habitant d’une ville, d’une cité.
Antonyme : barbare, étranger. Sujet dans le sens de soumis.
Fou (et folie) : xie siècle du latin follis : sac, sac plein d’air, ballon. Par métaphore ironique, comparé à un sac d’air qui va d’un côté et de l’autre.
Antonyme : équilibré, normal, sensé. Calme, raisonnable, sage. Froid. Judicieux, rationnel. Réglé, régulier.
Institution : xiiie siècle du latin instituere : établir, instruire et de statuere : établir, décider.
Première définition : chose établie.
Antonyme : abolition.
Malade : xe siècle du latin male habitus : qui se trouve en mauvais état.
Antonyme : santé : fin xie du latin sanitas, tatis, de sanus : sain.
Société : xiie siècle du latin societas : association et de socius : compagnon, associé, allié.
Première définition : relations entre des personnes qui ont ou qui mettent quelque chose en commun.
 
Je rêverais d’une société…
 
 
  • Qui aurait la sagesse d’oser débattre de questions idéologiques, philosophiques primordiales comme l’éducation, la différence, la citoyenneté, le collectif… ;
  • qui aurait le courage de surmonter la culpabilité enfouie en chacun de nous pour questionner tous les systèmes mis en place et leurs répercussions ;
  • qui se donnerait les moyens intellectuels de revisiter les philosophes passés et innovateurs afin de repenser les lois de la bureaucratie et de l’efficacité financière et économique ;
  • qui accepterait l’inattendu, le différend et qui oublierait le formatage, première source d’exclusion et donc de pathologies multiples ;
  • qui se questionnerait sur les responsabilités de ce qu’elle a mis en place et qui enfin se permettrait de reconnaître le droit à l’erreur ;
  • qui assumerait une vraie politique de santé mentale en redonnant du sens à l’humain.
 
Je rêverais d’un lieu où la psychiatrie de secteur rencontrerait la psychiatrie institutionnelle
 
 
La psychiatrie de secteur aurait de beaux jours devant elle.
La cité reconnaîtrait l’identité de chacun de ses citoyens et proposerait des équipements adaptés aux besoins de chacun.
La psychiatrie de secteur se réapproprierait des espaces ouverts au collectif et penserait la santé de chaque personne dans un mouvement communautaire.
Des lieux d’accueil et de soins seraient proposés dans l’esprit d’une réponse proximale aux usagers et les professionnels sociaux, médicaux et culturels animeraient des mouvements de rencontres multiples.
La psychiatrie institutionnelle retrouverait toute sa dimension.
Les professionnels de la santé se donneraient pour mission de tisser des liens avec les patients et leur famille, les professionnels divers et la population. Ainsi « comme le père triangule la relation mère enfant », les non professionnels trianguleraient la relation soignants soignés en redonnant du sens.
Une véritable réflexion institutionnelle émergerait d’une pratique d’échanges entre les différents acteurs puisque chacun, quelle que soit sa place, apporterait sa pierre à l’édifice. Des savoirs se transmettraient mais la créativité, elle, appartiendrait à chacun. Elle nourrirait le quotidien et la vie s’inscrirait.
La confrontation à d’autres expériences, d’autres lieux, d’autres pays enrichirait alors les réflexions.
Chaque usager deviendrait alors acteur, à part entière, de son projet de vie.
Je rêverais…
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