VST - Vie sociale et traitements
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I.S.B.N.en cours
56 pages

p. 54 à 56
doi: en cours

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Livres et revues

no 77 2003/1

Rénover l’action sociale et médico-sociale Histoires d’une refondation Jean François Bauduret et Marcel Jaeger Éd. Dunod, 322 p.

Il est bon d’avoir de bonnes lois. Il est meilleur encore de savoir les utiliser. C’est dans cette perspective que ce livre a été écrit.
Certes, on peut avoir l’esprit chagrin et observer que cette loi pourrait conduire à des aberrations. J’ai moi-même eu ce vertige au moment des lois de 1975. Mais à partir du moment où on comprend les données principales sur lesquelles elle repose, et qu’au lieu d’épiloguer sur les dérives possibles, on se propose de les mettre en œuvre dans ses aspects les plus positifs, on peut en faire un élément de progrès dont les usagers seront les premiers bénéficiaires. Car cette loi va plus loin que celles de 1975. Elle intègre dans son esprit les trois éléments forts que Nicole Questiaux avait souligné auprès des professionnels de l’action sociale dans l’adresse qu’elle avait faite à leur intention en 1982 : la priorité donnée aux droits des usagers, la pluralité des actions à condition qu’elles se situent dans une organisation cohérente favorisant les innovations sans provoquer le désordre, la qualification des personnels dans leur capacité à s’adapter aux diversités des situations, et à évaluer la qualité des projets auxquels ils sont associés.
La priorité donnée aux droits des usagers : il ne s’agit plus seulement d’une façon de parler. Cette priorité doit s’inscrire dans les faits, sans démagogie, mais en triomphant des résistances qui s’opposent encore à sa mise en œuvre. La proposition d’outils permettant d’en vérifier l’existence est une manière concrète de pousser les équipes à ne pas rester en retrait, et à inventer les méthodes qui en faciliteront l’exercice. Ces outils sont à créer dans chaque institution pour un dialogue permanent entre les professionnels et les usagers, pour la plus grande clarté de leurs rapports.
L’organisation de la pluralité. Il s’agit de faciliter la diversité des propositions, dans une cohérence qui encadre un développement sans désordre, permettant, favorisant même les innovations, sans pour autant laisser se développer des risques non maîtrisables… Il s’agit de rénover les établissements publics, sans brimer l’imagination des structures de statut privé associatif, donc de donner à la mission de service public du social un élan nouveau qui ne soit pas pour autant source d’abus ou de négligences.
La qualification des personnels dans la mesure où ils doivent être capables de s’adapter à l’évolution des besoins, et construire des réponses nouvelles conformes à la manière dont ont évolué les structures de la famille, du travail, de l’environnement, de la vie culturelle, dans le croisement des savoirs, des croyances, des habitudes de vie… Dans la mesure aussi où ils doivent être capables de fabriquer les outils d’évaluation des projets auxquels ils contribuent, afin d’en apprécier les résultats, et de formuler éventuellement des orientations nouvelles. Déjà la loi de 1998 de lutte contre les exclusions avait insisté sur le rôle des professionnels. Celle de 2002 revient sur la question en la complétant. Il s’agit pour chacun de savoir suffisamment s’approprier la loi pour en tirer le maximum de bénéfices, pour tous les acteurs.
Mais bien sûr, il y a cette question des contrôles dans lesquels certains d’entre nous voient des menaces pour les libertés. Mais ces contrôles utiles, indispensables même dès qu’il s’agit d’une mission de service public, seront à l’image de ce que nous aurons fait : larges et intelligents si nous avons su donner à nos actions la dimension souhaitée, étroits et tatillons si nous sommes restés dans la peur d’agir et de proposer.
Les auteurs parlent d’une refondation. Ils ont raison. Il faut refonder l’action comme nos comportements et nos pratiques, non dans le sens où le MEDEF voudrait nous entraîner, mais dans le sens d’un approfondissement du sens de l’action où décideurs, usagers et professionnels seront ensemble partenaires, mêlant leur trois légitimités et se complétant mutuellement, au lieu de s’opposer parfois dans des comportements de sauvegarde stérile. Merci aux auteurs de nous en donner les clefs principales.
JACQUES LADSOUS

Accompagner les jeunes handicapés ou en difficulté, Éducation spécialisée et intégration, Bertrand Dubreuil, Éd. Dunod, 173 p.

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Décidément il est en train de se produire un phénomène nouveau dans le secteur de l’action sociale. De plus en plus, les éducateurs y prennent la parole. De plus en plus, cette parole, ils la transcrivent, et les livres d’aujourd’hui sont nombreux qui les ont pour auteurs et qui s’efforcent de définir les nouvelles lignes de force du travail. J’ai eu raison d’appeler à des états généraux : je crois que le moment est propice à laisser s’épanouir la parole, et à lui permettre de progressivement se structurer sur des propositions renouvelées.
Sont-ce les deux lois phares du social, celle de juillet 98 et celle de janvier 2002, qui donnent envie aux acteurs d’engager une certaine mutation des pratiques, ou les signes annonciateurs de cette mutation qui ont influencé ces lois ? Le mystère de la poule et de l’œuf restera toujours non élucidé.
Ce qu’il y a de sûr, c’est que ce livre doit beaucoup à l’esprit de ces lois. La prise en compte des personnes en difficulté était déjà une avancée. La recherche de la réponse la moins ségrégative possible, à condition que nos nouveaux dirigeants ne freinent pas le mouvement, prépare une autre avancée où la légitimité reconnue des usagers ne nuira pas, bien au contraire, à celle des professionnels, surtout si, comme Bertrand Dubreuil, ils savent exploiter les données des lois pour en faire le levier des pratiques de demain.
Je ne saurais trop vous conseiller la lecture de cet ouvrage. Il rompt délibérément avec ceux qui croiraient encore, sous la pression de leurs employeurs, qu’ils sont tenus de ramener les gens aux normes. Sa définition de l’a-normalité montre bien que tout est question de regard, et qu’il nous appartient de faire en sorte que le regard des autres se modifie à l’égal du notre qui avons fini par comprendre que notre situation de dominant n’était pas forcément la mieux adaptée à l’évolution de ceux dont nous nous occupons.
Tout ce que Bertrand Dubreuil écrit autour de l’écoute, de nos savoirs respectifs, de nos projets et de leur évaluation, de la démocratie au quotidien, de la coopération avec les parents, tout cela est bon à prendre. D’aucuns diront même qu’il enfonce des portes ouvertes, sauf que ces portes n’arrêtent pas de se refermer sous la pression des habitudes et des résistances qu’elles engendrent. Nous avons bien besoin de quelques épaisseurs de pages et de sueur pour les maintenir ouvertes.
Alors ne ménageons pas notre plaisir à lire un livre utile, encourageant, optimiste, dispensateur d’espérances. Cela nous change tellement de la plainte, des récriminations, des cheveux coupés en quatre. Écrit dans un langage clair, il prépare des lendemains où les usagers et les professionnels, chantant ensemble la même partition, sauront séduire les décideurs et les aider à décider juste.
JACQUES LADSOUS

Défenseur des enfants Rapport annuel 2002, Claire Brisset, Documentation française

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Comme chaque année, Claire Brisset analyse les demandes qu’elle reçoit, fait émerger de ces demandes les thèmes collectifs qui ont besoin d’une étude plus poussée, et formule des propositions susceptibles d’améliorer les conditions de vie des enfants dans notre pays. Citons dans l’ordre d’importance : la violence du conflit parental et de la séparation ; les accusations et allégations de maltraitance ; l’accueil et l’intégration des enfants porteurs de handicaps ; la situation et le statut des enfants de parents étrangers ; l’enlèvement de leur(s) enfant(s) par un parent d’un couple bi-national séparé ; la contestation d’un placement ; les difficultés rencontrées avec l’institution scolaire ; la souffrance des parents (souffrance psychique, fragilité affective) ; les aléas de l’adoption ; les conduites à risques des adolescents ; l’exercice contesté de l’autorité parentale ; les conflits inter-générationnels ; les dysfonctionnements médicaux ; la violence des images ; etc.
Et puis, après avoir fait le point sur le suivi des propositions 2001, elle énumère ses priorités 2002 :
  • compenser la briéveté de la durée du séjour en maternité par un suivi systématique des nouveau-nés à domicile jusqu’à l’âge de 5 mois ;
  • rénover la protection maternelle et infantile, renforcer ses attributions, augmenter ses moyens et étendre ses compétences jusqu’à la fin de l’école primaire ;
  • renforcer la médecine scolaire en concentrant ses efforts sur l’enseignement secondaire ;
  • étendre jusqu’à 18 ans l’accueil et les soins des enfants et des adolescents dans les services de pédiatrie de tous les établissements de soins. Isoler les urgences pédiatriques ;
  • adapter la formation et le statut des médecins de l’enfance et de l’adolescence ;
  • intensifier la prise en charge de la douleur de l’enfant ;
  • reconnaître le droit à l’expression des enfants hospitalisés ;
  • élaborer un nouveau droit civil des mineurs afin de permettre aux adolescents d’accéder à une véritable « citoyenneté juvénile ». Il s’agirait d’autoriser les mineurs, en fonction de leur âge, à exercer davantage les droits d’expression, d’information, d’association et de réunion consacrés par la Convention internationale sur les Droits de l’enfant. Ces droits font actuellement l’objet de dispositions disparates nettement en retrait par rapport à celles du Code pénal. L’exercice de ces responsabilités constituerait un véritable « apprentissage de la majorité », permettant une transition entre l’incapacité juridique propre au mineur et le plein exercice des droits et responsabilités d’un majeur ;
  • ouvrir l’accès aux formations par l’apprentissage aux mineurs étrangers présents sur le territoire ;
  • instaurer une conférence nationale de l’adolescence.
Enfin, Claire Brisset nous invite à travailler avec elle en 2003 sur :
  • les rapports de l’enfant avec l’école et la famille ainsi qu’avec les structures appropriées nécessaires aux enfant handicapés, c’est-à-dire l’ensemble du monde éducatif ;
  • une pédagogie sans violence tant du côté des institutions que des enfants eux-mêmes ;
  • la prise en compte globale de l’adolescence conçue comme une entité positive de développement.
Merci à Claire Brisset de la netteté de ses propos. Ses propositions constituent une antidote aux excès de la politique sécuritaire où se déploie un racisme anti-jeunes inquiétant.
JACQUES LADSOUS

Mille et un jours d’un éducateur, Vivre l’action éducative à domicile, Francis Alföldi, Éd. Dunod, 189 p.

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J’ai parfois été irrité de voir avec quelle désinvolture des éducateurs conduisaient leur action éducative en milieu ouvert. Et il m’est arrivé d’avoir envie de dire publiquement qu’une relation téléphonique ne saurait remplacer le contact avec les enfants et avec leur famille, même si je comprenais que ce moyen de liaison, qui est souvent le luxe des pauvres, devait forcément, dans le monde contemporain, figurer parmi les outils indispensables. C’est dire que j’abordais le livre de Francis Alföldi avec un peu d’inquiétude, voire même un brin de prévention.
La table des matières m’a attiré, pleine d’images et de sensations, aussi affriolante qu’un menu-suggestion, et le relevé des principaux concepts utilisés, en fin d’ouvrage, a retenu toute mon attention. Dès le premier récit j’étais séduit.
Séduit par le ton employé où perce la personnalité du narrateur, capable de brosser rapidement les situations proposées, si embrouillées soient-elles.
Séduit par la transcription de ses relations avec les gens. Voilà quelqu’un qui ne se paye pas de mots, capable de communiquer ses sympathies et ses rapports plus distants, capable de montrer ses doutes, ses tentations, voire ses erreurs dans une simplicité qui cherche à ne rien céder de lui-même.
Séduit par ses analyses, ses théorisations, les explications qu’il donne des gros mots qu’il utilise : résilience, perlaboration, dénarcissisation, don et contre don…
Séduit aussi par sa franchise : voilà quelqu’un qui ne refuse pas de se montrer comme un être de chair et de sang dont les réactions humaines, et jamais camouflées, sont la preuve de l’intérêt qu’il porte à ceux et à celles qui lui sont confiés.
Et au-delà de toutes ces qualités, je trouve quelqu’un qui ne refuse pas de parler d’amour, avec ce brin d’humour qui montre bien qu’il ne tombe pas dans le piège fusionnel si fréquemment tendu, et cette référence à l’équipe qui devient bien souvent le recours au cours des interrogations.
Il dit que le travail social constitue une praxéologie, une ensemble de connaissances actives proches du praticien… « Elle se situe très exactement au point de convergence entre la théorie et la pratique, entre l’abstraction pure et l’expérience directe. La praxéologie est le domaine privilégié des praticiens qui réfléchissent à leur pratique. Le champ est fertile et les gens de terrain outillés pour cultiver ce savoir. L’action sociale ne se résume pas à l’exaltation des bons sentiments, ni à une mise en œuvre authentique de l’empathie. Il faut avoir acquis une masse considérable de connaissances, les avoir mises à l’épreuve, d’objectifs de travail constamment réaménagés. Le travail social à domicile nécessite une appréciation permanente de la prise de risque : du risque pour l’autre au risque pour soi. Il s’agit d’un vrai métier. »
Ouf ! Dans la grandiloquence des jargons professionnels, voilà un peu d’air frais, de santé, de bonheur qui devraient inciter les travailleurs sociaux qui ont gardé bon sens et espérance, à faire comme Alföldi, à écrire leurs « aventures ». Cela les aiderait à regarder l’avenir avec sérénité. « Puissiez-vous, combattants de l’indignité sociale, reconnaître votre quotidien au travers de ces récits… Ce qu’on fait, c’est pas rien ! »
JACQUES LADSOUS
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