VST - Vie sociale et traitements
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I.S.B.N.en cours
56 pages

p. 8 à 15
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À savoir

no 77 2003/1

2003 Vie Sociale et Traitements À savoir

Transmission et psychanalyse

Le surmoi, le traumatisme et la haine-mère

Intervention au Carrefour Médiations, transmissions, Toulouse, octobre 2002 Serge Vallon
« La mémoire est perpendiculaire à l’histoire. » Michelet.
Cette valise vous a-t-elle été remise par quelqu’un d’autre ?
Ce thème déborde largement la psychanalyse et il fait écho à nos préoccupations sociétales actuelles d’une société parfois sans passé et sans avenir car « instantanéisée » dans son présent de crise. D’où les affrontements, dits de civilisation, entre cultures du renouvellement (technique, politique et économique) et cultures de la tradition (religieuse et sociale), comme si chacune n’avait pas à régler ces deux pôles ! Passons sur ces généralités, qu’il faut garder « en fond d’écran », car nos patients, comme nous-mêmes, y sont soumis ! Les récentes journées – dites « du Patrimoine » – nous montrent notre malaise quant à la transmission de nos œuvres. Ce que l’on doit avoir sous les yeux n’est peut-être donc plus dans nos têtes ! ?
 
La Sphynge : transmission intersubjective et transmission intrasubjective. Où est la psychanalyse ?
 
 
La psychanalyse inscrit sa découverte scientifique dans le déterminisme inconscient de nos actes, comme de nos rêves et de la majorité de notre vie psychique. Elle pose l’hypothèse de la rémanence d’une histoire infantile et dans la persistance des poussées pulsionnelles et de leurs représentants. D’un temps à l’autre (du passé au présent), d’un lieu à l’autre (du Ça au Moi) « quelque chose » se transmet, qui s’impose et dicte notre vie.
Transmission n’est donc que le synonyme de « la causalité psychique » ? Y a-t-il pour autant une spécificité psychanalytique dans l’usage et dans la théorie de la transmission ? C’est la question qui soutient mon propos.
À l’évidence nous sommes le produit de notre histoire, les enfants de nos parents et des parents de nos parents. La transmission, entendue comme un résultat des interactions interpersonnelles, semble un corollaire de la filiation. Cette évidence de la filiation, du poids de la généalogie, peut même s’étayer de la biologie de l’hérédité, même si Mendel nous a montré que des combinaisons complexes et aléatoires étaient à l’œuvre. Albert Jacquard se plaint, à juste titre, de nos représentations pré-mendéliennes d’une filiation linéaire « héréditariste ». Surprise, et bientôt soupçon, si l’enfant du couple brun naît avec des cheveux blonds ! Souvenez-vous des stigmatisations, pas si lointaines (je les ai connues) de ces concepts supposés médicaux et pourtant peu scientifiques visant des gens jugés « hérédosyphilitiques » et donc littéralement dé-générés. La psychanalyse enfonce-t-elle les portes ouvertes de la science du xixe siècle ? La filiation est-elle si « héréditaire » ? Notre destin est-il si inscrit d’avance ?
L’ethnologie contemporaine devrait nous alerter. Attardons-nous y un instant, ce n’est pas perdre du temps. Dans un article plaisant [1], l’ethnologue Suzanne Lallemand parlait naguère des « quatre mamelles » de la filiation ! Elle montrait la diversité des systèmes de parenté qui combinent tous alliance et filiation. Ils ne le font pas de la même façon :
  1. Ici le père n’est qu’un papa sympa, car le système est matrilinéaire et l’autorité appartient à l’oncle maternel (observation connue de Malinowski en Océanie, Ashanti du Ghana en Afrique du Centre).
  2. Là, la mère n’est qu’un ventre, car le système est patrilinéaire (ex. au Maghreb, en Chine [2]).
  3. Ailleurs, le système est bi-linéaire (Burkina, Nigeria) et fait alterner les responsabilités et la transmission (certains ancêtres transmettent les os, les autres la chair ! disent les mythes de ces cultures).
  4. La parenté peut être enfin indifférencié, ou dite cognatique. L’enfant, l’adolescent ou l’adulte, peut migrer dans une famille potentielle en choisissant ainsi ressources et lieu de résidence (Esquimau, Océanie…). Dans cette lignée à la carte le choix n’est pas réversible.
Ces quatre variantes logiques (les quatre mamelles !) se combinent, pour l’embarras de l’observateur, mais pas l’embarras des intéressés. Ceux-ci s’orientent dans leurs coutumes car elles sont vécues comme règles de bonne conduite.
Il y a pire selon l’ethnologue, car on peut trouver des « pseudos filiations » (si deux amis décident de devenir frères et d’échanger biens et enfants ou si des captifs s’intègrent à la famille du maître, etc.) On trouve aussi des filiations quantitativement pléthoriques, ou squelettiques comme chez nous.
La famille nucléaire – fort ancienne elle aussi, en Europe du Nord – s’est généralisée dans l’Occident industrialisé et urbanisé. Rétrécie au couple et à ses rejetons, la famille d’ici, la nôtre, se soumet plus à l’alliance qu’à la filiation puisqu’elle se recompose de plus en plus fréquemment, en brisant la fragile communauté des ascendants et des descendants. On peut s’en plaindre, quand elle est rabougrie comme dans certaines « familles monoparentales ». Doit-on encore appeler cela « famille » – quand ce couple composé d’un parent plus un enfant – est délibérément coupé de l’autre lignée, voire pathologiquement replié sur ce lien unique ? L’enfant doit-il méconnaître qu’il est toujours le fruit, hasardeux ou heureux, de deux lignées. Les mutilations généalogiques sont, chez nous, moins réprimées que les mutilations sexuelles rituelles, elles sont pourtant plus toxiques.
On peut plaindre celui qui est privilégié ou sacrifié à la « famille souche » (cf. Ariège, enfant célibataire resté à la ferme avec les parents). On peut aussi en rire comme dans un film récent – Tanguy – où l’on voit un jeune adulte refuser de quitter le nid parental. On peut s’en réjouir quand les enquêtes montrent que les solidarités familiales sont les plus actives en cas de chômage ou de malheur.
On doit à l’ethnologie de nous rappeler que la famille nucléaire n’est qu’une configuration parmi d’autres, passées ou futures.
Cette diversité des chemins de la filiation et donc de la transmission montre l’indépendance des liens sociaux par rapport au liens du sang [3]. Sauf à appeler mensongèrement liens du sang ce que la coutume, les circonstances économiques ou notre désir nous imposent. La famille – comme la filiation et l’alliance et les fonctions qu’elles remplissent – est une invention sociale et non pas naturelle. Chez l’humain, elle se superpose à la procréation. D’où l’imbécillité de fonder des principes juridiques sur la biologie par exemple dans le cas des recherches de « paternité » qui ne fabriquent pas des pères, même si le dédommagement est parfois légitime [4]… Doit-on le faire pour les viols et imposer à l’enfant un pseudo-père meurtrier ! D’où la cruauté aussi de réduire la filiation aux avatars d’un couple. La mimétisation de la biologie par le droit français, dans le cas des adoptions, montre l’usure de sa réduction idéologique [5]. Nous ignorons encore si les mutations contemporaines produisent une crise historique ou, comme l’affirme Irène Théry [6], une mutation anthropologique incommensurable.
La psychanalyse ne peut ignorer la sociologie des sujets, ni prendre pour des universaux les préjugés d’une classe ou d’une caste, ou d’un temps !
Chaque sujet devra se constituer avec ce qui lui est transmis, mettant en musique la « partition » de la filiation, « interprétée » par sa famille… Illustrons par un petit exemple.
Elle avait un demi-frère (issu d’une autre mère). Le père est mort tragiquement après une déchéance sociale. Elle vit depuis des années dans le couple recomposé de sa mère. Le travail avec l’analyste lui permet de s’interroger : comment se fait-il qu’elle ne voit plus son unique demi-frère ? Pourquoi quand elle va voir le grand-père paternel, celui-ci fait-il visiter systématiquement le mausolée des objets du disparu. En partant il lui demande, en lui glissant un gros chèque, de porter bien haut le patronyme en voie d’extinction ? Elle en a la nausée de ce discours interminable de deuil. Quand elle entend sa tante paternelle dire que le défunt était « l’homme de sa vie » ! Elle se demande si on ne lui a pas volé son père et son deuil ! Elle ne veut pas retourner voir ce grand-père et se sent coupée de toute sa lignée paternelle comme de son demi-frère. N’empêche, elle aurait bien aimé avoir un aîné qui la protège !
Pathologie du deuil et pathologie familiale incestuelle se conjuguent pour empêcher l’enfant d’être le transmetteur actif de sa généalogie avec profits et pertes. Ici, le deuil est confisqué, le mort incorporé, les générations bafouées. Il faudra du temps pour se reconnaître marqué par tous ces signifiants et les mettre à son tour en circulation, comme des sources de vie et non comme des reliques mortes. Les noms de parenté n’appartiennent pas à ceux qui les portent.
Nos analysants se feront ainsi l’écho de leur filiation : événements sociaux, guerre, exil de leurs parents, comme gloire et déshonneur, bonheurs et deuils secrets ou exhibés, s’y seront inscrits dès leur enfance. Évidence de l’histoire consciente et inconsciente. Évidence inter-psychique des héritages de sens et de non-sens. Cette évidence doit être contestée.
Prenons l’exemple de l’enfant arraché à son pays de naissance (mettons cette enfant de modestes Pieds-noirs algériens) : l’exil signifiera tout autant l’arrivée dans un monde inconnu dont la langue et les règles culturelles sont à refonder, tout autant la perte de la sécurité d’une mère déprimée et angoissée, tout ensemble vécus comme la perte irrémédiable des territoires psychiques de l’enfance. Le pays d’enfance en sera, pour les uns, idéalisé en vert paradis (en souvenir écran, disent les psychanalystes), effacé par l’amnésie pour d’autres, transmuté en source d’ombres persécutives et angoissantes pour certains.
La psychanalyse – si elle se déroule ! – proposera un espace de reviviscence où formuler plaintes, deuils et retrouvailles délicieuses. Les représentations vont circuler à nouveau. La mémoire et l’histoire paraîtront aller de pair. Ce n’est qu’une apparence ! La réminiscence n’est pas simple remémoration car elle choisit et interprète l’événement marquant. La citation de Michelet mise en exergue doit nous en avertir. La mémoire est perpendiculaire à l’histoire !
La dé-naturation de la généalogie doit être lue dans le mythe œdipien auquel se réfère Freud, pour s’aventurer moins seul dans les abymes de l’inconscient. La sphynge au carrefour est l’animal-chimère dont il faut triompher en répondant à son interrogation sur le temps. Au contraire d’une linéarité du temps historique, le prince Œdipe ira – en boitant – vers son passé, en croyant aller vers son avenir. Au contraire de la linéarité des lignages, il fuira ses vrais-faux parents pour de faux-vrais parents ! Le destin humain est tragique, car il n’est pas dicté par les dieux – c’est-à-dire les lois de la nature – mais par les chaînes signifiantes où notre histoire inconsciente ne cesse pas de s’écrire car elle est tressée de fantasmes. La prohibition de l’inceste n’est que la métaphore de cette liaison-coupure qui unit descendants et ascendants. Loin de tout réalisme biologique, elle désigne l’origine – le corps de la mère – comme un lieu interdit et dangereux. C’est l’endroit où tu ne dois pas retourner ! L’origine doit faire trou, pour qu’on y mette des mots dessus. C’est la fonction de l’opérateur symbolique paternel [7] de nous protéger de cette tentation. À défaut comme chez Schreber [8], le délire essayera de produire une suture, de fabriquer de l’Ancêtre. Notre identité – ce mélange instable d’amour et de haine, d’identification et de rejet, qui résulte de nos coordonnées œdipiennes – n’est pas un simple précipité généalogique.
Ainsi m’est communiqué l’attendrissement d’une mère devant une photo de famille. On peut y voir la grand-mère (sa propre mère), peignant sa petite fille qui peigne elle-même sa poupée. Attendrissement justifié devant des traits communs qui relieraient les femmes de la même lignée en sautant de l’arrière grand-mère à la petite-fille, mais simultanément imaginaire d’une filiation matrilinéaire directe sans hommes et sans conflit, faite d’emboîtements successifs [9]. C’est ce qu’oublie celle qui s’émerveille et met en scène le sens de la scène. C’est ce que nous tartine le fantasme d’être le produit du semblable ! La filiation est métissage de deux lignées, inéluctablement et, au-delà, faite d’une mutiplicité vite infinie. La purification ethnique, qui le nie, est un délire meurtrier. L’arbre généalogique un blason mensonger si on le retourne.
Pour la psychanalyse, la filiation devra être autant héritage qu’invention, rupture que continuité. Ne précipitons pas notre conclusion. La transmission en psychanalyse n’est donc pas seulement l’histoire, ni même sa version archéologique, malgré certaines métaphores de Freud. L’inconscient n’est pas Pompéi même s’il ressemble à la fresque de la villa des Mystères. Des fragments manqueront toujours.
 
L’impératif de transmission : le sur-moi. La faute à Gavroche ?
 
 
C’est la notion de surmoi qui incarne le principe de transmission au sein de l’appareil psychique. Héritier du déclin du complexe œdipien, il transporte les héritages culturels et sociaux et les idéaux parentaux sous formes de représentations [10]. Freud le loge dans sa deuxième topique, après avoir installé corrélativement la pulsion de mort et toute une pensée du négatif (comme les réactions thérapeutique négatives, l’analyse interminable, la mort et la guerre, etc.). Le surmoi incarne donc l’articulation du sujet inconscient à ces héritages mêlant l’idéal et le devoir, l’interdit et la mémoire des transgressions. Le « tu ne fera pas cela ! » se mêle à « tu dois être ainsi » dans « la grosse voix » du surmoi. Il y a loin de la réalité à l’idéal et le surmoi accentue par son exigence l’insuffisance de celui qui s’y confronte – d’où sa culpabilité. C’est ainsi qu’il transmet le plus souvent la mémoire des manquements [11].
La clinique du psychanalyste l’illustre quotidiennement : ce qui se transmet le mieux sont les manquements des ancêtres, leurs ratés et leurs désillusions ! Soit donc ce que je n’ai pas pu être ! « Aïe, mes aïeux ! », dit le titre d’Anne Ancelin-Schutzenberger. Ça fait mal, car ce qui se transmet ainsi n’a jamais été une réalité ! Le Surmoi est la voix des morts qui veulent encore gouverner les vivants. Et ils y arrivent, jusqu’à ce qu’on les enterre en les mettant à leur place symbolique dans le cimetière de l’oubli !
Freud disait que le surmoi de l’enfant était fait des surmois des parents et non pas d’une identification directe à leurs personnes qui ne méritent pas tant de dignité ou d’indignité. Cette confusion est fréquente car elle répète la névrose infantile [12]. Bien avant la mode des effets dits « transgénérationnels » – dont ce Carrefour lui-même témoigne – le surmoi disait la même chose. Constatation banale pour le clinicien mais surprenante à qui ignore la force des processus inconscients. La psychanalyse n’est pas une éthologie ni une science des environnements.
Tel garçon d’origine espagnole se mesurait vainement à un héroïsme républicain inscrit par lui dans la figure d’un grand-père réfugié en France pour échapper aux gabelous franquistes. Il découvrit finalement que ce fuyard était un escroc, ayant mis les Pyrénées entre lui et ses victimes bien avant la guerre civile. Le ratage avait produit cette surenchère inconsciente d’un étiage symbolique supérieur. Il pouvait encore l’aimer comme grand-père mais plus comme héros !
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Le caractère tyrannique du surmoi réside probablement dans l’échec du transmis ou dans son impossibilité. Malgré l’insistance des désirs inconscients pour être reconnu au-delà de la censure et de la méconnaissance. Comme la lettre volée d’Edgar Poe, si bien commentée par Lacan : son message est posé devant nos yeux, aveuglés par son évidence. Le Surmoi est comme le ministre par rapport à la Reine du conte, notait G. Guillerault (1979). Il nous désigne cette lettre cachetée que nous ne savons lire. Mais nous devons en accuser réception ! Tu n’échapperas pas à ton désir inconscient, même si tu en ignores le contenu, nous dit-il. Ainsi il cache et révèle en même temps notre subordination. En cela le Surmoi est bien l’héritier du complexe parental infantile dont il enclôt les désirs défendus. Nous sommes coupables parce que nous désirons. Le surmoi incarne ainsi la présence de l’inconscient comme transmission de l’intransmis.
Pour je tous, névrosés, le Surmoi sera la voix de l’inconscient. Voix interdictrice, qui fait barrage à la tentation ou au rêve d’accéder au contenu de l’inconscient. Contenu, on le suppose ainsi, fait de jouissances prohibées. Le fantasme du névrosé sera de croire qu’il peut tromper son surmoi comme on peut tromper son père ! Cette figure, dans son versant imaginaire, remplit une première fonction d’incarner la Loi en la détachant du Désir, comme Lacan l’a souvent commenté.
Sa deuxième fonction est d’en donner simultanément une figure unitaire, comme si les contenus inconscients étaient autre chose que des chaînes d’inscriptions successives donc plurielles ! Cette fallacieuse unité fait exister une incarnation de l’Autre [13].
Le Surmoi accomplit ainsi sa mission névrotique : de faire croire au Moi à l’existence d’un Dieu intérieur dominateur, fiction religieuse névrotique… Freud comparait ainsi le monde intérieur de l’obsessionnel à une religion privée, avec ses rites et ses autels. Que cette religion soit parfois hérétique n’y change que le signe de la soumission ! Notre soumission s’alimente de signes et entretient notre pensée magique et superstitieuse : tout doit avoir un sens ! Aubaine des tireuses de cartes et autres charlatans de l’occultisme. L’Autre existe et nous veut quelque chose.
Abrégeons ces considérations sur le surmoi par ce constat : la transmission se présente dans le psychisme comme un impératif, auquel on doit se soumettre avant d’en percevoir le contenu. Tel le messager sacrifié de la bataille de Marathon.
 
Le traumatisme de l’intransmis(sible)
 
 
Le transmis intrapsychique est lacunaire nous l’avons dit. Certaines lacunes seront pathogènes. On les appelle traumas.
Les phénomènes traumatiques ont pris une place nouvelle dans la réflexion psychanalytique contemporaine. Qu’est le trauma depuis Freud et surtout Ferenczi ?
Une situation où face à l’insupportable, le sujet s’est absenté, faute d’une place psychique [14]. Confusion des langues chez Ferenczi ou séduction violente chez Freud provoquent sidération, échec de la fantasmisation nécessaire, embolie des signaux de peur, clivage, fantômes psychiques et hantises. La métaphorisation qui produit des représentations nouvelles ne se produit pas.
La représentation manque (c’est l’axe du débat entre Freud et Férenczi [15]) et pire, la « représentance » même est affectée sinon détruite [16] (cf. S. Ginestet).
Sous l’angle de la transmission, le trauma fait énigme car il se transmet avec une fixité redoutable, comme lors d’une avalanche, un amas congelé dont les éléments indistincts seraient soudés par le froid [17]. À proprement parler, le traumatisme ne se transmet pas, mais se déplace. Il réactive ainsi des émotions et des paniques.
Après l’explosion de l’usine AZF de Toulouse, j’écoute un homme dont la maison a été dévastée. Ce n’est pas de la psychanalyse, mais mon écoute est la même, sauf que je lui parle, tout autant qu’il me parle, dans un nécessaire face à face. Il ne ressent rien pour lui-même ; c’est son entourage qui le « voit » souffrir. Il parle abondamment d’autre chose : les injustices et les souffrances de sa vie professionnelle. De la haine s’exprimera enfin pour un supérieur injuste qui a cassé sa carrière : « Celui-là, je lui aurai écrasé la gueule ! » C’est ce que l’explosion a fait à sa maison, qui est le fruit du travail d’une vie. Au-delà pointeront dans son discours les injustices familiales de son enfance. Il repartira avant d’en savoir trop car la psychanalyse n’est pas son affaire. D’un trauma à l’autre une circulation psychique a été pourtant ébauchée. La dimension traumatique sera par là même atténuée [18]. On peut l’espérer mais nous ne l’avons pas revu pour le vérifier.
Le deuil pathologique (ou traumatique mais S. Ginestet fait une différence) en est un exemple. Il mêle déni de la perte et chagrin enkysté ou encrypté. Donnons d’autres petits exemples.
Elle a perdu son père, d’une maladie cachée, il y a quelques années. Encore aujourd’hui si une voiture analogue à la sienne s’arrête au feu rouge, elle regarde. Si c’était lui ? Sur le divan, une hémorragie de pleurs viendra la surprendre, à propos d’autre chose bien sûr. Il faudra mettre encore des mots qui fassent pont.
Une autre rêve de son père, disparu violemment. Il ne lui ressemble pas dans le rêve, mais elle pense que c’est lui, mais avec des yeux très bleus. Insistance de ce détail du rêve que questionne l’analyste. La séance suivante, elle se souviendra qu’il lui avait offert un ballon du même bleu qu’elle n’avait pu récupérer comme souvenir de lui. Elle pleure alors ce ballon disparu. Ce ballon, au fait, « c’était un monde » ! Un monde perdu et retrouvé à la fois.
Dans ce deuxième exemple, les métaphores éclosent et disparaissent. Le deuil est en marche.
Cryptes, fantômes et capsules psychiques sont devenus des catégories essayant de formuler ces effets traumatiques. Nicolas Abraham et Maria Torok ont incarné cette réflexion, comme ceux qui ont vécu et essayé de transmettre l’impensable et l’insupportable. Pensez à Primo Lévi en Italie, comme à Robert Antelme en France, grands témoins qui honorent autant la littérature que notre vie sociale, après une catastrophe comme la Shoah – extermination industrielle des juifs d’Europe. Grands témoins qui démentent ou illustrent le syndrome du survivant, réchappé de la catastrophe ou les siens ont péri. Que nous ont appris ces catastrophes collectives et cette idée d’un crime contre l’humanité ?
Silence pendant des décennies, mensonge ou négationnisme, banalisation ou sacralisation opposée, en ont été les effets visibles. Comme le souligne S. Ginestet-Delbreil la déshumanisation affecte d’abord les bourreaux nazis. Mais qu’en est-il des survivants et des témoins et de leurs descendants à tous ? Ces effets collectifs [19] sont-ils transposables à l’individu ? La psychanalyse osera répondre que l’inverse est vrai et que les effets psycho-traumatiques individuels éclairent les comportements collectifs ? Pour Freud, psychologie individuelle et collective ne sont pas séparables. Il faut toutefois se méfier du simplisme de la « psycho-histoire » de l’Américain R. Binion, qui va expliquer l’antisémitisme meurtrier de Hitler par les traumatismes subis par celui-ci [20]. Le trauma psychologique est certainement une sorte de crime contre l’humanité de l’individu et Antelme montre bien la ressource psychique à s’identifier à l’espèce humaine qui inclut les victimes et les bourreaux ! Il est peut-être inutile de chercher l’origine du trauma dans un événement extérieur à l’histoire de l’individu et ne le trouvant pas de remonter dans les lignées. On y trouvera toujours un suicide ou un meurtre et on fabriquera du transgénérationnel à bon compte qui psychologisera les malédictions antiques !
Un événement traumatique – pour un sujet – n’a pas eu lieu comme événement psychique car le support psychique a été effracté. Difficulté immédiate pour le concevoir : comment se transmet un « non-événement » ? ! !
Je vous raconte un souvenir personnel d’une femme atteinte d’une détérioration due à un Alzheimer débutant ? Conduisant encore sa voiture, elle avait à un feu rouge démarré en marche arrière, heurté la voiture qui la suivait puis était repartie sans plus d’attention. La victime avait relevé le numéro et mis son assurance en œuvre pour retrouver la responsable de l’incident. Interrogée, la « coupable » (?) ne se souvenait de rien. Mise devant les traces matérielles que portait l’arrière de sa voiture, elle affirma tranquillement que cela avait dû se passer en dehors d’elle, probablement sur le parking ! L’affaire était peu grave et fut réglée sans son consentement à une reconnaissance des faits. Nous n’étions pas en analyse. Dans celle-ci les traces psychiques – hors sujet – y auront le même rôle. Ce seront par exemple des conduites immotivées ou la répétition infligée à autrui de la violence psychique subie. Comment se réapproprier ces traces non verbales, peut-être inscrites sous forme de représentations de choses (traces sensorielles, motrices ou émotionnelles), peut-être non sémiotisées (frayages) [21] ?
Défi à la psychanalyse, le traumatisme est donc tout autant un défi à la culture.
J’ai visité, comme beaucoup, la petite île grecque de Délos dans les Cyclades. Haut lieu de l’Antiquité grecque et romaine par son sanctuaire d’Apollon et sa position de carrefour commercial et culturel pendant des siècles, elle fut détruite en deux jours (en 88 av.J.-C.) par Mithridate, roi du Pont, pour se venger des Romains avec qui elle s’était alliée. Vingt mille à vingt-cinq mille personnes y furent égorgées et mises en pièces sur une surface équivalente à l’espace entre Garonne et canal du Midi ! Quelques dizaines purent s’échapper et raconter le massacre. L’île est restée un cimetière de fantômes, habitée par les figures de ses belles mosaïques et n’a jamais pu revivre. Simplement les cités environnantes sont venues au fil du temps se servir en beau marbre taillé, pour bâtir à bon compte leurs propres maisons ou leurs propres temples. Ceux-là nous transmettent le traumatisme de cet anéantissement par des formes importées [22] et hétérogènes. Le psychisme fait de même.
Croyons-nous pour autant que le vol, l’emprunt, l’imitation soient étrangers à nous-mêmes. Ce serait croire que notre intimité n’est qu’à nous et surtout qu’elle a une unité inconsciente. Fable que chante le surmoi dans sa version idéalisée ou interdictrice, j’y insistais précédemment.
Notre psychisme est fait de « broc et de brig » – de brocante et de brigandage – tout autant que de dons et de legs ! Pourquoi serait-il aussi sans lacune et sans trou ? La crypte comme la faille font parties de nous-mêmes.
La preuve en est de notre capacité à nous auto-traumatiser. Comment appeler la crise d’angoisse ? Si ce n’est un traumatisme du Moi qui se découvre incomplet et dépourvu. Dépourvu de signifiant comme je l’ai écrit dans des travaux sur l’angoisse et la phobie.
L’histoire est traumatique pour l’humain. « Bruits et fureur », disait Shakespeare. C’est pour cela que l’humain construit ce que Jean Oury appelle l’historial, moteur des institutions. Fiction de vérité indispensable. Notre propre désir inconscient est tout aussi traumatique que les événement extérieurs auxquels il donne ou pas du sens. Nous n’en voulons souvent rien savoir ! Michelet a raison.
Il faut conclure que le traumatisme est pluriel et plus fréquent qu’on ne voudrait. Il existe certainement des niveaux de traumatisme correspondant aux niveaux d’organisation du psychisme. Cette discontinuité sera parfois mais pas toujours pathogène.
La psychanalyse n’est peut-être qu’un appareil à réécrire les fictions vitales. Sans nier l’impact des événements, c’est leur lecture qui est décisive. Ce modèle constructiviste de la cure, énoncé jadis par Merton M. Gill à la fameuse clinique Menninger, ne doit pas nous effrayer. Il atténue le positivisme naïf que l’on nous oppose, bien que l’extinction du « Popperisme [23] » scientiste ne soit pas pour demain ni celui de sa sœur diabolique la Parapsychologie occultiste ! Il n’y a ni causalité linéaire, ni absence de hasard dans la « production » subjective. La psychanalyse veut y faire événement et événement nouveau.
L’intransmis du traumatisme nous indique que l’absence de sens n’empêche pas une forme de transmission redoutable. L’illisible se fait ainsi trop visible. L’inaudible trop criant.
 
La Haine-mère
 
 
Nous devons probablement beaucoup à ce que nous ignorons de nous-mêmes… Lors d’un Carrefour précédent où Joyce Aïn m’avait aimablement invité, j’ai développé un argument valorisant l’importance psychique de la haine [24]. Celle-ci, retranché primitif selon Freud – mais aussi primordial et permanent – détermine une part insoupçonnée de notre constitution subjective. Quel rapport avec la transmission ? Celui-ci d’abord : la haine supprime la source interne des investissements psychiques. Du moins, elle essaye. Si elle réussit le sujet ignorera totalement cette répression primaire. Si elle échoue, comme dans l’ardoise magique évoquée par Freud, le palimpseste des inscriptions révélera une trace, fut-elle inscrite en creux.
Ce réel-là pourra-t-il provoquer des effets subjectifs ou désubjectivants ? Ils risquent en effet de ressembler aux processus psychotiques : hallucinations persécutives, agnosies, désorganisations somatiques, etc. Ce jamais symbolisé pourra-t-il l’être ?
Le trauma suppose un cadre qui, même détérioré, peut être reconstitué. Plus exactement, le cadre psychique répartit le désirable et l’interdit, les représentations de mot et les représentations de chose. Le trauma effractera les liens ou les échanges entre ces niveaux ou ces modalités d’inscription qui vont produire des effets subjectivants conscients et inconscients. Nous l’avons exposé précédemment.
La haine – inférée par nous – précède le cadre. La haine est ce qui fixe la limite entre ce qui doit être reconnu et l’irreprésentable. Appelons-la Haine mère, car elle nous origine tout autant que le lien à nos objets d’amour. C’est l’Autre méconnu en nous. Sa projection de cet irreprésentable sur un objet externe – fausse reconnaissance – nous pousse au meurtre. Meurtre physique (de soi ou de l’autre) ou meurtre psychique (de soi ou de l’autre) dans les deux cas la transmission s’y abolit.
 
Transmettre : une passe
 
 
Transmettre est une nécessité sociale. On s’y confronte à des règles, comme celles des systèmes de parenté, que l’on ne peut transgresser qu’en en payant le prix.
Transmettre est aussi une nécessité psychique car ce que l’on est, n’est qu’emprunts et legs à dilapider ou faire fructifier. Les généalogies identitaires y recoupent les systèmes de filiation sans s’y confondre. Le modèle du Surmoi entretient cette prescription à transmettre qui est en nous. Cette prescription produit une culpabilité pathogène qu’il faut atténuer. Il restera de toute façon une dette symbolique de transmission à assumer.
La psychanalyse connaît aussi des transmissions psychiques paradoxales comme le deuil ou le traumatisme. Un non-événement se donne à lire avec ses ravages.
L’intransmis comme l’inachevé sont au cœur des processus inconscients.
Invisible et silencieuse, la haine du désir attend son heure pour susciter des passages à l’acte incompréhensibles. L’humain comme l’inhumain se mêlent en nous.
Transmettre est donc la passe où s’échoue ou bien réussit une psychanalyse. Le nouveau sujet qui en sort sera le produit de ce qui s’est transmis à nouveau et a été jugé recevable. Fut-ce inconsciemment ! Un sujet n’existe pas sans cette instance de jugement repérée par Freud dès son article sur l’Esquisse. Ce fondement éthique – qu’as-tu choisi d’être ? – constitue notre plus intime humanité, autorisée par notre monde langagier.
Notre être trajectif [25] y est toujours re-présenté.
Cette valise vous a-t-elle été remise par quelqu’un d’autre ? À l’ouverture, son contenu m’est infamilier. Cela ressemble à mes affaires mais pas tout à fait ? Tout n’est pas à ma taille : trop petit, trop grand… Au fait, c’est mon nom qui est écrit dessus !
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  S. Ginestet-Delbreil, La Terreur de penser. Sur les effets trans-générationnels du trauma, Éd. Diabase Plancoët, 1997.
·  Traumatismes, deuils, pathologies addictives et psychosomatiques…
·  W. Granoff, Filiations, Éd. de Minuit, 1975.
·  L’histoire de Freud, de la psychanalyse et des psychanalystes par un acteur
·  « La transmission », Lettres de l’École, n° 25, revue de l’École Freudienne de Paris, avril 1979 (articles de G. Guillerault, etc.)
·  S. Freud, « Le Moi et le Ça », Œuvres complètes, t. 16, 1921-1923, PUF.
·  « L’Homme MoÏse et la religion monothéiste », Œuvres, t. 20, 1937-1939, PUF.
·  La réponse à Ferenczi sur le trauma. Le paternel opposé au maternel.
·  « Filiations », revue Lieux de l’enfance, n° 11, Éd. Privat, 1987.
·  S. Vallon, « &, l’Île mystérieuse », Colloque Répétition / Novation, L’Imparfait, n° 6, revue de la Fédération d’Espaces analytiques, 1985.
 
NOTES
 
[1]Article paru en 1987 dans la revue « Lieux de l’enfance », n° 11, des regrettées éditions Privat auxquelles Érès a succédé brillamment.
[2]On en connaît les déboires dans le cas ou le couple bi-culturel se sépare. Le père enlève l’enfant à la mère en toute légitimité pour lui. Quitte à le confier à sa lignée. Cas de couples franco-algérien…
[3]D'où les formulations malheureuses et symptomatiques de Lebovici sur « L’arbre de vie qui plonge ses racines dans le sang des blessures des parents… ». L’échec de la métaphore signe a lui seul le trauma. On le répétera.
[4]Ce dédommagement ne devrait-il pas être indirect et versé à un service public de solidarité. L’État parfois inutilement intrusif rate ici sa médiation.
[5]En droit français on ne peut adopter sans préserver l’écart temporel d’une génération. Copie absurde d’une filiation biologique. D’autres cultures dissocient clairement parenté et biologie – pas par méconnaissance de la reproduction comme le disaient les racismes occidentaux. Une adoption symbolique peut voir lieu entre sujets de même âge ou de même sexe ou en inversant les âges sans entraîner de confusion généalogique ni d’effets psychogènes comme le chantent les psycho-rééducateurs sociaux !
[6]In « Malaise dans la filiation », numéro spécial revue Esprit, décembre 1996.
[7]Freud l’explique très clairement dans le Moïse ; texte où il revient sur les mythes religieux de sa culture juive, mais cela vaut pour chacun. Le « paternel » est choix de rupture entre le symbolique et le réel.
[8]S. Freud, « Le cas du président Schreber » (1909) dans Œuvres Complètes, t. X, PUF. Schreber y raconte avec courage son délire d’être féminisé, pour recevoir la semence d’un dieu, et engendrer une humanité nouvelle. Apocalypse et refondation sont noués comme dans les grandes sauvageries politiques.
[9]Ces emboîtements se font en abyme à la façon du dessin célèbre de la Vache qui rit. (vache qui rit dans la vache qui rit dans la vache qui rit…).
[10]S. Freud, « Le Moi et le Ça », 1932.
[11]Non pas à cause d’un effet Zeitgarnik, connu des psychologues expérimentalistes, qui veut qu’une tâche inachevée se fixe plus dans la mémoire qu’une tâche aboutie.
[12]« C’est la faute à Voltaire ou à Rousseau si je suis dans le ruisseau », chante la névrose avec Gavroche. Ce n’est pas mon désir qui est en cause de s’être fourvoyé. Évitement de la castration.
[13]Dans la terminologie lacanienne, elle suggère un S (A) – un Autre inentamé – à la place d’un Autre barré, entamé par l’incomplétude de la jouissance phallique.
[14]Le traumatisme n’est pas seulement « un événement qui laisse une trace » comme l’affirme N. Zajde dans « Le Traumatisme » dans Psychothérapies, coll. avec T. Nathan (Éd. O. Jacob, p. 223). Cette généralisation abusive lui permet de mélanger torture, initiation, accident… et laisser croire que la « psychanalyse fait retour aux sociétés traditionnelles » lors des consultations ethnosuggestives menées avec T. Nathan ! ? Le trauma (des psychologues) est là encore inclus dans l’événement et non (pour les psychanalystes) dans l’espace de subjectivation. Le parent khmer sera une victime dépourvue de fantasme sadique œdipien vis-à-vis de son fils qu’il persécute pourtant dans la supposé répétition des supplices polpotistes. La consultation restaurera classiquement sa position paternelle et son droit de transmission généalogique (ici bouddhique) mutilés par l’émigration.
[15]L’enfouissement des inscriptions traumatiques ne serait pas un refoulement comme dans les névroses ou dans les mécanismes de défenses connus (immatures/névrotiques/matures) mais des mécanismes narcissiques archaïques comme le déni, car précisément ces inscriptions n’en sont pas.
[16]Cf. l’excellente reprise de la question traumatique par S. Ginestet-Delbreil dans La Terreur de penser. Sur les effets transgenérationnels du trauma, Éd. Diabase, 1997. La « représentance » est un terme de Fr. Dolto.
[17]La phrase de Kafka peut faire écho : « Un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous. » (Lettre à O. Pollack, 1904, communiquée par J.-P. Barokas).
[18]Nous nous écartons des dé-briefing simplistes, basés sur une hypothèse cathartique. L’expérience collective de Toulouse montre l’échec des interventions hâtives des pseudos sauveteurs psychiques. Une dépressivité durable baigne la ville et les victimes les plus affectées restent sans ressources psychiques, d’où les abus médicamenteux.
[19]Perceptibles dans la crise du Moyen-Orient où le sionisme israélien n’a récupéré que tardivement le thème de l’Holocauste et dans l’évolution des thèmes du pardon (de l’Inquisition, etc.) dans le christianisme.
[20]Par son gazage à l’ypérite lors de la Première guerre qui le fit soigner en psychiatrie en 1918, ou la familiarité ambiguë avec le médecin juif de sa mère cancéreuse, morte sous le coup d’un surdosage toxique en 1907. In Rudolf Binion « Introduction à la psychohistoire », Conférences au Collège de France, PUF, 1982. Pour Binion l’antisémitisme de Hitler se déclenche en 1918 comme un délire rédempteur de la nation face au « cancer juif ». Binion pense échapper au repérage psychanalytique car les traumas ont lieu chez l’adulte ! Ces théories comme celles de De Mause parodient la psychanalyse mais du moins ne se prétendent pas thérapeutiques !
[21]Nous sommes fidèles à l’inspiration de Freud dans l’article sur les Aphasies, que Jacques Nassif a su transmettre (in Freud, L’Inconscient). S. Ginestet reprend ce complexe de la représentation freudienne.
[22]Vous avez connu cette gendarmerie du Comminges abritée dans un beau bâtiment qui avait recyclé les morceaux d’une abbaye cistercienne
[23]De Karl Popper épistémologue contemporain (1902-1994), membre du Cercle de Vienne, la cruelle formule « la Psychanalyse n’est pas falsifiable »… et n’a donc aucune valeur scientifique ! Popper représente une orientation néo-positiviste qui valorise l’inférence. Pour autant il n’y a pas pour lui de savoir de la totalité. Ces objections scientistes sont à prendre en considération plus que celle des culturalistes comme Szaz ou Borch-Jacobsen qui nient l’inconscient tout comme la maladie mentale. La parapsychologie – comme l’astrologie – mime l’inférence en utilisant des analogies formelles pour rapprocher des événements. La configuration apparente des astres se transmettrait ainsi aux destins humains. La médiation n’est ni démontrée ni montrée comme ces oracles lisant dans le foie des victimes ou le mouvement des oiseaux. Elle est conviction archaïque comme reliquat de la pensée magique infantile. La part dissimulée de l’interprète et du transfert est décisive mais masquée
[24]S. Vallon, Carrefour Passions (Éd. Érès, 2000) et intervention aux Rencontres Lacano-américaines de Recife (août 2001), à paraître.
[25]S. Vallon, L’Espace et la Phobie, Érès.
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