2003
Vie sociale et traitements
Dossier : Écrire à la première personne
Écrire à la première personne
S. Vallon
L’éducateur, comme le soignant et plus généralement le travailleur social, sont des praticiens.
Même formés et expérimentés, ils agissent sans que leurs actes et a fortiori le résultat sur l’usager, soient connus d’avance. Comme le dit excellemment Danielle Marty ce sont des artistes de la relation. Comme les artistes, ils ont du mal à expliquer et à transmettre. Regarde ce que j’ai fait mais ne me demande pas pourquoi !
Il faut pourtant transmettre, communiquer, échanger, parfois se justifier. La parole peut y suffire dans les rapports de proximité. En confiance dans les réunions qui ne sont pas saturées de hiérarchie ou de dogmatisme, ou dans des dispositifs particuliers comme les supervisions, on s’explique, on argumente un peu. On essaie de se faire comprendre. On y arrive le plus souvent. Peut-on pour autant prendre du recul, communiquer à distance ? La parole n’y suffit pas. Il faut écrire : médium différent. Les difficultés commencent, souvent constatées par les témoins, collègues ou formateurs, et les interéssés eux-même. Écrire est difficile pour le praticien du social et du soin.
VST peut en témoigner qui demande à ces praticiens : écrivez-nous ce que vous faites, ne laissez pas les autres – les savants – écrire à votre place. Nous publierons dans nos pages les praticables divers que vous avez inventé. Peu se manifestent spontanément ; il faut y aider, mettre en confiance, accompagner. Il faut se débarrasser de la peur des maladresses, de la « novlangue » administrative qui parle de « relationner » et de « protocoliser », du détour par la langue savante de l’universitaire.
Comment raconter ce que l’on fait tout les jours ? En écrivant par exemple à la première personne. Étape nécessaire, risque assumé de mêler l’autre et soi, le patient et l’accompagnant dans l’écriture. Risque aussi bien de se réinventer une autobiographie professionnelle un peu enjolivée ou saturée des déceptions : fiction compensatoire. Cette fiction, comme tout récit de pratique, est pourtant nécessaire. Elle ordonne la pensée, se soumet à une syntaxe, échappe aux équivoques et aux connivences de la conversation, communique avec un absent : le lecteur. C’est un autre art.
Ce dossier de VST en donne des exemples.