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58 pages

p. 17 à 21
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Dossier : Écrire à la première personne

no 80 2003/4

2003 Vie sociale et traitements Dossier : Écrire à la première personne

Écrire sa vie  [*]

Jean-François Gomez Éducateur et formateur (Aigues-Mortes)
Où l’on essayera de dire que la question de l’écriture ne se pose pas au niveau de l’encre, du choix de l’ordinateur, ou de la rame de papier.

« Il écrit faute d’en savoir d’avantage. »(Pierre Legendre, Le Seuil, 1982)

C’est une histoire terrible qui s’est passé le 9 mars 1973, au soir dans une rue de Milan. C’est une histoire qui se passe encore tous les jours. La femme du prix Nobel italien Dario Fo, rentrant chez elle, fut forcée, pistolet sur la tempe, à monter dans une camionnette et fut violée par cinq hommes. Elle ne dit rien à son fils et à son compagnon.
Les extrémistes qui ont commis ce crime, que la victime garda plusieurs années sous silence, voulaient avilir quelqu’un qui fustigeait la corruption et selon eux, dérangeait l’ordre public.
Le viol n’est pas à séparer de la guerre, contrairement aux partisans de la « guerre propre » ou du « panache de la guerre ». « Le plus court chemin d’un homme à un autre, aurait dit Napoléon, c’est l’épée ».
Destitution du sujet… Meurtre réel ou symbolique… Chacun fera le lien avec des événements qui se passent sous ses yeux.
Il rejoint l’expérience des camps d’extermination qui, d’une certaine façon, évoquent un viol répété, une intrusion dans la conscience et le corps du sujet.
On comprend le silence des victimes qui, s’il est raconté par un écrivain comme Semprun, dans L’Écriture ou la vie, devient « un combat phénoménal ou l’impossibilité de transmettre un récit illimité, probablement interminable… »
« Une idée m’est venu soudain, dit Semprun, si l’on peut appeler idée cette bouffée de chaleur tonique, cet afflux de sang, cet orgueil du savoir du corps […] la sensation en tous cas […] de ne pas avoir échappé à la mort mais de l’avoir traversée. D’avoir été plutôt traversé par elle. D’en être revenu comme d’un voyage qui vous a transformé, transfiguré peut-être. »
Ce qui est inquiétant, lorsqu’on a affaire à cette destitution – j’aime bien ce mot qui inverse la notion d’institution –, ce qui est inquiétant, comme l’a montré Annah Arendt, c’est qu’elle n’a pas forcément l’idéologie pour justification. Qu’elle est parfois même suscitée par l’absence d’idéologie et par l’évacuation bonasse du politique. Elle est rendue possible par un comportement ordinaire, quelque chose comme une inattention au monde. L’enfer, dit le proverbe, est pavé de bonnes intentions et de bonnes intentions, Dieu sait si l’éducateur en a à revendre.
C’est pourquoi je donnerai comme base de ma réflexion que l’écriture est un certain niveau d’attention au monde.
 
Singulières ethnies
 
 
J’ai eu beaucoup d’idées dans ma jeunesse, sur le handicap, l’institution, et je raffolais des idées des autres. J’aimais dire que cela était même l’effet d’une certaine humilité.
Aujourd’hui, après une longue carrière à me frotter à l’extrême complexité des choses et des êtres, j’ai l’impression de ne rien savoir. Et je placerai mes livres beaucoup plus du côté des questions que des réponses.
J’ai même exprimé dans mon dernier livre que « le rôle d’un directeur (d’un homme ?), c’est de démonter une institution ».
Je me méfie des grandes théories, et je passerais des heures voire des mois à observer des faits, de simples faits bruts tel l’entomologiste Fabre qui vécut dans mon Languedoc natal, dans les vignes de Sérignan-du-Comtat, observant les insectes et faisant des aquarelles de plantes et de champignons.
Je peux rester fasciné par un comportement et rester en extase devant un fait minime qui contredit à lui seul bien des théories.
Bien sûr, à regarder les hommes autour de soi, pris dans cette contemplation qui frise la fascination, à prendre des positions d’ethnologue ou d’ethnographe, – de graphein écrire –, observant les « singulières ethnies » (le mot est de Fernand Deligny) on peut attraper, dans nos régions, quelques coups de soleil sur la tête, ce qui n’a pas manqué de m’arriver.
C’est ainsi que j’ai perdu un certain nombre d’occasions de devenir un directeur de centre de formation important, un professeur d’université, un psychothérapeute reconnu. Voire.
Tout cela pour suivre mon idée, celle d’écrire des livres qui finalement, comme l’a dit mon ami Goguel d’Allondans, sont marqués du sceau du doute.
 
« Pourquoi écrivez-vous ? »
 
 
La question : « Pourquoi écrivez-vous ? » est la question la plus difficile qui soit.
Je pense à cette phrase du Tao qui dit que « c’est celui qui ne sait pas où il va qui va le plus loin. »
Phrase qui se lit et se comprend à plusieurs niveaux.
En effet, l’imbécile – les handicapés ne sont pas des imbéciles – croit se déplacer parce qu’il sait où il va. Mais s’il sait où il va pourquoi irait-il ?
Pourquoi persévérerait-il dans son être (Spinoza) ?
Aussi le terme d’écrivain par lequel quelquefois on me nomme, me fait un peu peur, comme d’ailleurs la liste des ouvrages que j’ai publiés et que vous ne lirez pas.
Peur d’être pris pour une essence ou une substance…
Écrire, c’est précisément cette tentative d’échapper à la lettre et pour cela même se compromettre avec des formes, ce que les psychanalystes appellent le signifiant.
La plume, le stylo, l’ordinateur, le caractère imprimé, les épreuves, le lancement d’un livre, la couverture, la page quatre.
Puis le silence accablant, étourdissant qui peut suivre la sortie d’un livre.
Je me souviens, lorsque sortit mon livre Mort d’un pédagogue devenu par la suite, dans sa deuxième édition, L’Éducateur et son autre histoire, ce livre qui raconte mon histoire de vie, fut l’occasion d’un rendez-vous raté et assez cruel. Je pense que tous les auteurs, plus ou moins, vivent cette expérience.
J’allais à la Porte de Versailles, à Paris, au Salon du Livre, et une sorte d’orgueil mal placé, à moins que ce fut une insigne naïveté me faisait attendre que ce livre dans lequel j’avais tout mis, fut à une place particulière. Qu’il fut attendu, en quelque sorte.
Peut-être attendais-je secrètement que des files d’hommes et de femmes viennent pour le lire ? Mais il n’y eut rien de tout cela.
Mon livre était seul tragiquement seul au milieu de milliers de livres inconnus, et ma tentative de ressusciter une vie enfouie, de ressusciter mon père – car mon livre est tout entier une résurgence du Père – avait échoué.
Ce livre-là, Dominique Autié, qui était le directeur des éditions Privat me le brandit pour la première fois avant une rencontre avec le diffuseur. Il était beau comme est un livre neuf « dans sa beauté du diable ». Triomphant et sûr était l’éditeur qui l’avait défendu bec et ongle avant sa naissance – car il faut souvent être plusieurs pour faire paraître un livre.
Il pensait à une réussite. En fait, le livre se vendit mal, même s’il fut par la suite réédité… en Suisse.
Je crois que j’ai pleuré. Depuis, j’en sais long sur l’acte d’écrire, et sur la solitude. Celle-là n’est que le tragique « entre la rencontre de l’appel humain et du silence déraisonnable du monde » (Camus). Comme un héros fameux du même Camus, qui s’appelait Jonas, je ne savais pas si j’étais solitaire ou solidaire.
Bernanos : « Chacun de mes livres est un désespoir surmonté ». Je me retrouve dans cette phrase qui commencera à lever un coin du voile sur cette diable d’activité qu’est l’écriture.
Cela fait peut-être un peu bateau, mais je dirai qu’il y a une fonction de l’écriture qui est de témoigner et de transmettre. J’ai toujours voulu dire ce que je pensais de l’insoutenable position de l’éducateur, mais aussi l’incroyable destin des gens que j’ai rencontré, adultes ou enfants. Des histoires de vie qui ne s’inventent pas.
Je suis toujours impressionné par l’institution qui ne joue pas toujours le bon rôle, par ses lourdeurs, ses impossibilités.
L’usager reste seul, irrémédiablement seul. Le travailleur social aussi. Malgré des discours florissant sur les méthodes, le travail d’équipe, l’analyse des pratiques, les groupes de qualité, l’évaluation, etc.
Il ne suffit pas de produire des déclarations fracassantes, des injonctions ou des textes de loi ou des programmes pour produire du sens. Cela tient à peu de choses. À l’essentiel dont on ne parle jamais. La barbarie surgit très vite dans un groupe humain. Cela commence quand la question de l’altérité est mal posée. Quand on croit que la technique peut tout régler. Technique psychiatrique ou médicale, technique psychothérapique, technique de gestion des ressources humaines.

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Quand on peut se laisser à penser que l’éthique ce sont des mots qui ornent la vie et rien d’autre. Quand il ne s’agit plus d’une question qui est posée individuellement à chacun de nous.
 
Homme et humus
 
 
Il peut y avoir une façon de travailler du travailleur social qui « occupe le haut du pavé » comme on le disait au Moyen Âge, où les ruisseaux dégoulinaient de scories d’ordures et d’immondices, et où le trottoir était réservé aux gens de bien.
Une façon de se protéger du désordre. Le handicapé, comme je l’ai expliqué dans un de mes livres, est une figure du désordre. Et homme et humus ont la même origine. C’est dire que lorsqu’il y a de l’humain quelque part il y a toujours de la « gadoue », ce qu’on met trop de temps à comprendre.
C’est peut-être cette absence d’humilité, cette façon de se tenir en haut du trottoir, qui fait qu’il n’écrit pas tant que ça, l’éducateur. Parce qu’il ne partage pas assez. Ou qu’il a trop confiance aux lunettes qu’on lui a données pour voir. Alors que pour tout humain, il y a ce travail à faire qui consiste à trouver les mots pour le dire.
Chaque humain doit inventer sa langue pour se sauver. Et elle est d’essence poétique.
« Il y a des hommes qui se font titulariser dans leur emploi d’hommes une fois pour toutes comme on attrape la vérole […] Quelle est la quintessence de notre civilisation occidentale ? Savez-vous quel est le produit de vingt siècles de christianisme ? C’est le courtier d’assurance. Les gens ne savent plus vivre qu’assurés, assurés sur tout, sur la vie, sur l’avenir, contre l’accident et la mort, et l’enfer, contre eux-mêmes surtout – une civilisation de garanties, d’escompte et de cautionnement. […] Assurance tout risques, société anonyme à capital de vingt cinq millions de fauteuils », écrivait Setprem dans Lettre d’un insoumis.
« Ce qui eut humainement lieu n’a jamais pu rester dans son lieu » dit le philosophe Emmanuel Lévinas, dans une réflexion qui semble répondre à la citation précédente et la prolonger. Dans son fameux livre Autrement qu’être, le philosophe nous a montrés, que l’Autre n’est pas là où l’on veut bien le placer mais est une énigme insoluble.
La question de l’être, la question de l’autre. Une fatalité pour l’éducateur. Comment pourrait-il décemment répondre à cette question, lui qui s’adresse tous les jours à des êtres humains qui se cognent à lui, l’envahissent et le coincent dans ses retranchements, le violent dans son identité, le perturbent jusque dans son corps, souvent sans sommation.
Ce n’est pas la mort qui définit le tragique de l’existence, comme aurait voulu le montrer Martin Heidegger, mais « la fatalité de l’être ».
Et l’écriture a à voir avec cette question.
Voilà pourquoi, sans doute, Franz Kafka, le grand écrivain dit un jour que « la littérature, c’est faire un pas en dehors du cercle des assassins ».
Ceux qui croient au respect de l’être, ceux qui pensent qu’il suffit d’être pour être un homme ou un éducateur, ceux qui pensent – et celle-là, je l’ai souvent entendu –, que l’écriture est une activité solitaire, ceux-là n’avancent pas sur le chemin de leur désir.
 
Le temple et le duende
 
 
Il y a deux termes castillans complètement intraduisibles qui pourraient à la rigueur approcher ce que l’on pourrait en dire, c’est le temple.
Le temple, en tauromachie, c’est l’attention extrême, c’est un manière de toréer qui vous coupe le souffle. Mais c’est plus encore, une façon pour le torero de donner à un instant fugitif une sorte d’éternité. Cela se joue dans l’enchaînement des passes, dans la beauté des postures, dans l’ascension du risque, mais aussi dans ce moment imperceptible où tout pourrait basculer, où l’on attend haletant que la décision tombe qui apporte une décision d’essence supérieure, où le règlement d’un conflit. C’est une sorte de rapport au temps sublimé, magnifié dans une rareté essentielle. C’est la capacité de jouer avec la durée.
Je pense que j’ai parlé amplement de cette question dans Le temps des rites.
Le temple, cela a à voir avec le duende.
Mon ami montpelliérain Joseph Rouzel, formateur écrivain et psychanalyste malgré ses origines bretonnes qui devraient l’éloigner d’une telle culture, en évoqua l’existence lors d’une conférence récente.
Le duende, c’est encore autre chose. C’est cette sorte d’état de grâce que l’on peut obtenir après des années de travail, quelque chose qui vous tombe dessus qui est de l’ordre de l’insu et de l’ineffable.
Le poète Féderico Garcia Lorca, qui hésita longtemps entre une carrière de musicien et de poète, en parla magnifiquement. Le duende du cantaor (les cantaors sont plus que des chanteurs en Espagne ; le terme cantante désignant le chant académique, il y a donc deux façons de chanter) c’est quand il est mis en phase avec le ciel, les étoiles et sa destinée. C’est l’incandescence et l’éclat du symbolique. C’est quand le sujet se cogne à son existence et en éprouve le sens.
Il faudrait pour cela entendre une tarenta ou minera, un de ces chants andalous du pays où vécurent mes ancêtres, au pays d’Alméria.
Ou entendre ces textes de poésie populaire qu’on appelle des saétas, qui sont des sortes de chants d’amour et de prière adressés à Séville en direction de la procession de la Semaine sainte.
Il y a des maisons sur le chemin, où l’on sait à l’avance qu’un chanteur va interpeller le Christ ou, la Vierge ou ses saints, va lancer une oraison. Et ce chant qui s’élève, c’est un peu le signe de ce que devrait être un homme, un événement. Un événement d’être.
Voilà pourquoi il n’y a rien de plus étranger au cante jondo – chant profond – que les espagnolades, ce que les Andalous appellent l’Espagne de « panderetas » (des tambourins et des clochettes pour touristes).
Ce que raconte le cante jondo, c’est la dignité du sujet, mais pas n’importe quels sujets.
Des sujets qui, au fond de la mine ou à ciel ouvert ont été considérés comme des sous-hommes, tels ces Gitans condamnés par le roi de Castille à l’exil ou aux galères, et qui les fit exterminer, réduire en esclavage dans les mines de mercure.
L’histoire qui se répète reproduisit la même chose à Dachau et Buchenwald. À la seule différence que cet holocauste ne fut vraiment pas évoqué ni reconnu par les tribunaux de Nuremberg.
Des sujets qui se lèvent pour dire qu’ils ont pour toute possession le ciel étoilé au-dessus de leur tête et dans leur cœur une loi morale. Qu’ils sont capables d’amour humain et d’amour divin.
Le cante jondo, c’est évidemment de la poésie, mais qui est intraduisible dans la langue que j’habite aujourd’hui. Ma première langue, l’occitan, qu’on m’a appris à haïr. Ma deuxième langue fut l’espagnol dont seules restent des traces mnésiques liées surtout aux valeurs que j’ai reçues. La troisième comme je le chante dans un poème (« D’ailleurs… ») celle qui restera la langue de ma vie et de ma mort.
Le cante jondo, ce n’est pas « la langue du printemps, des fleurs et des petits oiseaux ». C’est un chant de première nécessité. Il y a une proximité certaine entre cette forme musicale et le blues, qui lui aussi, fut généré par les institutions de la haine, de l’injustice et du ghetto, qui voulurent priver l’homme de sens.
On trouve là encore une culture du corps, du corps bâillonné, bafoué, meurtri, qui se réveille par sa présence vivante. Du corps instrumentalisé, vendu.
Culture de l’histoire où l’homme se raconte sans fin, à travers ses hésitations, ses pertes et ses deuils, une véritable psychanalyse du pauvre.
Pour ne pas conclure, je ne développerai pas ici ce que je pense de la condition du travailleur social et de sa proximité avec les personnes qu’il doit aider. On le veut trop souvent sans histoires. On souhaite que ses indignations soient lisses et prévisibles. On préfère l’aider à considérer son travail à partir de définitions en creux. Ce qu’il ne fait pas, ce qu’il ne sait pas.
Perpétuellement renvoyé à l’histoire des autres, on trouve inconvenant qu’il parle, qu’il écrive sur lui-même.
Je me souviendrai toujours du livre où je racontais l’histoire de Khalil, la narration de la fugue d’un enfant autiste qui avait scandalisé un comité de lecture d’un très sérieux éditeur parisien parce que je parlais du comportement et des paroles des éducateurs avant qu’on ait retrouvé l’enfant ! Mon péché fut de donner corps et existence à des personnages qui, dans l’histoire auraient dû ne rester que des silhouettes ou des servants.
Il y a derrière le savant Itard et toutes ses théories, une madame Guérin qui s’occupe tous les jours de Victor l’enfant sauvage et connaît ses comportements. Encore faut-il que madame Guérin ne soit pas impressionnée à l’excès par la « science » de son maître.
Je ne cesse de dire que l’éducation spécialisée ne sera inventive, ne créera un espace respirable que lorsque les acteurs comprendront la dignité de leur travail et son importance. Bien sûr cela fera grincer quelques gestionnaires qui parlent beaucoup de complexité mais la réservent à ce qu’ils considèrent comme leur champ de compétence, l’Actif et le Passif Circulant, le Besoin de Fonds de Roulement et les Immobilisations, et n’ont pas compris l’intensité des relations humaines qui se gèrent dans un établissement.
Je finirai par un mot auquel je tiens par-dessus tout, c’est RÉSISTER. Ce mot est inscrit à Aigues-Mortes, dans les remparts de la cité de Saint Louis dont j’arpente tous les jours les vieilles rues. Il a été inscrit sur la pierre par Marie Durand, la fameuse captive qui resta enfermée là plus de quarante ans pour délit d’opinion, et l’on peut voir encore l’inscription sur la margelle du puits. Marie Durand, qui parlait une sorte de patois avait écrit « REGISTERE », à sa façon.
L’écriture, c’est peut-être cela, une tentative de laisser des traces là où la barbarie toujours reprend le dessus. Il y faut, en même temps qu’une certaine obstination, accepter de parler patois, ce que j’ai appelé la « langue du biniou et du flamenco ». Et peut-être retrouver un certain sens du tragique.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Camus Albert, L’Exil et le Royaume, nouvelles, Gallimard, Paris, 1957.
·  Deligny Fernand, Singulière ethnie, Hachette, Paris, 1980.
·  Garate Martinez Xavier, Le Duende, jouer sa vie. De l’impossible du sujet au sujet de l’impossible, suivi de Jeu et théorie du duende de Garcia Lorca Féderico, avec une préface de Xavier Audouard, Gemme, Paris, 1996.
·  Gomez Jean-François, D’ailleurs… L’institution dans tous ses états, Érès, Ramonville Saint-Agne, 1996.
·  Gomez Jean-François, L’Éducateur et son autre histoire ou mort d’un pédagogue. Récit de vie, préface du Pr Gaston Pineau, Les Deux Continents, Genève, 1994.
·  Le Goff Jacques, La Barbarie douce. La modernisation aveugle des entreprises et de l’école, La Découverte, Sur le vif, Paris, 1999.
·  Semprun Jorge, L’Écriture ou la vie, Gallimard, Paris, 1994.
·  Setprem, Lettes d’un insoumis, 2 tomes, Robert Laffont, Paris, 1995.
·  Zumbiehl François, Des Taureaux dans la tête. Dominguin, Vasquez, Ordoñez, Paco Camino, El Viti, El Cordobès par eux-mêmes, Autrement, Paris, 1987.
 
NOTES
 
[*]Résumé d’une intervention faite à Lausanne, au “Home chez nous”, à l’occasion d’une journée d’étude sur les éducateurs écrivains, Écrits d’éducs, 15 mai 2002.
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