VST - Vie sociale et traitements
érès

I.S.B.N.sans
58 pages

p. 5 à 5
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

Éditorial

no 80 2003/4

2003 Vie sociale et traitements Éditorial

(La) Vie sociale ET (les) Traitements

S. Vallon
Depuis bientôt 50 ans, VST accompagne l’évolution de la psychiatrie française et les pratiques de formation du mouvement d’éducation nouvelle Ceméa. Vous le savez, notre revue a été fondée par Georges Daumezon et Germaine Le Guillant-Hénaff en 1954, pour être un moyen d’échanges entre les équipes soignantes, les lieux de formation (on disait les « stages ») et les lieux de pratiques (on disait « l’hôpital », car seul était concerné l’asile public). Daumezon était proche des rénovateurs du mouvement de psychothérapie institutionnelle : les Bonnafé, Tosquelles et autres, ceux du groupe de Sèvres. « Hirondelle » Hénaff était responsable au sein du mouvement d’éducation populaire et devint l’épouse de Louis Le Guillant, psychiatre.
Est-ce un hasard historique, l’impulsion de personnes remarquables, une logique historique naturelle entre deux mouvements de rénovation qui rapprochérent le soin envisagé dans le champ de la santé mentale et les méthodes actives de formation dans le champ de l’éducation nouvelle ? Tout cela à la fois probablement. Il faudrait mieux comprendre cette convergence pour sa pertinence d’aujourd’hui.
C’est du dehors que viennent le changement et la contradiction.
La psychiatrie a changé de discours dans les années quarante à cause de l’expérience de la guerre d’abord qui a produit le délaissement que l’on sait et les milliers de malades mentaux morts de faim et de carence. Dossier douloureux et mémoire censurée sont courageusement réouverts par les chercheurs de Lyon et l’Hôpital du Vinatier.
Elle a changé ensuite par l’engagement social de ces communistes, anarchistes ou chrétiens qui se sont révoltés contre la déshumanisation des lieux supposés soignants, qui étaient en réalité surtout carcéraux. Résistance à l’Occupation, résistance à l’injustice sociale et résistance à l’asilisation se sont conjuguées.
Du côté des Ceméa, on se souviendra que les méthodes actives d’éducation (l’activité, le faire ensemble, le faire avec, le collectif, etc.) se sont forgées en dehors de l’école publique, chez les éclaireurs laïques et pendant des loisirs organisés pour l’afflux des enfants des classes populaires, dès 1936. Militance pédagogique et militance sociale se sont conjuguées.
La plus-value de cette conjonction entre une psychiatrie nouvelle et une éducation nouvelle a été évidente. Qualification des infirmiers, valorisation des collectifs, attention aux médiations concrètes, ouverture des échanges ont profondément modifiés l’hôpital, même s’ils ne l’ont pas « sublimé » comme le dit bien J. Lagrange. Les Ceméa y ont gagné un élargissement du champ de leurs expériences de formation : à côté des loisirs ont pris place l’enseignement, la santé mentale, la culture (comme le festival de Vilar à Avignon), le travail social et l’interculturel européen ou Nord-Sud.
Le soin a bien changé depuis 1954 : La révolution neurobiologique a ouvert de grands espoirs, les équipes se sont raprochées des espaces de vie naturels des malades. Le sanitaire, le médico-social et le social savent qu’ils ne peuvent s’ignorer. Peut-on soigner sans accueillir ? Peut-on guérir sans réinsérer ? Peut-on traiter les corps sans les âmes, et réciproquement ? Peut-on ignorer au-delà de la maladie, le malade, le citoyen, sa famille, son entourage, la société où il vit ? Peut-on appliquer sans implication des protocoles techniques ? Peut-on exercer sans formation et régulation permanentes ?
VST s’honore d’avoir acompagné ces évolutions et grandi en leur sein. Le petit bulletin est devenue une véritable revue. Les problèmes du soin psychique ont partagé la place avec les problèmes de l’éducation spéciale et de l’insertion. Les célèbres comme les inconnus y ont pris la plume. Le débat et l’émotion ont cotoyé les savoirs avérés, comme les expériences et la vie au quotidien. Des artistes : André François, Roman Cieslewicz, J.-F. Bauret, V. Pachès, en ont fait un objet graphique de qualité car il n’est de savoir sans culture ni exigence esthétique.
En 2004, VST va changer de maquette grâce à une alliance avec un éditeur professionnel ÉRÈS, reconnu pour sa qualité et sa loyauté. Plus petit par son format, mieux adapté aux librairies où il pourra être enfin diffusé. Toujours aussi grand par ses ambitions d’être la tribune de ce qui bouge, de ceux qui ne se résignent pas, de ceux qui inventent au jour le jour le soin, la rééducation, l’insertion, l’accueil et l’accompagnement des démunis et des délaissés.
Notre titre, quoique ancien, n’a-t’il pas son actualité et sa nécessité ? Vie sociale ET Traitements vont de pair.
© Cairn 2007 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
À propos | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis