2003
Vie sociale et traitements
Ça bouge
Adolescences en risques
Une initiative des Ceméa et de l’Unasea
Une « nouvelle question de jeunesse » dans les fêtes et les festivals.
Dans le courant des années 90, sous l’impulsion des Ceméa, rejoints dans un second temps par des professionnels de la prévention spécialisée, du soin et de l’urgence sociale, des dispositifs d’accueil ont été expérimentés dans les grands festivals nationaux (Bourges, Aurillac, La Rochelle…).
Il s’agissait d’accueillir, dans des conditions d’hébergement sommaires, des jeunes en errance se regroupant à la périphérie de ces événements musicaux. Les dispositifs mis en place, grâce aux observations effectuées et aux contacts établis, ont largement aidé à construire et à problématiser la question de l’errance des jeunes, qu’elle soit estivale ou plus permanente.
Ces dernières années, les intervenants présents sur ces accueils ont vu arriver des adolescents, à partir de 14/15 ans, en recherche d’aventures exploratoires, certains « un peu paumés », fortement attirés par la mouvance « zonarde », par l’aspect festif et de transgression de ces regroupements et par l’accès facile à diverses consommations de toxiques. Ils s’installent sur place pendant la durée du festival ou prolongent leur présence bien après la fin des concerts. Rassemblés autour des camions qui diffusent de la musique techno ou en déambulation dans le festival et la ville, ils passent par des états successifs d’excitation, d’ivresse et d’abattement largement liés à leurs consommations d’alcool, de cannabis et de produits de synthèse.
Leurs comportements, les dangers qu’ils encourent et le mal-être dont ils semblent être porteurs ont suffisamment inquiété les intervenants présents pour que cette question occupe aujourd’hui une place centrale dans la réflexion et la mise en place d’accueils et d’accompagnements en milieu festivalier et festif.
À la différence des premiers utilisateurs des aires d’accueil, ces adolescents sont pour la plupart encore insérés socialement (grands collégiens, lycéens, jeunes étudiants), issus souvent de milieux sociaux sans difficultés apparentes et résidant dans des zones géographiques peu suspectes de produire de l’inadaptation sociale (zones pavillonnaires périurbaines, centres villes, petites communes) ; des publics donc assez éloignés des images emblématiques du « jeune à problèmes », version « zonard en errance » ou version « jeune de banlieue ».
• De « nouveaux jeunes » en lien avec la prévention spécialisée
Tout au long de l’année, les professionnels au contact des publics en errance dans la rue (notamment les équipes présentes dans les centres villes) sont témoins de rapprochements réguliers entre de jeunes lycéens, souvent des jeunes filles, et de grands marginaux.
D’autre part les équipes au travail dans les petites communes rurales ou péri urbaines font état du mal-être important de certains adolescents, qui pour beaucoup n’appartiennent pas à des milieux sociaux en difficulté
[1], qui ne présentent pas les signes, les attitudes ou les comportements habituellement repérables chez les publics en rupture ou en marge.
Après un temps d’hésitation réciproque pendant lequel les éducateurs s’interrogent sur l’intérêt de leur intervention et les adolescents (et plus encore leurs familles), se demandent ce qu’un éducateur peut bien leur vouloir, vient une seconde phase où s’expriment et se révèlent des situations particulièrement lourdes à gérer : souffrance psychique, angoisses existentielles, conduites d’échec, difficultés dans les rapports aux autres, à leurs propres corps, à leur sexualité, consommation de toxiques…
• Des « fugueurs permanents » dans les institutions
Dans un tout autre contexte et avec des publics différents car relevant de l’Aide Sociale à l’Enfance ou de la Justice des mineurs, les équipes éducatives des foyers et des Maisons d’Enfants à Caractère Social constatent certaines évolutions dans les comportements et les modes de prise en charge. Il n’est plus rare aujourd’hui que certains adolescents soient en « fugue permanente », utilisant de manière ponctuelle le foyer et l’équipe éducative comme un lieu de ressourcement, un point d’attache, tout en refusant de se soumettre à la règle d’une présence constante.
Au niveau de l’Education nationale, la question des collégiens et des lycéens « décrocheurs » constitue aussi un phénomène préoccupant.
Deux conclusions provisoires
Nous assistons aujourd’hui à une diversification des situations de risques chez les adolescents, à des signaux d’alerte, et ce bien au-delà des milieux sociaux traditionnellement suivis par le travail social et objets centraux des politiques publiques.
À côté d’une délinquance d’affrontement et de révolte, le mal-être de ces nouvelles générations, leur refus de notre société, s’expriment aussi à travers des comportements d’esquive, de fuite, et des signes de souffrance psychique manifestes : fugues, consommations de toxiques…
Ces observations effectuées sur le terrain, dans des contextes bien particuliers, peuvent être rapprochées d’études réalisées à des échelles plus larges telles que celles de Marie Choquet à l’INSERM, et des réflexions qui ont fait l’objet d’une publication du Haut Comité à la Santé Publique.
L’émergence forte d’un mal-être important
• Plusieurs brouillages qui n’aident pas à la prise de conscience publique
Le premier tend à stigmatiser les jeunes des quartiers d’habitat social en sur-médiatisant les phénomènes de violence et de délinquance spécifiques à ces territoires.
Le second fait du personnage de l’adolescent violent, délinquant, incontrôlable, la figure emblématique de la jeunesse en difficulté, jeunesse perçue comme plus dangereuse qu’en danger.
Le troisième ne laisse entrevoir des phénomènes d’errance que la partie la plus visible, celle des groupes de jeunes squattant avec leurs chiens les espaces des centres villes, masquant du même coup la réalité plus complexe et plus diffuse des décrochages adolescents.
• Un enjeu pour le travail social
Ces évolutions élargissent la problématique de la jeunesse en difficulté en introduisant de nouvelles dimensions : celle du décrochage, de l’esquive, de l’évitement, de la fuite et non plus seulement celles de l’opposition, de l’affrontement, de la violence et de la délinquance.
Dans un contexte social, institutionnel et politique qui concentre ses préoccupations et ses moyens prioritairement en direction de la délinquance, identifiée comme facteur principal du sentiment d’insécurité, il devient urgent de faire reconnaître la réalité et la complexité des situations de risques pour les nouvelles générations.
Une proposition de mobilisation professionnelle
• Une rencontre nationale
Nous nous proposons d’organiser ensemble fin 2003 ou début 2004 une rencontre nationale à forte visibilité. Nous nous donnons deux objectifs :
– Faire le point sur les constats et les analyses des acteurs de terrain relatifs aux nouveaux comportements adolescents à partir de diverses situations professionnelles : accueils festivaliers, prévention spécialisée, animation socioculturelle, maisons d’enfants à caractère social, services de milieu ouvert…
– Confronter ces constats à des études et recherches effectuées par différents chercheurs, et aux orientations des politiques publiques.
• Des praticiens à identifier
À partir des réseaux de l’Unasea, de la Prévention spécialisée, des Ceméa, de la PJJ, et avec l’appui de la presse professionnelle.
• Un comité scientifique
Ce comité est constitué de :
Virginie Halley des Fontaines, maître de conférence en santé publique, praticien hospitalier, chargée de l’espace accueil-prévention du projet « maison de l’adolescent » à l’AP-HP Paris.
Thierry Goguel d’Allondans, docteur en anthropologie, formateur de travailleurs sociaux.
Serge Lesourd, professeur de psychopathologie de l’adolescent, psychanalyste.
• Des préconisations
Les échanges entre professionnels et les croisements avec les acquis des recherches permettront de formuler des préconisations appuyées sur les nouvelles réalités mises à jour.
CONTACTS
UNASEA : Gilles Moncoudiol. ADSEA de la Drôme, Espace du Parc, rue Mozart, 26000 Valence. Tél. : 04 75 78 53 30, mail : gmoncoudiolprevention26@ hotmail. com
CEMEA : François Chobeaux. CEMéA, 24 rue Marc Seguin, 75883 Paris cedex 18. Tél. : 01 53 26 24 38, mail : fchobeaux@ cemea. asso. fr
[1]
Selon des critères socioéconomiques ou autres indicateurs classiques de l’action sociale.