VST - Vie sociale et traitements
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I.S.B.N.sans
58 pages

p. 56 à 56
doi: en cours

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Humeur

no 80 2003/4

2003 Vie sociale et traitements Humeur

France, terre d’accueil

Le Petit Étampois
Un de mes bons amis auquel ses fonctions et sa pratique auprès des toxicomanes permettent de connaître des aspects les plus secrets de l’activité de nos administrations tutélaires m’a ainsi apostrophé l’autre jour :
– Connais-tu le dernier exploit du docteur X… ?
– Non, lui répondis-je sur le champ, car mon départ à la retraite, pour tardif qu’il fût, ne me permet plus d’entrer dans les confidences des hautes sphères.
–Dans ces conditions, poursuivit-il, je m’en vais te conter une anecdote croustillante.
Et de me rappeler d’abord quelques bénins attendus de la loi récemment concoctée, après mûre réflexion, par notre respectable, ubiquitaire, talentueux, sémillant, vibrionnant (et je pèse mes qualificatifs) ministre de l’Intérieur. Elle prévoit, à propos des « sans papiers », demandeurs d’asile, apatrides et autres engeances, qu’ils peuvent à bon droit être renvoyés manu militari dans leurs foyers pour peu que le lieu où ils résident soit un tantinet en sécurité et qu’ils puissent y trouver aide, assistance et réconfort auprès de leurs instances locales.
Le docteur X., médecin inspecteur de la DDASS de notre hospitalier et accueillant département sud-francilien, ayant dûment absorbé et digéré la substantifique moelle de ce texte immortel, se livra à une exégèse éminemment personnelle et en déduisit finement que ces attendus étaient fort sages, appliqués à la racaille allogène qui vient indûment manger le pain de nos Arabes et qu’il était possible, pertinent et du meilleur goût de l’étendre à ceux qui, parasitant le merveilleux système de santé que le monde entier nous envie puisque l’OMS elle-même l’a décrété le meilleur, viennent très abusivement et, en toute immoralité et impunité, creuser le trou déjà insondable de notre Assurance Maladie que le monde entier nous envie.
Fort de cette lecture très personnelle mais néanmoins irréfragable, il ne manqua pas de passer à l’acte dès que l’occasion s’en présenta. Il se trouve qu’une dizaine de métèques étrangers, à la carnation variée, demandaient le renouvellement d’une carte de séjour qu’une administration trop libérale sinon laxiste leur avait allouée pour des motifs prétendument sanitaires. Ils ne résidaient il est vrai en France que depuis 10 à 15 ans à peine, étaient tous, administrativement parlant, en situation régulière, et, tous aussi, séropositifs HIV, sous bi ou trithérapie, pris en charge et suivis par des associations spécialisées.
Ayant longuement scruté la planisphère et recueilli les informations idoines, notre médecin de Santé Publique ne manqua pas de s’apercevoir que, dans toutes les nations dont ils provenaient (Uruguay, Algérie, Malaisie, Mali, etc.), il existait au moins un hôpital où ils pourraient se procurer les médicaments nécessaires à leur survie. Peu importait en l’occurrence que ladite institution fût située à quelques centaines de kilomètres de leur lieu de résidence, le fait était là et bien là, lumineux et incontestable : ils pouvaient trouver sur place (c’est-à-dire sur leur territoire national) les produits leur permettant de se traiter.
D’où cette décision frappée au coin du bon sens le plus évident : pas question de renouveler leur carte de séjour, il fallait les expulser au plus vite par charter spécial.
On se demande bien pourquoi, m’a confié mon ami, deux associations spécialisées dans le Sida crient au charron, remuent ciel et terre, font des pieds et des mains pour avoir la peau de ce pauvre médecin qui, somme toute, n’a jamais fait que son devoir en son âme et conscience et auquel on devrait bien plutôt décerner à tout le moins l’Ordre National du Mérite, les Palmes Académiques ou le Mérite Agricole. Car n’était-il pour lui devoir plus sacré que de contribuer, si peu que ce fût (mais on sait bien que les petits ruisseaux font les grandes rivières), au comblement du gouffre abyssal de la Sécurité Sociale que le monde entier nous envie (la Sécurité, par le trou…) et que des allogènes de tout poil et de toutes couleurs viennent sans cesse approfondir…
On disait naguère : France, terre d’asile, terre d’accueil… C’est toujours vrai : nous continuons à être infiniment accueillants, pour peu que ça ne dure pas trop longtemps. Quant à nos asiles, ils sont pleins, on le sait.
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