VST - Vie sociale et traitements
érès

I.S.B.N.sans
58 pages

p. 6 à 7
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

Bloc-notes

no 80 2003/4

2003 Vie sociale et traitements Bloc-notes

Le bloc-notes

J. Ladsous Est Vice-président du Conseil supérieur du travail social
 
Pleins feux sur les usagers
 
 
Que l’on aime ou non cette expression d’usagers, elle s’inscrit dans un rapport au service public qui nous concerne tous. On est « client » dans un organisme marchand où l’on sollicite un service ou un produit moyennant finances. On est usager d’un service que vous doit l’État protecteur en tant que citoyen, parce que votre situation nécessite son engagement auprès de vous, par solidarité nationale. C’est le principe de réciprocité introduit par J.-J. Rousseau dans le Contrat social.
Cette notion est aujourd’hui en plein débat puisque la loi du 2 janvier 2002 l’a remise au cœur de l’action sociale, compte tenu des dérives dans lesquelles cette dernière s’est parfois laissée aller. Elle au cœur des réflexions de Marcel Jaeger, et Jean-François Bauduret dans le livre intelligent et positif dont nous avons rendu compte (Rénover l’action sociale et médico-sociale. Histoires d’une refondation, Dunod, septembre 2002).
Elle est au centre de la mission donnée à l’un des groupes de travail du Conseil supérieur du travail social, groupe que je préside et qui se doit d’examiner concrètement l’effectivité de la mise en actes des principes réaffirmés par la loi et d’éclairer la manière dont le travail social s’en empare. Quelles sont dans la pratique les conditions d’exercice qui permettent une prise en compte réelle de la parole des usagers et de leurs choix ? Comment la relation contractuelle peut-elle se construire pour favoriser la participation des personnes ? Avec quelle efficacité ? Quels en sont les freins ? Quelles en sont les limites ? Quels ajustements et modifications induisent-elles sur le plan :
  • de l’organisation et des modes de fonctionnement des institutions, établissements et services,
  • des méthodes d’intervention et des pratiques professionnelles à tous les niveaux,
  • de la responsabilité professionnelle,
  • des moyens mis à disposition des équipes,
  • des évaluations,
  • de l’adaptation des formations initiales, permanentes et supérieures ?
Ce que nous avons commencé à faire en étudiant des expériences, et en travaillant les notions de contrat, de contrainte, de consentement…
Elle est présente au sein des Universités d’ATD quart monde où se croisent les savoirs des universitaires, des professionnels, et des usagers dans la réciprocité d’un enseignement dont nous sommes tour à tour bénéficiaires ou dispensateurs (cf. Lien Social n° 683, octobre 2003).
Elle est l’objet de confrontations multiples dans les annotations, dans les services, dans les institutions où l’on se propose de rendre effectifs les principes édictés par la loi.
Mais attention, il ne s’agit pas d’un mot magique qui transformerait du jour au lendemain les relations entre les professionnels et les usagers. Il s’agit d’une démarche en profondeur qui doit progressivement mettre à l’aise les uns comme les autres. Et c’est là que la manière de faire des Ceméa a toute sa place. Ne nous leurrons pas. Les professionnels ont sur le plan de la parole une supériorité manifeste parce qu’ils la pratiquent à longueur de journée, qu’elle est l’instrument premier de leur action. Pour que d’autres la prennent, il faut trouver à l’expression d’autres moyens que la parole en direct. J’avais souhaité que le 2e forum « pour une politique citoyenne de santé mentale » qui s’est tenu à l’Hôtel de ville de Paris les 21 et 22 octobre sous la responsabilité principale d’Advocacy-France, et de Santé Mentale Europe, mette en place des ateliers où les autres moyens d’expression que sont la musique, la peinture, le théâtre, le rythme, le mime, le rap, etc. puissent être expérimentés. Ce fut chose faite, et ce qui s’est ainsi manifesté ne manque ni de vigueur, ni de pertinence. Mais cela eut un autre avantage : ainsi libérés de leur sentiment de n’avoir pas accès au dire, le dernier débat collectif fut d’une grande richesse d’intervention, ce qui laisse présager des apports aux États généraux du social.
Mais on peut aussi trouver d’autres exemples autour des fêtes – le foyer de vie La Plaine à Aubergenville pratique cette participation active des résidents à la mise en place de festivités auxquelles les familles sont invitées : un moment où se partagent victuailles, jeux, parcours et représentation. Je dis « se partagent » parce qu’il y a là des aides réciproques et une joie commune. Parce que ce partage a eu lieu, professionnels et familles peuvent ainsi partager la parole, les observations, les recherches pour faire mieux encore ensemble. Invité à un débat, j’ai pu le synthétiser autour des résolutions suivantes :
  • il n’y a pas identité mais complémentarité des rôles entre familles et professionnels,
  • les instruments de communication qui existent sont modernes, mais ils peuvent être améliorés,
  • les parents se réjouissent de l’existence des institutions qui leur permettent de ne pas être usés par la présence permanente de leurs enfants, et les rendent plus disponibles lorsqu’ils les reprennent,
  • dans cette communauté d’action les adultes ainsi pris en charge trouvent sourire et joie. (23 octobre).
 
Décentralisation : phase 2
 
 
Voilà encore quelque chose qui fait parler, ce fut l’objet d’une large discussion au cours de la dernière réunion du Conseil supérieur du travail social (10 octobre) où furent posées de nombreuses questions autour du projet de loi relatif aux responsabilités locales, tel qu’adopté par le conseil des ministres le 1er octobre.
Le nouveau directeur général de l’Action sociale, M. Trengoat, qui fut présent toute la journée, s’est exprimé sur ce point avec des accents de conviction. Il a montré qu’il y avait une certaine logique dans les propositions, mais il a affirmé qu’il ne laisserait pas s’installer un désengagement de l’État, que ses services étaient là pour veiller à l’unicité de la formation (qui n’est pas l’uniformité) et à la validité égale des diplômés professionnels sur l’ensemble du territoire. Il a pris acte des observations formulées par les uns et par les autres, et il s’est engagé à revenir devant nous au prochain Conseil pour faire le point sur cette question.
C’est qu’en effet la phase 1 de la décentralisation n’est pas sans avoir créé l’ensemble du territoire des flottements qui paraissent mettre en cause le principe d’égalité. Les positions, selon les endroits, sont assez controversées. Il était légitime que le Conseil s’en inquiète. Il est et reste légitime que le Conseil se demande ce qui va rester du Schéma national des formations qu’il a approuvé. Nous continuerons à suivre de près cette question.
© Cairn 2007 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
À propos | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis