VST - Vie sociale et traitements
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I.S.B.N.2749202973
112 pages

p. 7 à 8
doi: en cours

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Bloc-notes

no 81 2004/1

2004 Vie Sociale et Traitements Bloc-notes

La fin et les moyens

Jacques Ladsous
Les travaux autour de la loi du 2 janvier 2002 sont nombreux et diversifiés. Tout le monde se félicite de la place donnée aux usagers et de la nécessité de les mettre dans le coup des propositions d’aide et de soutien qui peuvent leur être faites. Mais les recommandations de la loi posent un certain nombre de questions que seule une volonté politique allant au-delà des intentions peut aider à résoudre.

Exemple : la tutelle, aussi bien celle concernant les prestations sociales à l’enfant et à la famille que celle concernant les majeurs protégés. Être à l’écoute de la personne : bien sûr, disent ceux et celles qui ont en charge ce travail, mais comment les rencontrer lorsqu’on à la charge de 90 à 95 dossiers ? Comment faire autre chose que de gérer leurs biens et leurs intérêts matériels ? Si l’on veut pouvoir aller plus loin, et il le faudrait, le nombre de dossiers attribués à chacun doit laisser de l’espace pour la rencontre, la relation, le choix des priorités, etc. C’est le but des réunions qui ont eu lieu dans ce secteur en novembre. « Nous voulons bien être de vrais acteurs sociaux, disent les intéressés, mais il faut que nos services puissent se gérer différemment. »

Exemple : la communication des dossiers aux intéressés. Bien sûr, disent les professionnels de l’action sociale, avec les magistrats et les médecins, réunis à Moulin, début décembre, mais si l’on veut éviter les incompréhensions, les inquiétudes, les violations du secret, il faut pouvoir prendre le temps. Peut-être dissocier le dossier de la personne, des notes confidentielles qui peuvent être remises pour une meilleure élaboration du diagnostic. Peut-être apprendre à écrire autrement pour éviter les jargons ténébreux qui donnent l’impression de messages codés inaccessibles à ceux qui seraient les premiers intéressés. Surtout, éviter que cette distinction soit à l’origine de nombreux imbroglios judiciaires qui deviendraient porteurs de malentendus et de suspicions « illégitimes » entre les intéressés et ceux qui ont pour fonction de les aider. Dire la vérité, oui ! Encore faut-il savoir comment la dire.

Exemple : la prévention spécialisée. Comment concilier la nécessaire discrétion qui permet le contact, et l’établissement d’une relation de confiance, avec les injonctions des lois en préparation sur la nécessité de partager les informations avec les services de police et de sécurité ? C’est la question qui se débat en plusieurs endroits, et qui faisait l’objet par exemple de la discussion autour du 25e anniversaire de l’association « À travers la ville », à Aubervilliers. À moins de considérer qu’il y a des jeunes non amendables (et à ce moment-là, que prévenir ?), à l’image de certaines idées du début du siècle dernier avec « le criminel-né » (Lombroso). Il faut lutter contre des collaborations qui deviendraient des complicités et des trahisons, au profit de rapports qui peuvent être corrects et respectueux des rôles des uns et des autres. Non, les travailleurs sociaux ne font pas du contrôle social. Ils sont là pour aider ceux que les circonstances ont conduits à la marge, à travers une place dans une société, à laquelle ils appartiennent. Au ministère de l’Intérieur, un certain travail (et il est sans doute nécessaire), au ministère de la Solidarité, la relation d’aide et le travail éducatif.

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Sur tous ces sujets, les réflexions sont nombreuses, éclairées par les quelques axes que l’association 7-8-9, lors des États généraux du social, est en train d’extraire des communications qu’elle reçoit, et des travaux auxquels ses militants sont associés. À Lyon, deux écoles de travailleurs sociaux (assistants de service social et éducateurs) ont consacré deux jours à une réflexion en profondeur sur les mutations sociales auxquelles nous sommes confrontés. Nous savons que ces problèmes ne sont pas faciles à résoudre : raison de plus pour chercher ensemble des solutions conformes à nos engagements et aux exigences éthiques de nos professions. Il est bon que des professionnels en formation se posent ces questions, sans prendre parti dès le départ pour le conformisme et l’à-peu-près. Le dernier livre de René Lenoir [1] nous demande de ne jamais cesser de réfléchir sur le sens du l’action. Nous ne demandons pas autre chose que des travailleurs sociaux, véritablement engagés et capables de faire entendre une voix, à côté de celle des usagers, comme a si bien su le faire, fin octobre, Advocay France, au cours du forum à l’Hôtel de ville de Paris, en collaboration notamment avec les Ceméa. Mais il faut inventer des modes de communication, il faut une volonté, et aussi du temps et des moyens.
 
La vie… et la mort
 
 
À la douleur d’avoir perdu mon fils dans les derniers jours d’octobre 2003 s’est ajoutée la réflexion sur la mort du jeune homme hospitalisé à Berck et qui avait sollicité la grâce de mourir, et celle continuée à Troyes, à la demande de Daniel Terral.
Oui, la mort est inéluctable, elle fait partie de nos trajectoires de vie dont certaines s’arrêtent trop tôt et injustement, alors que d’autres se prolongent, au détriment parfois de ceux qui en sont les porteurs. Où et quand commence le droit de s’interroger sur les volontés de chacun ? Accepter est une chose, provoquer en est une autre. Interpréter est toujours difficile. Mais il est une chose possible : c’est de continuer à en parler, inlassablement, sans cesser de remettre en question des certitudes provisoires qui ne sont pas sans doute transmissibles dans une loi. La loi est l’expression d’un moment. Elle ne saurait s’imposer comme une position définitivement arrêtée.
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Et cela pourrait avoir valeur de réflexion à propos du voile. Nous en reparlerons.
 
NOTES
 
[1]R. Lenoir, À la recherche du sens perdu, Paris, Michalon, 2003.
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