2004
Vie Sociale et Traitements
Ça bouge
Un foyer d’hébergement pour adultes handicapés psychiques
Anne-Marie Leyreloup
Infirmiers et cadres de santé d’un secteur de psychiatrie parisien, nous avons visité la structure d’hébergement de l’alve (Association des lieux de vie essonniens) située à Juvisy (91). Nous avons été reçus par Alain Darbas, directeur de l’établissement.
L’alve est une association loi 1901, née à l’hôpital Barthélémy-Durand à Étampes, de la volonté conjointe d’infirmiers et de médecins en collaboration avec l’unafam. La structure de Juvisy est la première acquisition de l’association. Elle accueille quatorze résidents.
Les résidents viennent de trois secteurs de l’hôpital psychiatrique d’Étampes. Chaque candidature nécessite une décision d’orientation de la cotorep. La plupart des personnes ont un long passé psychiatrique en institution (pour l’un d’entre eux une quarantaine d’années). Le centre d’hébergement est un hébergement social, les soins sont assurés par les secteurs de référence : cmp pour les consultations et vad si cela s’avère nécessaire sur ce lieu de vie.
Les personnes accueillies sont placées dans un cadre qui a une préoccupation éducative, elles sont donc susceptibles d’évolution. Les possibilités d’acquisition de moyens de vie autonome peuvent être très lentes, et pour certains résidents, ce lieu de vie peut être définitif.
Les locaux sont situés dans un ancien immeuble qui abritait auparavant une maternité, puis un centre des assedic dans un quartier pavillonnaire et central.
Le bâtiment a été entièrement rénové et repensé par l’équipe et l’architecte selon les besoins des personnes. Chaque résident bénéficie d’une chambre individuelle spacieuse et confortable, et d’une salle de bains.
Au rez-de-jardin, une salle de restauration avec bar, un espace fumeur, une buanderie et le jardin. Au rez-de-chaussée, une salle de télévision, une salle de jeux et des bureaux administratifs.
Le cadre environnemental est étudié avec beaucoup d’attention et de respect pour la personne accueillie. Les matériaux choisis vont dans le sens d’un grand confort, et non pas d’une simplification pour l’entretien comme nous pouvons le rencontrer dans nos institutions. Les chambres sont moquettées et personnalisées. Les noms des personnes sont inscrits sur leur porte. La chambre est un espace privatif (le budget du mobilier intérieur est amorti sur cinq ans, ce qui autorise un réel maintien de qualité du lieu). Cela dit, après un an de fonctionnement, la structure n’a pas connu de dégradation, ce qui nous apparaît comme un bon indicateur d’un respect de l’espace, voire d’un plaisir à vivre.
Le fonctionnement de la structure est financée par le conseil général de l’Essonne, une somme est automatiquement retirée sur l’aah pour ceux qui en bénéficient. Il reste aux résidents une somme de 230 euros par mois pour leurs dépenses personnelles.
Les résidents n’interviennent pas dans le paiement de leur loyer, excepté pour deux personnes qui ne sont pas des majeurs protégés.
L’argent personnel n’est pas géré par l’équipe sauf si la personne en fait la demande. Dans ce cas, des sommes sont mises sous enveloppe et reprises quand la personne le souhaite.
Au départ, quelques difficultés ont surgi (dépenses des 230 euros en quelques minutes). Mais cela n’a pas fait l’objet de mesures contraignantes. L’équipe a laissé la place aux résidents pour la régularisation de leurs dépenses et/ou à la demande d’aide personnalisée. Chacun a su trouver ainsi la solution à son problème.
Des activités se mettent en route progressivement mais chacune (jeux, décoration de bâtiment…) se fait quand le désir s’exprime. La vie au foyer est organisée de façon communautaire autour de la vie collective.
L’équipe est très vigilante sur le rythme d’installation des résidents, sur leur intégration.
L’ambiance générale est apaisante, chaleureuse, conviviale : pas d’errance, pas de tensions apparentes. Nous avons l’impression d’être en contact avec des sujets et non pas avec un groupe homogène de patients. Les singularités apparaissent.
Les repas sont pris en commun. Au départ, ceux-ci ne duraient que cinq minutes, puis le temps s’est allongé. La convivialité entre les résidents est manifeste. L’équipe référente partage ses repas avec les personnes accueillies.
Le dernier projet de cette structure a été l’ouverture de trois places temporaires. Il s’agit de places offertes à toute personne demeurant dans le département et souffrant de troubles psychiques. Les places sont là pour soulager ou aider les familles, et éviter ainsi des hospitalisations qui n’auraient pas de sens, ni de nécessité de soins en milieu hospitalier. Cette proposition est expérimentale. La durée du séjour dans ce cadre spécifique sera d’une à trois semaines.
Trois autres structures de dix-neuf places chacune, dépendant toujours du chs Barthélémy Durant, vont être ouvertes. Elles dépendent d’autres secteurs et se situeront dans les communes de Brétigny, Étampes et Orsay. Deux d’entre elles sont des constructions neuves.
L’équipe actuellement en poste à Juvisy assurera un relais pour les nouvelles structures. Actuellement, une des personnes en poste prendra le poste de direction, et le directeur assurera l’ouverture de la prochaine unité ainsi que la mise en place de son fonctionnement.
Après un an de fonctionnement, ce type de structure d’hébergement a rempli son rôle. Il a autorisé une réelle insertion des personnes dans la ville. Les résidents sortent régulièrement, ils semblent avoir pris des habitudes dans la communauté : relations avec les commerçants, les restaurants, le collège voisin… Autant d’habitudes constructives en termes d’identité et de socialisation. Le choix d’implantation du lieu de vie à proximité du centre-ville est évidemment important pour la fréquentation des équipements communaux et associatifs.
Après un an de fonctionnement un seul résident a dû être réhospitalisé.
La veille sanitaire est nécessaire du fait que les résidents sont d’anciens patients psychiatriques stabilisés mais pour lesquels une rechute ou un mal-être passager ne peuvent être exclus.
Constitution de l’équipe :
- 1 directeur (ancien infirmier psy) ;
- 1 comptable (pour les 4 structures) ;
- 1 infirmier (veille sanitaire) ;
- 3 animateurs socioculturels (1 référent par secteur) ;
- 3 agents de service intérieur ;
- 2 surveillants de nuit ;
- 1 secrétaire ;
- 1 emploi jeune ;
- 1 cuisinier faisant également fonction d’agent technique.
Chaque structure possède un véhicule neuf de 10 places et un véhicule neuf de 5 places.