2004
Vie Sociale et Traitements
Le gôut des mots
Marionnettes et pantins
Vincent Pachès
Annick Drogou
Agrégée de grammaire
Dites, je vous aime.
Vous serez surpris, étonné, agacé, ému, indigné, aux anges et que le reste aille au diable. Les mots n’ont qu’à bien se tenir, sans quoi les sentiments vont les déborder. Une seule énigme subsiste, qui va trahir l’autre !
Cesse donc de faire le mariol(le) ! Ce candidat politique est une vraie marionnette !
Mais où va donc se nicher la piété mariale ?
La marionnette est originellement une image de la Vierge Marie, une monnaie à son effigie, une statuette bien attifée dans les processions de l’Assomption, mais far le Marie n’honore guère l’innocent, la sainte-nitouche, singe de piété avec son masque de dévotion.
L’argot alourdit la critique, faire le mariol, le fanfaron, le malin.
Même péjoration pour la marionnette. Les Vierges votives ornaient cortèges et pardons, dans la pompe théâtrale des Mystères. Simple objet de piété populaire, la poupée nommée marionnette n’en était que la pâle réduction, dans des manifestations plus triviales. Cette humble Vierge en devenait-elle plus familière, plus abordable, plus indulgente ?
Elle s’est ensuite laïcisée dans les spectacles forains, sous divers prénoms, issus des figures emblématiques de la verdeur populaire.
Le Lyonnais Guignol, le chignol, celui qui guigne et cligne de l’œil, balourd, mais héros vengeur des petites gens.
Polichinelle, Napolitain timide et maladroit annexé par la commedia dell’arte, puis fanfaron grotesque de la tradition française.
Un amusant retournement sémantique a mis à mal la pureté mariale des origines, puisque avoir un polichinelle dans le tiroir avoue la perte patente de la virginité pour une fille enceinte…
Évolution révélatrice : dans le vocabulaire artisanal et maritime, la marionnette désigne, dans des fonctions différentes, l’objet qui bouge, s’agite, vire sur lui-même, navette de tisserand, jeu de poulies pivotantes sur un bateau. Comme un déni à la stabilité ou l’immobilité.
Même inconsistance de personnalité dans ce champ lexical : le pantin, petit jouet de carton colorié animé par des fils, à la mode dans le Paris du xviiie siècle, dont la gesticulation a même inspiré les révolutionnaires de 1793, qui y voyaient déjà l’homme politique ridicule et versatile.
Ou encore le fantoche, marionnette italienne qui représente le personnage inconsistant, incohérent et balbutiant, comme l’infans latin dont il est issu, tout jeune sauvageon qui ignore encore le langage, au sens propre.
Marionnettes ils sont tous. L’inconscient collectif a parfois de ces vengeances…
Le pantin
Puisque la vie ne tient qu’à un fil
Il sait se découvrir.
Sur la pointe des pieds, il caracole.
Il escalade le vide pour tomber en héros.
S’élance comme un crapaud
Pour s’accrocher à des branches invisibles.
Les bras ballants, la tête lasse,
Il traîne, aux mêmes lendemains.
Vincent Pachès