VST - Vie sociale et traitements 2005/1
VST - Vie sociale et traitements
2005/1 (no 85)
152 pages
Editeur
I.S.B.N. 2749204461
DOI 10.3917/vst.085.0007
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Bloc-notes

Vous consultezUne année nouvelle

AuteurJacques Ladsous du même auteur



Et si, pour une fois, mon bloc-notes contenait des vœux : ceux que je forme pour tous ceux que je rencontre, oits de l’homme ceux que je formule pour l’avenir des idées que je défends avec beaucoup d’autres, au nom des valeurs républicaines, au nom des dret du citoyen.

2 Être citoyen : c’est être membre d’une nation, s’intéresser à ce qu’elle produit, à la manière dont elle s’occupe à travers ses responsables, tant élus qu’administratifs, de tous ceux dont elle a la charge, les faibles comme les forts, ceux qui n’ont pas grand-chose, comme ceux qui ont beaucoup, les malades comme les bien-portants, dans la recherche d’une égalité fraternelle qui ne souffre pas les privilèges. C’est être capable d’analyse et d’en tirer des compliments comme des remontrances. Le citoyen n’est pas celui qui laisse tout passer dans une soumission à ceux qu’il a désignés. C’est celui qui ose parler, il paraît qu’aujourd’hui ce serait devenu indécent. C’est ce qu’affirme le Journal de l’Action sociale, en censurant mes propos. Mais si ce magazine contribue au règne de la pensée unique, heureusement d’autres journaux sociaux existent et se montrent plus capables de critiques et de propositions[1] [1] Citons entre autres adh, Lien social. ...
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. Je leur souhaite longue vie, et persistance dans cette attitude qui nous aide à réfléchir et à cheminer.

3 Être citoyen : c’est connaître. Et pour connaître, il faut savoir s’informer, se former, se tenir au courant de l’évolution des lois, parallèlement aux évolutions de la société, se tenir au courant des anniversaires. Ce n’est pas parce qu’il y a la loi du 2 janvier 2002, et tout ce qu’elle nécessite comme intérêt, comme résistance, qu’il faut oublier la loi de 1984, dont on a fêté le vingtième anniversaire en 2004, sur les droits des familles, dans l’éducation de leurs enfants, les lois de 1975, dont on va fêter le trentième anniversaire, et qui dénotaient un intérêt nouveau pour ceux que les aléas de la vie ont handicapés, et dont le souhait est bien d’être reconnus comme citoyens à part entière, même quand leur état nécessite protection et soutien. De même, la recherche d’une certaine cohésion sociale, certainement indispensable, ne doit pas nous faire oublier les obligations qui résultent de la loi de juillet 1998 à propos de l’exclusion.

4 Être citoyen : c’est non seulement penser, et connaître, c’est aussi oser écrire ; j’aime qu’un certain nombre d’équipes s’intéressent à leur écriture, et s’efforcent de quitter le style administratif pour raconter ce qu’elles font, la vie des gens qu’elles sont amenées à rencontrer.

5 J’aime que ces personnes aient le courage de le traduire dans des livres, dans des brochures, dans des vidéos, qui donnent à voir et entendre que la vie de tous les jours n’est ni banale ni ordinaire ; elle est pour ceux qui la vivent une aventure permanente dont nous sommes les témoins, les acteurs aussi, interpellant ceux qui se contentent de passer leur temps sur les occasions manquées de leurs rencontres, de leurs projets. À tous ceux qui se lancent dans cette aventure de l’écriture, je souhaite bon vent. Et s’ils étaient à court d’adresses, je me permets de leur rappeler qu’une de nos collaboratrices de la revue conduit des ateliers de ce genre[2] [2] Cf. Danielle Marty, La Pierre à feu, 24, rue Saint-Quentin,...
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.

6 Être citoyen : c’est aussi se souvenir des horreurs dont les hommes, nos frères, sont capables et se rendent coupables. Le souvenir anniversaire de la délivrance d’Auschwitz est un devoir de mémoire qui devrait permettre aux hommes de rompre avec des pratiques déshonorantes.

7 En ce sens, le révisionnisme est un crime contre l’humanité. Mais ne soyons pas hypocrites. Je ne partage certes pas les idées de Le Pen, mais quand il dit que les soldats allemands n’étaient sans doute pas aussi sauvages qu’on le dit, il n’a peut-être pas si tort lui qui, soldat français en Algérie, n’a pas hésité à pratiquer la torture. J’ai vu de mes yeux les soldats de mon pays mettre le feu à cent villages où vivaient des enfants et des femmes. J’ai lu tout ce que la guerre d’Irak a produit comme atrocités de la part de Britanniques et d’Américains, j’ai accueilli une jeune fille tchétchène violée par les Russes. C’est la guerre qui transforme les hommes de toutes les nations en brutes sanguinaires qui se régalent de fouler aux pieds l’intégrité des ennemis, intégrité physique, intégrité psychique. Je me rappelle cet interrogatoire de deux policiers de la dst, me racontant par le menu les soi-disant frasques de ma femme avec des Arabes, pour me faire craquer. Il faut une forte dose d’amour pour pouvoir résister. Prenons la mesure de nos propres turpitudes. Puissent mes frères, les hommes, comprendre que rien de cela ne peut être toléré.

8 Être citoyen : c’est aussi avoir envie d’une meilleure compréhension sociale, d’une pauvreté jugulée, d’un meilleur équilibre entre les pays développés et les autres, d’une politique sociale digne de ce nom, et ne cherchant pas seulement à réparer par des dispositifs des injustices et des inégalités criantes. C’est avoir envie, mais c’est aussi agir. Avoir de bonnes pensées, c’est bien ! Mais s’engager dans des associations, dans des collectifs, dans des responsabilités qui contribuent à faire que les droits des uns et des autres soient respectés, aider à mettre dans ces actions de la cohérence et de la coordination, sans souci de compétition, non pas pour être le meilleur, mais pour participer, ne pas être passif, ni indifférent c’est encore beaucoup mieux !

9 Le civisme fait partie des valeurs qui, à côté de nous, laissent à l’autre toute sa place. Ce que la démarche des états généraux a produit, ne le laissons pas en friche. Cultivons-le, entretenons-le, développons-le. Il faut que le grain meure pour que germe l’autre. Il fallait que « 7.8.9 » meure pour que se livrent d’autres entreprises qui seront le creuset d’une millième conscience sociale.

 

Notes

[ 1] Citons entre autres adh, Lien social.Retour

[ 2] Cf. Danielle Marty, La Pierre à feu, 24, rue Saint-Quentin, Paris 10e.Retour


POUR CITER CET ARTICLE

Jacques Ladsous « Une année nouvelle », VST - Vie sociale et traitements 1/2005 (no 85), p. 7-8.
URL :
www.cairn.info/revue-vie-sociale-et-traitements-2005-1-page-7.htm.
DOI : 10.3917/vst.085.0007.