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VST - Vie sociale et traitements

2005/2 (no 86)

  • Pages : 176
  • ISBN : 274920447X
  • DOI : 10.3917/vst.086.0116
  • Éditeur : ERES


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Pour quelles raisons ai-je choisi d’écrire cet article ?

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Je pense que les personnes âgées ont un passé, qu’elles savent beaucoup de choses grâce à leur maturité et à leur âge.

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« Durant les siècles derniers, les vieux étaient considérés comme des sages, avec un grand savoir, qu’il fallait écouter et respecter. »

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Durant mon enfance, j’ai toujours eu une éducation basée sur le respect des « plus âgés que moi », personnes aujourd’hui disparues et dont les conseils étaient écoutés attentivement par le reste de la famille. J’ai gardé cette image de la personne âgée, c’est pourquoi le manque de respect envers elles me touche plus que d’autres problèmes.

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Mais, en fin de compte, qu’est-ce que le respect ? Ce terme est utilisé maintes et maintes fois, dans diverses situations. La définition est la suivante : « Respecter une personne âgée, c’est prendre en compte sa vie passée, présente et future ; ce n’est pas voir uniquement ses défauts mais aussi ses capacités : c’est tolérer sa présence, peu importe le moment. La personne âgée dépendante est plus fragilisée que la personne indépendante, par le fait qu’elle a toujours besoin d’une tierce personne pour accomplir les gestes de la vie quotidienne. Ce dernier individu va en permanence pénétrer son intimité, cela peut être une situation humiliante, le respect est alors d’autant plus important ! »

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Le terme de dépendance est également très relatif, cela pourrait être la conséquence d’une accumulation de troubles divers, malgré tout, ce mot est défini ainsi : « incapacité d’accomplir au moins trois actes de la vie courante [1]   Les cahiers de l’infirmière, octobre 2001, « Soins... [1]  ».

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La situation que j’ai choisi de décrire se passe dans une institution médicalisée : ayant également travaillé en secteur libéral, et ceci pendant deux ans, je n’ai jamais constaté un manque de respect envers la personne âgée, que ce soit par sa famille ou par le personnel qui la prenait en charge.

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Ainsi, pour tenter de comprendre les raisons pour lesquelles un soignant peut manquer de respect envers une personne âgée, pour peut-être pouvoir apporter une solution en tant qu’infirmier, mon article se présente comme ceci :

  • présentation de la situation et problématique posée ;

  • contexte actuel législatif, place de la personne âgée, formes de maltraitance ;

  • analyse, ou comment cette situation a-t-elle pu se produire ?

  • mon positionnement, les solutions que je pourrai apporter en tant que professionnel, afin d’éviter que cette situation ne se reproduise.

La situation et sa problématique

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Lors de ma troisième année d’exercice professionnel, j’ai travaillé dans un service de long séjour. Dans cet établissement, nous étions en 1978, les locaux étaient vétustes et inadaptés aux situations de dépendance de la personne âgée ; l’ambiance parmi le personnel était maussade, la hiérarchie était très présente entre les médecins, les infirmières et le personnel aide-soignant – agents des services hospitaliers.

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Les différents membres de l’équipe se parlaient très peu, hormis pour les transmissions à propos des résidents et ne mangeaient jamais ensemble.

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À l’époque, les ash effectuaient le même travail que les as ; elles réalisaient les soins de nursing, prenaient les températures, donnaient les médicaments etc. sans pour autant avoir eu la formation requise.

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Après le repas de midi, les as et ash amenaient les personnes âgées aux toilettes. Ce passage était obligatoire, c’est-à-dire que le personnel ne demandait pas à la personne si elle ressentait le besoin d’aller aux wc.

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Le service présentait beaucoup d’agitation ce jour-là, les résidents ne mangeaient pas autant que ce que le personnel espérait ; le matin, il y avait eu du retard dans les toilettes ; beaucoup de bruit pendant le repas ; il faisait très sombre à cause du mauvais temps qui durait depuis plusieurs jours.

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Il y avait alors une dame âgée, je pense de plus de 70 ans, dépendante et démente, dans un fauteuil roulant où elle était attachée par une ceinture abdominale de contention.

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L’ash venait de finir de lui donner à manger ; elle avait plus de 20 ans de carrière dans le même établissement.

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J’ai donc été témoin de cette scène : cette ash, exerçant donc une fonction d’as, assied la dame en question sur les toilettes. Elle attend un moment, moins de cinq minutes en tout cas, puis lui dit : « dépêche-toi de pisser la vieille ! »

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La personne âgée n’a pas réagi, n’a pas uriné, et l’ash lui a remis sa protection et l’a réinstallée sur son fauteuil pour la conduire à la sieste. Ses gestes étaient très rapides, très saccadés aussi.

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Lors de cette interjection, j’étais seul présent dans le couloir et j’observais comment se déroulait ce que l’on appelle : un change ! La problématique de cette scène est le fait que l’ash a manqué de respect envers cette dame dépendante.

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Comment un soignant peut en arriver à dire de telles choses ? Jusqu’à quel point pourrait-il aller ? C’est donc ce que je vais tenter d’analyser.

La législation actuelle concernant les personnes âgées

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Il existe actuellement une Charte des droits et libertés des personnes âgées dépendantes.

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Cette charte a été créée par la Fondation nationale de gérontologie en 1987 et a été diffusée par une circulaire ministérielle en 1996 :

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Certains articles paraissaient importants pour le respect de la personne âgée, les voici :

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« La vieillesse est une étape pendant laquelle chacun doit pouvoir poursuivre son épanouissement :

Article 2 : le lieu de vie de la personne âgée dépendante doit être choisi par elle et adapté à ses besoins. L’architecture de l’établissement doit répondre aux besoins de la vie privée de la personne.

Article 3 : toute personne âgée doit conserver la liberté de communiquer, de se déplacer et de participer à la vie en société. La vie quotidienne doit prendre en compte le rythme et les difficultés des personnes âgées dépendantes.

Article 6 : toute personne âgée a droit à des activités. Développer des centres d’intérêts évite la sensation de dévalorisation et d’inutilité.

Article 9 : la prévention de la dépendance est une nécessité pour l’individu qui vieillit. Aucune personne âgée ne doit être considérée comme un objet passif de soins.

Article 10 : les soins que requiert une personne âgée dépendante doivent être dispensés par des intervenants formés, en nombre suffisant.

Article 13 : toute personne en situation de dépendance devrait voir protéger non seulement ses biens mais aussi sa personne. La sécurité physique et morale contre toutes agressions et maltraitances doit être sauvegardée.

Article 14 : l’ensemble de la population doit être informé des difficultés qu’éprouvent les personnes âgées dépendantes. Ceci est le meilleur moyen de lutte contre l’exclusion [2]   www. ch-tulle. fr [2] . »

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Cette charte donne déjà des pistes de réflexion pour éviter des abus auprès des personnes âgées.

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Un autre article est important : l’article 434-3 du Code pénal qui déclare : « Le fait, pour quiconque ayant eu connaissance des mauvais traitements ou privations infligés à une personne qui n’est pas en mesure de se protéger en raison de son âge, de sa maladie, d’une infirmité, d’une déficience physique ou psychique, de ne pas informer les autorités judiciaires ou administratives, est puni de trois ans d’emprisonnement et de 300 000 F d’amende [3]   www. almafrance. org, « code pénal », 1994. [3] . »

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En 1991, une charte, moins officielle, a été créée spécifiquement pour les personnes âgées dépendantes en institution, par un groupe d’études du service de long séjour du chu de Strasbourg.

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Certains points me paraissent importants :

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« 1. tout résident doit bénéficier de la charte des droits et libertés des personnes âgées dépendantes.

3. comme tout citoyen adulte : la dignité, l’identité et la vie privée du résident doivent être respectées ;

4. le résident a le droit d’exprimer ses choix et ses souhaits.

5. l’institution s’efforce de répondre à ses besoins et de satisfaire ses désirs.

12. le droit à la parole est fondamental pour les résidents [4]  Amyot Jean-Jacques, Risque, responsabilité, éthique... [4] . »

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Mais avant de pouvoir affirmer qu’il y a mauvais traitement sur une personne, il faut en définir le terme. C’est ce que nous allons voir dans le chapitre suivant qui va nous démontrer les différentes formes que le manque de respect envers une personne peut prendre.

Les formes de maltraitance en institution, quelques chiffres

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« En 2002, il y avait 350 000 places dans les maisons de retraite en France, 74 000 places en unité de soins de longue durée ; 4 % des 75-79 ans vivant en institution, 17 % des 85-89 ans et 33 % des 90 ans et plus. Une estimation a été faite, en 2001, près de 5 % de la population âgée de plus de 65 ans subirait des maltraitances [5]   Profession santé infirmière, n° 30, octobre 2001,... [5] . »

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Ce chiffre semble pourtant sous-estimé.

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Un mauvais traitement désigne tous les actes abusifs commis à l’égard d’une personne. L’association française de protection et d’assistance aux personnes âgées estime qu’il existe six grandes formes de violence, en institution on non.

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Mauvais traitements psychologiques :

  • dévalorisation, jugement comme : donner des surnoms (mémère, la vieille, grand-mère…), le tutoiement, faire des remarques sur les visites, culpabiliser la personne, négliger de soulager la douleur malgré les plaintes ;

  • abus d’autorité : prendre les décisions à la place de la personne, mettre systématiquement des bavettes ou une protection à tout le monde, changer la chambre sans demander l’avis, lui dire qu’elle n’a plus sa tête, ne pas respecter le rythme biologique de la personne, les forcer à agir vite, faire des chambres mixtes ;

  • assaut verbal, menace, chantage : provoquer la peur en menaçant d’isolement, agresser verbalement, intimider, traiter la personne comme un enfant ;

  • abus social : ignorer la présence de la personne, la priver de soins et de rôle social, avoir des préjugés ;

  • violence par omission : ne pas tenir compte du vécu de la personne, ne pas tenir compte des habitudes vestimentaires.

Mauvais traitements matériels :

  • vol d’argent, de chèque, escroquerie, réclamation de l’héritage ;

  • soins infirmiers non donnés : non-respect de l’intimité lors du nursing, négliger de faire les soins nécessaires, ne pas répondre aux besoins de la personne, ne pas l’écouter, donner trop de médicaments ou s’acharner dans les soins.

Violence à l’image de soi : infliger des souffrances corporelles, ligotement à un lit ou une chaise, coups et blessures délibérés, assauts graves tels que viol ou meurtre.

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Violation du droit : empêcher une personne d’exercer un contrôle sur sa vie, non-respect des droits et besoins.

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Mauvaises conditions de l’environnement : chauffage inadéquat, suppression des objets personnels, espace mal adapté, lit trop haut, absence de lieu pour recevoir en privé.

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Mauvaises organisations des soins et des services prestataires : règlement sur les heures de lever et de coucher, obligation des repas, prescription inutile de somnifères, laisser au lit la personne toute la journée par le fait qu’il s’agisse d’un dimanche ou d’un jour férié, absences de loisirs et d’activités [6]   www. afpag. org, « La maltraitance des personnes âgées »,... [6] . »

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Alors à quoi sont dues ces formes de mauvais traitements ? Le milieu de la gériatrie serait-il favorable plus particulièrement à ces manifestations de manque de respect ? La place de la personne âgée a-t-elle changée au fil des temps ?

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De nos jours, avec le renouvellement rapide des techniques, les besoins de productivité des personnes toujours accrus, la personne âgée est vite dépassée ; elle n’est plus une référence, un exemple, contrairement aux sociétés passées. Il lui est donné le statut de « vieux » qui a une connotation péjorative. « On n’est plus un citoyen quand on est vieux, on est transparent [7]  Vetel Jean-Marie, responsable du service de gérontologie... [7]  ».

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« En France, on n’aime pas les gens qui ont l’air vieux. Alors qu’ils n’ont jamais été aussi nombreux, les vieillards font peur, parce qu’ils nous forcent à nous projeter dans notre propre vieillissement. Ce qui est demandé aux vieux, c’est de conserver au maximum les attributs de la jeunesse, la beauté, la santé, la forme physique [8]  Puijalon Bernadette, présidente du comité personnes... [8] . »

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Quelquefois, la personne âgée peut donner l’impression de ne pas entendre, de ne plus voir ce qu’il se passe à l’extérieur. La société moderne véhicule des images négatives sur les « vieux », personnes inutiles, acariâtres, avares, grincheuses, égocentriques, rigides…

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Elle donne aussi une image de mort, surtout pour la personne dépendante. Cette symbolique, cette mort est rejetée ; tout le monde doit être jeune, beau et en bonne santé.

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Les « vieillards » ne doivent pas manifester de déchéance, ne doivent pas être trop visibles dans le paysage social, surtout lorsque leurs corps ne correspondent plus aux normes en vigueur.

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L’anthropologue Bernadette Puijalon déclare même que : « Les personnes âgées sont écartées dans des structures ghettos ! On les fait vivre dans une ambiance de pensionnat avec une bouffe de pensionnat ! »

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La société exprime également un refus de voir des individus vieillir, la mode actuelle étant à la jeunesse éternelle. Le « vieux » est représenté par les médias en bonne santé) publicité pour une eau minérale (ou utilisant de la crème de soins pour atténuer les effets physiques du vieillissement. La personne âgée dépendante n’est que l’ombre d’elle-même, elle est presque honteuse, du fait que le monde présent lui reproche sa faiblesse, sa marginalité par rapport aux normes sociales de beauté éternelle.

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Malgré tout cela, depuis 1985, les études, colloques et publications concernant la qualité de vie des personnes âgées en institution se multiplient. Ils témoignent d’une réflexion et d’un regard nouveau sur la place de la personne âgée. Cette évolution est malgré tout très lente car l’image du « vieillard » est ambivalente : il y a le « vieux » respectable, enrichissant, affectueux et puis celui qui est figé, intolérant, vulgaire et agressif.

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Pour finir, voir le texte ci-contre : « Je fus une petite fille heureuse. » C’est l’histoire d’une femme qui vieillit en institution. Il permet de nous apporter une autre vision de la personne qui vit dans un service de gériatrie.

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Ce récit nous ramène à nous poser des questions troublantes : Avons-nous oublié, que nous-même, soignants, allons un jour vieillir également ?

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Pourquoi le respect que l’on doit apporter à toute personne n’a pas été appliqué dans le cas présent ?

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L’analyse tentera d’apporter une réponse à ces questions.

L’analyse

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L’analyse va s’organiser comme ceci : pour qu’un événement ait lieu, il faut des facteurs favorisants. Je vais donc prendre ces derniers un par un et les analyser. Cet écrit aura pour objectif de trouver les raisons pour lesquelles cette situation s’est produite.

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Plusieurs facteurs paraissent importants, comme le travail dans l’équipe, l’épuisement professionnel, le milieu particulier de la gériatrie et l’environnement. Chaque point va donc être repris dans cette partie d’analyse.

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Le travail dans l’équipe

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Les relations dans une équipe, les conditions de travail peuvent avoir une influence sur la qualité de la relation soignant-soigné. Si le soignant se sent respecté, écouté, il renverra au résident une image rassurante de lui-même. Dans la situation présente, l’ash exerçait le même rôle qu’une as.

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Selon les textes législatifs : « les acteurs d’une équipe sont les suivants :

  • le cadre infirmier : les infirmières sont les seules à avoir un rôle défini par les textes (dernier décret du 11 février 2002) ;

  • les as collaborent avec les infirmières qui leur délèguent leur rôle propre ;

  • les ash n’ont aucune formation particulière. Ces derniers ne doivent pas avoir de relation de soin avec les patients. Malgré tout, les ash ont souvent le même travail que l’as, et surtout le week-end, les jours fériés et durant les congés annuels [9]   www. cec-formation. net, « Sévices en institution... [9] . »

En effet, pendant ces jours particuliers, le manque de personnel se fait davantage ressentir. « Selon le gouvernement, 10 000 postes infirmiers seraient vacants ! Cette pénurie, que ce soit en personnel infirmier ou as, est due au départ à la retraite de plusieurs personnes, au passage aux 35 heures, à l’augmentation de l’offre de soins, à l’organisation et à l’augmentation de la population vieillissante, au manque de valorisation de la profession [10]   www. infirmiers. com, « La pénurie d’infirmiers »,... [10] … »

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Un autre élément intervient, dans les services, les plannings sont adaptés pour que, la plupart du temps, chaque membre du personnel puisse prendre au moins un week-end de repos par mois. Il manque déjà des personnels en semaine, ce phénomène est donc accentué en fin de semaine, les jours fériés ou durant les vacances. Selon une statistique, il y aurait « 0,35 agent soignant par place pour des résidents dépendants [11]  « Risque, responsabilité, éthique dans les pratiques... [11] . » Cela semble peu lorsque l’on connaît la charge de travail que représente un résident qui a constamment besoin d’une tierce personne pour l’aider.

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Pour en revenir au texte cité, l’ash n’est pas censé faire partie de l’équipe soignante ni d’avoir de relations de soins directs avec les résidents. Dans la situation présente, l’employé possède une expérience personnelle, vu son ancienneté, qui lui permet de dépasser son niveau de compétences. Mais, pour cet agent, il n’y a pas de textes législatifs qui lui indiquent quelles sont ses compétences propres à son travail. Cela ne lui garantit aucune sécurité juridique en cas de faute. L’amalgame entre le travail de l’as et de l’ash est alors facile à imaginer, surtout lorsqu’il y a un manque de personnel.

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La compétence de cet employé repose alors uniquement sur sa propre expérience ; il réalise de nombreux actes qu’il n’est pas autorisé à effectuer si l’on se réfère uniquement à la législation. Aucune formation ne lui a donc enseigné la manière de gérer des émotions qui sont fortes dans le champ de la gériatrie, de rentrer en relation avec le résident.

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De plus, ce statut est particulier. L’ash avait un rôle soignant mais ne participait pas aux transmissions orales et écrites avec le reste de l’équipe. Cela a pu entraîner une frustration de ce dernier, car il a pu avoir l’impression de ne pas participer au projet de soins du résident, à son bien-être ; de ne pas être écouté, et peut-être même de ne pas être respecté dans son travail.

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Un autre élément, et non des moindres, est à considérer : dans cette situation, l’ash a un salaire inférieur à celui de l’as, alors qu’il réalise le même travail ; cela peut être source d’une grande déception et aussi d’une absence de reconnaissance professionnelle.

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Ensuite d’autres facteurs peuvent être difficiles à gérer pour ce membre de l’équipe, surtout en ce qui concerne les conditions de travail.

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Dans toutes les unités où j’ai exercé, en gériatrie, l’équipe est souvent réduite au minimum. L’as et l’ash sont les membres les plus proches du résident, l’infirmière restant de plus en plus cantonnée au bureau pour effectuer une fonction de secrétariat. Le rôle propre de l’infirmière est peu effectué par elle-même, ce qui va la dévaloriser petit à petit du reste de l’équipe. Il est donc fréquent que, dans un service, les infirmières et les médecins font bloc contre les as et ash. Cela ne contribue donc pas à des relations de travail basées sur le respect de la compétence de chacun. En effet, la deuxième catégorie va reprocher à la première de ne pas les aider, et les infirmières vont reprocher à l’institution de les cantonner à un cadre administratif et dans un rôle de plus en plus technique, le rôle sous prescription.

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Il peut alors y avoir une absence de travail d’équipe, de transmissions orales ou écrites. Le groupe « médical » des infirmières-médecins n’écoutera pas forcément les opinions du groupe « nursing ».

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Le compte-rendu de la Société française de médecine du travail tente d’expliquer ce phénomène : « c’est la violence entre les personnels : le mobbing lorsque les frictions, les incidents évitables au cours de l’activité se multiplient, s’accompagnant de vexations, de hargne ou de harcèlement et cela de façon quotidienne. Les agresseurs peuvent alors dire que la situation découle du comportement de la victime [12]  Rosette Marescotti, Mémoire « Sévices en instituti... [12] . »

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Cet ensemble de frustrations de toute l’équipe va entraîner une anxiété palpable qui s’exprimera par différents moyens tels que l’agressivité envers les patients.

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Les horaires également de chaque personne sont revus et modifiés régulièrement suivant le cadre infirmier qui les fait. Ce dernier peut, par exemple, privilégier les horaires infirmiers au détriment des horaires des as ou ash. Cela aura comme conséquence l’apparition de nouveaux conflits au sein de l’équipe.

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Il peut y avoir aussi, de la part du cadre, un manque de supervision. Il n’exerce pas son rôle qui est, dans ce cas-là, d’ouvrir un espace de dialogue pour tenter de désamorcer les tensions ; de recadrer le personnel qui va trop loin de par ses propos ou actes inadaptés ; d’essayer de comprendre les raisons pour lesquelles l’équipe se sent mal à l’aise, produit un travail médiocre et, enfin, faire tout ce qui lui est possible afin de remédier aux difficultés présentes.

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Un autre facteur très important intervient dans la survenue de ce genre de situation. Au fil des ans, le terme « d’épuisement professionnel » ou burn-out est devenu de plus en plus fréquent. Alors que désigne exactement ce mot ?

« Je fus une petite fille heureuse »

« Je fus une petite fille heureuse… Ma famille était d’origine ouvrière et très tôt, je pris le chemin de l’usine. Je me mariais alors que j’avais juste 20 ans. Peu après, j’appris que j’étais enceinte et cela nous rendit fous de joie ! C’est une jolie petite fille qui entra dans notre vie au moment où mon mari partit pour le front. Et un jour, ce fut la visite de deux agents avec une enveloppe, sa montre, sa gourmette, et la photo de la petite… Je compris… Je me remis à travailler pour élever mon enfant, payer le loyer, lui donner un peu de douceur. Mais un hiver, la petite attrapa une mauvaise grippe et je perdis ma fille chérie ! Je n’avais plus personne à aimer !

J’ai beaucoup travaillé pour oublier. J’avais mes collègues à l’usine pour partager quelques moments d’amitié. J’avais partagé la peine de mes voisins, partagé le café, dépanné pour un morceau de pain…

Puis ce fut mon tour, il fallut m’aider pour les courses l’hiver. Une nuit, je me suis pris les pieds dans une descente de lit et je suis restée sur le carreau jusqu’au matin. Je me suis retrouvée à l’hôpital…

Un jour, lors de la visite du grand docteur, j’ai entendu dire (car je ne suis pas encore sourde) : « Et celle-là, elle est encore là ! Demain, débrouillez-vous pour lui trouver une place quelque part. » J’ai donc été transférée en long séjour. Je n’ai comme affaires, que ce que j’avais sur le dos le matin où l’on m’a trouvée par terre. Tout est resté à la maison.

Je me fais du souci pour mon chat, le seul être cher que je pouvais entourer de tendresse et qui me le rendait bien !

Qui s’en occupe maintenant ? J’espère qu’ils ne l’ont pas fait piquer.

J’ai demandé aux infirmières de retourner chez moi, au moins pour voir ma maison, prendre des vêtements en attendant d’y retourner ! Elles répondent à côté ou alors « il faut prendre patience ».

Prendre patience, elles en ont de bonnes ! Quand je suis entourée de folles !

Je ne suis pas folle, moi ; j’ai toute ma tête, mais personne ne m’écoute, elles n’ont pas le temps. Je sens que si ça continue, je vais moi aussi devenir folle !

Un jour, j’ai reçu un petit paquet ficelé : c’était quelques photos, des lettres anciennes, des souvenirs… Ce petit paquet minuscule … le reste de ma vie…

Alors, j’ai compris : j’ai compris qu’ils avaient touché à mes affaires, qu’ils avaient disposé de ma vie !

« Votre tuteur a fait un peu de rangement » m’a dit la chef ! J’ai réalisé que je n’avais plus rien…Plus de chez moi…Plus la valise avec les petits vêtements de ma fille et la belle redingote de mon mari…

J’ai donc réalisé que je n’avais plus rien et j’ai décidé que j’allais mourir. J’ai refusé de manger ! Ils ont essayé de me forcer, je recrachais ! Le médecin a dit : « il faut lui poser une sonde ».

Une nuit, je l’ai arrachée alors ils m’ont attaché les mains ! Ils m’ont condamné à vivre ! Alors plutôt que d’ouvrir les yeux, je les ferme, et je m’évade vers mon enfance !

Je fus une petite fille heureuse…

Je fus une petite fille heureuse…

Oh ! Comme j’aimerais que l’on m’offre une poupée !

Françoise Tallefer Soins gérontologie, n° 6, 1997

L’épuisement professionnel

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Dans les services de gériatrie, le travail est particulier. Il va entraîner une charge mentale importante pour l’équipe qui devra assurer une présence et une disponibilité continue. Le dialogue entre les membres du personnel étant parfois restreint, l’émotion n’a ni le temps, ni l’espace pour s’exprimer, les moments d’isolement pour la réflexion étant rares également. Alors le personnel, avec cette lourde charge va peut-être présenter ce qui est appelé « l’épuisement professionnel » ou burn-out.

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L’épuisement professionnel est un syndrome qui survient à la suite d’une pénibilité du travail. Il y a plusieurs facteurs tels que : l’ambiance d’équipe, les conditions de travail difficiles avec une pénibilité physique, un manque de soutien entre collègues de par la hiérarchie et des horaires insatisfaisants ; il toucherait de préférence, apparemment, les professions à caractère sanitaire et social.

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« Le burn-out est essentiellement vocationnel. Je veux dire qu’il atteint surtout des gens qui ont choisi leur profession pour l’image qu’ils s’en font et dont l’orientation professionnelle tient de la vocation. Ces métiers donnent l’impression d’apporter quelque chose aux autres. Ces personnes, du fait de l’image qu’elles projettent d’elles-mêmes, n’acceptent pas volontiers d’être en manque. À leurs yeux, ce sont les autres qui ont des besoins auxquels elles ont pour vocation de répondre ! Et reconnaître qu’elles-mêmes souffrent d’un burn-out revient pour ainsi dire à un aveu d’échec [13]   http:// iquebec. ifrance. com/ alainriouxcpq/ burn.... [13] . »

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Cet épuisement est dommageable pour le soignant et le patient, les signes sont nombreux selon madame Maslach (1974) :

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« La première dimension est la déshumanisation de la relation à l’autre ou la perte d’empathie. Pour se protéger, le soignant met une distance avec l’autre, la personne soignée est réduite à un numéro de chambre voire à un organe dont on s’occupe. Le patient est traité comme un objet.

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La seconde dimension recouvre l’épuisement émotionnel tant physique que psychique. Le soignant se sent vidé intérieurement et ressent des difficultés à entrer en relation avec l’autre. Le repos n’atténue en rien sa fatigue, son malaise peut se traduire par des attitudes explosives (crises de larmes, colère), une froideur, un désintérêt, un hypercontrôle de ses émotions par réaction de défense.

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La troisième dimension est le sentiment de diminution de l’accomplissement personnel. Elle est la conséquence des deux premiers symptômes et fait souffrir le soignant qui éprouve un sentiment d’échec douloureux. Celui-ci réalise qu’il ne fait plus du bon travail ; il commence à ressentir des frustrations, à se dévaloriser, à culpabiliser et à être démotivé. Il peut alors avoir deux attitudes : la fuite avec un absentéisme répété, un manque de rigueur, des attitudes inadaptées au patient ; ou bien un acharnement au travail sans pour autant être efficace [14]   http:// membres. lycos. fr/ dupontthierry, « Épuisement... [14] . »

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Mais de quelle manière survient l’épuisement professionnel ? Pour quelles raisons telle personne est plus touchée qu’une autre ? Le texte qui suit explique ce phénomène : « L’épuisement professionnel survient lorsque l’individu se heurte à un mur ! Lorsqu’il s’aperçoit que la tâche qu’il s’était fixé est impossible à accomplir. Encore rattaché à ce rêve de réussite, plusieurs croyances poussent l’individu à redoubler d’ardeur et à ne ménager aucun effort pour atteindre ses objectifs. Pour s’accomplir, il ne nous suffit pas d’être le meilleur, il faut aller au bout de nos forces comme nous le véhiculent les héros de cinéma et ceux de notre enfance. Même l’éducation qui nous est transmise par nos parents nous pousse à travailler toujours plus fort, à être les plus vertueux ou les plus respectueux. En fait, les influences sont multiples et tout notre système de croyance, qui détermine nos convictions personnelles et notre manière d’être dans la société, nous amène trop souvent à valoriser la perfection, le travail acharné, et tout ce qui est mieux que bien.

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L’individu risquant le plus de s’épuiser professionnellement à de nombreux buts à atteindre, se jette de toutes ses forces dans ce qu’il entreprend et s’attend à ce que ses efforts soient récompensés à leur juste valeur. Cette personne est convaincue que l’énergie ne lui fera jamais défaut [15]   L’épuisement professionnel : la brûlure interne. [15] . »

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La personne, qui a ses convictions, va donc s’éparpiller dans une multitude de tâches jusqu’à l’épuisement le plus total.

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D’autres éléments favorisent le burn-out qu’il faut trouver dans le caractère de la personne elle-même, mais aussi dans le travail particulier de la santé : « Les individus sujets à l’épuisement ont tendance à ne voir que les aspects négatifs de leur vie. Malheureusement, il est plus facile de perdre son objectivité face à ses réalisations lorsque nous sommes constamment entourés par la souffrance d’autrui. Les gens qui exercent des professions à caractère sanitaire et social sont presque uniquement exposés aux côtés négatifs des individus. De plus, il est généralement reconnu que ce sont des gens sensibles qui travaillent dans ces domaines ; ils sont attentifs au malheur d’autrui et ont une conscience sociale plus développée. L’épuisement prend souvent naissance lorsqu’une personne lutte pour préserver quelque chose qu’elle juge important [16]  Mémoire « Épuisement professionnel en gériatrie ». [16] . »

79

Voilà donc plusieurs éléments qui nous apportent une piste de réflexion sur ce phénomène d’épuisement qui devient de moins en moins rare. Toutes ces sources ont été principalement écrites pour les infirmiers et les médecins, mais il peut être adapté au travail de l’ash, qui, dans cette situation, exerçait un rôle de soignant.

80

Comme nous avons pu le voir dans les facteurs de l’épuisement professionnel, le type de travail semble avoir son importance. En gériatrie, les actions de tous les jours ont un sens particulier.

Le travail particulier de la gériatrie

81

Hormis les relations conflictuelles dans les équipes, le travail en gériatrie est particulier. Il incombe une pénibilité physique et se double d’une pression affective et émotionnelle importante.

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Le travail est empreint d’affectivité. Que ce soit en unité de long séjour ou en maison de retraite, la personne âgée reste longtemps dans le service, le personnel a le temps de la connaître et de s’y attacher. Les équipes sont confrontées continuellement à la mort. Le soignant est quelquefois dans l’impossibilité de faire un deuil normal. La formation, parfois peu humaine, leur interdit de montrer des sentiments envers un patient. Ces mêmes sentiments affectifs vont être refoulés, et cela peut être un facteur d’une tension interne qui peut s’exprimer par la suite.

83

Inconsciemment, une autre cause peut apparaître. Il y a entre le personnel et le résident une inversion des rôles « parent-enfant », le plus âgé semble en effet à la merci intégrale du soignant, plus jeune.

84

Ceci renvoie aux souvenirs enfouis de la petite enfance avec des relents de situation de revanche par rapport aux différentes frustrations encaissées. Cette difficulté peut faire survenir inconsciemment un désir de faire du mal à une personne plus âgée, un sentiment de toute-puissance par rapport à elle.

85

Donc lorsque de la fatigue professionnelle se présente, le passage à l’acte est toujours possible.

86

Les as ont une vision de leur rôle souvent restreinte à la satisfaction des besoins corporels, leur activité étant perçue comme une succession de tâches à accomplir à la chaîne. La personne âgée est placée en objet passif de soins et d’affection, et non en tant que partenaire de la relation. De ce travail, où le rythme du patient est peu pris en compte, le personnel as, et ici ash, ressent un sentiment d’insatisfaction.

87

La confrontation constante du vieillissement renvoie automatiquement le soignant vers une image obsédante du risque de sa propre dépendance. Cela peut entraîner une peur de sa vieillesse dans une société qui prône la jeunesse éternelle (voir : « La place de la personne âgée dans notre société actuelle »).

88

L’ash peut s’identifier au patient dont il s’occupe, s’imaginer dans sa peau, dans quelques années (voir le texte « Imagine », p. 129).

89

Un malaise intérieur va donc pouvoir s’installer et il s’exprimera selon plusieurs modes qui pourront être l’absentéisme, le manque de respect envers la personne, la dépression, etc.

90

Un autre élément intervient. À l’extérieur, le personnel qui travaille en gériatrie n’a pas forcément la même considération que celui qui est dans des services plus techniques. Le soin en gérontologie n’est pas toujours vu comme une réussite par les intervenants extérieurs comme les membres de l’entourage, les collègues des autres services, etc.

91

Il est également difficile de sortir du milieu de la gériatrie car cela nécessite une remise en question de ses capacités à effectuer des soins techniques. Dans la situation présente, l’ash peut avoir une crainte de changer de secteur de travail. Cela imposerait, pour lui, peut-être, une diminution de ses tâches et un retour à un rôle plus adéquat par rapport à sa qualification.

92

Ce fait peut être source d’angoisse pour cette personne.

93

Son entourage peut également le rabaisser par rapport au fait qu’il travaille avec des « vieux ». Si cette culpabilité est constante, pesante sur sa vie professionnelle, elle peut exprimer son malaise par le biais du manque de respect envers les résidents dont elle s’occupe. Ses problèmes d’ordre privé peuvent alors s’extérioriser par ce moyen-là.

94

La relation à la personne ne sera donc pas vécue positivement si le membre de l’équipe qui s’en occupe ressent un mal-être. En effet, cette charge émotionnelle et physique sera ressentie différemment selon l’aptitude du soignant à gérer ses émotions : « L’agressivité est le résultat de l’interaction entre un individu possédant ses caractéristiques propres et un environnement spécifique. L’individu, comme l’environnement, influencent l’agressivité. Pour l’un, telle situation engendre l’agressivité ; l’autre, dans le même contexte, ne sera pas affecté. Chacun interprète les situations objectivement ou subjectivement, en fonction de sa personnalité et de ses apprentissages antérieurs. Par ailleurs, pour la plupart des gens, certaines situations sont beaucoup plus génératrices d’agressivité que d’autres. L’environnement influence le comportement même si tous n’y sont pas sensibles de façon identique [17]   wwww. collegeem. qc. ca/ cemprog/ sh/ rpesh/ diash/... [17] . »

95

Enfin, en dernier lieu, la personne âgée n’est pas toujours agréable avec le soignant, ce qui provoque, chez certains, une anxiété. De par sa démence possible, de par son caractère habituel, la personne soignée arrive à être elle-même agressive ; le manque de respect de la part du soignant ne serait alors qu’une réponse à une agression.

96

Donc, nous avons vu que les conditions de travail en gériatrie, une mauvaise ambiance dans l’équipe, la confrontation avec ses propres angoisses rend la tâche de l’ash, pénible.

97

Un autre facteur intervient. L’environnement, la beauté du lieu, l’ambiance, si elle est positive, aide l’équipe à surpasser les difficultés énoncées ci-dessus.

L’environnement du lieu de travail

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Dans cette situation, la maison de retraite possédait un environnement qui renvoyait une image négative. Les murs étaient gris, sans aucune couleur chatoyante, le bruit était constant, il faisait sombre, les chambres étaient faites de deux lits avec des petites salles d’eau non fonctionnelles, le mobilier était vieux.

99

L’établissement comprend plusieurs étages, tous agencés de façon identique. Lorsque le personnel arrive en haut de l’escalier, il découvre un long couloir bénéficiant de peu de lumière naturelle, avec, de chaque côté, les portes des chambres ouvertes en permanence. Il peut aussi découvrir, selon l’heure à laquelle il arrive, les résidents en train d’attendre que l’équipe les emmène en salle à manger. Ce salon, où tous les résidents sont réunis durant toute la journée, a des murs sombres, de vieilles tables abîmées, une télévision qui ne fonctionne jamais, et reçoit peu d’animations extérieures comme de la musique, du théâtre, des visites, etc.

100

« Un environnement malsain, mal adapté au travail provoque un sentiment dépressif, une certaine irritation de l’équipe dans un travail déjà pénible. Pourtant, les maisons de retraite reçoivent peu de moyens financiers provenant de l’État… un peu comme si ces établissements étaient oubliés volontairement [18]  « L’épuisement professionnel, la brûlure interne » [18] . »

101

Dans la situation présente, l’environnement semble, en effet, peu adapté à un travail de qualité, en gériatrie.

102

Fort heureusement, la réforme de la tarification des ehpad du 16 avril 1999 et la mise en place des conventions tripartites devraient amener un souffle financier salvateur quant à la réhabilitation des lieux de vie.

103

Plusieurs sciences, plus ou moins reconnues, se sont penchées sur l’influence que l’environnement peut avoir, sur l’état psychologique d’une personne. Ces dernières affirment que les couleurs, la position du mobilier, la place de l’établissement peuvent harmoniser l’état intérieur de l’individu ou, au contraire, le rendre nerveux, angoissé, déprimé, etc.

104

La géobiologie est une discipline de plus en plus utilisée dans l’architecture des maisons.

105

« La géobiologie traite de l’influence d’un lieu, de l’environnement local, de l’écosystème bâti sur le bien-être, le comportement des êtres vivants, et leur santé.

106

Le terme peut se définir étymologiquement. Il s’agit d’une association de la racine géo (la terre) et biologie (l’étude de ce qui est vivant) [19]   www. geobiologie. fr. st ; « L’architecture du sensible »,... [19] . »

107

Cette science était déjà très utilisée dans les temps plus anciens, comme au moment de la Rome Antique. Il appliquait des méthodes, infaillibles selon eux, pour prouver la salubrité du sol : « L’architecte romain Vitulle conseille, pour choisir un site d’implantation salubre : l’emplacement salubre devra être élevé et non brumeux… et pas trop exposé aux grandes chaleurs. Les ancêtres, après avoir immolé des bêtes qui paissaient dans les lieux où l’on installait les places fortes, en inspectaient les foies ; si les premiers (examinés) étaient livides ou vicieux, ils en immolaient d’autres… Quand ils avaient reconnu que la nature des foies était ferme et non attaqués par l’eau ou le pâturage, là ils établissaient les fortifications.

108

Remarquons, au passage, la méthode analogique des observations des anciens : foie ferme, fortifications fermes, salubres, et valables [20]   hhttp:// cdcp. free. fr/ dossiers/ géobio/ geobio1.htm,... [20] . »

109

Ces méthodes, semblant rustres, permettaient de déterminer à l’époque, l’emplacement des bâtiments importants.

110

Une autre science est appliquée pour déterminer l’influence de l’environnement sur la personne : ici, il s’agit plutôt d’une thérapie qui se nomme la chromothérapie.

111

Cette technique est une aide naturelle de guérison de certaines maladies par les couleurs. Là aussi, elle semble utilisée depuis des temps très anciens : « La chromothérapie a joué un rôle important dans les médecines traditionnelles de l’Inde, de la Chine et de la Grèce [21]   www. naturamedic. com, dossier « La chromothérapi... [21] . »

112

Selon les expériences d’Isaac Newton (1642-1727), physicien, mathématicien et astronome anglais, la lumière blanche est décomposable en couleurs au travers d’un prisme de verre. Les couleurs constituant la lumière blanche sont des radiations de différentes longueurs d’ondes. Ces vibrations auraient une influence physique, psychique et émotionnelle sur l’individu.

113

« Les couleurs sont présentes dans tous les instants de la vie, nous entourant à chaque moment. » On peut alors aisément imaginer les conséquences qu’elles peuvent avoir.

114

Si, sur le lieu de l’activité professionnelle de la personne, des éléments environnementaux interviennent négativement, si le travail comprend aussi des facteurs de pénibilité, la personne peut alors être irritée, déprimée, et ne plus avoir envie de travailler dans ces conditions.

115

Quelles sont donc les solutions qu’une infirmière peut apporter pour éviter cette situation de fatigue, de baisse de motivation, de manque de respect envers un patient ? Je tenterai plus loin d’apporter des réponses pour éviter l’apparition de défaillance par rapport au respect de la personne âgée dépendante en institution.

116

En tant que professionnel, j’ai été et souhaite l’être moins souvent, confronté à la situation présente ou peut-être même éprouver des sentiments d’épuisement, de découragement dans mon métier. Il est donc important de réfléchir, dès à présent, aux solutions qui peuvent prévenir ce genre d’événement.

117

Le rôle de l’infirmier sera toutefois restreint ; il aura pour objectif de limiter les facteurs favorisants l’épuisement professionnel, de faire de l’information mais il ne pourra pas modifier la personnalité de l’employée. Ici, l’agent de service sera considéré comme un soignant ; je vais l’intégrer dans mon explication, valable pour le reste de l’équipe. Voici donc les différents éléments sur lesquels le personnel pourra travailler.

118

Le travail dans l’équipe : rôle et formation

119

Un personnel mal formé ne peut pas reconnaître ses erreurs quand elles se produisent parce que personne ne leur aura enseigné le sens de leurs actes. L’infirmier, dans son rôle, peut apporter une ligne de conduite qui va aider le personnel à se situer dans une équipe.

120

Tout commence par le recrutement du personnel. Il doit être rigoureux, même si le besoin en employés est très important. Il faut qu’il prenne en compte l’expérience personnelle, les qualités morales et les motivations de celui qui se présente. L’intérêt pour la gériatrie doit paraître évident, ainsi que de grandes capacités relationnelles (communication, respect, écoute).

121

L’infirmière de service peut exprimer ses idées-là au cadre qui les prendra en compte ou non.

122

Ensuite, à l’arrivée d’un nouvel agent, l’accueil est primordial. Si le responsable de service est absent, l’infirmière, qui dispose de suffisamment de temps, pourra présenter l’unité et les membres de l’équipe au nouvel employé. Cela va permettre au « nouveau » de s’intégrer rapidement et de lui donner le sentiment d’être écouté.

123

Venons-en au rôle qu’exerçait cet agent de service hospitalier, dans l’unité. Un point important, qui l’isolait du reste de l’équipe, était qu’il ne participait pas aux transmissions orales et écrites.

124

Pourquoi ne pas proposer alors aux autres infirmières de le faire s’exprimer, lors du passage de témoin aux changements d’équipes ? Je pense que, en tant que professionnel, je serais allé voir le cadre de service pour lui faire part de mon sentiment. Il aurait été possible de parler de ce phénomène avec le reste des membres de l’équipe, lors d’une réunion organisée particulièrement pour ce problème. Cela pourrait rétablir un équilibre hiérarchique dans une équipe divisée de par leurs rôles définis.

125

La formation est un autre facteur qui intervient. Pour être efficace, en gériatrie, il faut posséder de grandes capacités relationnelles ; il est préférable de savoir être observateur et à l’écoute du résident.

126

Soigner les personnes âgées ne s’improvise pas. Un soignant se sentant mal à l’aise dans son travail renvoie une image négative qui peut rendre le résident nerveux et agressif. C’est alors la mise en place d’un cycle : l’ash ressent de l’anxiété à venir travailler ; la personne âgée lui renvoie cette nervosité ; le soignant peut alors éprouver jusqu’à de la haine pour ce résident. Pour cesser ce phénomène, il faut donc limiter les facteurs favorisant l’épuisement professionnel. L’infirmière peut aussi informer l’agent que la plupart du temps, le travail auprès de la personne âgée avec le sourire et une certaine gaieté facilite la relation soignant-soigné.

127

Cet emploi nécessite également des notions théoriques et des pratiques spécifiques ; une remise en question régulière est nécessaire sur, par exemple, l’apprentissage de l’écoute, comment communiquer avec la personne âgée démente, l’épuisement professionnel, etc.

128

L’hôpital, dont dépend le service, propose régulièrement ces formations mais l’information ne passe pas toujours : les tracts sont perdus, mal affichés… L’infirmière devrait alors aller demander au cadre de quelle manière les membres de l’équipe qui le souhaitent, peuvent accéder à tel ou tel stage ! Cette dernière peut également, lors des transmissions ou lors d’une pause, informer le reste des employés que des stages sont mis en place par l’hôpital.

129

Je trouve en effet important de se poser certaines questions : « Le dément comprend quoi ? Comment gérer la douleur des patients ? Comment les personnes âgées voudraient qu’on les soigne ? Quel est le rôle des soins du corps ? Quels objectifs mettons-nous dans notre travail ?… »

130

Les professionnels évoquent souvent un sentiment d’impuissance lié aux difficultés d’expression du résident, à la peur de voir augmenter la charge de travail, à la crainte d’entendre la personne exprimer des choix auxquels il ne pourrait pas répondre, etc. Par rapport à tous ces questionnements, il me semble plus facile de les exprimer lors d’un rassemblement de personnes qui viennent de différents services de gériatrie.

131

En effet, ces réunions de formations vont apporter un échange d’opinions qui permettra à l’employé d’avoir son propre avis sur ses interrogations ; cela va être une piste de réflexion pour lui.

132

La verbalisation permet toujours de soulager un soignant en souffrance, de le déculpabiliser et de lui faire prendre conscience de ses propres limites.

133

L’enseignement devrait aussi apporter des connaissances législatives. Le personnel doit connaître les droits de la personne âgée, la nature et le degré de sa responsabilité envers elle. En tant qu’infirmier dans ce service, et ayant fait ce travail, je pourrais afficher la charte des personnes âgées dépendantes, les codes de déontologie, et des textes de lois sur les rôles de chacun.

134

Un changement des pratiques n’est envisageable que si l’ensemble du personnel peut s’en approprier le sens, la formation pouvant apporter donc des réponses. Mais d’autres méthodes peuvent aider à la cohésion de l’équipe sur une situation particulière ; cela s’appelle le projet de vie ou projet de soins.

Projet de soins ou projet de vie

135

Ce projet est la prise en compte des habitudes de vie du patient, mais aussi des capacités du service à pouvoir répondre à ses attentes. Il est une évaluation objective et multidisciplinaire de la situation du malade. Il nécessite tout d’abord, avant sa mise en place, de faire un bilan posant les questions suivantes :

136

– le service : quelles sont les ressources du service ? L’organisation est-elle adaptée ? La surveillante est-elle suffisamment proche de l’équipe ? Le mobilier est-il adéquat ? Quel est le rôle de chacun ? – le médecin est-il un soutien suffisant pour l’équipe ?

137

– le résident : quel projet pour le résident ? Quelles sont ses habitudes de vie ? Existe-t-il des ressources au niveau de l’entourage ? Quel est le potentiel du résident ?

138

Le projet de vie semble être la garantie que l’établissement se soit posé ces questions-là, de façon objective ; interrogations qui sont essentielles pour la prise en charge de la personne âgée. L’institution doit en effet anticiper les situations auxquelles elle peut être confrontée et construire des explications.

139

« Ce projet va être constitué selon des contrats :

  • contrat institutionnel : qui aidons-nous ? Quelle est notre mission ? Quelles qualités de soins je veux offrir aux personnes âgées ?

  • contrat éthique : quelles sont les valeurs qui fondent notre action ?

  • contrat de prestation : quels moyens mettons-nous en œuvre pour atteindre les objectifs ? Quel support théorique utilisons-nous ?

  • contrat moral : jusqu’où allons-nous dans la relation à l’autre ? [22]  « Risque, responsabilité, éthique dans les pratiques... [22]  »

Ces différents points vont donner une ligne directrice à suivre par toute l’équipe, lors de la prise en charge du patient. Cela va être un moyen d’éviter les abus tels que l’usage exagéré de la contention, le non-respect du rythme de la personne, l’obligation du résident à manger, etc. Ils vont permettre également de vérifier si le règlement intérieur est conforme aux droits du résident ; si les valeurs sont adéquates à l’organisation du projet de soins, médical et d’animation. Ils devront être réévalués régulièrement par une équipe pluridisciplinaire (soignants, kinésithérapeute, assistante sociale, famille, directeur de l’établissement, membre d’une équipe de travail à domicile, etc.) et indiqués dans le dossier du résident. Ces réunions vont créer une sorte d’instance de décision collective pour chaque résident. Il est important que la personne âgée ait également son avis à donner ! Le rôle de l’infirmière ici serait de l’informer sur le fait qu’il a la possibilité de s’exprimer, même s’il est dément. Il faut en effet respecter la capacité du patient à donner son accord ou non, son avis doit toujours être recherché.

140

Le projet de vie est, selon moi, un outil indispensable, dans un service. Il va donner un objectif pour une équipe qui va pouvoir s’investir plus dans des actions dont ils connaîtront le sens. Il va éliminer un facteur favorisant l’épuisement professionnel, une mauvaise ambiance dans l’équipe car chacun va pouvoir donner son opinion et trouver son propre rôle.

141

« Participer à un projet de vie dans un établissement de personnes âgées devrait enrichir l’as ou l’ash, lui apporter compétences et sagesse ; lui enseigner la disponibilité, la discrétion, l’attention et surtout la délicatesse, la faire aller au-delà des soins de confort et d’hygiène, lui permettre de se remettre en cause, d’avoir une autre vision de soi [23]  Véronique Oudin, « La personne âgée comme objet passif... [23] . »

142

Cette affirmation est, je pense, valable pour tous les soignants.

143

Le projet de vie est donc un point important pour éviter qu’une situation de maltraitance ne se produise ! D’autres éléments n’ont pas encore trouvé de réponses : l’infirmière a un champ d’action limité. Toutefois, il me semblait important de mentionner ces différents points.

144

Autres facteurs

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– Architecture et mobilier : la conception des locaux va influencer la qualité du travail. Malheureusement, nous avons vu plus haut que les unités de gériatrie reçoivent peu de moyens financiers. Un service classique possède, la plupart du temps, une quarantaine de lits : des unités de quinze lits, par exemple, conçues sur un mode plus convivial, et plus pratique par rapport aux soins de nursing (cabinets de douche, chambre seule…) favoriseraient les relations humaines, que ce soit dans l’équipe ou dans la relation au patient. Dans les différents stages de gériatrie et d’exercice professionnel où je me suis rendu, j’ai pu constater l’influence du mobilier entre le service présenté dans la situation qui nous intéresse, unité créée en 1969 et une autre, qui venait d’être réhabilitée.

146

Le personnel et les résidents paraissaient plus détendus dans ce dernier, les pièces étaient vastes, je sentais une certaine sérénité dans ces lieux. Il faut donc une prise de conscience de l’État, sur ce point.

147

– Contrôle des établissements : la création d’un programme spécifique de l’État va, à mon avis, limiter les abus sur les personnes âgées. Ce texte doit assurer une qualité des soins et une vérification de l’équipe de direction par une inspection régulière des établissements de gériatrie ; une procédure simplifiée des plaintes qui proviendraient de l’équipe, de la famille ou du résident ; des enquêtes lors d’un abus signalé et des conséquences juridiques pour l’abuseur. Ce texte de loi, s’il est fait, serait alors diffusé dans tous les établissements de gériatrie, et le contrôle, par des spécialistes, pourraient se faire tous les six mois, par exemple.

148

– Quota de personnel : le manque de personnel est un fléau difficile à éradiquer actuellement. L’État fait beaucoup d’efforts pour fidéliser le personnel soignant : ouverture de plusieurs écoles de formation, mise en place de campagnes d’informations sur le manque de personnel, médiatisation du phénomène, création de fonds pour faciliter l’ouverture ou l’agrandissement des écoles, versement d’une allocation d’études aux élèves en échange d’un engagement de service dans l’hôpital auquel ils sont rattachés pendant leur durée de formation, arrivée d’infirmières étrangères dans les services, information du grand public dans les salons étudiants et accès facilité à l’obtention du diplôme d’État d’infirmier avec la mise en place d’un contrôle continu à la place d’une épreuve écrite unique.

149

Toutes ces mesures, malheureusement, n’arrivent pas ou peu à attirer les personnes vers ces métiers de soignants (as, ide) qui restent toutefois difficiles. Je pense que certains individus ne pourraient exercer ce genre de profession qui demande une grande motivation. De plus, un autre phénomène intervient dans nos départements ou dans d’autres régions limitrophes : le personnel va travailler en Suisse ou en Belgique car les salaires sont plus attractifs et les conditions de travail moins pénibles. Il sera donc difficile, pour l’État, de pallier à ce manque de personnel.

150

– Information du public : il serait aussi préférable, selon moi, d’informer un plus large public sur la maltraitance des personnes âgées. « La violence en milieu gériatrique est encore peu étudiée en France et à l’étranger ; elle semble faire l’objet d’un tabou. Seuls les pays anglo-saxons et scandinaves ont largement étudié ce thème [24]  « La maltraitance des personnes âgées », de www. afpap.... [24] . »

151

Cette information permettrait aux individus proches d’une personne âgée de signaler plus facilement des abus. Elle limiterait aussi ce tabou de la vieillesse, cela serait une prise de conscience sur le fait que le « vieux » vit encore…

152

Deux affichages de campagne d’informations ont été mis en place, ce sont les images que je vous livre ; la société me donne parfois l’impression d’oublier nos aînés qui nous apportent pourtant tout leur savoir.

153

Lorsque j’ai découvert cet ash sur le fait, j’étais très en colère et intolérant. Ce travail de rédaction m’a permis d’essayer de comprendre pourquoi il avait pu dire de tels propos envers cette personne âgée. Avec tous ces éléments, dans ce service de gériatrie, est-ce que moi-même j’aurais pu avoir de telles paroles ?

154

Est-ce que j’aurais pu atteindre un état d’épuisement tel que je n’aurais même plus respecté une personne âgée ?

155

L’agent de service, avec ce questionnement, m’apparaît maintenant comme un individu fragile, alors que je le voyais auparavant comme quelqu’un de tyrannique.

156

Son geste, malgré tout, ne me paraît pas adapté. En tant qu’infirmier, j’aurais dû aller discuter avec cette personne, pour essayer de la comprendre, pour l’informer des risques judiciaires qu’elle encourt si quelqu’un venait à en parler aux autorités. Peut-être que si cet agent de service avait pris un peu de repos, avait eu la possibilité de parler de son malaise, la situation ne se serait-elle pas produite ?

157

Cette question restera sûrement sans réponse, mais il est important, en tant qu’infirmier, de limiter les facteurs qui pourraient favoriser ce manque de respect. Et ce rôle va surtout passer par l’information du reste de l’équipe et du résident.

158

Les personnes âgées ne sont pas encore mortes dans les maisons de retraite. Elles ne doivent pas représenter la finitude de la vie qui nous fait si peur… Il est important de respecter tout ce qu’elles ont vécu et tout ce qu’elles ont encore à vivre.

159

Elles sont le lien nécessaire entre le passé et l’avenir de notre communauté ! Les services de gériatrie ne doivent pas être des mouroirs où tout semble permis… Il serait préférable que ces lieux soient à l’écoute de ses résidents, et que le personnel se sente bien dans son travail…

160

Certaines maisons de retraite utilisent le projet de vie, font attention à l’architecture des locaux, prennent en considération chacun des membres de leur personnel. Les conditions pénibles sont pourtant les mêmes : la charge de travail est la même, le quota de personnel est identique à d’autres institutions. Et pourtant… en éradiquant quelques facteurs favorisant la maltraitance, il est possible de faire un lieu de vie agréable que ce soit pour le résident ou pour le personnel.

161

Aussi, j’ai l’espoir, que dans les années à venir, la personne âgée soit vue différemment, que des finances soient apportées par l’État pour son bien-être et celui du personnel qui travaille auprès d’elles chaque jour.

« Imagine »

Imagine : je pourrais être ton frère ou ta sœur, ton père ou ta mère, ton grand-père ou ta grand-mère.

Imagine : mon passé, ma famille, mon travail, mes envies, mes émotions, mes joies, mes douleurs, mes enfants…ma solitude. Maintenant, pense à ta vie, ton quotidien.

Maintenant, pense à tes enfants, et les problèmes que tu connais pour les élever mais aussi aux joies qu’ils peuvent t’apporter.

Maintenant, pense aux premiers jours de ton travail, comme tu étais content (e) de venir tous les matins, soirs ou même les dimanche, car tu avais le sentiment d’aller de l’avant.

Maintenant, pense à ta fatigue, à tes douleurs multiples qui apparaissent, à la course que tu aimerais stopper ou ralentir un peu pour respirer.

Car certains jours, il y a de quoi devenir fou !

Maintenant, pense à tes parents, plus les années passent, plus tu les sens vulnérables, dépassés par l’époque, et dont le quotidien ne te permet pas de t’occuper ou simplement d’aller voir comme tu le souhaiterais…

Je pourrais continuer pendant des heures ; tu vois, ta vie, je la connais.

Mais en plus moi, j’ai dû me battre pour obtenir tout ce que tu as aujourd’hui. La liste serait longue et j’en suis fière. Tes journées ont été les miennes, et un jour, mes journées seront les tiennes.

Et j’en suis triste car tu pourrais être mon frère ou ma sœur, mon fils ou ma fille, mon petit-fils ou ma petite-fille.

Pourtant, si tu savais, j’ai besoin de si peu pour continuer paisiblement le chemin qu’il me reste à faire.

Un jour, peut-être toi aussi, tu seras impotent, et dépendant.

Un jour, peut-être toi aussi, tu attendras que l’on vienne faire ta toilette pour entendre le son de ta voix même, si cette personne fait comme si elle ne t’entendait pas.

Quand tu lui parles ou essaies d’attirer son attention.

Un jour, peut-être, toi aussi, tu préfèreras manger à la petite cuillère parce que ça ne « passe plus »

Plutôt qu’avec une grosse cuillère, qui en plus, te fait mal une fois sur deux car tu n’ouvres pas la bouche assez rapidement.

Un jour, peut-être toi aussi, tu seras content de voir que quelqu’un a bien voulu aller te chercher un dessert supplémentaire pour compenser…

Un jour, peut-être toi aussi, tu auras un corps douloureux et fatigué, qui a besoin d’un minimum d’attention, et tu seras comme moi une personne qui a besoin que l’on prenne le temps de « prendre le temps », de s’apercevoir que j’existe et que je suis capable de voir, parler, ressentir, comprendre !

Et si enfin tu me vois, j’aurai tout simplement à nouveau envie de vivre.

N’oublies pas que dans ma solitude, c’est ton regard, ta main, ton oreille, ta présence que j’attends tous les jours…

Poème retrouvé dans les affaires d’une vieille dame irlandaise, après son décès… Transmis par Nathalie Rieux-Sicard, infirmière.

Notes

[1]

Les cahiers de l’infirmière, octobre 2001, « Soins Infirmiers aux personnes âgées et géronto-psychiatrie », p. 27.

[3]

www. almafrance. org, « code pénal », 1994.

[4]

Amyot Jean-Jacques, Risque, responsabilité, éthique dans les pratiques gérontologistes, Ed. Dunod, 2001, 213 pages, p. 78.

[5]

Profession santé infirmière, n° 30, octobre 2001, « maltraitance des personnes âgées », A-L-P.

Mauvais traitements physiques : – alimentation inadéquate : les forcer à manger rapidement, mauvaise installation, acharnement sur la stricte observance diététique, mixer toute la nourriture sans nécessité.

[6]

www. afpag. org, « La maltraitance des personnes âgées », Association française de protection et d’assistance aux personnes âgées.

[7]

Vetel Jean-Marie, responsable du service de gérontologie au chu du Mans.

[8]

Puijalon Bernadette, présidente du comité personnes âgées de la Fondation de France.

[9]

www. cec-formation. net, « Sévices en institution pour personnes âgées », Rosette Marescotti, 9 octobre.

[10]

www. infirmiers. com, « La pénurie d’infirmiers », Jocelyne Lalonde, directrice d’ifsi.

[11]

« Risque, responsabilité, éthique dans les pratiques gérontologistes ».

[12]

Rosette Marescotti, Mémoire « Sévices en institution ».

[13]

http:// iquebec. ifrance. com/ alainriouxcpq/ burn. htm, L’épuisement professionnel, la brûlure interne, H. Freudenberger, Ed. Gaétan Morin, 1987, adapté par Alain Rioux, 2000.

[14]

http:// membres. lycos. fr/ dupontthierry, « Épuisement professionnel en gériatrie », Natacha Noël, 1999.

[15]

L’épuisement professionnel : la brûlure interne.

[16]

Mémoire « Épuisement professionnel en gériatrie ».

[17]

wwww. collegeem. qc. ca/ cemprog/ sh/ rpesh/ diash/ webzine/h99/psychologie/psychologie.htm, « démarche d’intégration des acquis en sciences humaines », Marie-Hélène Hamel, mémoire, juin 1999.

[18]

« L’épuisement professionnel, la brûlure interne ».

[19]

www. geobiologie. fr. st ; « L’architecture du sensible », V.Kayser, projet de fin d’études, octobre 1999.

[20]

hhttp:// cdcp. free. fr/ dossiers/ géobio/ geobio1.htm, « biologie topique », A. Birolini.

[21]

www. naturamedic. com, dossier « La chromothérapie ».

[22]

« Risque, responsabilité, éthique dans les pratiques gérontologistes ».

[23]

Véronique Oudin, « La personne âgée comme objet passif de soins », L’aide-soignante, n° 3, mars 1998, p. 4 à 7.

[24]

« La maltraitance des personnes âgées », de www. afpap. org.

Résumé

Français

Depuis longtemps, mon projet professionnel était de devenir infirmier. Au fil de mes années d’expérience, pendant mes 28 mois de formation, puis mes années de diplôme, mon envie de travailler auprès des personnes âgées s’est accrue. En effet, j’ai vécu diverses situations auprès de cette population, qu’elles soient professionnelles ou privées, et une seule vraiment m’a troublé : celle de l’insuffisance de respect envers une personne âgée dépendante, en institution médicalisée.

Plan de l'article

  1. La situation et sa problématique
  2. La législation actuelle concernant les personnes âgées
  3. Les formes de maltraitance en institution, quelques chiffres
  4. L’analyse
  5. L’épuisement professionnel
  6. Le travail particulier de la gériatrie
  7. L’environnement du lieu de travail
  8. Projet de soins ou projet de vie

Pour citer cet article

Bauer Michel, « Le respect de la personne âgée dépendante en institution », VST - Vie sociale et traitements 2/ 2005 (no 86), p. 116-134
URL : www.cairn.info/revue-vie-sociale-et-traitements-2005-2-page-116.htm.
DOI : 10.3917/vst.086.0116


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