VST - Vie sociale et traitements
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I.S.B.N.274920447X
176 pages

p. 13 à 16
doi: en cours

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Ça bouge

no 86 2005/2

2005 Vie sociale et traitements Ça bouge

Des appartements partagés

pour des adolescentes et des adolescents

Béatrice Mingotaud Chef de serviceMingotaux-vieuxlogis@wanadoo.frLe Vieux Logis, 115, avenue de la République,91230 Montgeron
Tout a commencé il y a une dizaine d’années, avec l’évocation d’un accueil de certains jeunes sur un mode différent de ce que nous pratiquions au Vieux Logis. Un hébergement qui ne serait ni en structure collective, ni en studio individuel, bref un entre-deux qui pourrait être un appartement accueillant trois jeunes pour lesquels la collectivité et l’individuel n’étaient pas/plus adaptés.
Et puis, pour des raisons diverses et variées, les choses en resteront là.
En février 2004, cette idée est de nouveau évoquée, puis la proposition de réfléchir et de travailler à la faisabilité d’un tel projet est lancée par le directeur de l’établissement. Un groupe de travail se constitue et l’aventure commence.
Au cours de ces mois de collaboration intense et passionnante, il a fallu que je me positionne quant à mon engagement envers ce nouveau service. L’équipe de direction me permettait de travailler sur une idée qui me trottait dans la tête depuis de nombreuses années ; mais nous avions convenu que le fait de participer à cette élaboration n’en faisait ni mon projet, ni mon prochain poste. Cette position m’a permis de réfléchir sereinement et sans enjeux. Au terme de cette période et en connaissance de cause, j’ai posé ma candidature à ce poste, courant mai 2004.
Les temps de réflexion se succéderont : d’abord, pour échanger et réunir les idées et leur pourquoi/comment ; puis ce sera leur traduction, le choix des mots et leurs significations et enfin leur transcription par écrit. Mais nous n’en sommes pas encore là…
Il n’est pas toujours facile d’expliquer, de transmettre une conviction qui s’appuie sur l’expérience de terrain et qui semble « si évidente » mais pas pour l’autre. Les débats seront rudes mais toujours enrichissants et porteurs. Nous finirons par nous entendre sur les principes de base de ce projet, une première version écrite rassemblera toutes les suggestions. À ce moment-là, les choses vont s’accélérer : la version initiale se verra complétée au fil des relectures, des nouveaux arguments, des idées complémentaires ; en deux mois, les trois pages deviendront une quinzaine et se transformeront en un réel projet de service. Les trois mois suivants serviront à affiner certains points, à en réajuster d’autres ; en clair, à rendre tout cela cohérent, lisible et présentable. Dans un premier temps, nous soumettrons cet écrit à la direction générale de notre association l’avvej. Puis ce sera une présentation à la pjj et à l’ase qui valideront ce projet. L’été arrivera à temps pour nous empêcher de corriger et de revoir chaque paragraphe pour la énième fois. Nous partirons en vacances avec la perspective, probable, de pouvoir réaliser notre projet dans les mois à venir. La rentrée est déjà là, et de nouveau les choses s’accélèrent et s’enchaînent : trouver des lieux qui correspondent à notre imaginaire, constituer l’équipe, lancer les procédures d’admission pour les premiers jeunes ; et surtout, la validation du projet au cross ms le 24 septembre 2004, nous permettant de démarrer concrètement la phase de réalisation.
Nous en visiterons des locaux ; trop petits, pas adaptés… Et puis la chance nous sourira, une agence nous propose les locaux que nous avions imaginés, à Montgeron. Comment expliquer notre euphorie devant ce premier pas… Nous avions trouvé le pôle éducatif et le premier appartement pour les jeunes. Nous aurons des déboires avec le second appartement, puis nous le trouverons ; en ce qui concerne le troisième lieu, nous opterons pour un trois pièces avec un studio à l’étage en dessous, dans le même immeuble.
Nous serons confrontés à des remises en état des locaux et des travaux plus importants que prévus.
Nous passerons des journées (des soirées, voire des week-ends) à aménager ces locaux pour qu’ils soient accueillants et conformes à ce que nous souhaitions. Choix du mobilier, des rideaux, de la vaisselle, de la lingerie, des luminaires… Nous courrons après le détail qui nous semble indispensable, nous en essayerons des dispositions pour que les lieux soient fonctionnels mais aussi chaleureux, et tout cela en temps et en heure pour que tout soit prêt pour l’ouverture du service.
Nous mobiliserons du personnel du Vieux Logis pour que tout cela devienne réalité : le secrétariat, l’intendante, les hommes d’entretien, la comptable… et même un directeur d’un des établissements de l’association, qui viendra nous transmettre son expérience. Ainsi que l’équipe au sein de laquelle j’intervenais, qui supportera mes absences et mon désinvestissement progressif puis mon départ.
Nous en passerons des offres d’emploi dans les ash, sur Internet… Nous en lirons des curriculum vitae, tous intéressants, mais pas toujours adaptés à l’équipe que nous souhaitions pour ce service. Après une première sélection, nous organiserons une réunion de tous les candidats retenus : baptême du feu pour le projet ainsi que pour nous, cette forme de recrutement ne nous étant pas familière. Au terme de cette réunion, un certain nombre sera encore « partant » et nous les recevrons individuellement. Nous avions dû parvenir à leur transmettre notre projet de manière suffisamment vivante…
Enfin l’équipe sera constituée : deux éducatrices spécialisées, une éducatrice scolaire, un animateur socioculturel et deux conseillers en économie sociale et familiale seront prêts à nous rejoindre.
Il nous faudra, également, recruter un psychologue ; nous avons proposé à l’une des psychologues intervenant déjà dans l’établissement de participer à l’expérience. Elle acceptera, dans un premier temps, pour une période déterminée.
Nous en contacterons des Maisons des Solidarités auxquelles nous avions transmis une plaquette résumant le projet ; des travailleurs sociaux pour leur soumettre la possibilité pour le jeune dont ils proposaient l’admission dans l’établissement, d’intégrer un tel service.
Nous avons, enfin, reçu les jeunes filles susceptibles d’être les premières participantes à cette expérience. C’est d’ailleurs comme une expérimentation que nous leur présenterons le service qui pourrait les accueillir prochainement.
Le service ouvrira officiellement ses portes le 25 octobre 2004.
Le travail ne faisait que commencer…
D’abord, accueillir les quatre premiers membres de l’équipe, leur présenter le Vieux Logis dans son ensemble en leur faisant visiter les différents lieux d’hébergement puis les locaux du service. Ils sembleront les trouver en adéquation avec nos descriptions. À vrai dire, il n’était pas envisageable qu’il puisse en être autrement, même si la question ne s’était pas posée. Les deux autres membres nous rejoindront au cours du mois suivant ; mais ils se rendront, gracieusement, disponibles pour plusieurs temps de travail.
Ensuite, prendre le temps de leur transmettre le fonctionnement de l’établissement : la convention collective en vigueur, les modulations du temps de travail, la comptabilisation des heures de travail et des heures de nuit ainsi que les heures d’astreintes, les fiches horaires et la modulation pour affichage, les congés et leurs modes de calcul… Bref, les « assaillir » d’éléments parfois rébarbatifs mais qui permettent de collaborer avec des bases communes et fixées à l’identique pour tous les services. Pour certains ce fut le « parcours du combattant » car ils n’avaient pas eu l’occasion de se confronter à cette manière de travailler.
Nous nous attaquerons, dès les jours suivants, au fonctionnement de l’équipe et à la construction de notre travail auprès des jeunes. Première étape et non des moindres, les horaires qui seront communs à tous et répartis sur six semaines afin de permettre à chacun d’effectuer les mêmes tâches et d’assurer aux jeunes que nous accueillerons un accompagnement éducatif quotidien. Ces horaires demandent une importante disponibilité et une certaine souplesse, ils nécessitent un engagement sans lequel rien ne sera possible. Premier passage « délicat » ou chacun montrera son adhésion et son souhait de soutenir les options prises pour le service ; et premier plaisir de se voir confirmer ses choix pour le chef de service.
Les discussions se poursuivront autour des finances (les budgets des jeunes et la fiche d’imputation correspondante, leur fréquence (nous opterons pour un budget hebdomadaire en liquide dans un premier temps) ; des « régies » confiées à chacun pour les dépenses quotidiennes et leur mode de remboursement.
Nous établirons également les principes de base du fonctionnement de l’équipe autour : des réunions hebdomadaires et de fonctionnement, de la réflexion commune sur l’emploi du temps et les prises de congés, des temps de présence du chef de service sur le pôle éducatif… En résumé, nous tenterons d’aborder tout ce qui permet d’élaborer un travail commun et en liaison ; et tout cela dans la bonne humeur.
Cette première semaine se terminera par l’élaboration d’une charte d’accueil dans le service s’adressant aux jeunes et reprenant les « interdits » essentiels présentés sous un mode interactif afin d’engager une relation basée sur la communication plutôt qu’unilatéralement sur l’autorité ; l’une n’empêchant pas l’autre à notre sens.
Au terme de cette première semaine, plusieurs sentiments m’envahiront : le contentement d’être à pied d’œuvre et de partager cela avec une équipe partie prenante de chaque étape, l’impression de n’avoir jamais autant parlé et expliqué et ré- expliqué certains points et l’envie d’aller encore plus loin avec chacun dans cette « construction », mais aussi le sentiment d’avoir oublié quantité de points cruciaux.
La deuxième semaine nous trouvera « fébriles », en effet l’admission des premières jeunes est prévue pour le jeudi et il nous reste beaucoup de questions à traiter !
Nous nous mettrons au travail, quid des courses alimentaires hebdomadaires et des tâches ménagères dans l’appartement, d’une fiche des numéros de téléphone d’urgence, de l’explication de l’alternance des nuits et des astreintes, de l’inventaire et de l’état des lieux communs et individuels, de l’attribution des chambres, des repas en commun à l’appartement et au pôle… Nous conviendrons d’un fonctionnement de départ qui pourra être revu en fonction des nécessités, des réalités. En parallèle, ce sera la course : au dernier détail, à l’installation du téléphone au pôle éducatif puisqu’il n’y avait pas de ligne existante, à la préparation des trousseaux de clés, aux derniers achats…
Voilà, nous y sommes. C’est la première admission, nous accompagnons la jeune fille à l’appartement et nous l’installons, puis ce sera l’état des lieux et la remise des clés avec l’intendante. Ensuite, elle rencontrera un membre de l’équipe au pôle éducatif et la charte d’accueil lui sera présentée, nous nous retrouverons en fin de journée pour une « explication » de la fiche d’imputation et la remise du budget. La seconde jeune fille arrivera quelques heures plus tard. Elles se rendront en courses après avoir convenu de ce qu’elles souhaitaient manger pour la semaine à venir et dîneront avec deux membres de l’équipe. Puis nous les laisserons, enfin, investir les lieux !
Leur première nuit se passera bien et la nôtre aussi.
L’accompagnement de ces jeunes filles s’organisera au quotidien et chacune poursuivra sa scolarité. Très vite, nous nous rendrons compte que nous leur demandons beaucoup, notamment autour de la gestion de la vie quotidienne, et nous tenterons de leur faciliter la tâche par une organisation plus soutenue des menus, des tâches ménagères, des courses alimentaires, du tri sélectif des ordures ménagères… L’organisation quotidienne se mettra en place progressivement, non sans mal ; cela donnera lieu aux premiers conflits avec elles mais ils seront constructifs et chacun se repositionnera.
Elles s’adapteront à ce nouveau mode d’hébergement et nous nous habituerons à travailler auprès d’elles en discontinu tout en maintenant un lien relationnel.
Ce projet a « grandi » grâce à une importante collaboration à tous les niveaux de l’établissement ; mais il n’existerait pas sans l’engagement de l’équipe qui le « fait vivre » actuellement.
Et pour conclure, l’aventure continue…
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